Et si on faisait vacciner les garçons contre le papillomavirus ?

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Le vaccin contre le papillomavirus vous connaissez ? Il est efficace sur les hommes. Et pourtant, le Haut Conseil de la Santé Publique ne leur recommande pas la vaccination. Pourquoi ? Voici quelques explications.

Et si on faisait vacciner les garçons contre le papillomavirus ?

— Initialement publié le 28 février 2017

Le papillomavirus, ou HPV, est un virus sexuellement transmissible, qui peut être responsable du cancer de l’utérus, lorsque la maladie n’est pas suivie et traitée. C’est une MST très répandue, on en a déjà parlé à plusieurs reprises sur madmoiZelle, notamment par un témoignage dédramatisant cette (désagréable) expérience.

Il existe un vaccin HPV, recommandé aux jeunes filles avant le début de leur vie sexuelle, qui permet de pour se prémunir contre le cancer du col de l’utérus.

Il protège donc contre les HPV, c’est-à-dire les Human PapillomaVirus, ou plus simplement en français, le papillomavirus.

Un intriguant avis du Haut Conseil de la Santé Publique

Deux méthodes de prévention : le frottis et la vaccination.

Il existe deux méthodes de prévention : les frottis et la vaccination. À propos de cette dernière, nous avions vu passer il y a plusieurs mois un avis du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) qui a retenu notre attention.

Il y est recommandé de « faire vacciner les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH) » contre le papillomavirus, pour prévenir les cancers de l’anus.

Le cancer du col de l’utérus, qu’est-ce que c’est ?

Franck Chauvin, professeur et vice-président du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), nous a expliqué les modalités de développement du cancer du col de l’utérus :

« On sait depuis maintenant près d’une vingtaine d’années que le cancer du col de l’utérus est dû à un virus, le papillomavirus.

Cette découverte a valu à un Allemand [ndlr : Harald zur Hausen] un prix Nobel de médecine puisque c’est la première fois qu’on faisait la preuve d’une relation directe entre un cancer et un virus.

Il donne d’abord des papillomes, c’est-à-dire des tumeurs bénignes, qui dégénèrent ensuite en cancer.

La contamination par le virus HPV est une contamination sexuelle. Les hommes contaminent les femmes lors de relations sexuelles. »

On ne peut pas se protéger du papillomavirus grâce au préservatif, pour des raisons que l’on ne connaît pas encore très bien en réalité.

Mais selon Franck Chauvin ce serait probablement lié à sa taille, et au fait qu’il existe une contamination par les muqueuses même sans pénétration.

Cela conduit à une situation d’épidémie : il explique que 90% des femmes contracteront au cours de leur vie sexuelle le papillomavirus humain.

En France, l’évolution des papillomes donne lieu à 3 000 nouveaux cas de cancer par an, et 1 000 décès.

Un cancer très lent

Cependant, ces informations qui peuvent sembler alarmistes sont à prendre avec du recul, sans paniquer, comme l’explique Caroline Reiniche, sage-femme :

« C’est un cancer qui se développe lentement : entre la contamination par le virus et les premières lésions pré-cancéreuses il se passe 7 à 8 ans en général.

Entre une lésion pré-cancereuse et un cancer évolué c’est à nouveau plusieurs années. »

D’autant plus que Franck Chauvin confirme qu’ils sont très bien prévenus en faisant des frottis régulièrement :

« Le frottis protège très bien à condition qu’il soit bien fait, régulièrement, par des anatomopathologistes (ndlr : les spécialistes de l’analyse des tissus humains).

Quand on traite ces cellules pré-cancereuses (ndlr : qui ne sont donc pas encore des cancers), le taux de guérison est de 100% : le dépistage marche remarquablement bien. »

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Le papillomavirus, responsable d’autres types de cancers

Pour en savoir plus, nous avons décidé de rencontrer Caroline Reiniche, sage-femme à l’hôpital Bichat – Claude Bernard APHP.

