La Manif Pour Tous piétine, mais la France avance. Et vous, M. le Président ?

Les moeurs ont évolué, l’opinion publique a suivi, mais le gouvernement ne bouge pas et les réactionnaires freinent des quatre fers. Monsieur le Président, c’est peut-être le moment d’intervenir...

La Manif Pour Tous piétine, mais la France avance. Et vous, M. le Président ?

La France avance. L’optimisme de ce titre peut surprendre, car il est vrai que depuis une semaine, la Manif Pour Tous orchestre soigneusement sa grande rentrée médiatique. Plateaux télé, émissions de radio, publication de tribunes, le collectif autoproclamé « défenseur de la famille » préparait en grande pompe sa démonstration de nombre prévue pour le dimanche 5 octobre.

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Hier, la Manif Pour Tous battait le pavé, une nouvelle fois. Des slogans d’un autre temps ont résonné dans les rues, une nouvelle fois. L’homophobie décomplexée s’est exprimée, une nouvelle fois. « On Ne Lâche Rien », clamaient ses partisan•e•s, tout de rose et bleu vêtu•e•s.

Mais la bonne nouvelle, c’est que deux heures avant leur départ, une autre manifestation avait lieu. Place de la République, plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées suite à l’appel de All Out, l’ONG également responsable de cette pétition pour l’égalité des droits de tous les couples et toutes les familles.

Elle a dépassé les 250 000 signatures en une semaine, et a été remise vendredi à Laurence Rossignol, la Secrétaire d’État en charge de la Famille.

Alors bien sûr, les quelques centaines de familles qui ont fait le déplacement « pour l’égalité » ne font pas le poids face aux 500 000 manifestants rose et bleus selon les organisateurs, 70 000 selon la police.

Avec un budget estimé à 300 000€ pour le rassemblement du 5 octobre, la Manif Pour Tous est imbattable au comptage. Mais c’est le seul terrain sur lequel elle peut encore gagner.

Personne ne doute une seule seconde que la France compte suffisamment de conservateurs et de réactionnaires pour remplir le parvis de la gare Montparnasse. En affrétant suffisamment de bus et de trains, je suis sûre qu’ils peuvent noircir l’avenue de la Grande Armée et les Champs Élysées, de la Défense aux Jardins du Louvre. À l’aise.

Mais celles et ceux qui représentaient la majorité des Français•es hier, c’étaient les quelques centaines d’hommes, de femmes, de jeunes, de vieux, d’enfants, rassemblées place de la République.

Photo : Guillaume Bonn

Un rassemblement quasi-spontané, dont l’appel avait été lancé quelques jours auparavant seulement. Trois mille personnes avaient répondu présent sur Facebook, quelques centaines se sont déplacées. Ce n’est évidemment pas le contingent des défenseurs de l’égalité au grand complet, mais uniquement quelques Parisien•ne•s venu•e•s pour envoyer un message aux médias accaparés par la Manif Pour Tous.

Étrange paradoxe que de devoir, en France, fière patrie des Droits de l’homme, se rassembler un dimanche pour défendre l’Égalité, valeur pourtant gravée au fronton de toutes les mairies, pendant qu’à quelques kilomètres, d’autres manifestent contre les droits d’autrui…

Ils et elles sont venu•e•s montrer le visage des familles d’aujourd’hui, nucléaires, monoparentales, homoparentales. Ces familles recomposées, suite aux accidents de la vie. Ces enfants, dont certains ont perdu un parent, mais gagné des beaux-parents qui les aiment comme s’ils étaient leur sang.

Des enfants, qui sont nés ailleurs mais ont grandi ici, désirés et aimés encore plus fort, comme pour compenser la distance qu’ils ont eu à parcourir.

Des familles, nombreuses, diverses, belles.

Photo : Guillaume Bonn

61% des Français•es considèrent les familles homoparentales comme des familles « normales »

Pendant que les chaînes d’information montraient en direct la progression du cortège de la Manif Pour Tous, un bandeau défilait sous les images, présentant les résultats d’un sondage IFOP pour le compte de l’Association des Familles Homoparentales.

