J’ai subi du harcèlement au travail — Témoignage

Le harcèlement au travail, ce fut le lot d'Anouk pendant son alternance. Elle témoigne.

J’ai subi du harcèlement au travail — Témoignage

Quand j’avais 19 ans, je suis entrée en alternance dans une grosse entreprise connue. Au vu de mon âge et de mon expérience, je pensais qu’il s’agissait d’une chance en or. J’ai passé trois entretiens. Les deux premiers se sont bien passés et, au troisième, j’ai rencontré la directrice qui m’a dit qu’au moindre écart de ma part, elle détruirait ma carrière.

« C’est un petit milieu, tout le monde se connaît ».

Pensant à un test visant analyser mes réactions en situation de stress, je n’ai pas plus réagi que ça.

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L’arrivée en entreprise ou l’apprentissage de la peur

J’ai rapidement compris que mon entreprise marchait sur un système de peur pyramidale. Cette directrice tyrannisait les chefs qui tyrannisaient les employé•e•s. Tout le monde était effrayé. J’ai le souvenir d’un supérieur qui interrompait des réunions pour accourir dès qu’elle l’appelait.

Ma tutrice était entièrement dévouée à la directrice, qu’elle idéalisait. Je n’avais pas le droit à l’erreur — une faute d’orthographe pour un mail en interne me valait un quart d’heure de hurlement de la part de ma supérieure. Elle répétait en criant les mêmes phrases :

« Pourquoi tu as fait ça ? Dis moi pourquoi tu as fait ça ! Tu te rends compte, si la directrice voit ça ? »

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D’une manière générale, toutes les remarques de ma tutrice se cachaient derrière la peur de la réaction de la directrice. Je trouvais ridicule toute cette peur autour d’une seule personne mais les cris et remarques quotidiens de ma responsable détruisaient petit à petit mon moral.

Selon le site service-public.fr,

Le harcèlement moral se manifeste par des agissements répétés, qui ont pour effet une forte dégradation des conditions de travail du stagiaire, du salarié ou de l’agent public, qui :

  • porte atteinte à ses droits et à sa dignité,
  • ou altère sa santé physique ou mentale,
  • ou compromet son avenir professionnel.

Ces agissements sont interdits, même en l’absence de lien hiérarchique entre celui ou celle qui commet et celui ou celle qui subit.

J’arrivais le matin la peur au ventre, me demandant d’avance la raison pour laquelle ma tutrice allait me crier dessus aujourd’hui. Petit à petit, je perdais toute confiance et faisait en conséquence de plus en plus d’erreurs, lui donnant de plus en plus d’occasions de me crier dessus. Le serpent qui se mord la queue…

Mon entourage me demandait régulièrement pourquoi je n’agissais pas. Deux détails m’inquiétaient à l’idée d’agir :

  • Ma tutrice était très appréciée dans l’entreprise, j’avais donc peur que l’on ne me croie pas.
  • L’entreprise payait mon école, j’étais donc dépendante d’elle.

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La reprise en main

Trois mois après le début de mon contrat, n’en pouvant plus, je suis allée parler à la directrice des ressources humaines. J’ai déballé, en larmes, tout mon mal-être et elle m’a écoutée avec beaucoup d’intérêt, compréhensive, en me disant qu’il faudrait que je parle dans un premier temps directement à ma tutrice des soucis que je rencontrais avec elle.

Selon le site service-public.fr, les sanctions possibles sont les suivantes :

Sanction disciplinaire : Tout salarié du secteur privé ayant commis des agissements de harcèlement moral est passible de sanctions disciplinaires.

Sanction civile : L’auteur de harcèlement moral peut devoir verser à sa victime des dommages-intérêts.

Sanction pénale : Le harcèlement moral est un délit puni de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende.

Quelques heures plus tard, j’ai demandé à ma supérieure de lui parler en privé. Je lui ai dévoilé ce que je pensais et sa réponse m’a de nouveau mis un coup au moral.

« Je sais tout ça car la directrice des ressources humaines m’a convoqué. On est d’accord sur le fait que tu es immature et trop sensible. Tu prends tout pour toi. Je ne vais pas prendre de pincettes avec toi, ce n’est pas le pays des Bisounours. De nombreuses fois déjà, la directrice m’a crié dessus parce que toi, tu avais fait une erreur. Tu sais, si tu ne te reprends pas en main on mettra fin à ton contrat. »

À aucun moment ma tutrice ne s’est remis en question. Ce n’était pas une grande surprise pour moi car je ne l’avais jamais vue avouer ses torts… Me sentant au bord du gouffre, j’ai pensé à démissionner ou à aller chez le médecin me faire arrêter. On était vendredi et mes parents m’ont sagement conseillé d’attendre mon retour en entreprise le mercredi suivant avant de faire quoi que ce soit, arguant qu’elle avait beau faire la fière, ma tutrice allait sans doute réfléchir à tout cela pendant le week-end.

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Mon père et ma mère avaient raison. Presque miraculeusement, mes rapports avec ma tutrice se sont calmés à mon retour le mercredi suivant. Elle ne m’a plus jamais crié dessus et il nous arrivait même de discuter cordialement ensemble. Plus surprenant, je l’entendais régulièrement se plaindre de la directrice qu’elle trouvait de plus en plus ridicule.

Retournement de situation

Et puis, 6 mois plus tard, ma tutrice a disparu en arrêt maladie du jour au lendemain. D’abord deux semaines, puis deux supplémentaires, et ainsi de suite pendant près de deux mois. J’ai appris qu’elle était en burn-out. On m’a laissé les rênes de mon service : je me suis retrouvée seule et débordée de travail. Le pire était qu’en l’absence de ma tutrice, ma supérieure directe devenait… La directrice de l’entreprise.