Lors de notre rencontre, Caroline nous a confirmé que le papillomavirus pouvait aussi être responsable d’autres types de cancers :

« Ça donne aussi des cancers de la marge anale et des cancers de la gorge. C’est encore relativement émergent mais ça a l’air de s’empirer.

Et sur ces cancers-là, hommes et femmes sont concerné•es de la même façon, en fonction de leurs pratiques sexuelles.

Concernant les pratiques anales, il n’y a pas besoin d’être un homme qui n’a des rapports qu’avec des hommes pour en avoir, ça concerne évidemment les femmes aussi.

Sur les cancers de la gorge, les rapports oraux-génitaux sont assez répandus chez les hommes comme chez les femmes.

Donc ces cancers-là vont concerner tout le monde quel que soit le type de sexualité. »

Le papillomavirus est responsable de cancers de l’anus et de la gorge, par lesquels tout le monde peut être touché.

Le vaccin permettrait donc de protéger de ces cancers-là également. Mais pourtant, jusqu’ici, seules les femmes sont vaccinées. 

On commence juste à recommander aux « HSH », c’est-à-dire aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, de se faire vacciner également.

Quant aux hommes hétérosexuels, l’avis du Haut Conseil de la Santé Publique ne leur recommande pas la vaccination. Nous nous sommes donc demandé pourquoi, alors même que :

  • d’une part, les hommes y compris hétérosexuels ne sont pas à l’abri des cancers de l’anus et de la gorge
  • d’autre part, ils sont vecteurs de transmission de ce virus aux femmes, pouvant par la suite provoquer un cancer du col de l’utérus.

Alors pourquoi le HCSP n’inclut pas les hommes hétéros dans sa recommandation ? Le Conseil l’explique par la combinaison des facteurs suivants :

« L’efficacité et la tolérance des vaccins HPV, les aspects médico-économiques, l’absence de protection indirecte des HSH par la vaccination des femmes et l’acceptabilité de la vaccination chez les hommes. »

Soit pas exactement l’explication la plus limpide ! C’est justement ces éléments de réponse que nous avons essayé de comprendre.

Pourquoi le vaccin est-il réservé aux femmes et aux HSH (Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) ?

Ces explications nous ont, de prime abord, laissées relativement sceptiques. Quels sont ces « aspects médico-économiques », et qu’est-ce que « l’acceptabilité de la vaccination » ?

Caroline Reiniche nous a éclairées sur ces points, entre le coût du vaccin et de la campagne de communication nécessaire pour faire passer un message complexe, un sexisme et une homophobie latente, et des incertitudes sur l’efficacité au long terme dudit vaccin :

« Ce qui est très compliqué c’est que c’est un virus. À l’heure actuelle […] on a choisi de vacciner contre les souches oncogènes, celles qui sont responsables du cancer [ndlr : il en existe d’autres non responsables de cancers].

Mais il y a toujours la possibilité qu’il existe d’autres souches oncogènes, qui pourraient profiter de l’espace laissé par celles contre lesquelles le vaccin protège.

Peut-être qu’il n’y en a pas, auquel cas c’est génial, mais peut-être aussi qu’il y aura d’autres souches et que le taux de cancer ne diminuera pas.

On ne peut pas le savoir à l’avance, c’est ça qui est compliqué. Surtout que comme c’est un cancer qui se développe très lentement, on ne saura cela que dans 60 à 70 ans.

Mais le bon sens dit que c’est un vaccin qui semble efficace bien qu’on ne sache pas combien de temps (15, 20, 25 ans…). […]

Par contre, ce qu’on sait, c’est qu’il n’est pas dangereux, pas plus qu’un autre médicament : tout médicament efficace a des effets secondaires.

Il reste dans une limite rare et acceptable en termes de bénéfices potentiels à la population générale. »

Si on ne vaccine pas les hommes, c’est une question de budget ?

Nous avons contacté directement le Ministère des Affaires sociales et de la Santé, qui oriente les politiques publiques en matière de santé.

