La Loi Veil a 40 ans, mais le combat pour le droit de choisir est toujours d’actualité

Le combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps souffle ses quarante bougies, mais reste cruellement d'actualité. Même en France, oui.

La Loi Veil a 40 ans, mais le combat pour le droit de choisir est toujours d’actualité

Le 26 novembre 1974, Simone Veil défendait son projet de loi à la tribune de l’Assemblée Nationale. C’était une énorme avancée pour les femmes françaises, qui s’est obtenue au prix de négociations, et de violentes attaques.

À lire aussi : « Simone Veil, l’instinct de vie » : portrait d’une survivante, pionnière et engagée

Les opposants n’ont pas hésité à comparer l’avortement au génocide juif, oubliant au passage que Simone Veil était une survivante. Je suis incapable d’imaginer à quel point ces accusations ont pu la blesser.


Le 21 janvier 2014, j’étais dans l’hémicycle lorsqu’un amendement à cette loi était discuté. On voulait supprimer la notion de « situation de détresse », fruit d’un compromis, à l’origine, pour pouvoir accorder ce droit tout en stigmatisant tout de même sa jouissance : il ne fallait pas que le recours à l’IVG « se banalise ».

Mais quarante après, ce sont les attaques contre le droit des femmes à disposer de leur corps qui se sont banalisées. J’ai assisté, ce soir là, à l’Assemblée Nationale, à un débat anachronique. J’ai entendu des propos profondément choquants, insultants pour les femmes. Vous pouvez encore lire le compte rendu intégral de la séance sur le site de l’Assemblée, ou la synthèse que j’en ai faite le soir même, en colère contre ces hommes qui ont parlé des femmes en des termes hallucinant.

Je garde en mémoire l’intervention du député Olivier Véran, qui avait conclu son intervention par ces mots :

« honnêtement, vous devriez avoir honte »

Pas mieux.

40 ans plus tard, le bilan

Le recours à une interruption volontaire de grossesse en France est un droit pour toutes les femmes ne souhaitant pas mener à terme leur grossesse, dans le respect du délai légale de 12 semaines maximum. Ça, c’est la théorie.

Dans les faits, le recours à l’IVG n’est pas si simple.

Déjà, parce que l’on continue de faire peser sur l’avortement une présomption de souffrance, comme si le recours à cette procédure était nécessairement une démarche douloureuse. Parfois, il peut l’être, bien sûr, il ne s’agit pas de nier la douleur des femmes qui ont été contraintes d’interrompre une grossesse, et pour lesquelles ce processus s’est avéré traumatisant. On n’est pas obligé de sortir de la clinique le sourire aux lèvres, mais on n’est pas non plus tenue de s’en flageller. Il n’est pas inconcevable qu’un avortement se passe bien et soit bien vécu, ce qu’ont d’ailleurs affirmé des centaines de femmes, d’abord à travers une pétition, puis un blog de témoignages (lire ci-dessous).

À lire aussi : IVG : Je vais bien merci, la pétition qui brise le silence

Dans ce sujet pour le Journal de 20 heures, on insiste beaucoup sur la difficulté de la démarche. Aucun témoignage de femme ayant eu recours à une IVG sans l’avoir mal vécu n’est présenté.

« Orthogénie, c’est le terme « aseptisé » pour parler d’IVG, d’avortement ». Et sinon, pourquoi aurions-nous besoin d’un terme « aseptisé » pour en parler ? Quelle omerta grève encore cette procédure médicale, au nom de quoi ?

Ensuite, parce que l’accès même à cette procédure est entravée par des organismes militants, qui masquent leurs intentions en diffusant des informations fausses auprès des jeunes femmes qui les contactent. En mars 2013, Sophie Pierre-Pernaut avait testé la stratégie des anti-IVG, en contactant un centre d’écoute, et en se faisant passer pour une lycéenne enceinte qui souhaite avorter. La désinformation organisée par certains organismes militants contre le droit à l’avortement est édifiante.

En décembre 2013, une lectrice nous confiait son témoignage : elle s’était rendue sans le savoir dans un centre anti-choix. On l’avait mal renseignée, on lui proposait des examens complémentaires, des délais d’attente trop long…Jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle était en fait confrontée à des anti-choix. Et oui, cela se passait en France, il y a un an à peine.

D’anti-IVG à anti-choix

La nouvelle stratégie des « anti » est beaucoup moins frontale : prendre position contre le droit à l’avortement est difficile à assumer (on ne s’en plaint pas). Alors, les opposants adoptent des stratégies plus subtiles.

En luttant par exemple, contre le diagnostic pré-natal, un examen qui permet de détecter d’éventuelles malformations ou maladies génétiques présentes chez le foetus. Cette position n’est pas « anti-avortement », mais elle défend l’accès à une procédure pouvant amener les femmes à choisir de mener à terme leur grossesse, ou à l’interrompre.

