Je suis homosexuel, merci de ne plus m’analyser

Mr.Q est homosexuel, et il en a un peu assez des expériences, recherches et documentaires visant à comprendre pourquoi il tombe amoureux d'un garçon et pas d'une fille. Zut alors.

Je suis homosexuel, merci de ne plus m’analyser

Le 24 mars dernier, France 2 diffusait un reportage intitulé Homo ou hétéro, est-ce un choix ?. Il s’appuie sur des théories scientifiques et sociétales pour trouver l’origine de l’homosexualité (féminine et masculine). « L’homosexualité n’est pas une maladie, on n’en guérit pas » : cette phrase ouvre le documentaire et c’est plutôt rassurant… Cependant, j’aimerais comprendre ce que vous cherchez vraiment, et dans quel but.

Parce que quand je vous vois comparer des testicules de boucs apparemment homosexuels avec ceux de boucs apparemment hétérosexuels, vous me faites flipper.

Depuis longtemps j’entends des débats, des reportages et documentaires plus ou moins intéressants sur l’homosexualité, cherchant à savoir si elle est « acceptable ou non », si je l’ai « choisie » ou pas. Aujourd’hui les gens veulent savoir si c’est inné ou acquis. Je ne rentrerai pas dans les détails des découvertes et hypothèses (parfois absurdes) que des scientifiques ont publiées.

Ce dont je veux parler, c’est du ressenti que j’ai face à ces études, face à ces « preuves » qu’on me met sous le nez… sans que je n’aie demandé quoi que ce soit.

Je suis une personne, pas un cobaye

Je suis fatigué d’être le sujet/objet de ces recherches. Alors quoi ? Je suis homo parce que ça vient de mon gène je-ne-sais-quoi ? Parce que j’ai reçu trop d’hormones féminines ? Parce que j’ai été trop proche de ma mère ? Du coup, c’est génétique ? Non ? C’est culturel alors ? C’est un peu des deux ? J’en sais rien, vous n’en savez rien, et j’ai envie de vous dire, je m’en tamponne l’oreille avec une pantoufle.

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Parce que plus vous cherchez, plus vous trifouillez dans des cerveaux de personnes homosexuelles, plus vous me faites peur.

Découvrir la source de l’homosexualité… pour mieux l’annihiler ?

Vous dites que prouver que l’homosexualité est génétique et donc innée permettrait de fermer le clapet des gens qui pensent que c’est un choix (un mauvais choix). C’est pas faux. Mais après ? Une fois que vous aurez trouvé mon fameux « gène homo » (s’il existe) ou la partie de mon cerveau qui fait que j’aime les hommes, qu’est-ce que vous allez en faire ? Qu’est-ce qui me dit que vous n’allez pas le sortir de moi, de ma tête ?

Quand vous aurez trouvé d’où ça vient, peut-être que vous aurez aussi envie de l’enlever, parce que dans le fond ça vous arrangerait bien.

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Je suis probablement pessimiste. Peut-être que vous êtes formidables et juste curieux, après tout c’est votre boulot de chercheur : chercher. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que si vous m’étudiez à ce point, c’est qu’il y a une raison qui me dépasse. Pour caricaturer un peu, ce que je cherche à vous dire, amis scientifiques, c’est que si un jour vous découvrez que mon orientation sexuelle provient d’un truc dans mon petit orteil gauche, alors il me suffirait de le couper pour être hétéro. Seulement, je n’ai aucune envie de me couper l’orteil — déjà que je tiens à peine debout malgré ma pointure 43.

Avez-vous pensé à étudier l’origine de l’hétérosexualité ? Non, tout le monde s’en fout : c’est « naturel », « à but reproductif ». Personne ne veut éradiquer l’hétérosexualité, faire changer d’orientation toutes les personnes hétérosexuelles. Bien des gens voudraient par contre que les homos « virent de bord ».

Alors j’espère juste que les intentions de tous vos confrères sont louables, qu’il n’y en a pas un un jour qui dira « On sait d’où ça vient… et je sais même comment l’enlever ! ».

Je ne suis pas malade, pourquoi m’ausculter ?

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Parce que comme vous le répétez souvent et à juste titre, l’homosexualité n’est pas une maladie, mais la manière dont vous la cherchez dans nos corps, dont vous vous immiscez dans nos intérieurs, me font penser que c’en est une. Vous nous faites cracher notre salive, vous décortiquez notre cerveau, vous faites des tableaux, des statistiques, des colonnes « hétéros » et des colonnes « homos », vous injectez des hormones à des rats et autres animaux pour voir si leur comportement va changer en fonction de leur sexe.

Vous m’effrayez.

Je ne suis pas un rat.

Ni rat de laboratoire, ni malade, ni… bonobo : juste un homo

Vous répétez aussi souvent (et je vous en remercie parce que votre intention est gentille) que des tendances homosexuelles sont présentes chez certains animaux, notamment les bonobos (qui font partie des bestioles les plus proches de l’homme) et du coup ne sont pas « contre-nature ».