Et ce sondage annonce les résultats suivants :

  • 61% des Français•es considèrent les familles homoparentales comme des familles « normales »
  • 57% des Français•es approuvent la décision de la Cour de Cassation, qui valide l’adoption d’un enfant conçu par PMA à l’étranger, par la conjointe de sa mère.
  • 53% des Français•es sont favorables à l’ouverture de la PMA pour les couples de femmes

Et même pour la GPA, qui n’existe pas du tout en France (alors que la PMA existe déjà pour les couples hétérosexuels), 55% des Français•es sont favorables à ce que le recours à une mère porteuse soit autorisé en France dans un cadre réglementé.

Photo : Laurent Hazgui

Consultez l’ensemble des résultats du sondage de l’IFOP sur l’homoparentalité

La France avance !

Vous voyez ? On y est, les moeurs ont évolué depuis longtemps, et l’opinion publique est en train de s’aligner sur la réalité des familles françaises.

L’année dernière, lors de l’adoption de la loi mariage pour tous, Jack Parker avait publié cette lettre ouverte aux anti, et ce message prémonitoire : « vous avez déjà perdu ».

À lire aussi : Lettre ouverte aux anti-mariage pour tous

Voilà plus d’un an qu’on sait que ces idées, leurs idées, les revendications de la frange conservatrice et réactionnaire de notre société étaient déjà dépassées. L’enjeu n’était pas de les combattre, l’enjeu est et a toujours été de les laisser derrière nous, de ne pas laisser ces idées entraver la mise en conformité des normes aux évolutions sociétales.

Les nouvelles familles ont besoin de sécurité juridique : il faut que les lois évoluent pour rendre compte de la diversité des réalités des familles d’aujourd’hui.

Et pourtant, malgré une opinion publique favorable, malgré des promesses de campagnes claires et univoques, les réformes se font attendre.

Photo : Guillaume Bonn

Un peu de courage politique, s’il vous plaît

Malgré la désinformation constante orchestrée par La Manif Pour Tous, malgré la succession de polémiques consternantes autour de « la théorie du genre », les Français•es sont majoritairement favorables à la PMA, et même à la GPA, à laquelle plusieurs membres du gouvernement ont pourtant rappelé leur opposition ferme.

À lire aussi : Rumeurs à l’école sur la « théorie du genre » et la sexualité

Alors aujourd’hui, je m’interroge. Monsieur le Président, mesdames et messieurs les membres du gouvernement, qu’attendez-vous désormais ?

Vous pouvez arrêter de multiplier les déclarations visant à « rassurer » les partisans de la Manif Pour Tous, et ce pour plusieurs raisons :

  • Ils n’ont que faire de vos déclarations, qu’ils choisissent de ne pas entendre quand elles vont dans leur sens (notamment sur la GPA)
  • Ils sont minoritaires
  • Ils sont déjà lourdement dragués par le Front National.

Je crois que nous sommes nombreux désormais, à avoir étiqueté dans notre entourage personnel ces « irréductibles », les derniers vestiges d’un temps et d’une idéologie désormais dépassés.

C’est le tonton raciste, la vieille tante acariâtre, le gendre Vieille France ou la grenouille de bénitier. Lorsqu’ils se lancent dans leur logorrée homophobe le dimanche au déjeuner, on échange des regards gênés, on s’excuse silencieusement auprès des autres convives, qui nous répondent d’un regard compréhensif qui veut bien souvent dire « on a le/la même, on compatit ».

On a appris à les ignorer, tout en sachant que ce n’est pas une solution, parce que leurs paroles blessent ceux qu’elles visent : ces gens qui « n’ont rien contre les homosexuel•le•s » les insultent pourtant directement, bien souvent juste après ou juste avant d’avoir prononcé ces mots.

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Alors quand les membres du gouvernement s’empressent de rassurer et prendre en compte les revendications obscurantistes de la Manif Pour Tous, ces gens se sentent légitimes à répandre leur peur de l’autre sous forme d’une haine à peine maquillée par leur ignorance.

Qu’est-ce que vous attendez ?

Aux membres du gouvernement, à Laurence Rossignol, Secrétaire d’État en charge de la Famille, mais surtout à vous monsieur le Président, je voudrais demander : qu’est-ce que vous attendez ?

