La lutte contre les violences sexistes dans les transports en commun continue

Samedi dernier, Miquette a participé à une marche exploratoire pour noter ce qui favorise le sentiment d'insécurité dans les transports. Elle était en compagnie de dirigeants de la SNCF, de lectrices et de Pascale Boistard, secrétaire d'État chargée des droits des femmes.

Mise à jour du 16 avril 2015 :

100% des utilisatrices des transports en commun ont été victimes, au moins une fois dans leur vie, d’agression ou de harcèlement sexuel : c’est le constat du rapport remis le jeudi 16 avril à Pascale Boistard, secrétaire d’état, par Danielle Bousquet, présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh).

Ce rapport dénonce les agressions verbales et physiques dont les femmes et les filles sont victimes et souligne le fait que ces violences devaient être reconnues comme des « manifestations du sexisme qui affectent le droit à la sécurité et limitent l’occupation de l’espace public par les femmes et leurs déplacements ».

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Une étude menée auprès de 600 femmes de Seine-Saint-Denis et d’Essonne est la source de ce rapport qui tente de légitimer le combat de lutte contre le harcèlement de rue mené par des politiques comme la ministre Marisol Touraine ou des associations telles qu’Osez le féminisme. Pascale Boistard soulignait l’importance des questions autour du harcèlement des femmes dans l’espace public lors de cette déclaration faite à l’AFP :

« Les femmes doivent pouvoir circuler et occuper l’espace public sans être mises en danger ou menacées de l’être. C’est une liberté fondamentale. Il faut sensibiliser le public et travailler à la République du respect ».

C’est pour lutter contre ces violences décrite par la secrétaire d’état comme des « comportements inacceptables » subies par les femmes que la Haut conseil a pour projet de mettre en place la campagne Stop au harcèlement sexiste et aux violences sexuelles sur toute la ligne qui se fonde sur trois grandes orientations et quinze recommandations, non pas seulement à destination du grand public, mais aussi à appliquer par les pouvoirs publics, les conseils généraux, les communes et les opérateurs de transports.

Le Haut conseil veut aussi mieux faire connaître et faire promouvoir les numéros d’alerte tels que celui de la SNCF (3117) et veut faire en sorte que les recommandations liées à son utilisation mentionnent de façon explicite que ce numéro est aussi destiné aux violences. À ces préconisations s’ajoute la demande de formation de personnes aptes à gérer les problèmes liés aux violences sexistes et l’adoption de méthodes de sécurité visant à protéger les personnes voyageant seules la nuit. Ces méthodes sont déjà en vigueur au Canada où un individu peut demander au chauffeur d’arrêter le bus s’il se sent en danger.

Il faut rappeler que deux tiers des personnes prenant les transports en commun sont des femmes, qui représentent aussi deux tiers des victimes d’injures ou de violences dans les transport publics. Six femmes sur dix craignent une agression ou un vol dans les transports. C’est sur ce constat alarmant que le Haut conseil devrait débuter cette campagne à la rentrée prochaine.

Article initialement publié le 11 mars 2015 :

Ce week-end, au lieu de manger des chips devant Better Call Saul (ce qui est ma foi fort agréable), je suis sortie de ma léthargie habituelle, mon appareil photo en bandoulière, pour participer à la marche exploratoire organisée à Paris afin de lutter contre le sentiment d’insécurité dans les transports en commun.

Les marches exploratoires ? Mais qu’est-ce donc (je sais que tu te poses la question) ? Organisées dans le cadre du plan de lutte contre les violences faites aux femmes, les marches exploratoires, lancées au Canada dans les années 90, sont menées par des groupes de femmes afin de réaliser un diagnostic de terrain dans des lieux où demeure un sentiment d’insécurité. À la suite de cette marche, des propositions sont faites afin d’améliorer les choses.

En compagnie de lectrices (Stéphanie, Fiona et Sarah), de dirigeants de la SNCF et de Pascale Boistard (secrétaire d’État chargée des droits des femmes), nous avons sillonné la gare du Nord pour noter ce qui favorise le sentiment d’insécurité.

