La suppression de la carte scolaire : un bordel annoncé ?

Si tu as un peu suivi la campagne présidentielle les derniers mois, tu as sûrement entendu parler de la carte scolaire. Un concept abstrait qui semble pourtant très polémique. Tentative d’explication de ce qui risque d’être la source d’un énorme bazar à la rentrée. La carte scolaire, c’est quoi ? Pas facile d’en donner une […]

La suppression de la carte scolaire : un bordel annoncé ?

Si tu as un peu suivi la campagne présidentielle les derniers mois, tu as sûrement entendu parler de la carte scolaire. Un concept abstrait qui semble pourtant très polémique. Tentative d’explication de ce qui risque d’être la source d’un énorme bazar à la rentrée.

La carte scolaire, c’est quoi ?

Pas facile d’en donner une définition claire. La carte scolaire, c’est la répartition des élèves en secteur d’affectation géographique. Tu t’es déjà demandée pourquoi tu étais allée dans tel collège et pas dans tel autre ? La réponse tient dans ces deux mots : carte scolaire. L’idée est née il y a plus de 40 ans (en 1963), sous la législature de Georges Pompidou. A l’époque, le but avoué était de régler le flux des nouveaux élèves et d’aider à la mixité sociale. Pourtant, et depuis longtemps, l’échec de cette politique semble évident pour tous. Déjà en 1981, la loi Savary mettait en place les ZEP (Zones d’Enseignement Prioritaire), avec pour idée de donner plus à ceux qui en ont le plus besoin, et de lutter en partie contre les dérives de la carte scolaire.
pourtant, aujourd’hui, plus que jamais, cette stratégie de répartition géographique semble fixer les élèves les plus défavorisés dans les quartiers les plus difficiles.

Les problèmes posés par cette politique ?

Qu’est-ce qui a enrayé une si belle machine ? L’idée était louable, pourtant le concept semble désormais plus qu’usé. On estime généralement à plus de 30 % le nombre de « tricheurs » de la carte scolaire. Les tricheurs, ce sont tous ces gens qui trouvent X et Y raisons pour placer leur enfants dans des établissements d’une autre zone scolaire que la leur. Pourquoi ? Parce que l’école assignée n’a pas assez bonne réputation. Au nom d’un choix de langue particulier (peut-être fais tu partie de celles qui ont fait russe première langue, et japonais seconde langue, cumulés à l’option grec ?), de l’établissement d’une fausse adresse, d’un faux certificat médical, les catégories sociales les plus élevées – parce qu’elles sont les plus aptes à maîtriser les outils de la carte scolaire – désertent les zones défavorisées et s’orientent généralement dans les centre-villes. Elles remettent par là-même en cause l’idée de mixité sociale promue par la carte scolaire. Le symbole égalitariste que ce concept aurait pu être, perd ici tout son sens. Dans le cas des établissements scolaires publics fréquentés par des « riches », les frais d’inscription prennent souvent la forme de petits à coté, comme le loyer d’un appartement dans un centre-ville bourgeois. Est-il besoin de mentionner l’exemple des prix exorbitants des logements dans la carte scolaire du lycée Henri IV ? Loin d’être exceptionnel, cet exemple n’est qu’une version exagérée de ce qui se passe dans la plupart des villes grandes et moyennes. Par ailleurs, l’argument – des deux finalistes à l’élection présidentielle – avancé dans le débat sur la modification de la carte scolaire était son caractère privatif de liberté. Avec la carte scolaire, il n’est pas possible pour les parents de choisir l’établissement qu’ils jugent le plus adapté pour leur progéniture.


Illustration par colcanopa

Le nouveau projet

L’idée du nouveau gouvernement est précise : la suppression de la carte scolaire d’ici à 2009. Nicolas Sarkozy l’avait promis lors de sa campagne et, depuis quelques semaines, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, a la lourde tâche d’expliquer auprès de tous les partenaires sociaux le projet de loi du nouveau gouvernement. Les objectifs à atteindre sont les même que ceux avancés lors de sa mise en place : plus de mixité sociale, plus d’égalité.

Réactions

Cette mesure suscite d’ores et déjà un très grand débat. Comme le souligne Louis Morin, directeur de l’Observatoire des Inégalités, avec la suppression de la carte scolaire, il ne faut pas croire que la Courneuve va débarquer dans les établissements de Paris 7ème. Les collèges les moins réputés vont perdre encore plus facilement leur éléments moteurs et se transformer alors simplement en repères à cancres.
Selon M. Aschieri : « La désectorisation totale est une fausse liberté pour les familles car celles qui vivent dans les conditions les plus difficiles ne bougeront pas à cause des transports ou des moyens. » Pour contrer cet argument, le ministre de l’Education avance la mise en place de critères de mixité sociale dans les établissements, sans pour autant dévoiler leur essence. Mais, comme le souligne Farid Hamana dans Le Monde du 22 mai 2007, « Les expériences de suppression de carte scolaire se sont toujours traduites par une fuite des familles favorisées et une concentration des familles les plus populaires ou immigrés. La suppression génère encore plus d’inégalités. »
Louis Maurin conclut en estimant que le débat sur la suppression ou non de la carte scolaire n’est qu’un faux débat qui illustre l’absence de volonté politique de s’occuper d’une réforme en profondeur du système éducatif français. En référence à ce que le sociologue Pierre Bourdieu avançait dans Les Héritiers, l’école française est une machine de reproduction des inégalités sociales. Et, avec ou sans carte scolaire, il semble que ce soit l’ensemble du système scolaire qui soit en perdition.

Mesure hypocrite pour certains, salvatrice pour d’autres, on peut juste parier sans trop de doutes que la rentrée sera mouvementée. Et toi, qu’en penses-tu ? Quel impact penses tu que cette mesure aura ? En quoi cela risque de modifier la mission des prof’ ? Qu’est ce qui te semble le mieux : un libre choix scolaire ou une école égalitaire ?

 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Reiyel
    Reiyel, Le 5 juin 2007 à 18h03

    Ouais c'est bien ce que je pensais.

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