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Tous les jours elle passait me voir, me faisant des remarques souvent acerbes, se plaignant de mon manque de performance, du fait que je faisais perdre de l’argent à l’entreprise. Je me souviens d’un fameux « De toute manière, on a bien compris que tu es un peu… lente à comprendre ».

Tout ce que j’avais vécu mes trois premiers mois en entreprise revenait me frapper de plein fouet. J’arrivais la peur au ventre, j’avais une pression énorme. Comme mon poste était central dans l’entreprise, ma conscience professionnelle me forçait à rester car je savais que sans moi, ils auraient de gros problèmes à garder le cap. Surtout, je tenais en comptant les jours, pensant que ça aurait été ridicule de démissionner à peine deux mois avant la fin de mon contrat.

Une fin heureuse

Finalement, ma tutrice est revenue deux semaines avant la fin de mon contrat et s’est excusée pour les premiers mois qu’elle m’avait fait passer dans l’entreprise. Surtout, elle m’a confié vouloir porter plainte contre la directrice pour harcèlement moral.

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Mon contrat s’est terminé un 11 juillet, le jour de l’obtention de mon diplôme de fin d’étude. À l’heure de mon départ, j’ai décidé d’envoyer un mail aux ressources humaines, recensant toutes les remarques et agissements que m’avait fait subir la directrice ces derniers mois. Et je suis partie. Mon copain m’attendait, une bouteille de champagne à la main, à la sortie de l’entreprise et m’a dit « Bon, ça, c’est fini » !

Quand y en a plus y en a encore

En septembre, un supérieur de l’entreprise m’a appelée. Mon ancienne tutrice était de nouveau arrêtée pour une durée indéterminée, il me proposait de bien me payer pour que je la remplace quelques jours. Il m’a bien précisé que je ne m’occuperais que de la partie technique et que je ne serais donc pas débordée.

N’ayant à l’époque pas d’autre plan que le chômage, je me suis dit que j’allais tester une journée et que, au pire, je repartirais aussi sec si ça se passait mal. Le jour de mon retour, la directrice m’a accueillie avec un grand sourire, vantant mes qualités et disant qu’elle était ravie de me revoir. Ça m’a fait rire… On m’a laissée tranquille et fait en sorte que mon retour se passe au mieux, allant même jusqu’à m’encourager à partir en avance.

Mais… il y a un « mais ». Il y avait ce supérieur, avec lequel je partageais mon bureau, et qui semblait obsédé par le fait que j’ai un copain. Tous les soirs, il me demandait si mon mec allait bien.

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Et puis il y avait ces remarques, compilées dans un carnet que j’ai toujours.

— Tu demandes quand les handicapés viennent pour voir si ton copain en fait partie ?

— Ça n’arrive pas qu’aux personnes sales, les MST : regarde, Anouk [moi, donc] est en couple et pourtant…

— Pourquoi tu ne m’aimes pas ? Je sais que tu es en couple mais tu ne m’as jamais invité à prendre un verre.

— Faut que je fasse gaffe avec toi, sinon tu vas me faire un procès pour harcèlement moral.

Harcèlement moral, le mot était dit. Je me sentais ridicule à l’idée d’aller à nouveau aux ressources humaines parler des violences que je subissais. Porter plainte risquait de porter atteinte à ma carrière. Alors j’ai décidé de simplement arrêter de travailler pour eux et je n’ai plus jamais remis les pieds là-bas.

Après le harcèlement…

À mon jeune âge, indiquer sur mon CV que j’avais passé plus d’un an dans cette entreprise était une grosse plus-value qui m’a permis de décrocher plusieurs entretiens. Pourtant, je ne trouvais pas de travail : soit je faisais en sorte de me dévaloriser, soit je refusais le poste quand on m’en offrait un. J’avais tout simplement peur de retourner travailler.

J’ai fini par aller voir une psy qui m’a beaucoup aidée à prendre conscience de tout ce que j’avais vécu et surtout à aller de l’avant : moins d’un mois plus tard, je commençais dans une nouvelle entreprise.

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Je sais que tout cela m’a laissé des marques. J’ai perdu une bonne dose de confiance en moi et avant de commencer un nouveau travail, j’ai toujours cette crainte que ça recommence. Mais j’ai aussi appris à réagir : aujourd’hui, je sais que je saurais me rendre compte du problème et avoir une réaction adaptée plus vite !

Je couve énormément mes ami•e•s quand ils me racontent des histoires similaires et je leur dis de faire ce que je n’ai pas fait : fuyez ! N’ayez pas peur de faire remarquer ce qui ne va pas. À quoi bon la conscience professionnelle quand notre moral s’écroule ?

Si vous êtes victimes de harcèlement, les recours possibles sont les suivants :

Procédure de médiation : La victime ou la personne accusée de harcèlement moral peuvent engager une procédure de médiation. Le choix du médiateur fait l’objet d’un accord entre les parties.

Recours devant le juge civil ou administratif : Si la victime relève du secteur privé, le conseil de prud’hommes peut être saisi pour faire cesser les agissements et obtenir réparation du préjudice subi. La victime doit présenter des faits permettant de présumer l’existence d’un harcèlement moral.(…)

La victime peut porter plainte dans un délai de 3 ans à compter des faits, puis se constituer partie civile.

Être fort•e, c’est aussi accepter de se dire que ça ne va pas, d’aller voir un médecin et d’en parler. Si aujourd’hui des madmoiZelles se retrouvent dans cette situation : vous n’êtes pas seules et il y a des solutions !

En bonus, deux pensées qui m’ont aidée à tenir pendant ces 18 mois à travailler pour cette entreprise :

  • Tout est éphémère. 
  • Les galères ne durent jamais toute une vie.
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