« Elle m’a demandé de mettre ma main dans sa culotte et de toucher » – Amira, 7 ans

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Enfant discrète, Amira s’est retrouvée victime d’agression sexuelle dès l’école primaire. Malgré les années, elle en reste traumatisée.

« Elle m’a demandé de mettre ma main dans sa culotte et de toucher » – Amira, 7 ans

Agressions sexuelles entre enfants : notre dossier

En juillet 2017, nous publiions sur madmoiZelle un témoignage qui allait ouvrir une brèche : Le jour où l’un de mes élèves de maternelle a agressé sexuellement sa camarade.

Les commentaires de cet article semblaient indiquer que ce genre d’agressions est bien plus répandu que ce que l’on pouvait imaginer, et c’est pourquoi nous avons lancé un appel à témoignages.

Nous en avons reçu 70 et avons donc décidé de nous lancer dans l’édition d’un dossier complet sur la question.

L’intégralité de la démarche ainsi que le sommaire se trouvent dans Les agressions sexuelles entre enfants : notre dossier en 7 parties.

À 7 ans, Amira* était une enfant très solitaire, très discrète, qui avait peu d’ami•es.

« Je ne comprenais pas les autres enfants, ils me faisaient limite peur. »

Peu entourée, il y avait cependant une fille avec qui elle parlait, Betty*.

« Elle m’abordait lors des récréations. On s’amusait tranquillement : moi qui étais de nature calme, ça m’allait, et c’était bien la seule qui me parlait. »

Comme beaucoup d’autres enfants, elles ont tout de même fait quelques bêtises. Comme cette fois où Betty l’a emmenée dans les toilettes, à deux dans une cabine, pour les boucher avec du papier toilette.

Des attouchements sexuels à 7 ans

C’était juste avant que Betty ne lui propose de tester quelque chose de nouveau :

« Entre ce moment et le moment suivant, je n’ai aucun souvenir de ce qu’il s’est passé et comment elle m’a menée à ça. Je me souviens juste qu’elle voulait « me montrer un truc trop bien qu’elle adorait ».

Elle m’a demandé de mettre ma main dans sa culotte et de toucher. »

Cette situation s’est reproduite plusieurs fois, malgré la nausée que ça provoquait chez Amira, et qui lui revenait à chaque fois qu’elle y pensait.

« Je détestais ça, je détestais la texture de son entre-jambe – je n’étais pas au courant qu’il s’agissait d’un sexe.

J’étais écœurée mais je le faisais sans comprendre pourquoi. Je ne sais plus trop si elle me faisait aussi des attouchements, c’est surtout la texture de son sexe qui m’a marquée.

Ça m’effrayait, m’écœurait, je ne supportais pas ça. »

Agression sexuelle : un souvenir brusquement remonté

Et puis, plus rien. Du moment où elle a perdu la trace de cette camarade d’école, à la sortie de l’école primaire vers 10/11 ans, elle n’y a plus repensé.

Ou presque. À 22 ans, Amira a fait une psychanalyse, pour « avancer dans sa vie ».

« Je parlais de tout et de rien à ma psy, de ce qui me rendait mal. Et lors d’une séance, d’un coup, d’un seul, ce souvenir est revenu très clairement.

Je n’ai pas compris d’où ni pourquoi, et je ne comprends toujours pas 9 ans plus tard. »

Ce flashback soudain est très commun chez les victimes d’agression dont le traumatisme n’a pas été « traité ».

Comme l’explique Laure Salmona, coordinatrice de l’enquête « Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte » pour l’association Mémoire Traumatique, il s’agit de la mémoire traumatique.

« La mémoire de cet événement n’est pas enregistrée correctement dans l’hippocampe qui est le siège de la mémoire autobiographique, elle reste coincée dans l’amygdale, le cerveau reptilien, c’est-à-dire la partie du cerveau qui gère nos réactions émotionnelles, nos réflexes.

Elle n’est pas censée gérer la mémoire, mais analyser les dangers, gérer nos réflexes de survie.

Et du coup, comme cette mémoire n’a pas été intégrée et traitée, elle peut provoquer une amnésie de l’événement, et peut ressurgir n’importe quand. »

Les conséquences du traumatisme suite à une agression sexuelle entre enfants

Là où le bât blesse, c’est qu’outre cette inscription de l’agression dans la mémoire traumatique, cela a sans doute réellement affecté la perception qu’Amira a du sexe féminin.

« Avant l’adolescence la sexualité n’avait jamais traversé mon esprit. