Mon voyage Paris-Bordeaux, ou comment j’ai failli mourir 14 fois

Il y a quelques années, Alix a voulu rejoindre des potes à Bordeaux... et son voyage a tourné en film catastrophe.

Mon voyage Paris-Bordeaux, ou comment j’ai failli mourir 14 fois

L’histoire que je vais te raconter n’est en aucun cas à reproduire chez toi. Car j’ai failli y laisser la vie.

Bordeaux à tout prix

Je dois partir à Bordeaux rejoindre un groupe d’amies que je ne vois que très peu souvent. Ma surexcitation m’empêche presque de respirer.

J’habite à Paris, à côté de la gare du Nord. Le métro 4 m’emmènera facilement jusqu’à Montparnasse, aucun changement ne pourra entraver mon chemin.

Cependant, une amie (qui prend le même train que moi direction l’Aquitaine) vient tout droit de Lille mais connaît peu la capitale, elle me demande donc de venir la chercher au sortir de son train, à Gare du Nord.

Bien sûr, je m’exécute. Mais les 10 minutes de retard accusées par son TGV sont sur le point de tout changer.

Paris Gare du Nord – Paris Montparnasse

Je la récupère en panique, nous nous précipitons vers le métro. Je souffle derrière les touristes perdus, je joue des coudes et me faufile entre les mous du genou.

Ces quelques mois à Paris m’ont transformée en experte du comportement métropolitain.

« On l’aura jamais… »

Arrivées sur le quai, je découvre avec horreur que le métro ne fonctionne plus. La masse noire de la foule me signale qu’est venu le temps de chercher un Uber.

Nous remontons à la surface, le Uber prend DES PLOMBES à se bouger. Les cinq minutes de l’appli passent comme des heures et je perds patience.

Nous sautons donc dans un taxi. Tant pis, ça coûtera plus cher mais au moins nous avons bon espoir d’arriver à l’heure.

Je presse un peu le chauffeur qui ne semble pas comprendre l’URGENCE de la situation.

« Je vais pas brûler les feux rouges ! » qu’il me sort. Non mais l’audace je vous jure, comment ça il ose respecter le code de la route alors que je suis en retard ?!

Je décide donc de devenir insupportable, mais il n’en avance pas moins lentement. Mon agacement me noue le ventre. Mon amie et moi entrons dans un silence tendu, à attendre que les feux interminablement nombreux passent au vert.

Bien sûr, ce soir, les vacances commencent pour les Parisiens. Les bouchons ne manquent pas à l’appel. Et pour couronner le tout, un attentat vient d’être déjoué au Louvre…

Je pense arriver au bout du rouleau, mais je ne sais pas encore que mes peines viennent de commencer.

En arrivant à Montparnasse, nous sautons littéralement du taxi en marche, en lui balançant un billet. Je hurle comme une dératée :

« ARRÊTEZ LE TRAAAAAIN ! »

(À peine drama queen.)

Je me précipite en bas des escaliers en ignorant les conseils d’éloignement de la bordure du quai, attention au départ. Je me jette sur la porte du train qui me file tout bonnement entre les doigts.

YES.

Je tiens à préciser que je venais de passer une semaine éreintante et nulle, ce qui rendait ce voyage à Bordeaux plus important que tout pour ma santé mentale.

Paris – Trou-du-Cul-les-Oies

Je me tourne, en pleurs, vers ma pote. Je viens de perdre toute ma thune, et plus encore : ma vie entière est ruinée !

Elle tente de me consoler tout en allant échanger son billet. Effectivement, elle peut partir le lendemain matin à 6h sans payer grand-chose de plus, son train en provenance de Lille ayant été retardé.

Je ne connais pas le même sort, je devrais repayer un billet au prix fort… Mes sanglots redoublent. Je me résigne à passer le week-end à Paris.

Mais mes potes déjà présentes sur Bordeaux me supplient de trouver une solution. Après tout, nous devions passer deux jours de retrouvailles faits de de franche rigolade et de bon vin.

Je reprends mes esprits et sacrifie mes derniers euros pour l’option la plus sheitan de France : le Ouibus.

Je pars à 22h et j’arrive à Bordeaux à 6h. Je ne dormirai pas beaucoup mais tant pis, le jeu en vaut la chandelle.

Je laisse donc ma pote partir en direction du sommeil, chose dont je ne verrai pas la couleur cette nuit.

Je m’installe dans le siège du bus. Finalement, pas si mal ces engins ! Je me mets même plutôt à l’aise.

Je décrète que je dormirai après la pause annoncée par le chauffeur, autour de minuit. Je lance un film sur mon ordi. Sa batterie est presque vide, celle de mon téléphone aussi mais pas grave, les Ouibus offrent carrément des prises.

La pause de minuit passée, je baisse mon siège pour entamer ma nuit qui ressemblera davantage à une sieste. Voire une siestouille.

En effet, le deuxième arrêt du bus me réveille brutalement. Qu’est-ce qu’on fout ? On est arrivés ?

