Cinq couleurs stars de la mode

En mode, il n'y pas que la taille qui compte : découvrez les couleurs fétiches des couturiers !

Si tu as déjà vu Le Diable s’habille en Prada, peut-être te souviens-tu de cette réplique mythique de Meryl Streep à une Anne Hathaway fagotée comme un bac à soldes Tati :

« Ce pull n’est pas juste bleu. Il n’est pas turquoise, il n’est pas lapis. C’est un bleu que l’on appelle céruléen. Je suppose que vous ignorez parfaitement qu’en 2002 Oscar de la Renta a repris les vestes militaires céruléennes… Puis il s’est retrouvé dans un bac de liquidation d’une ridicule boutique de prêt-à-porter. »

Bref, la tyrannique et pointue rédac-chef explique à son petit poulain naïf qu’une couleur dans la mode, ce n’est pas n’importe quoi. Ah ça non madame. Chaque année, les tendances de la saison sont soigneusement sélectionnées par les bureaux de style. Certaines nuances ont même été inventées par les couturiers eux-mêmes, et sont devenues aussi célèbres que l’arc-en-ciel dans le jardin des Bisounours.

Je te propose donc un petit tour d’horizon de ces teintes qui ont un jour fait craquer les couturiers, parce que rêver sa vie en couleurs, c’est le secret du bonheur. Et parce que dire « aujourd’hui je suis en noir et blanc façon Chanel, en toute simplicité », ça le fait beaucoup plus que d’avouer « j’ai un uniforme de travail qui ressemble à celui d’un croque-mort, mais je le vis bien, je te le jure ».

Le bleu Lanvin

Ce rêve bleu, je n’y crois pas c’est merveilleux… C’est apparemment ce que s’est dit Jeanne Lanvin lorsqu’elle a découvert cette nuance dans une fresque du peintre italien Fra Angelico pendant une exposition à Florence.

En plus d’être présidente de la section Haute-Couture de nombreuses expos d’Art décoratif, Jeanne Lanvin était une fondue de la couleur, qui avait envie d’avoir sa propre palette. En rentrant en France, elle a donc inventé le « bleu Lanvin », une couleur profonde qui tire sur le lavande. Il est aussi appelé bleu quattrocento, un terme italien qui désigne le XVème siècle, l’époque où Fra Angelico peignait des anges partout.

Pour satisfaire sa passion pour le ciel plus bleu que le bleu de tes yeux, Jeanne Lanvin va ouvrir son propre atelier de teinture en 1923. Et pas question de s’arrêter là : elle va aussi inventer le « vert Vélasquez », en hommage au peintre espagnol, et le « rose Poulignac » pour mettre des paillettes dans les mirettes de sa fille qui a épousé le comte du même nom.

Le rouge Valentino

Valentino est un couturier italien alors forcément, la couleur te pète à la gueule et te pique les paupières. Valentino kiffe les femmes fortes et élégantes, au sang aussi chaud que les températures des Pouilles en été, bref : les trucs caliente. Logiquement, il se choisit pour emblème une couleur puissante : le rouge.

Certains racontent que c’est un souvenir de son enfance, d’autres qu’il a attrapé un coup d’soleil un coup d’je t’aime pour le rouge et l’orange en visitant Barcelone Valentino est convaincu que le rouge est la seule couleur qui peut concurrencer le noir et le blanc en terme de classe. C’est compréhensible, parce qu’il faut admettre qu’il est beaucoup plus dur d’être consensuel en jaune fluo.

Pour sa première collection en 1959, le créateur met donc en place les codes qui vont faire de lui une icône : les matières nobles et le rouge. Ce style va permettre à ses fringues de mettre leurs pieds sur le tapis lui aussi rouge, puisque Valentino devient un des couturiers stars de Rome à l’époque où les studios italiens de la Cinecitta voient défiler toutes les vedettes d’Hollywood.

