Ne pas fumer pendant 24h : le défi

Tu es ce qu'on appelle une grosse fumeuse et tu souhaites arrêter ? Laisse-moi te faire découvrir une nouvelle méthode révolutionnaire.

Ne pas fumer pendant 24h : le défi

Initialement publié le 15 octobre 2011,
mis à jour à l’occasion de la Journée Mondiale sans Tabac du 31 mai 2013.

Quand j’ai commencé à fumer, il y a quatre ans de cela, je ne mesurais pas totalement la nocivité du tabac. Tout ce que je voyais, c’est que fumer me permettait de me donner une contenance en soirée, et de passer quelques minutes dans le sas fumeur plutôt qu’à groover maladroitement sur le dancefloor les soirs où je suivais mes copines en boîte.

Je venais d’arriver à la fac et pensais que la clope m’aiderait à passer du statut d’adolescente à celui de femme. Mais j’ai surtout mis le nez dans la nicotine – accroche-toi à ta gaine, ce qui suit est piquant de stupidité – pour aggraver ma voix suraigüe qui me valait à l’époque quelques railleries.

La citrouille à la voix de Macha Béranger.

Aujourd’hui, la clope, j’en ai ma claque. D’autant que je n’ai plus besoin de ça pour me donner une contenance en attendant le bus, vu que j’ai l’embarras du choix entre mon iPhone et le 20 Minutes qu’on me distribue à la gare. Ce qui me déprime au plus profond de mon être, c’est que mes cheveux jadis doux et brillants sont ternes, que je fais des trous de brûlure sur mes sacs et mes vestes préférés, qu’une centaine d’euros partent tous les mois en fumée (1200 par an, donc ; j’ai envie de me mettre des coups de boule), et que, surtout, je sens comme un relent de cendrier froid alors que j’ai toujours mis un point d’honneur à sentir bon.

Le matin, je me réveille avec la bouche pâteuse et les cavités nasales sèches comme le désert de Gobi. Le soir, mon copain me parle du sang noirâtre que je cracherais si je ne me reprends pas en main très vite. J’ai envie d’arrêter. Mais le « J’arrête quand je veux » d’il y a quelques années a aujourd’hui muté en « J’arrive pas c’est trop dur ».

Après avoir testé la technique « J’arrête d’un coup sec » (qui n’a pas fonctionné plus de 2h), celle de la cigarette électronique (qui me donnait la nausée), les gommes à mâcher (j’avais des palpitations), puis la technique du « Je réduis à 4 par jour », expérimentée cet été, j’ai décidé de tenter le coup de l’arrêt à deux vitesses. Le principe est simple : je commence par ne plus fumer pendant 24h, une fois de temps en temps , puis de plus en plus souvent. J’ai testé cette nouvelle méthode créée par moi-même hier. Retour heure par heure sur ce défi de la mort.

6h55 : Sur le quai de la gare, dans une petite bourgade morbide, j’attends mon train pour entamer ma journée. C’est généralement là que je fume ma première cigarette. Mon thermos de café dans la main, je jubile : je suis vraiment un roc. À n’en pas douter, je vais réussir. Et les gens se diront qu’ils n’ont jamais vu quelqu’un arrêter de fumer en restant aussi calme et sûr de soi.

8h : Je sors de la gare. Je regarde les gens autour de moi galérer à allumer leur clope dans le mistral (sauf qu’en fait c’est pas le mistral, ça va pas dans le même sens et c’est plus froid) (et il pleut) (et il pleut pas là où il y a le mistral). Leur écharpe leur cache la vue, et une fois que la flamme sort enfin du briquet, ils se crament la frange avec et sentent le cochon brûlé. Je suis contente aujourd’hui de n’avoir pas à paraître aussi ridicule.

8h04 : Incroyable, je suis dans le bus. D’habitude, j’en laissais passer deux pour avoir le temps de m’encrasser le poumon. Et j’arrivais en retard en cours. Et je me faisais mal voir.

8h50 : Mon cours commence dans 40 minutes et je bois mon expresso de la machine dehors – un réflexe de fumeuse. J’ai un peu envie de m’en griller une, parce que j’ai 3h de cours où je ne comprends rien. Et puis je m’ennuie et ne sais que faire de ces petites mains disgracieuses qui sont les miennes.

9h02 : Je m’ennuie un peu dehors. Mais j’ai pas envie d’aller à la bibliothèque universitaire, parce qu’on ne peut pas y fumer.

