Trois monstres (toujours) cachés sous votre lit

Le croque-mitaine ou le wendigo, ça ne te fait pas peur ? Ça m'étonnerait que tu kiffes le retrouver sous ton lit pour Halloween !

Trois monstres (toujours) cachés sous votre lit

Publié initialement le 31 octobre 2014

Vous qui lisez ces lignes, vous êtes probablement des adultes. Des grands. Finies, les peurs enfantines ridicules, et les monstres dégueulasses qui essaient de vous attraper les petons depuis sous votre lit. Vous n’avez plus peur de sortir vos orteils de sous la couette, et on ne vous la fait plus, avec ces histoires à la Chair de Poule qui vous empêchaient de dormir.

Et alors Halloween, cette blague ! Une fête commerciale pour certain•e•s, un prétexte comme un autre pour picoler pour d’autres… et des gamins déguisés en citrouilles essayant de vous piquer votre réserve de bonbons. Comme si les gros yeux de leurs parents derrière allaient vous faire peur ! Vous, pour vous crisper, il vous faut au moins un bon film d’horreur avec du sang et du serial killer dedans.

Et pourtant ! Toujours prête à relever un nouveau défi, et parce qu’on n’est pas des bêtes chez madmoiZelle, j’ai décidé d’essayer de vous trouver quelques créatures qui vous colleront les miquettes à nouveau. Ma petite sélection, j’ose l’espérer, vous fera appeler papa et maman en pleine nuit pour qu’ils viennent chasser le vilain monstre sous votre lit. Ils seront ravis.

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Le Yeenaaldlooshii, ou le skinwalker grattant à votre porte

Il est peu probable que le mot Yeenaaldlooshii, que l’on prononce comme un souffle entre ses dents serrées, vous évoque quelque chose. En revanche, vous avez pu entendre parler du « skinwalker », cette créature humanoïde capable de prendre différentes formes. Vous ne seriez pas très loin du compte, mais il vous manquerait d’autres éléments pour faire de beaux cauchemars…

Le skinwalker est ce qu’on appelle, dans la fiction aussi bien que dans le folklore qui l’inspire, un métamorphe : un être capable de changer son apparence physique comme bon lui semble. La petite nuance en plus de notre ami, d’après la légende indienne, c’est qu’il le fait en usant d’une magie interdite et certainement pas dans le but de vous offrir des fleurs déguisés en lapinou joli (ou alors le lapin de Holy Grail, à la limite).

Donnie darko

Celui de Donnie Darko ça marche aussi.

On doit le mythe de cette charmante créature à des tribus indiennes d’Amérique du Nord, comme les Navajos. Ce sont ces derniers qui l’appellent le « yeenaaldlooshii », dont la traduction approximative serait « il se déplace avec à quatre pattes ». Le terme désigne un homme ou une femme ayant acquis d’une horrible manière le pouvoir de se glisser dans la peau d’un animal… dans le meilleur des cas.

À la différence du shaman, qui sert de médiateur spirituel au sein de la tribu, le sorcier versant dans la magie noire qui lui donnera le pouvoir de changer de peau (au sens littéral) a laissé son humanité en tribut pour devenir une bête. Car on ne devient yeenaaldlooshii qu’en commettant un acte abject : meurtre, inceste, viol, mutilation, nécrophilie… Faites votre choix.

« Bon, c’est pas un mec sympa, mais au fond s’il se contente de se changer en animal, où est le problème pour nous ? », me direz-vous en essayant de prendre un air assuré. Eh bien l’idée n’est pas de galérer dans l’espoir de devenir un tendre bambi folâtrant dans les bois. Le skinwalker est un être dément qui veut se faire aussi rapide et insaisissable qu’un animal doué d’intelligence humaine… rien que pour vous pourrir la vie. On atteint ici un très haut niveau de trollage.