Le rose shocking de Schiaparelli

Si elle était la principale rivale de Coco Chanel à son époque, Elsa Schiaparelli n’avait pas du tout les mêmes goûts que la reine de la petite robe noire. Le cinéma n’a pas tourné douze biopics sur elle, et c’est bien dommage. Parce que la créatrice italienne était beaucoup plus frappée que sa consoeur française. Son truc, c’était le surréalisme, et elle s’était choisi des amis qui suivaient bien ce trip-là, notamment l’espagnol à moustaches Salavator Dali.

Avec ses tenues un peu folles, Elsa Schiaparelli s’est taillé une jolie réputation et a ouvert sa boutique à Paris. Grâce à une de ses meilleures acheteuses, elle va inventer le « rose shocking », un fuschia ultra pétant. La cliente s’appelle Daizy Fellows, c’est l’éditrice française du Harper’s Bazaar, un magazine féminin américain. Elle est aussi l’heureuse propriétaire d’un diamant Cartier de couleur rose, la « Tête de Bélier », qui vend du rêve à Elsa Schiaparelli.

Du coup, la créatrice s’acharne à reproduire cette couleur, et le programme est à peine compliqué puisqu’elle la veut : « brillante, impossible, osée et seyante, […] choquante et pure ». C’est donc Jean Clément, un artisan qui bosse avec elle, qui réussit à créer la couleur qui fait voir la vie en rose à Elsa Schiaparelli, et que la styliste va reprendre sur l’emballage de son parfum appelé Shocking en 1937.

Le noir d’Yves Saint Laurent

Noir c’est noir, et si c’est noir, c’est Yves Saint-Laurent. Cette couleur est un peu la chouchoute du couturier, à qui on doit cette déclaration obscure mais poétique : « Le noir est mon refuge, le noir est un trait sur la page blanche ».

Si Yves Saint-Laurent utilise autant de noir, c’est aussi parce qu’il met au goût du jour le smoking féminin en 1966. Grâce au créateur, les femmes ne sont plus obligées de se trimballer en robes dans les soirées, puisqu’il leur offre une alternative avec le costard. Son côté androgyne fait beaucoup pour l’émancipation et la fête dans les culottes. Mais pour rester sobre et classe et parce qu’on est pas dans un clip de Début de Soirée, la fameuse fringue est généralement noire.

Et comme on ne change pas une recette qui gagne, excepté sur Marmiton.org, Yves Saint-Laurent reprend ensuite son smoking féminin pour le décliner sous d’autres formes, comme le boléro ou la robe.

Le blanc de Margiela

Encore une couleur qui n’en est pas vraiment une : le blanc. C’est le dada de Martin Margiela, le créateur belge qui préfère l’anonymat qu’être victime de la mode, tel est son nom de code. Pour lui, c’est la neutralité par excellence, et ça permet de ne pas influencer le regard du spectateur. Du coup, ses fringues ne portent que des étiquettes blanches, sans aucune écriture ou presque, qu’il lie avec des coutures blanches pour que les gens puissent les enlever.

Dans ses défilés, Martin Margiela utilise beaucoup le blanc de Meudon, une couleur nommée ainsi à cause de la ville du même nom, où se trouvaient des carrières de craie. Sur ses vêtements, il détourne la nuance sous toutes ses formes, propre, sale, transparent ou épais.

Pour le reste, ça vire carrément à l’obsession, puisque que le créateur fait porter à ses employés des blouses blanches, qui font référence à celles des couturières d’autrefois. Et quand il choisit ses nouveaux locaux en 1990, c’est forcément un appartement peint et décoré entièrement en blanc. La passion de Martin Margiela fait un peu hôpital, mais il n’est pas fou, vous savez.

Bref, pas de quoi devenir verte si pour toi le bleu est une couleur chaude : tu es probablement l’avenir de la mode sans le savoir.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Samya
    Samya, Le 28 juillet 2013 à 17h07

    mais le bleu lanvin, elle s'est inspirée du tableau dans l'image a droite et sur des fringues ça donne carrément plus foncé c bizarre ou j'ai rien compris???

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