Mes origines et moi, du Maroc à l’Alsace — Nos Racines

Mymy est le fruit d'un drôle de mélange, entre les clochers alsaciens et les mosquées de Marrakech. Cette double identité fait partie d'elle, même si ça ne se voit pas forcément.

Mes origines et moi, du Maroc à l’Alsace — Nos Racines

— T’es d’où, toi ? T’as l’air un peu méditerranéenne… espagnole peut-être ? Grecque ? Italienne ?

Les gènes de mes parents ont bien bossé pour se mélanger : personne ne devine jamais mes origines. Ma peau pas tout à fait pâle et mon nez, disons, de caractère lancent les curieux sur une piste pas 100% franco-française, mais je suis la moins typée de ma fratrie.

Ces deux origines font partie de moi, irrémédiablement.

Ma mère marocaine a rencontré mon père alsacien dans le Sud-Est de la France (pas tout à fait à mi-chemin mais pas loin) et ils ne se sont plus quittés. De cette belle union sont nés trois lardons : mes deux sœurs et moi.

De ma mère, elles ont pris une peau un peu plus mate, de belles boucles brunes ; moi j’ai hérité du châtain alsacien, et d’un tarin qui fait la fierté familiale.

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Et même si je n’ai jamais vécu au Maroc, et passé seulement les premières années de ma vie près de Colmar, ces deux origines font partie de moi, irrémédiablement.

Haut-Rhin d’hiver, Casablanca d’été

Les souvenirs liés à mes deux patries sont très différents.

Les souvenirs liés à mes deux patries sont très différents.

Déjà, ce sont des souvenirs de longues vacances en famille ; je me rappelle de mon incrédulité quand des potes de primaire allaient déjeuner chez leur grand-mère. Moi, mes grands-mères, elles étaient à des centaines de kilomètres de chez moi, et pas dans la même direction en plus !

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Noël, c’était l’Alsace : la famille étendue réunie autour du sapin, le repas de fêtes avec une pièce de gibier ou un plat traditionnel, les petits bretzels de l’apéro, la montagne de cadeaux. Parfois il neigeait, ça sentait la soupe et le pain de campagne, et on finissait par s’écrouler, repu•es, sous des édredons de plumes.

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En été, le rituel était immuable : 36h de route dans une voiture pleine à craquer pour rallier Casablanca avec tou•tes les autres immigré•es qui revenaient au pays pour quelques semaines. Une fois reposé•es et décrassé•es, on passait un mois au bled, à rendre visite à tout le monde, à jouer sur la plage, à manger du maïs grillé face à l’océan, à se pomponner au hammam.

Pas exactement ça mais pas loin.

Je n’ai jamais vu Marrakech en hiver, et rarement vu Mulhouse en été. À chaque origine sa période de l’année, c’était le plus pratique et ça faisait un rituel réconfortant qui me permettait de savourer tout autant le thé à la menthe que le jus de pomme artisanal rangé au sec dans la cave de mon grand-père.

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« Mais tu te sens plus française ou marocaine ? »

Dans mon collège, il y avait plein d’élèves de plein d’origines. Des Marocain•es, des Tunisien•nes, des Sénégalais•es, des Espagnol•es… ou plutôt des « descendant•es de », puisque la grande majorité étaient, comme moi, les enfants d’un•e ou de deux immigré•e(s).

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Tout ce beau monde discutait de ses origines, de sa sensibilité, de ses fiertés, avec les mots maladroits d’adolescent•es qui se cherchent. Et moi, au milieu de tout ça, je me sens principalement française (c’est ma nationalité, c’est ici que j’ai vécu toute ma vie)… Mais clairement pas française « de souche », pas à 100%.

Je me sens principalement française, mais clairement pas française « de souche »

Le tajine fait autant partie de mes amours culinaires que la blanquette de veau, et je me sens autant chez moi à Casablanca qu’à Mulhouse. Je partage avec bien d’autres enfants d’immigré•es des habitudes, des souvenirs, des rituels que ne connaissaient pas mes copains allant déjeuner chez leur grand-mère.

Et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai adoré L’Arabe du Futur ♥

Mon identité ancrée… et fluctuante

Mon identité, la façon dont je me perçois, ce n’est pas d’être française, ni d’être marocaine. C’est d’être franco-marocaine. Plutôt que de choisir mon camp, je savoure ce mélange, les opportunités et l’ouverture d’esprit qu’il m’apporte, la diversité des expériences qu’il m’offre.

Mon identité, c’est d’être franco-marocaine.

Il y a des choses que je regrette, comme le fait que je ne parle pas arabe ou que je n’ai pas vécu longtemps en Alsace. Mais ce n’est rien face au bonheur d’avoir deux patries, deux pays et deux cultures à découvrir et enrichir, deux langues dans mes oreilles en vacances, deux familles riches dans leurs différences comme dans l’amour qui les rassemble.