Le vaccin n’est pas dangereux, mais on ne sait pas combien de temps il est efficace et s’il protège bien contre toutes les souches possibles.

Le service de presse du ministère nous a renvoyées vers « le service de presse de l’Inca [ndlr : Institut national du cancer] qui sera le plus à même de pouvoir répondre à vos questions ».

C’est donc vers eux que nous nous sommes tournées, sans obtenir beaucoup de résultats :

« [Le vaccin] pourrait être recommandé aux hommes. Pour l’instant il ne l’est pas. On y travaille pour voir si c’est faisable à l’avenir. C’est en cours d’évaluation. »

Le but principal de ce vaccin : viser le cancer du col de l’utérus

Pour parvenir à comprendre la politique de santé appliquée, nous nous sommes donc retournées vers les émetteurs de l’avis qui l’a visiblement guidée, le Haut Conseil à la Santé Publique.

J’ai pu interviewer à ce sujet là Franck Chauvin, son vice-président déjà cité plus haut, qui m’a apporté leur éclairage :

« La question de s’attaquer au vecteur, au réservoir, se pose. Mais pour le moment il a paru plus intéressant de faire vacciner les femmes […] parce que les cancers dus aux HPV qui sont les plus graves apparaissent chez les femmes. »

En effet, la prévalence des cancers dus aux HPV est supérieure chez les femmes par rapport aux hommes, selon le rapport du HCSP à ce sujet-là :

« On estime qu’en Europe la proportion de cancers attribuables aux HPV s’élève à 0,7% chez les hommes (versus 4,5% chez les femmes).

Globalement, les données rapportent une prévalence des HPV plus faible chez les hommes que chez les femmes. »

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Des facteurs « médico-économiques » et « pragmatiques »

Un critère important pour les politiques publiques : que cela ait un effet positif sur la santé, tout en étant rentable.

Une autre des raisons invoquées est l’aspect médico-économique : c’est-à-dire le coût de cette vaccination généralisée comparé au bénéfice qu’elle pourrait apporter.

Le rapport mentionne cet aspect en concluant ceci :

« Dans un contexte de couverture vaccinale basse chez les filles, la vaccination des garçons apparaît coût-efficace [ndlr : c’est-à-dire rentable] sous réserve d’une couverture vaccinale élevée.

[Mais] améliorer la couverture vaccinale chez les filles reste davantage coût-efficace. »

C’est aussi ce que nous avait expliqué Caroline Reiniche lors de notre rencontre :

« En termes d’économie de santé on met toujours ça en balance avec le bénéfice attendu de la diminution des coûts de soin du fait qu’il y a moins de cancers du col et peut-être de la marge anale et de la gorge.

C’est comme ça que fonctionne le monde de la santé en général à l’heure actuelle : il faut qu’il y ait un bénéfice de santé et un bénéfice économique d’investir autant d’argent, parce qu’il coûte cher, ce vaccin. »

Mais selon Franck Chauvin, qui insiste sur l’aspect « pragmatique » de la mesure, le fait le plus important est le suivant :

« C’est de l’épidémiologie, des avis très techniques, on sait que pour protéger une population d’une épidémie ce n’est pas nécessaire de faire vacciner tout le monde.

Pour faire simple, vacciner un tiers de la population est suffisant. Si on protège les femmes, on ne pourra plus les contaminer. […]

C’est une approche pragmatique, on vise la disparition du cancer du col, donc on met tous nos moyens dans les efforts pour généraliser le vaccin chez les filles. »

Pas de vaccin pour les hommes hétéros… et pas de dépistage non plus ?

Malgré des réponses acceptables, un certain nombre de questions restent en suspens.

Tous les arguments avancés par les différentes parties sont légitimes. Cependant, cette décision pose question.

Selon le même rapport du HCSP évoqué plus haut, d’autres pays ont par exemple généralisé le vaccin aux garçons, tels que les États-Unis, l’Australie, ou encore l’Autriche, alors pourquoi pas la France ?

