La suppression de la carte scolaire : un bordel annoncé ?

Pondu par Adeline le 29 mai 2007  

Si tu as un peu suivi la campagne présidentielle les derniers mois, tu as sûrement entendu parler de la carte scolaire. Un concept abstrait qui semble pourtant très polémique. Tentative d’explication de ce qui risque d’être la source d’un énorme bazar à la rentrée.

La carte scolaire, c’est quoi ?

Pas facile d’en donner une définition claire. La carte scolaire, c’est la répartition des élèves en secteur d’affectation géographique. Tu t’es déjà demandée pourquoi tu étais allée dans tel collège et pas dans tel autre ? La réponse tient dans ces deux mots : carte scolaire. L’idée est née il y a plus de 40 ans (en 1963), sous la législature de Georges Pompidou. A l’époque, le but avoué était de régler le flux des nouveaux élèves et d’aider à la mixité sociale. Pourtant, et depuis longtemps, l’échec de cette politique semble évident pour tous. Déjà en 1981, la loi Savary mettait en place les ZEP (Zones d’Enseignement Prioritaire), avec pour idée de donner plus à ceux qui en ont le plus besoin, et de lutter en partie contre les dérives de la carte scolaire.
pourtant, aujourd’hui, plus que jamais, cette stratégie de répartition géographique semble fixer les élèves les plus défavorisés dans les quartiers les plus difficiles.

Les problèmes posés par cette politique ?

Qu’est-ce qui a enrayé une si belle machine ? L’idée était louable, pourtant le concept semble désormais plus qu’usé. On estime généralement à plus de 30 % le nombre de « tricheurs » de la carte scolaire. Les tricheurs, ce sont tous ces gens qui trouvent X et Y raisons pour placer leur enfants dans des établissements d’une autre zone scolaire que la leur. Pourquoi ? Parce que l’école assignée n’a pas assez bonne réputation. Au nom d’un choix de langue particulier (peut-être fais tu partie de celles qui ont fait russe première langue, et japonais seconde langue, cumulés à l’option grec ?), de l’établissement d’une fausse adresse, d’un faux certificat médical, les catégories sociales les plus élevées – parce qu’elles sont les plus aptes à maîtriser les outils de la carte scolaire – désertent les zones défavorisées et s’orientent généralement dans les centre-villes. Elles remettent par là-même en cause l’idée de mixité sociale promue par la carte scolaire. Le symbole égalitariste que ce concept aurait pu être, perd ici tout son sens. Dans le cas des établissements scolaires publics fréquentés par des « riches », les frais d’inscription prennent souvent la forme de petits à coté, comme le loyer d’un appartement dans un centre-ville bourgeois. Est-il besoin de mentionner l’exemple des prix exorbitants des logements dans la carte scolaire du lycée Henri IV ? Loin d’être exceptionnel, cet exemple n’est qu’une version exagérée de ce qui se passe dans la plupart des villes grandes et moyennes. Par ailleurs, l’argument – des deux finalistes à l’élection présidentielle – avancé dans le débat sur la modification de la carte scolaire était son caractère privatif de liberté. Avec la carte scolaire, il n’est pas possible pour les parents de choisir l’établissement qu’ils jugent le plus adapté pour leur progéniture.

La suppression de la carte scolaire : un bordel annoncé ? 2007 05 29 cartescolaire2
Illustration par colcanopa

Le nouveau projet

L’idée du nouveau gouvernement est précise : la suppression de la carte scolaire d’ici à 2009. Nicolas Sarkozy l’avait promis lors de sa campagne et, depuis quelques semaines, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, a la lourde tâche d’expliquer auprès de tous les partenaires sociaux le projet de loi du nouveau gouvernement. Les objectifs à atteindre sont les même que ceux avancés lors de sa mise en place : plus de mixité sociale, plus d’égalité.

Réactions

Cette mesure suscite d’ores et déjà un très grand débat. Comme le souligne Louis Morin, directeur de l’Observatoire des Inégalités, avec la suppression de la carte scolaire, il ne faut pas croire que la Courneuve va débarquer dans les établissements de Paris 7ème. Les collèges les moins réputés vont perdre encore plus facilement leur éléments moteurs et se transformer alors simplement en repères à cancres.
Selon M. Aschieri : « La désectorisation totale est une fausse liberté pour les familles car celles qui vivent dans les conditions les plus difficiles ne bougeront pas à cause des transports ou des moyens. » Pour contrer cet argument, le ministre de l’Education avance la mise en place de critères de mixité sociale dans les établissements, sans pour autant dévoiler leur essence. Mais, comme le souligne Farid Hamana dans Le Monde du 22 mai 2007, « Les expériences de suppression de carte scolaire se sont toujours traduites par une fuite des familles favorisées et une concentration des familles les plus populaires ou immigrés. La suppression génère encore plus d’inégalités. »
Louis Maurin conclut en estimant que le débat sur la suppression ou non de la carte scolaire n’est qu’un faux débat qui illustre l’absence de volonté politique de s’occuper d’une réforme en profondeur du système éducatif français. En référence à ce que le sociologue Pierre Bourdieu avançait dans Les Héritiers, l’école française est une machine de reproduction des inégalités sociales. Et, avec ou sans carte scolaire, il semble que ce soit l’ensemble du système scolaire qui soit en perdition.