Prises en charge dès notre arrivée par les équipes de la SNCF, nous avons pu apprendre beaucoup de choses au sujet de ce lieu emblématique (par exemple, c’est la première gare d’Europe avec 700 000 voyageurs en moyenne par jour) et surtout nous avons pu découvrir les mesures mises en place par la SNCF pour améliorer la sécurité de ses voyageurs.

Un numéro d’urgence et une sécurité renforcée

Il existe par exemple un numéro d’urgence (le 3117) que vous pouvez utiliser si vous êtes victimes ou témoins d’un danger encouru par un voyageur. Ce numéro est accessible 7j/7 et 24h/24. De même, il existe des bornes d’urgence dans les gares (de grandes bornes jaunes) que vous pouvez utiliser en cas de problème. Un large parc de vidéo-surveillance a été déployé avec plus de 600 caméras et un commissariat a même été ouvert dans l’enceinte de la gare du Nord.

Les équipes de la SNCF ont vraiment insisté sur ce point : même si vous vous sentez seules, vous ne l’êtes jamais vraiment.

L’aménagement urbain, une manière de se réapproprier l’espace public

Toutefois, se sentir en sécurité, c’est aussi avoir un bon éclairage, un lieu propre, une circulation commode. L’aménagement est considéré comme un élément central pour lutter contre le sentiment d’insécurité. La SNCF a donc débloqué un budget considérable pour donner une nouvelle jeunesse à la gare du Nord : les verrières ont été nettoyées, les murs repeints, les éclairages changés. La mezzanine va aussi faire l’objet d’une rénovation — ces travaux devraient s’achever en 2018.

D’après Pascale Boistard, ces changements sont nécessaires :

« Il faut repenser l’espace urbain et la présence humaine pour permettre aux femmes d’investir l’espace public à l’heure où elles le souhaitent et quand elles le souhaitent. C’est la liberté des femmes, leur liberté d’exister. »

Elle a aussi annoncé des mesures très concrètes à l’horizon du mois de juin, notamment une campagne de communication engageante et positive pour que tout le monde se sente partie prenante de la liberté des femmes à circuler dans l’espace public.

À lire aussi : Pascale Boistard et les madmoiZelles échangent sur le harcèlement de rue

Des dispositifs pas toujours convaincants

Même si nous sommes tous d’accord sur les objectifs à atteindre (lutter contre le sentiment d’insécurité), la manière d’y arriver n’est pas forcément consensuelle.

Parmi les actions mises en place, certaines ne font pas l’unanimité. Par exemple, les équipes de la compagnie ferroviaire réfléchissent à mettre en place une application qui permettrait de regrouper les femmes qui souhaiteraient voyager ensemble.

Si l’intention est plutôt bonne, ce genre de dispositif peut être considéré comme une fausse solution.

À titre personnel, cela me semble infantilisant. En tant que femme, je veux pouvoir prendre les transports seule, comme un homme, sans risquer de me faire agresser. Je n’ai pas envie de devoir, comme une enfant, trouver quelqu’un pour m’accompagner. À mon sens, nous devons apprendre à vivre ensemble : je ne veux pas être séparée des hommes ni les voir tous comme de potentiels agresseurs. Je ne veux pas à avoir à changer mon comportement. Je veux pouvoir porter une jupe, rentrer tard, dans un wagon mixte et ne pas risquer d’avoir des problèmes.

Et si ces dispositifs existent pour les femmes, qu’est-ce qui est mis en place pour les mecs qui se sentent aussi en insécurité dans les transports (parce que clairement, je connais quelques potes qui font pas trop les malins au moment de prendre le dernier RER) ?

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Un panneau indiquant qu’entre 6h57 et 9h du matin, en semaine, ce wagon de métro japonais est réservé aux femmes.