Qu’attendez-vous pour entériner les promesses du programme sur lequel les Français•es vous ont élu ? 61%, 55% favorables à la GPA, 53% favorables à la PMA, ce sont des niveaux que votre propre cote de popularité n’a jamais atteints. Ce sont surtout des indicateurs que la société est prête à aborder sereinement les débats nécessaires à l’évolution de la législation qui touchent à la famille.

Vous vous étiez engagé à « ouvrir le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels ». Mais vous laissez encore aujourd’hui les juridictions trancher les adoptions intraconjugales au cas par cas. Vous laissez les enfants de couples homosexuels, de parents veufs ou divorcés dans l’incertitude en cas de décès de leur parent biologique.

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Vous vous étiez engagé à proposer « l’assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Mais vous laissez encore aujourd’hui les parents et proches d’une personne se déchirer au tribunal pour savoir s’il faut ou non honorer sa volonté.

À lire aussi : Suicide assisté, euthanasie : et vous, qu’en pensez-vous ?

Vous vous étiez engagé à mener ces réformes de société pour « rétablir la justice ». Évidemment qu’elles allaient rencontrer l’opposition farouche de ceux qui, de tous temps, ont toujours manifesté contre la liberté des autres.

Je ne me souviens pas avoir lu dans votre programme que ces réformes étaient conditionnés par une conjoncture économique favorable.

Je ne vois pas bien en quoi « la crise » et « le cadre budgétaire contraint » que l’on invoque tous les quatre matins seraient un obstacle à la tenue d’un débat national sur la PMA, la GPA et la fin de vie, ni d’ailleurs à l’adoption d’une loi famille qui tienne compte de la réalité et de la diversité des familles d’aujourd’hui.

On a compris que vous attendiez l’avis du Comité Consultatif National d’Éthique avant de vous prononcer sur la PMA, mais vous êtes déjà à mi-mandat. Pendant ce temps, une injustice perdure, car l’accès à la PMA est pour l’instant conditionnée à l’orientation sexuelle de la femme qui souhaite en bénéficier.

En une semaine, plus de 250 000 personnes ont signé la pétition d’All Out en faveur de l’égalité des droits pour tous les couples et toutes les familles. Quelques centaines se sont même déplacées physiquement, dimanche, place de la République, afin de montrer les visages de ces familles qui constituent aujourd’hui la réalité et la diversité de la France.

Cette France avance, et sauf erreur de ma part, elle va dans le sens des ambitions que vous aviez pour elle, lorsque vous étiez en campagne.

Aujourd’hui vous êtes au pouvoir, alors qu’attendez-vous ?

– Les photos sont extraites de l’album publié par All Out sur Facebook. En couverture : Lauren et Emma !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Patriarcaca
    Patriarcaca, Le 15 octobre 2014 à 1h32

    Kirjava
    (ceci dit, en contre argument au fait que réserver l'AMP aux couples hétéros est une discrimination, pour en bénéficier il faut justifier d'une infertilité qui affecte l'un des membres du couple) (mais j'ai la solution : ON SUPPRIME CETTE PHRASE ET MIRACLE ÇA MARCHE :supermad:)
    J'ai une réponse pour ça aussi !
    Il y a plein de couples hétéros qui sont stériles sans qu'il y ait de raison médicale. Si on les prend séparément, les 2 sont fertiles mais ensemble ils peuvent pas procréer (coucou, on est lesbiennes, pas stériles) et ils ont accès à la PMA (ou AMP tu as raison ^^) C'est un couple qui est stérile, pas des personnes. Et il y a discrimination, parce que même si dans un couple lesbien, une des deux est stérile, elles n'y ont toujours pas accès, alors qu'elles remplissent les conditions nécessaires prévues par la loi. Quand c'est un couple hétéro on va pas leur dire "Désolé vous avez qu'à vous mettre en couple avec quelqu'un avec qui vous pouvez avoir un enfant !". Les lesbiennes si => DISCRIMINATION :supermad:

    (Si besoin, j'ai plein d'autres arguments en réserve, il y a qu'à demander :boxing:)

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