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J’ai fini par encrer ces réflexions dans ma peau, en passant sous le dermographe pour mon premier tatouage. Le motif, qui a mûri tranquillement dans mon cerveau avant de finir sur mon bras, réunit mes deux racines : une maison alsacienne posée dans le désert marocain, surmontée d’une cigogne, oiseau symbolique qui passe la moitié de sa vie en Alsace et l’autre en Afrique du Nord, posant son nid au sommet des minarets et des clochers.

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Être arabe… incognito

J’ai donc les gènes de mon père, et avec mes cheveux colorés (en vert puis rose puis bleu), personne ne soupçonne que je suis arabe. Je ne souffre pas de racisme et c’est plutôt cool parce que le sexisme me casse déjà bien les ovaires. J’ai des origines… invisibles.

J’ai des origines… invisibles.

Parfois, cette invisibilité me blesse un peu. Quand je suis avec des gens d’origine maghrébine qui se sentent obligés de m’expliquer leurs références, quand des gens regrettent qu’il n’y ait « que des blanches » chez madmoiZelle, quand zozo au bar se sent assez à l’aise pour me faire part d’une réflexion raciste sans se douter que ma Marocaine de mère vaut mille fois sa petite personne méprisable…

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Parfois, ça me fait du bien de côtoyer d’autres descendant•es d’immigré•es maghrébin•es et de parler de nos expériences en commun, de plaisanter sur toutes ces petites choses qui font partie de notre vie. C’est un peu comme rencontrer un•e Français•e alors qu’on passe du temps à l’étranger : d’un coup, on se sent un peu chez soi !

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Au final, je suis vraiment heureuse de ces deux origines. Je trouve que le métissage est un vrai plus, une richesse intellectuelle et humaine que je n’échangerais pour rien au monde. Et jamais je n’utiliserai le deuxième prénom, à consonance « franco-française », que mes parents nous ont donné à toutes les trois « au cas où » avoir un nom un peu typé nous pose souci… même si je l’aime beaucoup.

Je suis moitié arabe, moitié alsacienne. Et je n’y vois que du positif !

Suite à la création de ce formidable topic par Oprah Gaufrette sur notre forum (rejoignez-nous, on y est bien !), on a décidé de créer cette rubrique « Nos Racines », où on tentera de mettre régulièrement en avant vos histoires familiales. Si vous souhaitez participer, vous pouvez écrire à Mélissa ou sur son mail melissa@madmoizelle.com en précisant « Nos Racines » en objet du mail !
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Voici le dernier commentaire en date :

  • Cloclettedebxl
    Cloclettedebxl, Le 16 avril 2016 à 13h31

    Je suis née d'un papa américain portoricain (mes grands parents sont des immigrés portoricains) qui a vécu toute sa jeunesse à Brooklyn et d'une mère toulousaine. Après m'avoir eu à New York mes parents sont venu vivre en Belgique. Je devais avoir un an lorsque j'ai mis mon premier pied dans un bac à sable à Bruxelles. Mes premiers mots ont été en anglais. J'ai eu la chance de passer tous mes étés dans les midi-pyrénés où je me sens chez moi. J'adore le cassoulet, le pâté, le bon fromage, et les bons petits plats de ma grand-mère autant que ma philosophie très américanisée du "everything is possible" héritée de mon père. Et à côté de ça j'adore me déhancher sur ta la musique latine parce que c'est viscéral, ça vibre en moi. Mais Bruxelles reste ma ville natale où j'ai grandi où j'ai aimé, où j'ai partagé l'essentiel de ma vie et où je me suis construite. Il est vrai que les commentaires racistes (qui sont tous simplement issus d'une profonde ignorance et d'une éducation reçue) m'échappent car pour moi on est tellement tous des mélanges. On vient tous d'un mélange de civilisations, d'une histoire. Et pour moi c'est ça qui est beau. Chaque individu est unique. Dans mes amis proches j'ai par exemple un belgo-polonais, une irlandaise-libanaise, une belgo-grecque, franco-belge, belgo-hollandaise et j'en passe. Avoir des amis de différents horizons, histoires c'est tellement enrichissant je trouve. Il y a tellement de belles cultures. Mais j'ai vraiment été touchée par cette article car parfois on a aussi le sentiment bizarre d'être "différent" de pas trouver sa place, on cherche notre identité (grand problème qu'est cette idée absurde qu'on a de vouloir catégoriser les gens). Et c'est vrai qu'en grandissant j'ai eu du mal jusqu'au jour où j'ai compris que mon identité c'était pas l'une ou l'autre mais le mélange et l'histoire que je représente en un seul être humain. BREF Faisons l'amour pas la guerre !

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