L’ennui, c’est que ne suis pas NON PLUS un bonobo qui a des rapports sexuels environ 14565 fois par jour (je tiendrais pas le choc). L’autre différence, même si je ne met pas en doute les sentiments de nos amis les animaux, c’est que je tombe amoureux. Ce mec avec lequel je vais faire l’amour, il est probable qu’un jour j’ai aussi envie de passer ma vie avec, de lui dire « je t’aime » et autre mots doux sans qu’il n’y ait aucun but de fornication ou de reproduction derrière.

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Quand vous dites que l’homosexualité peut exister chez d’autres espèces, c’est cool. Quand vous étudiez ces espèces pour en savoir plus sur ma sexualité à moi, ça me dérange, parce que ma sexualité est intimement liée à mes sentiments et à ma conscience. Alors à moins que vous n’arriviez à me prouver que Richard le bonobo est super amoureux de Raymond le bonobo et ne le sera jamais de Sandra la bonobonne, je préfère ne rien savoir, je vous le dis tout net.

Je fais ce que je veux au lit, et ailleurs

Souvent j’entends, « l’homosexualité c’est juste que tu baises avec des gens du même sexe ». Oui, j’ai une vie sexuelle. Mais je peux aussi tomber amoureux. Je peux être en couple. Je peux même me marier. Parce que je n’en peux plus que dans le débat sociétal, mes relations amoureuses ne soient toujours ramenées qu’au cul, voici un double exemple de relou :

Gros con — « Un homme qui couche avec un autre homme ou une femme avec une autre femme, olala, c’est dégueulasse ! »

Gentil mais un peu relou à la longue — « Et alors ? Chacun baise avec qui il veut, ils font ce qu’ils veulent sous leur couette ! »

Oui oui, merci, je fais ce que je veux sous ma couette. Mais je veux aussi faire ce que je veux en-dehors. Encore une fois, je ne suis pas un bonobo. Je ne fais pas que baiser avec mon partenaire, je veux aussi me créer une histoire, une vie avec lui (enfin, quand j’aurai trouvé le bon : j’y travaille).

Qu’on soit né homo ou qu’on le devienne suivant notre environnement, c’est une fausse question. Est-ce un choix ? Certains disent oui, d’autres disent non et d’autres encore estiment que « Ce n’est pas un choix d’être homo mais c’en est un de l’assumer ». Je DÉTESTE cette formule plus que tout, genre encore plus que les brocolis vapeur.

Assumer son homosexualité c’est une forme de choix, si vous voulez. Mais imaginez-vous à ce croisement dans votre vie. Vous avez le choix entre :

  1. Ne pas assumer votre homosexualité, vivre toute votre vie dans le mensonge, être malheureux, rendre des gens malheureux, vous détester à jamais.
  2. Assumer votre homosexualité, subir une oppression, avoir peur du regard des autres, mais être amoureux sans vous mentir et connaître des moments de plénitude.

Disons qu’il y en a un qui vaut mieux que l’autre. Il y en a un ou on a quand même une chance d’être heureux et de s’en sortir sans trop de dégâts. Alors ce que j’ai envie de vous dire, c’est qu’assumer son homosexualité c’est autre chose qu’un simple choix entre frites ou potatoes, c’est une nécessité pour ne pas se réveiller un matin avec l’envie de se faire sauter la cervelle.

Et ça, c’est pas vos recherches sur mon gène de petit pédé qui vont vous le dire.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • A Lost Human
    A Lost Human, Le 8 novembre 2015 à 14h54

    J'ai envie de revenir en particulier sur la vidéo qui t'explique que le cerveau des homos et hétéros sont différents. La télé reprend très fréquemment de vielles études, souvent qui montrent les différences hommes/femmes, réalisés sur de très petits échantillons (ici 40 personnes) alors qu'il existe des études plus récentes fait sur un nombre bien plus raisonnable de personnes, qui démontrent qu'il n'y a aucune différence entre les cerveaux des femmes ou des hommes.
    Donc je penses que c'est la même chose ici, ça ne m'étonnerai vraiment pas qu'il existe au moins une étude sur un nombre beaucoup plus important de personnes qui montrent que les cerveaux des hétéros des homos n'ont aucune différences.

    Un exemple de ce phénomène, en 1982 des chercheurs ont mis en évidences un bien plus grand nombre de connexions entre les deux hémisphères chez les femmes que chez les hommes. Ceci est sensé expliquer pourquoi les femmes seraient capables d'effectuer plusieurs tâches en même tant alors que les hommes en seraient incapables. Cette étude portait sur 20 cerveaux conservés dans du formol. D'autres chercheurs ont réalisé ce type de mesures par la suite sur des centaines de cerveaux et n'ont trouvé aucune différence significative. Des chercheurs ont également affirmé que les cerveaux des femmes étaient plus petits que ceux des hommes et donc ces derniers ont des capacités intellectuelles plus développer. Ce qui a été biensur invalidé depuis.

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