10h01 : Je suis en cours depuis 31 minutes. L’odeur de la cigarette me manque. Je renifle du côté de ma copine de promo qui en a fumé une. Sans m’en rendre vraiment compte, je sue.

10h02 : J’envisage de me mettre à l’héro.

10h03 : Ou aux poppers.

10h25 : Mes doigts sont des cigarettes.

10h26 : En fait, c’était un mirage, comme ceux que croient voir les nomades dans le désert. Ou comme quand j’ai soif la nuit et que je suis persuadée qu’on m’a amené un Coca Light glacé mais qu’en fait c’est pas vrai, je peux mourir, personne ne m’amènera un Coca Light à 3h du matin, faut pas abuser.

12h26 : Je crois que j’ai sombré depuis 10h26. La salle n’est plus la même, le professeur non plus. Je crois que j’ai rêvé d’incendie, de cheveux qui puent et d’ongles jaunes. C’était beau.

12h27 : Hé mais c’est l’heure de manger ! On va pouvoir sortir, s’échanger des Leuquie Straïque contre des Philippe Maurice et grignoter un peu.

12h30 : Je me souviens que je me suis interdit de fumer pour encore 18h25. J’ai envie de pleurer.

12h40 : Afin de ne pas être tentée d’allumer une clope, j’ai pris une soupe pour mon repas du midi : c’est plus long à manger, et j’aurais moins de temps à penser nicotine. Mais y a pas de micro-ondes dans ma fac.
Du coup je mange pas.
Mais je fume pas non plus.

13h15 : Les autres ont fini de manger, elles vont s’en griller une. Je réalise alors que je ne suis entourée que de fumeurs. En fait c’est faux, mais aujourd’hui, je ne vois qu’eux. J’aimerais bien leur piquer leur vie.

13h20 : Pour me remonter un peu le moral, je me mets à calculer combien j’ai économisé. Si un paquet de 5€40 comprend 20 cigarettes, sachant que j’ai réussi à éviter d’en fumer 7 depuis ce matin, alors 5,4 divisés par 20 ça fait

13h57 : Je suis toujours en train de calculer combien j’ai économisé. Ca m’angoisse. Je veux une cigarette je veux une cigarette je veux une cig.

14h03 : « Arrête !« . C’est une copine qui ne supporte pas que je crie « Je veux une cigarette » depuis 6 minutes en prenant une voix de petite fille. Du coup j’arrête et je fais des blagues Monsieur et Madame.

14h05 : Monsieur et Madame Mentalo ont une fille, comment s’appelle-t-elle ?

14h05 et quelques : Personne me répond. Je me sens seule et incomprise. Et en plus, cette blague n’est même pas de moi et je vais devoir payer des royalties.

15h30 : Je remue sur mon siège comme une gosse de 5 ans qui doit se retenir d’aller aux toilettes. Je n’ai rien écouté du cours et je donne des coups de coude à mes copines quand elles se mettent à écrire. Une des deux prend ses notes sur ordinateur. Elle a juste le temps de rattraper son PC in extremis avant qu’il ne tombe. Je crois que je n’ai plus de copines de promo.

15h54 : Pour les reconquérir, je propose un jeu. Je chante une chanson en remplaçant toutes les paroles par « pénis » et elles doivent deviner le titre.

15h55 : Ça les fait rire.

16h33 : Ça ne les fait plus rire.

18h06 : Je traverse le centre-ville pour aller prendre mon train. C’est l’occasion de voir, sur 30 mètres seulement, une vingtaine de personnes se faire taxer des clopes. Je me souviens de cette époque où cela m’arrivait aussi : c’était hier. C’est peut-être le moment où il m’est le plus facile de ne pas sortir mon paquet. Chaque fois, c’est la même chose : une personne en apparence somme toute assez sympathique vient te voir et te dit « Hé dis, t’aurais pas une clope à me dépanner ?« . Deux possibilités. Soit tu réponds oui, et parfois on t’en demande deux parfois on te snobe, soit tu réponds non et la réaction de l’interlocuteur se résume par un regard noir, voire une petite insulte. Du coup je réponds toujours non, parce que j’aime bien leur souffler ma fumée à la figure pour les narguer.