Une tempête. Non mais vous y croyez ? Une fucking tempête stoppe net le bus dans son élan. Le voix du chauffeur résonne :

« Les poids-lourds ne peuvent plus circuler à cause de la tempête, les vents soufflent trop fort. Nous devons rester ici jusqu’à… midi. »

Il est à peine 2h du matin.

Ça doit être à ce moment-là environ que j’ai pété les plombs.

Forcément, impossible de dormir dans le bus. Pour le coup, le siège ne m’apparaît plus du tout confortable, les gens commencent à ronfler, mon voisin se colle à moi, je pleure de rage.

J’envoie des messages dramatiques à mes potes, je suffoque, je ne PEUX PAS rester ici jusqu’à midi c’est IMPOSSIBLE !

Mais mon téléphone s’éteint. Mon ordinateur s’éteint. Les prises Ouibus ne fonctionnent plus. Je deviens folle.

Je pars en quête d’une source de courant. Nous nous sommes arrêtés sur une aire d’autoroute en pleine nuit et seule la lumière provenant de la boutique me sort de l’obscurité.

J’y rassemble des chaises pour me créer un lit de fortune à côté de la prise.

Pendant que mon téléphone se recharge et que je tente de m’assoupir, la lumière de la boutique traverse mes paupières et Céline Dion hurle dans tout le magasin qu’elle est bien en vie.

De quoi devenir bien zinzin.

Trou-du-Cul-les-Oies – Aire d’autoroute flippante

À 4h du matin, je prends la plus grande des décisions. Je vais à Bordeaux. Mais pas à midi, non. MAINTENANT.

L’auto-stop me traverse l’esprit. Oui, c’est vraiment ce qu’il y a de mieux à faire, à 4h du mat’ paumée sur une autoroute à Trou-du-Cul-les-Oies.

Petit update sur ma tenue : j’ai chaussé mes mocassins et enfilé une chemise le matin-même pour aller travailler, ils ne m’ont pas quittée, mais j’ai troqué mon pantalon pour un jogging hideux afin de me mettre à l’aise dans le bus.

Pas de pause démaquillage : mon mascara dégoulinait le long de mes yeux rougis et se mêlait plus bas à ma morve.

Je ressemble à un zombie en after.

Je pars donc à la recherche de la bonne âme qui saura me conduire jusque Bordeaux. Je pense que c’est la première fois de ma vie que j’ai ressenti du réel dégoût dans les yeux des gens en m’apercevant.

Je les suppliais tant qu’ils se retrouvaient forcés de faire semblant de ne pas m’entendre et de regarder ailleurs.

Enfin, un homme m’approche en me demandant de me calmer. Oui, il m’emmènera à Bordeaux.

Je saute de joie ! Mais je découvre vite que mon chauffeur possède une voiture minuscule dans laquelle est engoncée une imprimante géante.

« Tu peux te mettre à l’arrière, la banquette est baissée pour pouvoir caser l’imprimante mais tu vas bien trouver un petit coin pour t’asseoir. »

À ce stade j’agis sans une once de réflexion. JE VEUX ARRIVER À BORDEAUX PTN.

Dans ma totale inconscience du danger, j’embarque dans le bolide de la mort, assise sur un bout de banquette repliée, sans ceinture.

Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis qu’il y a vraiment des conséquences très graves au manque de sommeil.

Ça me fait peur de savoir que je suis capable d’une chose pareille, moi qui suis d’habitude si prudente. J’ai peur des algues dans la mer, mais des mecs chelous qui me prennent en bagnole sur l’autoroute à 5h du matin, ça, ça passe ?

Dans un éclair de conscience, je mets mon GPS en marche, pour vérifier qu’il m’emmène bien à Bordeaux.

J’envoie des messages à mes amies déjà sur place (qui à ce moment-là essayaient de louer une voiture pour venir me chercher et me sauver de ma détresse) leur disant qu’un mec adorable me déposera à 7h à la gare.

Je leur assure que le gars est trop sympa, que j’ai confiance, que tout se passe à merveille.

Dans la petite Clio, une ambiance toute différente règne, en réalité.

Le mec devient de plus en plus étrange, me demande si ça ne me fait pas peur de monter avec un inconnu, m’interroge sur la façon dont je vais pouvoir le remercier, tente de s’inviter chez moi pour une soirée tous les deux à Paris.

De mon côté, je sens bien qu’il faut que je le caresse dans le sens du poil. Je joue la naïve, lui promets monts et merveilles et je prie simplement pour que rien de tout ça n’arrive.

Fatigué, mon commandant de bord m’annonce qu’une pause s’impose.

Débarquée sur une aire bien plus petite que la première, comprenant simplement des toilettes, je me pose honnêtement la question de savoir si je remonte avec lui ou non sachant qu’il est en train de rouler un gros joint.

Aire d’autoroute flippante – Village inconnu

Toujours guidée par cette envie un peu incompréhensible d’arriver à Bordeaux le plus vite possible, j’embarque dans la voiture en m’auto-convaincant qu’il ne fumera pas de drogue au volant.

Quelle n’est pas ma (fausse) surprise quand il allume calmement son oinj en m’en proposant. Je refuse, je m’indigne un peu de son manque de responsabilité, mais ma vie reste quand même entre ses mains alors je n’insiste pas.