Mesure hypocrite pour certains, salvatrice pour d’autres, on peut juste parier sans trop de doutes que la rentrée sera mouvementée. Et toi, qu’en penses-tu ? Quel impact penses tu que cette mesure aura ? En quoi cela risque de modifier la mission des prof’ ? Qu’est ce qui te semble le mieux : un libre choix scolaire ou une école égalitaire ?

 

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Les 10 dernières réactions à cet article

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  1. PandApple PandApple

    Le 04/06/2007 à 21h32

    Citation:
    Posté par Felouse
    Mdr Iaoranamoana, c'est toi qui le dis .

    Pour le reste, je sais même pas si (en réaction au post d'Astéria) on peut parler de "bons" "mauvais" "moyens" etc, c'est tellement subjectif tout ça, je prends mon "cas", j'ai de bonnes notes dans les matières littéraires donc, je ferais partie "des bons", cependant, dans les matières scientifiques je suis plus "moyenne", dans ce cas là, on me mettrait où?
    Faut vraiment prendre le problème dans son entierté, c'est trop facile de voir des bons, moyens, faibles tac-tac comme ça, =)..
    Je pense qu'elle parlait plutôt des eleves rigoureux dans le travail, par forcement ayant des bonnes notes partout, enfin je vois ça comme ça =)
  2. Reiyel Reiyel

    Le 04/06/2007 à 22h33

    Même s'ils ont 4h aller ils seront pas morts hein. Mais bon c'est pas pour ça que c'est bien...
  3. Akhana Akhana

    Le 05/06/2007 à 10h22

    Pour le sujet de départ, je pense plus ou moins la même chose qu'Atsu. Je comprends totalement que des parents pensent d'abord au bien être de leurs enfants et à leur réussite plus probable dans un bon établissement qu'à les sacrifier au nom de la mixité sociale. Si mes enfants étaient bons en primaire et dépendaient d'un collège mal réputé, je suis déjà convaincue que je ne me dirais pas "mes enfants ont de quoi réussir, donc je vais les mettre dans un collège avec un niveau et une ambiance pourris pour qu'ils soient l'élément moteur, youhou".
    Parce qu'évidemment ces choses là ne fonctionnent pas pour tout le monde, il y a des enfants très bons qui vont se laisser embarquer par le je m'en foutisme ambiant et d'autres qui effectivement vont assumer le fait de réussir (ce qui n'est pas facile partout; mon lycée n'avait rien de traumatisant, mais y réussir avait quand même pour conséquence d'être considéré comme un intello, alors que quand tu ratais gravement certaines matières t'étais très bien considéré : alors ce n'est pas difficile d'imaginer les conséquences dans des lycées ou collèges "à problème").

    Pour reprendre un cas personnel, mais qu'on peut je crois transposer pour tous les cas personnels donc pour un très grand nombre d'élèves, j'habite dans la "campagne" seine et marnaise, et je dépendais d'une fac bien loin de chez moi et bien moins réputée que la Sorbonne. Je ne vois pas comment on peut accepter facilement le fait d'être condamné, comme l'évoquait Estella à propos d'une amie, à stagner d'un lycée inconnu à une fac inconnue pour des raisons géographiques et sociales alors qu'on pourrait avoir le niveau pour réussir ailleurs. Et je rejoins encore Atsu sur l'exemple des classes Allemand; un lycée ou une fac à la réputation moins bonne et dont les profs s'adaptent au prétendu niveau ne va pas aider à se developper intellectuellement.
    De mon côté, si je suis à la Sorbonne c'est par un parcours tout ce qu'il y a de plus "légal", j'étais dans un lycée public, j'ai demandé une prépa à Paris et ai été retenue, et la prépa m'a affiliée à un parcours en droit à la Sorbonne. Ensuite, j'ai arreté ma prépa, mais mon inscription en 1ere année dans cette université me permet d'y être encore en maitrise. Pour le problème des niveaux boostés ou non, ça se retrouve, aussi, à l'université; j'ai eu ma première année au rattrapage, et j'ai commencé à défaut une ou deux semaines dans une fac de "banlieue". Là-bas on valide nos années avec une moyenne abaissée, et les exigences n'ont rien à voir. C'est naturel de s'adapter et au mieux, et au moins ! Je n'aurais rien foutu, j'aurais validé quand même mais aujourd'hui je pourrais toujours courir après les stages.

