Ma mère est lesbienne, et je vais très bien, merci

Les parents de Cha sont divorcés, et chacun a refait sa vie avec une femme. Ils forment une grande famille recomposée heureuse et épanouie. Leur seul problème, c'est le jugement et l'intolérance des autres.

Ma mère est lesbienne, et je vais très bien, merci

Publié initialement le 5 octobre 2014

Si j’écris ces lignes aujourd’hui, c’est parce que l’heure est grave. Parce que les manifestations homophobes ne cessent pas, parce que l’on entend des choses dans les médias qui me font peur.

J’habite la ville de Toulon, dans le sud de la France, une ville au passé extrémiste (enfin, au passé, c’est vite dit : nous connaissons tous les joyeux chiffres de la région PACA), et aux réactions homophobes et xénophobes permanentes.

Je fais partie de ces gens qui ont le plus de belles-mères au monde : la maman de mon copain, la copine de mon papa… et la copine de ma maman. Et j’en ai marre d’entendre des réactions dans ce genre-là :

« Et que ta maman aime les femmes, ça te fait quoi ? Genre, t’sais, ça t’a traumatisée un peu ? Par rapport à toi-même ? »

Parce que c’est bien connu, l’homosexualité est une maladie et c’est transmissible, hein !

J’ai entendu tellement de conneries à ce sujet, je me suis insurgée tant de fois que je ne les compte plus.

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Un coming-out tardif

Mes parents, amours de lycée, se sont séparés l’année de mes treize ans. Ma mère avait déjà fait quelques expériences avec les filles, mais la complicité qu’elle avait avec mon père et l’amour qu’ils se portaient l’ont poussée à se marier.

Ils ont divorcé pour tout plein de raisons, à commencer par le fait qu’ils n’étaient plus heureux ensemble, qu’ils se connaissaient depuis très jeunes et que, surtout, même s’ils s’adoraient (et s’adorent toujours) ils n’étaient plus amoureux.

Quelques temps plus tard, ma mère a choisi de nous révéler son homosexualité.

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Jamais je ne me suis demandé si c’était « dans mes gènes », jamais je ne l’ai détestée, jamais je n’ai considéré que deux filles, c’était ensemble pour exciter les hommes (ce que j’ai entendu plus d’une fois). En fait, deux sentiments m’ont secouée.

Tout d’abord, je me sentais coupable. Je n’étais pas un enfant prévu au programme, loin de là, et je m’en suis voulue d’être arrivée dans sa vie à un moment où ses choix n’étaient pas définis, je m’en suis voulue de l’avoir poussée vers un schéma de vie qui ne lui correspondait pas.

Sauf que, comme je l’ai appris bien plus tard, ce n’était pas du tout le cas ; ma sœur et moi avons été aimées, sans contrainte aucune, et ma mère a aimé mon père. En aucun cas elle n’est restée avec lui pour moi.

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Il est hors de question de céder à la peur.

Mes parents ont été amoureux, même si je crois que ma mère a toujours su qu’elle préférait les filles au fond. Mais elle aimait mon père. Ils ont choisi de me garder, choisi d’avoir ma sœur. Choisi de se séparer quand ça n’allait plus.

Et puis j’ai eu peur. Pour elle. Peur qu’on lui fasse du mal simplement parce qu’elle voulait mener sa vie comme elle l’entendait et se promener dans la rue main dans la main avec sa compagne. Chose que, par peur toujours, je ne voulais pas qu’elle fasse.

Mais j’ai compris que la crainte n’allait rien faire avancer. Qu’il est hors de question de céder à la peur et de s’empêcher de vivre. Qu’on prendrait la répression en plein dans la gueule, mais qu’on la combattrait. Personne n’a jamais fait changer les choses en se planquant.

Ma maman, c’est une des femmes les plus fortes que je connaisse. C’est pas le genre à se laisser marcher sur les pieds, elle n’a pas froid aux yeux. Elle craint dégun comme on dit ici !

La seule chose qui comptait pour elle, c’était son bonheur et celui de sa famille et, pour ça, il fallait jouer cartes sur table. Et les choses se sont très bien passées, même si la démarche était effrayante pour elle : après quatorze ans de mariage, devoir se mettre à nu devant les gens qu’elle aimait, ce n’était pas évident.

Mon père a soutenu ma mère quand elle a décidé d’assumer son homosexualité.

Quand elle a décidé d’assumer pleinement son homosexualité, mon père l’a soutenue — même si je ne dis pas que ça a été simple comme bonjour pour lui… Se séparer de son épouse, c’est toujours un moment plein d’émotions intenses et contradictoires, et le fait qu’elle choisisse de refaire sa vie avec une femme lui faisait un peu bizarre au début.

Mais il ne l’a jamais lâchée, jamais. Il a fait partie de la discussion, et il a rencontré les copines de ma mère, tout comme nous.