Je vais crever mais j’ai plus le choix.

La petite Clio se transforme rapidement en aqua.

Je tente de rester concentrée sur le GPS pendant que le gars me montre que quand il lâche le volant, avec le vent énervé de la tempête, la voiture dévie. On manque de rentrer dans les branches traînant sur la route.

J’ai donc ré-embarqué dans… mon cercueil. Comme une boloss.

À environ une heure de l’arrivée prévue (à 7h), mon chauffeur me demande s’il peut faire un « petit détour » pour déposer sa grosse imprimante.

J’acquiesce avec beaucoup de dépit.

Le petit détour dure une heure. Nous arrivons donc à 7h dans un petit village, et ma mission devient d’extraire ce monstre de 400 kilos du coffre, et de le faire rouler jusqu’au local dédié, toujours en mocassins et jogging du dimanche.

Plusieurs mecs du village au regard libidineux nous viennent en aide.

Village inconnu – Bordeaux… at last

Après une bonne heure de travail de biceps, nous reprenons la route.

À ce moment-là, j’essaie de me persuader que cette histoire, une fois qu’elle se sera bien finie, deviendra une anecdote très marrante pour pécho en soirée.

(Pas du tout en plus, ça nique l’ambiance et tout le monde me regarde avec des yeux ronds d’incompréhension en me sortant que je suis inconsciente.)

Le seul problème, c’est que je me retrouve à l’avant de la voiture, avec un VRAI siège, et un déficit de sommeil d’environ 47 heures.

Je m’endors donc comme une grosse masse en 0,3 secondes. Plus personne pour mater le GPS.

Je me réveille 2h plus tard, dans le gaz, avec le même mec au volant qui m’annonce qu’on est arrivés.

— C’est ici la gare ? Ça ressemble plutôt à une friche industrielle…
— Non non t’inquiète c’est pas loin à pieds !

Je sors en vitesse de la voiture avec un certain étonnement d’être encore en vie.

Mon fidèle allié, le GPS, m’annonce la mauvaise nouvelle : je suis à 50 minutes à pieds de la gare. Il est 11h du matin. J’ai un sac plutôt lourd. J’ai dormi deux heures dans un bolide de mort.

Heureusement, un bus vient me sauver. Bien sûr, je n’ai pas de monnaie sur moi. Mais le chauffeur, devant mon évidente détresse, me laisse monter gratis. Je l’aime d’un amour incommensurable.

Enfin, ENFIN, je rejoins mes potes à… 11h30.

Paris – Bordeaux, avec du recul

J’ai passé de loin le voyage le plus long et le plus riche en rebondissements de toute ma vie. C’est en le racontant à mes amies que je me suis rendu compte que j’avait été totalement inconsciente et débile.

Deux ans plus tard, j’ai pris pas mal de recul par rapport à cette aventure. J’en parle souvent avec légèreté alors que tout aurait pu très mal se finir, et je m’en rends compte.

Je pense que la fatigue et la déprime dont j’étais l’objet à l’époque (à cause d’un stage et d’études qui ne me correspondaient et ne me plaisaient pas) m’ont mis en tête un objectif fixe dont je n’ai pas pu me défaire.

Une fois embarquée sur les rails (pas du train pourtant, lol), je ne me voyais pas m’arrêter ou revenir en arrière.

Si je fais ma psy à deux balles, je peux penser ça comme une métaphore de mon parcours et des mes études dans lesquels je ne m’épanouissais pas, mais que je continuais pourtant à suivre comme s’il n’existait pas d’autre solution…

C’était comme si ma vie ne dépendait que de l’arrivée à destination, dans une sorte de déni total de la dangerosité de la situation dans laquelle je m’étais embarquée.

Plus ça avançait, plus je me disais : c’est bientôt fini et tout va bien. Alors tout ira bien.

Raisonnement bof sensé.

J’ai quand même eu plus de chance que cette lectrice de Rockie qui elle, a subi un grave accident en restant dans une voiture malgré son mauvais pressentiment.

Bref, PLUS JAMAIS JE NE REFAIS DU STOP DE MA VIE.

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AlixM

AlixM

Alix Martino, à dire sur le ton de Paris Latino. Passion cinéma et cornichons.

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Commentaires

dansmaforet

Chaud cette histoire en effet
Malheureusement une fois dans la voiture je pense que j'aurais réagit comme toi, naivement si le mec s'allume un joint je suis capable de me dire "bah, ca me fait un peu peur, mais il doit avoir l'habitude"... :facepalm:

J'ai fait du stop quelques fois en journée, et ca s'est super bien passé.
Par contre une fois je me suis fait peur aussi, quand je rentrais de soirée en noctilien, bourrée, et que j'ai fait du stop dans ma banlieue mal famée pour éviter de me taper 40 minutes à pied... Ca s'est super bien passé, je suis tombée sur deux gars adorables qui m'ont déposée à la gare de ma ville, mais ca aurait tellement pu se passer autrement.
Quand on se rend compte qu'on est capable de faire des trucs aussi cons, ca fait réfléchir oui :eh:
 

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