D’autant plus que si cette logique est extrapolée, elle pourrait s’appliquer partout ailleurs ! Devra-t-on bientôt avoir une application pour faire le chemin jusqu’à la boulangerie avec une autre fille pour se sentir en sécurité ?

De même, parmi les pistes envisagées, quelques-unes paraissaient totalement hors de propos. Bien que le mot « banlieue » n’ait jamais été prononcé, certaines allusions semblaient plutôt claires. Pour lutter contre l’insécurité, la SNCF propose de passer du classique dans la gare du Nord car « les délinquants ne sont pas vraiment adeptes de musique classique » (sérieusement ?).

Une lectrice, dérangée par cette discrimination ordinaire, a rapidement témoigné :

« Mes pires moments de sexisme c’était au boulot alors que je bosse dans la finance. J’habite dans le VIIIème arrondissement de Paris et je me prends des remarques tous les jours. Ce sont des hommes blancs de plus de 40 ans. Aujourd’hui, il y avait vraiment un côté stigmatisant : « ces jeunes-là n’aiment pas la musique classique »… C’est venu tout naturellement, comme s’il ne s’était pas rendu compte qu’il se montrait discriminant ! »

La compagnie ferroviaire prévoit aussi de fermer des magasins comme Foot Locker qui « créent des attroupements désagréables » ou encore de renforcer les contrôles des fraudes car « quelqu’un qui n’est pas en règle avec son titre de transport peut aussi être un potentiel agresseur ». On nous parle « mise en qualité des boutiques »… en stigmatisant tout une couche de la population.

Là encore, une lectrice a réagi :

« J’ai fait un job d’été dans un Foot Locker, je n’ai jamais eu aucun problème ! »

Une autre nous a confié :

« J’ai beaucoup plus peur à la station Charles De Gaulle Étoile à 5h du matin, où tu as tous le mecs qui sortent de boîte complètement bourrés. C’est la plus belle avenue du monde, la plus chic… et par certains aspects elle me fait beaucoup plus peur que gare du Nord. »

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Cet exemple illustre assez bien l’amalgame qui peut persister : si les responsables de la sécurité au sein des gares ont peut-être des difficultés avec l’occupation de l’espace public par certains « jeunes », ce problème est différent du harcèlement visant les femmes. Les témoignages divers et variés nous montrent qu’il n’existe pas un profil type de « l’agresseur ».

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Une implication sincère de la secrétaire d’État chargée des droits des femmes

Les madmoiZelles sont unanimes au regard de Pascale Boistard qui était particulièrement à l’écoute, impliquée et sincère dans sa démarche. Lorsque les caméras étaient éteintes et les journalistes envolés, elle est venue s’intéresser à leurs témoignages. Elle leur a aussi partagé sa propre expérience puisqu’elle a elle-même été usagère des transports en commun, des lignes de RER et de transiliens.

En espérant que cette piqûre de rappel sera utile, il pourrait être intéressant de prendre rendez-vous avec les équipes de la SNCF pour parler plus librement, hors caméra, des problèmes d’insécurité dans les transports. Cette fois-ci les madmoiZelles pourraient échanger à coeur ouvert sur des problèmes de fond plutôt que de débattre sur les goûts musicaux de chacun. Affaire à suivre…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Freehug
    Freehug, Le 17 avril 2015 à 20h01

    @OpiumD oui je comprends, d'ailleurs je n'ai jamais pensé que tu étais de mauvaise foi (j'aurais dû dire et verbale aussi). Par contre le chiffre n'est pas mensonger si on l'explique par : 100% des femmes ont déjà reçu des propositions sexuelles dans les transports, sans leur consentement. En fait il faudrait faire admettre à tout le monde que le relou, on y a toutes eu droit au moins une fois. Et ce, pour beaucoup, dès très jeune (personnellement j'avais 12 ans, et on m'a déjà sorti en guise de justification" oui mais t'as toujours fait plus que ton âge". D'une, ça n'excuse rien, de deux, plus que mon âge je veux bien mais faut pas exagérer, on voyait bien que j'étais une gamine)

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