18h07 : Pendant mon monologue intérieur sur les taxeurs de clope, j’ai baissé ma garde et je me retrouve coincée avec un rabatteur pour une ONG qui n’existe peut-être même pas. Pire que les insultes, ils ont ce pouvoir culpabilisant dans le regard qui t’amène parfois à sortir ton porte-monnaie. « Comment ça vous n’avez pas le temps de prendre 5 minutes pour aller me chercher un RIB afin de donner mensuellement de l’argent qui nourrira 72 petits africains en train de mourir du lupus ? »

19h17 : Je suis toujours dans le train, j’ai l’impression que c’est le plus long trajet en train du monde. En fait, j’ai l’impression que cette journée est la plus longue journée du monde.

20h30 : Je n’ai le courage de rien, si ce n’est manger des chips, regarder Secret Story sur internet, et me faire des sandwichs au fromage bleu d’un air morne. Du coup, je ne sens peut-être plus la clope, mais l’odeur de ma bouche s’apparente à celle du gorgonzola qu’on aurait oublié sur une table basse avant de partir en vacances. Mon mec me dit « Expo ce week-end ? » et je réponds « J’peux pas, y a 50mn inside samedi« . J’ai changé.

22h : Je pose ma joue sur la table, dans les miettes de mon repas aussi frugal qu’improvisé. Le désespoir m’a épuisée. À la sérénité de ne sentir que l’odeur du shampooing en passant une mèche de cheveux devant mon nez, je crois que je préférerais m’enivrer dans des effluves malodorantes et irritantes. Oui, je voudrais fumer douze paquets, et sentir mauvais, je voudrais pouvoir ronfler tant j’aurais le nez pris, et que mon mouchoir soit noir quand je me mouche, me réveiller en toussant à m’en décoller la plève et faire des lettres en soufflant ma fumée, et souffler ma fumée par le nez et crier « DRAGOOOON ! », et que ça ne fasse rire que moi.
C’était la pire journée de ma vie.

Si tu vois ce paysage quelque part, c’est que je ne dois pas être loin.

En définitif, peut-on juger cette technique d’arrêt de la cigarette concluante ? La réponse, je vous la donnerai dans quelques semaines, quand j’aurai reproduit l’expérience plusieurs fois. D’avance, je m’excuse auprès des gens de mon entourage : il y a des chances pour que je sois plus lourdingue, plus maladroite, plus irascible et plus feignante qu’à l’accoutumée.

Quoi qu’il en soit, sois-en sûre : si cette façon de faire fonctionne, je dépose le brevet, j’en fais un bouquin sur la couverture duquel je poserai, rayonnante sur fond rose, écrasant de mon pied une clope géante. Et le livre marcherait tellement que j’aurais plein de sous, pour acheter des clopes par milliers.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • GreyA
    GreyA, Le 5 juin 2013 à 13h18

    Mon père a fumé pendant des années et je ne pouvais plus supporter d'être en sa présence à cause de cela, ça a pas mal ruiné ma présence dans la vie familiale à une époque. Il a plus ou moins arrêté pour cela il y a 10 ans et n'a jamais repris et n'en a aucune envie.

    Il achetait pas mal de bonbons au début, mais c'était surtout nous qui les mangions (lol), je suis assez impressionnée par sa force d'esprit parce que je me doute que ce n'est pas évident et que ça a dû être une source de stress au début, surtout avec sa mère - très encourageante - qui affirmait qu'il fumait forcément en cachette et ne tiendrait jamais "comme tous les fumeurs".

    J'ai eu des amis fumeurs, j'ai connu des gens qui disaient que j'avais raté ma vie car je n'avais jamais essayé, j'ai même eu des périodes de détresse psychologique, mais ça ne m'a jamais attirée (par contre, j'ai fait de l'hyperphagie, comme quoi on se tourne tous vers un truc) et j'en suis bien contente même si les gens font ce qu'ils veulent.

    J'avoue cependant que je déteste attendre le train en apnée et que j'ai parfois des pensées très négatives envers les fumeurs qui m'empêchent de respirer, parce que ça a un impact sur les autres aussi la cigarette, mais globalement j'ai eu la chance d'avoir des amis respectueux de ce côté là (du genre à mettre de la distance car ils savaient que je ne fumais pas, sans même que je leur demande).

    Bon courage à toutes celles (et ceux) qui souhaient arrêter de fumer car je sais que c'est difficile pour beaucoup. :-) Et un grand merci à ceux qui respectent les non fumeurs !

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