Si l’objectif « pragmatique » est vraiment d’éliminer le cancer du col, pourquoi ne pas en supprimer aussi les vecteurs que sont les hommes, en les vaccinant ?

D’autre part, pourquoi ne pas apporter de solutions à ceux qui pourraient être protégés des cancers de la gorge ou de l’anus ?

Ils revêtent pourtant également des enjeux sanitaires. Par exemple, la Revue Médicale Suisse explique à propos des cancers ORL (oto-rhino-laryngologie) la chose suivante :

« L’incidence du cancer de l’oropharynx est actuellement à la hausse et le risque augmente avec certaines habitudes sexuelles. […]

Une majorité des cancers de l’amygdale et de la base de la langue est liée à l’infection à papillomavirus humain (HPV). »

Caroline Reiniche estimait également qu’il serait tout de même intéressant de se poser la question.

En effet, si une stratégie de dépistage existe bien pour le cancer du col de l’utérus, ce n’est pas vraiment le cas pour les autres cancers liés au HPV :

« Pour les cancers de la marge anale et de la gorge qui peuvent toucher tout le monde, on n’a pas de stratégie de dépistage efficace.

Donc on les découvre à un stade avancé, beaucoup plus difficiles à prendre en charge et beaucoup plus souvent conduisant à une mortalité. »

« La santé au sein du couple repose toujours sur les épaules des femmes »

En réalité, selon Caroline Reiniche, l’absence de vaccination des garçons relève aussi d’un « double combo sexiste et homophobe » :

« Si ce qui est mis en avant dans cet avis c’est la protection des HSH, ça veut dire que si on vaccine tous les garçons, on accepte que tous les garçons de 14 ans auront peut-être un jour des relations sexuelles avec des hommes.

Et ça, on n’y est pas prêt. Il n’y a pas grand monde dans la population qui est prêt. La Manif pour Tous va nous tomber dessus. »

Et cela se combine avec un second biais, qui se présente notamment sous l’argument de « l’acceptabilité de la vaccination chez les hommes » qui est donné dans l’avis du HCSP :

« Ce vaccin a été créé pour la prévention du cancer du col […], après, se pose la question de savoir si les hommes seraient d’accord de se faire vacciner pour protéger les femmes.

C’est la même chose qu’avec l’acceptabilité de la contraception masculine : ses effets secondaires sont toujours mis en avant alors qu’on ne se pose pas la question de ce que les femmes sont obligées d’accepter, parce que les conséquences sont pour elles.

Un coup c’est pour être enceinte et c’est sur elles que ça retombe, et un coup c’est un cancer du col qui a été transmis par un conjoint masculin : c’est quand même elles qui vont avoir le cancer. »

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Finalement, peut-être que le facteur décisif, combiné à tous ceux qui sont cités, c’est le fait que « la santé dans le couple repose beaucoup sur les épaules des femmes » selon Caroline Reiniche :

« Ça fait partie des nombreuses inégalités du quotidien qui seraient à améliorer et qui sont tellement ancrées qu’effectivement on ne voit pas où est le problème à dire dans une recommandation que ce n’est pas la peine de vacciner les hommes hétérosexuels, parce qu’ils sont protégés par leurs femmes. »

Et toi, as-tu été vaccinée contre le papillomavirus avant de débuter ta vie sexuelle ? Savais-tu que ce vaccin est efficace sur les hommes ?

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Commentaires
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  • Pauline2944
    Pauline2944, Le 5 mars 2017 à 11h17

    Merci pour cet article. J'ai pour ma part appris il y à deux semaines lors de mon frottis de contrôle que j'avais des lésions pré-cancéreuses. Alors de savoir que les hommes devraient et pourraient être vaccinés contre cela me met un peu hors de moi...! Car même en se protégeant, en prenant une contraception etc etc comme vous le dites, tout repose toujours sur la femme mais à l'heure actuelle c'est moi qui ai ses lésions, les soins et les angoisses qui vont avec. Il y a de quoi vomir !

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