Si certaines légendes racontent qu’il est reconnaissable à une certaine lueur (ou une absence de lueur) dans les yeux, il est fort possible que ce soit une technique comme une autre pour tenter de se rassurer. Autrement, il se change en ce qu’il veut comme il veut, et si vous commettez l’erreur de croiser son regard, vous risquez d’y laisser votre peau. Littéralement.

skinwalker supernatural

Le skinwalker peut voler votre corps, de préférence après lui avoir fait subir mille tortures, se faire passer pour vous et réserver le même sort à toutes les personnes que vous aimez, de vos parents à votre lapin Kiki — parce qu’il ne recule même pas devant le ridicule pour emmerder le monde (j’extrapole, mais vous avez saisi l’idée).

Quand il n’est pas occupé à suivre ce réjouissant programme, le skinwalker a tendance à attaquer les gens pour les tuer ou les mutiler. Il est cette ombre derrière votre fenêtre, ce bruit provenant du grenier. Il est ce craquement du parquet et ce coup sourd sur le mur. Il n’y a pas de branche d’arbre qui gratte à votre fenêtre. Il y a le yeenaaldlooshii.

Rassurez-vous cependant : comme bien des créatures malfaisantes issues du folklore, il ne peut rentrer chez quelqu’un sans y avoir été invité. C’est probablement encore un vieux truc de grand-mère pour tenter de se rassurer… mais rappelez-vous qu’il suffit de laisser entrer quelqu’un qui ressemble à votre grand-mère pour régler ce menu détail.

Le wendigo, l’ombre du cannibalisme

Ah, ils sont forts ces Indiens ! Peu de civilisations parviennent à imaginer des créatures aussi promptes à se cacher sous votre lit que les nombreuses tribus d’Amérique du Nord. Je ne résiste donc pas à la tentation de vous parler d’un autre joli petit mythe, qui nous vient cette fois des Algonquins : le wendigo, le cannibale maudit.

En vérité, difficile de savoir chez quel peuple la légende du wendigo a vu le jour pour la première fois, tant ce qu’il incarne a laissé sa marque sur de nombreux chemins d’Amérique du Nord. Tour à tour wendigo, mais aussi windago ou witiko, sa silhouette décharnée et déformée est le symbole de la famine ; ses yeux sans fond et le sang sur ce qui lui sert de visage représentent le cannibalisme engendré par cette famine.

Car l’esprit malveillant du wendigo est probablement né, dans l’imaginaire collectif des tribus indiennes, lors des longs hivers difficiles, où la nourriture venait à manquer et que la crainte de verser dans le cannibalisme, tabou suprême, faisait plus trembler que le froid qui gelait divers orteils.

wendigo

Créature de cauchemar, le wendigo change de forme selon les descriptions, mais qu’il soit de taille humaine ou impossible à appréhender pour notre esprit, il présente des caractéristiques qui se retrouvent de récit en récit. Squelettique, malformé, ses membres décharnés sont souvent trop longs, et sa peau, comme attaquée par le froid, la faim et la maladie, pend par endroits… enfin, quand il en reste encore.

Le wendigo a la dalle, et ce n’est pas bon signe pour vous. Il suffit pour s’en rendre compte de jeter un oeil à sa gueule dépourvue de lèvres, mais remplie à ras bord de dents pointues où se promènent les restes d’un repas douteux. Des petits plaisantins racontent que s’il n’a plus de lèvres, c’est parce qu’il les a dévorées. Quel boulet.

Fait intéressant, l’esprit du wendigo ne représente pas la peur d’être mangé, mais bien celle de manger. Dans la plupart des légendes, il n’est pas un monstre venu de nulle part, dont la menace plane en cas de famine : il est ce que l’on devient si l’on succombe à sa propre faim et dévore un autre être humain.

Inutile cependant de vous jeter sur le frigo, car vous pouvez aussi devenir un wendigo par la possession. Un wendigo peut en effet s’emparer de votre esprit, vous rendant fous, prêts à vous jeter toutes canines dehors sur le pauvre chat du voisin qui n’avait rien demandé. Puis sur le voisin lui-même. Bref, vous n’êtes pas à l’abri (et le voisin non plus).

