La Villa Schweppes et mon Farewell to Cannes

L'équipe de madmoiZelle est rentrée de Cannes ! L'occasion pour Sophie-Pierre Pernaut de vous raconter une de ses dernières soirées et de dire adieu à la fameuse ville côtière et à son festival.

La Villa Schweppes et mon Farewell to Cannes

Villa Schweppes ou dans la file, on te lime les fesses

Pour mon avant-dernière soirée cannoise, je me suis fait conduire jusqu’à la Villa Schweppes, temple virtuel du twitto agacé, lieu de villégiature du tout-Internet qui s’y rencontre en vrai. Je ne suis restée que peu de temps dans la queue, mais suffisamment pour remarquer ce qu’on appelle « l’ambiance fin de festival ». Les gens sont à cran, à commencer par moi qui ne rigole plus tellement à l’idée de me faire envoyer péter – principalement en raison de mon craquage de slip de la veille que j’ai illustré par quelques tweets :

Les autres non plus n’étaient pas au meilleur de leur forme. Le regard des videurs atteignaient un tel degré d’énervement que j’avais l’impression d’entendre leurs mâchoires claquer (d’ailleurs, quand je suis sortie, j’ai vu un mec qui les a quand même provoqués sévèrement parce que YOLO, et qui a fini par bouffer du bitume par le dos sous nos yeux horrifiés). Dans la file, les insultes fusaient et je crois que cette sensation va me manquer. D’ailleurs, désormais, pour retrouver un peu de cette agressivité au quotidien, j’envisage de resquiller tout le monde à chaque fois que j’irai faire des courses au supermarché le samedi après-midi.

Point SEUF : à chaque fois que je faisais la queue quelque part, il y a un truc qui m’a particulièrement saoulée et qui découle de la proximité forcée : le frottage cul à cul. Ça ne m’étonnerait pas que mes robes en portent les stigmates et que mes fesses me paraissent désormais plus plates tant j’ai eu le sentiment qu’elles se faisaient élimer.

À l’intérieur de la Villa Schweppes (où la moyenne d’âge m’a donnée l’impression d’être grabataire à 24 ans) avait lieu un DJ Set avec Joey Starr en guest. Ça m’a fait rire parce que quand un des mecs sur scène l’a présenté, il a dit « Joey Starr n’a peur de rien ni personne » alors que bon, faudrait voir à pas déconner (je juge pas hein, moi-même j’aurais pleuré dans cette situation, mais faudrait voir à pas alimenter les clichés).

DJ Set oblige, le rappeur-acteur a surtout fait quelques bruits gutturaux pendant les morceaux, en plus de jouer le rôle du coach sportif à base de « Tous à droite, tous à gauche, reculez, avancez, que la gent féminine* lève le doigt, comment ça va la gent féminiiiiiine ? ». Et tout le monde lui obéissait. Moi aussi j’aurais obéi si j’étais pas en train de prendre des notes sur mon iPhone et que j’avais pas peur de le perdre dans la foule. À chaque fois, ce genre d’injonctions de célébrités et la facilité qu’on a de nous y soumettre me fait dire qu’il suffirait finalement de nous donner envie de frétiller du bouli de temps en temps pour reproduire La Vague, si ça se trouve.

Edouard Baer réalise que nous ne sommes plus très loin de La Vague : ça lui fout un coup.

Je crois que la personne qui m’a le plus marquée, dans cette soirée, c’est une fille, la vingtaine, brune et bronzée dans un tailleur blanc. C’était mon running gag personnel de la soirée parce qu’à chaque fois que je la regardais, elle était dans la même position : impassible, regardant vers sa gauche, la bouche ourlée en une mini duck-face, le sourcil relevé en V inversé, le regard chaud comme un brasero mais blasé comme quelqu’un qui a regardé le dernier épisode de LOST, le tout sans bouger. Autant dire qu’elle contrastait largement avec la foule qui bougeait en tout sens. C’était un peu mon héroïne de la Villa Schweppes en fait, la dame.

L’autre truc qui m’a drôlement marquée dans cette soirée, ce sont les toilettes. Il y en avait, en tout et pour tout, deux, ce qui t’oblige à attendre au moins vingt minutes pour y aller (sauf un mec qui a doublé tout le monde façon « fuck this shit » ; Alison, à raison, a compris qu’il s’agissait sûrement d’un VIPipi).