Ça a pris un peu de temps, d’ailleurs, avant que nous rencontrions la première. C’était une étape importante. En ce qui me concerne, j’avais juste du mal à imaginer mes parents avec d’autres gens, comme tous les gosses j’imagine.

Ma sœur, elle, était un peu plus jeune que moi lorsqu’elle l’a appris : elle avait dix ans. Et comme elle était fan de Willow et Tara dans Buffy, elle a trouvé la nouvelle absolument géniale !

L’homophobie ambiante

Mais il faut avouer que j’ai toujours été la drama queen du gang, hein.

Ce qui m’a vraiment choquée, ce sont les réflexions que j’ai pu entendre. Il n’y en a pas eu dans ma famille ; pourtant j’ai tout plein d’oncles qui sont assez proches de certains clichés de virilité et d’idées arrêtées, mais leur sœur, c’est leur sœur, et si elle aime les filles, bah elle fait ce qu’elle veut. Comme quoi le moine, l’habit, tout ça…

Mais au lycée, dans la rue, dans le bus… ça a été différent.

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On m’a notamment demandé si j’avais peur que cela me rende homosexuelle. Bah ouais mec, t’approche pas trop, si j’éternue y a des risques pour toi aussi ! J’ai aussi eu une prof en terminale qui nous expliquait que les Grecs, dans l’antiquité, faisaient plein de choses qui nous paraissent sales aujourd’hui, du genre la pédophilie et l’homosexualité.

Je ramenais pas souvent ma fraise en classe, mais là j’ai vu rouge. Pour la dernière fois, il n’y a RIEN de comparable entre les deux. RIEN. Et quand je l’ai souligné à la prof, elle m’a demandé de sortir dans le couloir, et une de mes camarades de classe a lâché « Ahhh, donc elle est gouine ! ». Ça vous donne une idée du niveau qui nous entoure parfois.

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Des normes familiales absurdes

Aujourd’hui encore, les droits des familles homoparentales sont remis en cause (car oui, ce sont des familles, n’en déplaise à certains politiques ). Ça me révulse. Ce n’est pas parce que j’ai un papa et une maman que ma famille est plus « famille » qu’une autre, et ce n’est pas parce que ma maman aime les filles que ma famille n’en est pas ou plus une !

Ma sœur et moi allons très bien, merci. J’ai aujourd’hui 25 ans, j’aime très fort toutes mes belles-mères et je suis entourée de gens qui m’apportent du soutien et de l’amour.

Nous avons eu une demi-sœur du côté de mon père. Tout le monde s’entend à merveille, ma mère fait partie de la vie de cette petite : on fait des grandes bouffes tous ensemble, on a des projets communs, des tas de discussions.

Se retrouver à la même table que ses parents divorcés, ses deux belles-mères et sa demi-sœur, j’ai conscience que ça peut paraître bizarre. Moi, je trouve juste ça génial.

Toutes les familles sont belles quand elles vous apportent ce genre de choses.

J’ai conscience que le fait d’avoir grandi avec un papa et une maman pourrait me faire sentir « hors cause ». Mais pour moi, l’équilibre familial, ce n’est pas de grandir avec un modèle mâle et un modèle femelle. Que ce serait triste !

J’ai évolué avec tout un tas de gens différents qui, gravitant autour de moi, m’ont apporté ce qui compte le plus : leur amour et leur soutien.

Nous n’accepterons jamais leur haine.

Ma mère a un couple d’amies qui élèvent leur petit garçon avec de belles valeurs. L’une d’elles est une ex-copine de ma mère avec qui nous nous entendons toujours super bien. J’ai été très émue à la naissance de son fils. Elle est une maman formidable, beaucoup d’enfants donneraient tout pour vivre un quotidien aussi épanouissant que celui qu’elle offre à son fils avec sa compagne.

Je connais aussi moi-même un très beau couple de personnes trans qui s’occupent parfaitement bien de leur fils, et qui ont dû soulever des montagnes d’injures pour qu’on reconnaisse leurs droits.

Et que l’on vienne leur dire que, parce que leurs orientations sexuelles ou leurs identités de genre ne correspondent pas à des normes tenues en haute estime par des intégristes, ils ne sont non seulement pas capables d’élever leurs enfants mais qu’en plus ils ne forment pas une famille, cela me paraît aussi irréel que rédhibitoire !

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Alors au nom de tous les enfants de familles considérées « hors-normes » ou « contre-nature », je dirai simplement que non seulement nous n’accepterons jamais cette haine, mais, en plus, que nous n’avons attendu ni l’avis ni la bénédiction des personnes de la Manif Pour Tous pour exister.

Et nous ne les attendrons pas.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Cecelight
    Cecelight, Le 8 décembre 2016 à 17h34

    A copier et envoyer à tous ces politiques qui osent définir les autres.

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