    Donc le problème n'est pas tellement le fait de mettre tels élèves avec telle proportion d'autres, c'est trop insuffisant, il faut vraiment agir à l'échelle des enseignants, de la volonté des écoles de s'améliorer, et la suppression de la carte scolaire, c'est une bonne chose au niveau personnel, une mauvaise d'un point de vue collectif, évidemment. Mais quelles solutions ? Pour moi elle devrait etre au moins supprimée à l'université, c'est le seul parcours qu'on retiendra ensuite sur le CV, instaurer des quotas, valoriser pour les élèves des zones défavorisées l'obtention de bourses motivantes dès le collège ou le lycée, et en parler aux parents pour qu'ils agissent en faveur de la réussite de leurs gamins ?
  4. Nééra Nééra

    Le 05/06/2007 à 11h28

    J'ai pas tout lu.
    J'habite en campagne, j'ai donc été dans un collège et lycée de campagne. Mon collège avait vraiment une sale réputation. J'ai néanmoins réussi et les profs étaient vraiment géniaux, après les gosses c'est une autre histoire.
    Mon lycée est un lycée réputé dans la région où vont tous les gosses de riches. Et moi en sortant de mon collège pourri j'ai quand même eu un bon niveau dans ce lycée.

    Je suis mitigée sur la question en fait. Je pense que d'un côté on devrait avoir le droit de choisir, et de l'autre, non. Pour les mêmes raisons évoquées plus haut.

    Mais ya aussi le problème des transports.

    Et puis je pense qu'un élève bon sera bon même dans un collège pourri, et qu'un élève mauvais restera mauvais dans un bon collège. (j'prends des clichés mais voilà)
  5. Reiyel Reiyel

    Le 05/06/2007 à 13h52

    Citation:
    Posté par Akhana
    Pour moi elle devrait etre au moins supprimée à l'université, c'est le seul parcours qu'on retiendra ensuite sur le CV,

    Euh. Il n'y a aps de carte scolaire à l'université, sauf exceptions, nan?
    Il me semblait qu'il n'y avait que dans quelques facs parisiennes qu'il y avait une sélection selon le lieu où on réside.
    En tut cas c'est clair qu'en province y a aucun problème pour aller à la fac de La Rochelle ou de Rennes en venant de Tours, même si le aprcours existe à Tours.



    (et pour l'histoire des intellos mal vus, c'est exactement pareil dans els 'bons' collèges et lycées tu sais...)
  6. Spleen Spleen

    Le 05/06/2007 à 15h07

    Si, tu es affectée à une université en fonction de ton lycée, même pas de ton adresse. C'est con d'ailleurs. Pour exemple, j'ai une copine qui fait 1h30 de trajet pour faire une section spéciale de mon lycée, et comme l'université est chosie en fonction du lycée, elle est affectée à une fac à 2h de chez elle, alors qu'il y en a une à 1/4 d'heure de sa maison, qui propose la même chose (et mieux réputée).
    Personellement la carte scolaire pour les collèges/lycées, en dehors des histoires de mixité sociale, y'a quand même des aberrations, c'esy découpé n'importe comment! Quand j'étais au collège, il y avait des élèves qui habitait la rue à côté du collège qui était obligés d'aller au collège à une demi heure de là car ce n'était plus le secteur. Moi, c'était pareil, j'habitais très près du collège de la ville A admettons, mais comme j'habitais dans la ville B, à la limite de la ville A, ben j'devais m'taper le collège super loin...
  7. Reiyel Reiyel

    Le 05/06/2007 à 15h17

    Citation:
    Posté par Spleen
    Si, tu es affectée à une université en fonction de ton lycée, même pas de ton adresse. C'est con d'ailleurs. Pour exemple, j'ai une copine qui fait 1h30 de trajet pour faire une section spéciale de mon lycée, et comme l'université est chosie en fonction du lycée, elle est affectée à une fac à 2h de chez elle, alors qu'il y en a une à 1/4 d'heure de sa maison, qui propose la même chose (et mieux réputée).
    Personellement la carte scolaire pour les collèges/lycées, en dehors des histoires de mixité sociale, y'a quand même des aberrations, c'esy découpé n'importe comment! Quand j'étais au collège, il y avait des élèves qui habitait la rue à côté du collège qui était obligés d'aller au collège à une demi heure de là car ce n'était plus le secteur. Moi, c'était pareil, j'habitais très près du collège de la ville A admettons, mais comme j'habitais dans la ville B, à la limite de la ville A, ben j'devais m'taper le collège super loin...

    Tu es d'où?
    Nan parce que vraiment, je connais des gens qui n'ont rien eu à faire de plus pour s'inscrire à l'autre bout de la France alors je comprends pas.
  8. Naleen Naleen

    Le 05/06/2007 à 15h32

    Reiyel, ça concerne la région parisienne (Paris et banlieue) et c'est particulièrement agaçant, d'ailleurs
  9. Reiyel Reiyel

    Le 05/06/2007 à 16h03

    Ouais c'est bien ce que je pensais.

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