À lire aussi : Quand les anti-choix instrumentalisent la trisomie 21

Et puis, il y a ceux qui défendent « un droit légitime » à l’avortement, en cas de viol par exemple, mais ne conçoivent pas qu’une femme puisse simplement choisir d’interrompre une grossesse. Parce qu’on oublie un peu vite qu’une grossesse mène à une naissance, donc à un enfant, dont il faudra s’occuper à vie (au moins légalement jusqu’à sa majorité).

Lire à ce sujet les propos de Jimmy Parat, pour la dernière entrée dans notre répertoire du sexisme en politique.

Et le cas de cet élu municipal est loin d’être une exception : pas moins de 92 sénateurs UMP avaient saisi le conseil constitutionnel en juillet dernier, pour tenter d’invalider la suppression de la notion de « situation de détresse » de la loi Veil. Une fois encore, l’argumentaire des 92 sénateurs trahissait une position anti-choix :

« Ils demandent ainsi au Conseil de vérifier la conformité de la loi égalité avec la Constitution, et plus précisément la constitutionnalité de la suppression de cette notion de « situation de détresse », qui est selon eux « contraire au principe de respect de tout être humain dès le commencement de sa vie. » :

« à travers cette référence à la «détresse» comme à travers l’exigence d’une « nécessité », la loi assume de dire que l’avortement ne peut être motivé que par des raisons graves qui rendent la poursuite de sa grossesse insupportable pour la femme. »

OU PAR SON CHOIX. Non vraiment, rajoutez ces quatre mots. On peut avorter pour des raisons médicales mais on peut aussi, soyons folles, interrompre une grossesse juste parce qu’on ne veut pas la mener à terme. Ça ne fait pas de nous des monstres, ni des irresponsables, et ça ne donne à personne le droit de juger notre choix.

Passons sur le fait que ces courageux défenseurs du « principe de respect de tout être humain dès le commencement de sa vie » admettent tout de même une exception : quand une femme est enceinte, visiblement, le « respect de tout être humain » s’applique en priorité à l’embryon qu’elle porte, puisque son choix à elle passe en deuxième lieu.

Voilà une belle démonstration de logique anti-choix. Ils ne sont pas tous opposés à l’avortement, ils admettent que l’IVG doit pouvoir être pratiqué, mais dans certains cas seulement. Et la simple volonté de la femme n’est pas une raison valable, bien entendu.

Mais je m’égare à commenter un texte qui ne mérite pas de l’être, sinon pour souligner que ce type de discours est toujours tenu en France, en 2014. »

Lire la suite de l’article : 92 sénateurs UMP affirment une position anti-choix [MAJ]

Nous sommes le 26 novembre 2014. Le discours de Simone Veil devant l’Assemblée Nationale en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps et pour l’accès à l’avortement a quarante ans. Ce combat, et ses détracteurs, sont toujours d’actualité. Bon anniversaire ?

À lire aussi : Un jour, j’ai voulu avorter…

La Loi, le combat des femmes pour toutes les femmes

France 2 diffuse ce soir à 20h45 une reconstitution du combat de Simone Veil, interprétée par Emmanuelle Devos, pour présenter et faire passer cette fameuse loi :

« Le 26 novembre 1974, les débats sur la loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) s’ouvrent à l’Assemblée nationale. Derrière ce texte, se tient une femme, Simone Veil. Pour le faire adopter, la ministre de la Santé et son conseiller Le Vert doivent rallier à leur cause les députés de gauche, du centre ainsi que l’Eglise. Parallèlement, Diane Riestrof, journaliste à L’Express, mène une enquête sur les femmes avortant clandestinement. »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Arsène Lapin
    Arsène Lapin, Le 30 novembre 2014 à 22h22

    Je vis en Espagne où le débat est brûlant et où les positions des anti choix sont sans cesse réaffirmées. Il éclate presque une guerre où chaque camp mène l’assaut, recule, puis gagne de nouveau du terrain!
    C'est comme si les femmes n'étaient plus qu'un corps exhibé et débattu sur la place publique. Mesdames, vous n'êtes qu'un même utérus qu'il faut réglementer.
    Ce recul, qui n'autoriserait l'avortement qu'en cas de viol ou de risques pour la santé de la mère, (et pas femme, souvenez vous, vous êtes des mamans avant tout) me semble révélateur d'une idéologie archaïque et non pas une prise de position "pro vie": La femme à qui est imposée une grossesse malgré son refus de la mener à son terme n'est-elle pas une vie? La procréation est érigée comme valeur sacrée, au détriment des individus. Je me demande donc: n'avons-nous toujours pas dépassés cette vision étriquée du sexe uniquement procréateur? "Mortels, vous êtes sur terre pour souffrir et non pas pour avoir des orgasmes à foison!"
    J'ai de plus en plus de mal à me persuader qu'en France, les choses sont différentes. Le militantisme me monte au nez avec autant de violence que la moutarde!
    Les grossesses indésirées et imposées le sont tout autant au détriment des hommes que des femmes. Réaffirmer tous ensemble le droit à l'avortement me semble salutaire!

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