Féminisme et féminité ne sont pas incompatibles !

Le féminisme s’invite de plus en plus souvent dans les médias, mais il a encore mauvaise presse, et peine à convaincre. Seules 58% des femmes s’en réclament ouvertement, selon un sondage publié par Grazia. Et les autres, alors ?

Féminisme et féminité ne sont pas incompatibles !

Vous avez bien lu : c’est le magazine Grazia qui publie les résultats d’un sondage, réalisé auprès de 1006 personnes, selon lequel 58% seulement des femmes se revendiquent féministes. Pourtant, dans le détail, 97% sont favorables à l’égalité salariales entre les femmes et les hommes, à postes et compétences équivalent•e•s.

Ces résultats posent deux questions :

  • Qui sont les 3% de femmes opposées à l’égalité salariale ? Expliquez-moi s’il vous plaît, je voudrais comprendre.
  • Pourquoi 40% de femmes réfutent-elles le terme « féminisme » alors qu’elles sont convaincues de la persistance des inégalités entre les sexes ?

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« La nouvelle féministe a le droit d’être féminine »

Grazia amène une piste de réponse dans la conclusion de son éditorial :

La nouvelle féministe a le droit d’être féminine, pas forcément tournée vers la théorie, mais ça n’en fait pas une potiche pour autant. Et surtout, Emma Watson a tapé juste : 71 % des Français veulent faire cette révolution « en alliance avec les hommes ».

Ce serait osé, nouveau, sans doute polémique. Mais si les mecs s’y mettent vraiment et sont prêts à abandonner leurs petits privilèges… Puisqu’on est tous d’accord, finalement, il est temps de donner au féminisme un grand coup de frais.

À Grazia, on ne va pas troquer nos talons pour des bonnets rouges, notre passion pour de la frustration, mais nous veillerons à tirer la sonnette d’alarme quand, en période de crise, le retour en arrière semble séduire. Nous serons là pour ironiser quand des pétitions absurdes sortiront de l’Assemblée ou d’ailleurs.

Présents aussi pour nous faire l’écho de ceux et de celles dont les actions, les phrases, les attitudes font bouger les choses, animés par un même état d’esprit : ouvert, libre et joyeux.

Ce texte appelle plusieurs commentaires, ou plutôt, plusieurs corrections.

« Donner au féminisme un grand coup de frais »

La révolution féministe « en alliance avec les hommes » n’a rien d’une nouveauté : c’est une nécessité. Le féminisme n’est pas « contre les hommes », il a besoin des hommes pour renverser le rapport de domination établi depuis des siècles. Et il inclut dans ses objectifs de libérer également les hommes des stéréotypes sexistes dans lesquels ils sont enfermés. Ce n’est pas parce qu’ils ont une position de privilège, de dominant dans la société, que cette position est forcément confortable.

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Il y a une certaine ironie à vouloir donner « un grand coup de frais » au féminisme, alors qu’on reconnaît que ses combats sont (malheureusement) encore et toujours d’actualité…

On peut bien reconnaître que certains modes d’actions de divers courants féministes peuvent crisper, rebuter, et engendrer des réactions parfois épidermiques. Nombreuses sont celles qui ne se reconnaissent pas dans les associations féministes militantes du paysage français, tout en partageant pourtant leurs objectifs. À titre d’exemple, les FEMEN sont loin de faire l’unanimité ; le Collectif La Barbe a également été critiqué à plusieurs reprises.

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On peut bien sûr adhérer à un mouvement, en théorie, sans pour autant être d’accord avec les actions de communication mises en oeuvre par les différents groupes militants qui l’animent. J’aime bien prendre le parallèle de l’association PETA, qui lutte pour les droits des animaux. Je me revendique végane, et pourtant, je vomis les campagnes de communication de PETA, qui tombent trop souvent dans le sexisme, le slut-shaming et les discriminations liées au poids, et à la pilosité des gens.

« Troquer notre passion pour de la frustration »

C’est une surtout une phrase de cet éditorial qui a mis le doigt sur un problème, qui, j’en suis persuadée, parlera à beaucoup de femmes :

On ne va pas troquer nos talons pour des bonnets rouges, notre passion pour de la frustration, mais nous veillerons à tirer la sonnette d’alarme quand, en période de crise, le retour en arrière semble séduire.

Comme si le féminisme et la féminité étaient incompatibles. Comme si on ne pouvait pas adopter un style « girly », chérir les plaisirs superficiels de l’existence, et vouloir jouir des mêmes droits que les hommes ! On peut être accro au quotidien des people, tout en s’insurgeant du sexisme ordinaire à l’Assemblée Nationale.

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On peut être féminine et féministe, ce n’est pas incompatible. On peut aimer la mode, les chiffons, la beauté, le maquillage, les talons aiguilles et détester les poils, on peut lire Grazia et être féministe, ce n’est pas incompatible.

En revanche, ce qui est incompatible avec le féminisme, ce sont toutes les injonctions, et notamment les injonctions à la féminité intimées à longueur d’articles de cette presse « féminine »…

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Les injonctions, c’est pas « Féminicool »

Grazia embrasse donc le féminisme, et on ne peut que s’en réjouir. Mais il nous semble important de rappeler ici que cette lutte est difficilement conciliable avec la litanie d’injonctions à se conformer aux stéréotypes de la féminité.

On PEUT être mince, être bronzée, faire des régimes, « oser le tweed » , et j’en passe. Mais dès qu’on DOIT être mince (parce que le « Spécial Rondes » ne sort qu’une fois par an, et commence au 42), qu’on DOIT être bronzée en été (parce que le teint « cachet d’aspirine », c’est so last winter), qu’on se DOIT d’être « cool » dans tous les aspects de sa vie, y compris dans son engagement militant, on tombe dans l’injonction.

Le féminisme n’a pas besoin d’un coup de frais, chères consoeurs de Grazia, encore moins d’un relooking sémantique pour devenir « Féminicool ».

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Il est parfaitement possible de parler de mode et de beauté sans tomber dans l’injonction, comme le réussissent fort bien nos rédacs maison :

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Une autre presse féminine est possible ! En arrêtant d’exploiter les complexes féminins, par exemple…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • JAK-STAT
    JAK-STAT, Le 28 mai 2016 à 19h43

    Plectrudette
    En terminale, mon prof de philo m'a dit que l'égalité des salaires pouvait aller contre l'idée de liberté car par exemple, si un patron a le choix entre un homme et une femme à recruter, que leur salaire sera le même, mais qu'il sait que la femme peut peut-être partir en congé maternité, alors il va plutôt recruter l'homme. La femme préfère donc avoir la "liberté" de travailler et être recrutée, plutôt que d'avoir un salaire égal.
    Donc ce sont peut être les femmes qui pensent qu'elle seront moins embauchées que les hommes si les salaires ne sont pas plus bas, qui représentent ces 3%
    Je doute fortement que la femme préfère être moins payée. Ca me semble plus être un arrangement unilatéral : on t'engage, mais on va moins investir sur toi (salaire) parce que POTENTIELLEMENT tu peux partir en congé maternité et donc ne pas travailler pendant ce temps-là.

    Et puis les mâles aussi peuvent prendre un congé paternité (je dis mâle parce qu'un homme trans peut porter des foetus aussi) ce n'est donc pas une raison de discriminer les femelles parce que potentiellement peut être possiblement elles peuvent devenir mères.

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