Juste un mythe ? Ce comportement brusque et violent, s’il fut expliqué par les Indiens par la possession d’un esprit mauvais, est expliqué aujourd’hui par la psychologie. La « psychose du wendigo » décrit des tendances cannibales et des symptômes liés à la culture — c’est-à-dire que le sujet, devenu faible sous le manque de nutrition, est victime de délires qui le font se prendre pour un wendigo.

Le croque-mitaine, celui qui vous guette

Oui, c’est ça, riez ! Vous sortez d’un chapitre sur une espèce de truc humanoïde cannibale assoiffé de sang (j’en rajoute à peine), et voilà que je vous parle d’un vieux monstre nul qui ne fait même plus peur aux enfants aujourd’hui. Le croque-mitaine ? Ah ! Cette blague ! Et pourquoi pas le père Noël ?

Alors sachez, jeunes insolents, que d’une, si un vieux monsieur qui s’infiltre chez vous par la cheminée, vous ne trouvez pas ça flippant, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Et de deux : vous avez eu, et vous avez toujours peur du croque-mitaine. Pourquoi ? Parce qu’il incarne vos peurs les plus profondes.

boogeyman

On parlerait du « croque-mitaine » depuis le XVIème siècle. Les origines de la chose sont troubles, et les théories à propos de l’étymologie de son nom abondent, mais aucune n’est jamais satisfaisante. On a pensé à « celui qui croque/mange les doigts des enfants », ou « celui qui attrape »… tout en se demandant si ça avait un rapport avec les mitaines.

Le croque-mitaine existe dans toutes les cultures, et a un nom indéfinissable à chaque fois. « Boogeyman » en anglais, « El Coco » en espagnol, « Boggelmann » en allemand, « Babau » en catalan… Si on retrouve des points communs, rien n’explique pour autant les origines du monstres, qui ont pu se perdre, à l’image des contes, dans la transmission orale. Qui est donc cet individu peu rassurant dont tous les enfants ont entendu parler, et dont les adultes se souviennent ?

Le croque-mitaine est un symbole. C’est dans tous les cas un être maléfique, qui n’a rien de mieux à faire que de guetter les enfants dans le noir… ou du moins, c’est ce qu’ont pu raconter des parents excédés. Depuis des siècles, il est ce monstre dont on parle aux gosses pour qu’ils soient sages et finissent leur soupe. Du coup, il peut prendre toutes les apparences, protégé par la terreur que l’obscurité nocturne nous inspire déjà. C’est lui, sous notre lit, dans notre placard. C’est lui, l’ombre qu’on a cru apercevoir, le bruit qu’on a cru entendre.

Impossible de vous le décrire, il change tout le temps ! Selon les civilisations, selon les cultures, mais surtout selon ce qui vous fait peur, à vous. Si vous voulez, le croque-mitaine, c’est un peu un monstre-valise : il combine ce qui terrifie, permettant ainsi à tout un chacun de s’imaginer l’être le plus immonde possible. Pratique.

Il y a eu des sorcières voleuses d’enfants. Des monstres mythologiques un peu vagues, qui s’adaptent à toutes les histoires qui font peur. L’individu peu commode qui vient fouetter les enfants qui n’ont pas été sages pendant l’année. Même Slenderman, juste derrière vous, est un genre de croque-mitaine : vous savez que quelque chose est là, qui vous en veut. Vous ne savez pas pourquoi. Vous ne savez pas comment. C’est la peur de l’inconnu par excellence.

slenderman

Finalement, n’est-ce pas fascinant ? Le skinwalker est un homme qui sacrifie son existence pour pourrir la vôtre. Le wendigo est un homme qui a perdu la raison à cause de la faim. Et le croque-mitaine, médaille d’or de la perversion… vient des hommes et des femmes qui ont inventé et entretenu une menace indescriptible dans l’ombre pendant des siècles. Au bout d’un moment, pourquoi avoir peur des serpents difformes, des géants sanguinaires ou des génies malfaisants ? L’homme est un monstre pour l’homme.

Et vous, il ressemble à quoi votre croque-mitaine ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Chess Fenrir
    Chess Fenrir, Le 12 novembre 2016 à 19h58

    Doctor Who POOOOOOWER !!

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