Le féminicide : quand des femmes sont tuées à cause de leur genre

Le féminicide tue une femme tous les deux jours en France. Il est temps de l'appeler par son nom, au lieu de se cacher derrière des euphémismes mensongers.

Le féminicide : quand des femmes sont tuées à cause de leur genre

Mis à jour le 21 juin 2016 — Le collectif Osez le féminisme vient d’annoncer une fort bonne nouvelle : parmi les amendements votés par les député•es de l’Assemblée nationale pour le projet de Loi Égalité et Citoyenneté, deux propositions du collectif ont été adoptées.

Elles font suite à une consultation publique pendant laquelle Osez le féminisme avait déposé quatre amendements. Les deux propositions retenues sont les suivantes :

  • L’écriture épicène (autrement dit non genrée) sera dorénavant reprise dans les titres du projet de Loi, et ce bien bel article t’explique pourquoi c’est important.
  • Le caractère sexiste des crimes et des délits sera considéré comme une circonstance aggravante, au même titre que le racisme ou l’homophobie.

Comme le dit le collectif dans son communiqué de presse :

« C’est une véritable consécration (…). Les violences faites aux femmes, en plus d’être enfin visibles dans notre droit, ne sont plus minimisées voire ignorées. […] C’est une grande victoire pour toutes les femmes. »

Article initialement publié le 25 novembre 2014

— Merci à Ingrid Falquy pour cet article !

« Drame familial.

Crime passionnel.

Dispute qui a mal tourné. »

Les médias ont encore du mal à mettre les mots justes sur les crimes machistes, qui sont pourtant si fréquents. Le collectif Osez le féminisme a lancé une campagne sur le sujet. Leur réclamation : que « tuer une femme parce qu’elle est une femme » soit reconnu comme une circonstance aggravante.

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Elles et ils ont raison : le féminicide est un véritable problème de société et le premier effort à faire pour lutter contre est d’arrêter de nier son existence.

Oui, féminicide. C’est un mot. Et même si mon correcteur Word n’est pas encore au courant, le terme fera carrément son entrée dans le dictionnaire en 2015. Une entrée tardive pour le crime le plus vieux du monde…

Le féminicide, la conséquence dramatique des violences faites aux femmes

Dans le monde, 200 millions de femmes manquent à l’appel. Elles sont tuées, ou empêchées de naître, parce qu’elles ont eu le malheur d’être des femmes, des filles. Avortements sélectifs, infanticides, traite, violence intrafamiliale, violences sexuelles, viols de masse comme arme de guerre : autant de pratiques trop courantes qui mènent au sacrifice quotidien de centaines de femmes et de filles.

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L’OMS a révélé vendredi qu’une femme sur trois a été victime de violences conjugales, physiques ou sexuelles, dans une série d’études publiées dans The Lancet. Jusqu’à 38% des meurtres de femmes sont perpétrés par un partenaire intime. Une femme a plus de chances de mourir sous les coups de son conjoint que d’un cancer ou d’un accident de la route.

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En France, tous les deux jours et demi, une femme est tuée par son conjoint. Tous les deux jours et demi. Cela signifie qu’au pays des droits de l’Homme, chaque année, 146 hommes démolissent la personne qui partage leur vie, qui un jour leur a fait confiance. Et c’est sans compter les femmes qui se font violenter au quotidien et qui n’en sont pas (encore) mortes… Elles sont plus de 200 000 à se déclarer victimes de violence conjugale. Seules 10% d’entre elles portent plainte. On est encore dans l’omerta.

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Les féminicides ne sont pas une succession de cas isolés. Ce ne sont pas des disputes qui tournent mal où le plus fort gagne. Il est grand temps de se rendre compte que ces crimes participent à un système : celui d’une société patriarcale dans laquelle on apprend la domination aux garçons et la douceur aux filles. Une société dans laquelle les femmes sont culpabilisées quand elles essayent de prendre la parole pour dénoncer violences physiques et viols.

En France, 200 femmes sont violées chaque jour et seulement 10% d’entre elles portent plainte. Dans 8 cas sur 10, l’auteur du crime est connu de la victime. Porter plainte est un parcours du combattant pour beaucoup, qui racontent souvent qu’elles ont l’impression de revivre leur agression en boucle.

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Aujourd’hui, c’est la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Aujourd’hui, les médias vont faire leur travail en annonçant les chiffres choc. Mais demain ils auront encore oublié. Demain ils continueront à parler de crimes passionnel et de drames. C’est un véritable problème de société.

Il est temps de passer à l’action

L’image de présentation provient d’une affiche contre les violences conjugales : « Se taire, c’est participer ».

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kyubey
    Kyubey, Le 2 décembre 2014 à 17h48

    @Ghost wind Je suis d'accord, mais j'ai pas compris pourquoi tu m'as cité.

    Du coup ça m'a fait penser que le terme féminicide ne convient pas vraiment, parce que ça réduit toutes les violences machistes au meurtre. En fait ce serait plus judicieux de faire entrer les crimes sexistes dans les crimes de haine.

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