Et parce que le monde ne regorge apparemment pas assez de boulots pénibles, sache qu’il y avait un videur chargé de surveiller les waters. Ni une ni deux, j’ai attendu d’arriver à sa hauteur pour lui demander ce qu’il faisait là. J’avais un peu peur de me faire virer de la file et de devoir tout recommencer depuis le début parce qu’il n’avait pas ri à la blague d’Ally qui lui a susurré très sérieusement dans l’oreille « le mot de passe, c’est vessie ». Pire, il l’a regardée d’un oeil vide et a tourné la tête, gêné. Mais au final, il n’était pas contre un peu de papotage. Voilà la raison de sa présence : il n’était pas là parce que les gens se battent tellement ils ont envie d’uriner, non. Il était là pour éviter que les gens ne squattent les toilettes pour discuter.

« Discuter », oui. C’est ce qu’il a dit. Ma réaction fut la suivante :

Farewell to le Festival de Cannes

Cher FDC (je peux t’appeler FDC ?),

Je t’écris alors que je suis déjà rentrée chez moi, dans le Nord, et que je reprends goût à une vie saine. Tu m’as un peu détruite de l’intérieur avec tes cocktails préparés par des maestro (ou peut-être maestri, je ne sais plus), ta Croisette exposée au vent et tes restaurants qu’ils sont bons.

Chez toi, j’aurais fait beaucoup de choses pour la première fois, comme rentrer dans le Palais pour aller voir Jimmy P, répondre douze fois par jour à la question « T’as vu quels films ? », parler « du Kechiche » au lieu de La vie d’Adèle, enfiler des vraies robes plusieurs fois dans la semaine ou encore manger des bigorneaux. C’était bien. FDC, tu m’as quand même un peu crevée. Je rentre fatiguée, avec les yeux tellement bouffis qu’on dirait deux bourrelets, avec un petit regain d’acné rapport à tout ce que j’ai bu ou mangé, le vernis écaillé jusqu’aux cuticules, les genoux pas loin de la démission. Mais I regret nothing, même pas mon teint frais. Tu es une telle mine d’inspiration, même quand on n’a pas d’accréditation, que tu aurais pu me donner des idées de papiers jusqu’à Noël.

Tous les ans, on peut lire sur l’Internet une bonne dizaine d’articles qui disent combien on s’en fout de Cannes, à quel point c’est superficiel. FDC, j’aimerais te dire de ne jamais les écouter. C’est vrai qu’en ton sein, on trouve le pire du people comme par exemple avec Afida Turner qui clashe le monde entier, des anciens de Secret Story qui font la queue au VIP Room, les faux photographes qui prennent en photo des inconnus fiers d’être immortalisés comme les stars qu’ils ne sont pas. Oui, sous tous les aspects, c’est superficiel, mais ça n’en est pas moins intéressants à observer avec les bras ballants et les sourcils relevés jusqu’à la terrasse du Martinez.

Tu fais bien les choses, FDC, parce que j’imagine que tout le monde peut se retrouver dans un de tes aspects. Tu brasses large, quoi. Moi, ce qui m’a particulièrement plu, c’est que tu as mis mon autodérision à toute épreuve en me foutant dans des situations incongrues que j’imaginais impossibles, alors que c’est juste ton quotidien. Jusqu’au dernier moment, tu ne m’as pas lâchée. Je veux dire, j’ai tenu bon et suis restée digne même lorsqu’un mec en soiré m’a posée une question et a littéralement collé son oreille à ma bouche pour entendre ma réponse. Oui. COLLÉ. Encore aujourd’hui, j’ai l’impression que mon haleine a le goût de son cérumen. Tu m’as même foutu Jeremy Renner sous le nez pour voir si je n’allais pas lui sauter dessus en arrachant sa chemise. C’était un bel essai, et j’ai bien compris que tu ne me sentais pas prête à me faire croiser Clive Owen sans finir avec une atteinte à la pudeur Level ++.

Pour peaufiner mon bizutage, t’es même allé jusqu’à mettre des personnes âgées qui mangent trop de chips en faisant trop de bruit et des tout petits jumeaux qui pleurent en quinconce dans mon wagon histoire que je ne dorme pas. T’es même allé jusqu’à désactiver ma batterie de PC, m’empêchant également de travailler, de regarder des films ou de recharger mon téléphone. Ton influence peut, quand tu le souhaites, atteindre Lille. Je suis sciée.

Quoiqu’il en soit FDC, merci de m’avoir bizutée. J’ai appris plein de choses et je suis consciente que tu fais ça pour que la prochaine fois que je viens te voir – si prochaine fois il y a – je m’en sorte mieux, en tout cas différemment. Et ça, rien que ça, ça me donne envie de te faire une pichenette affectueuse sous le menton.

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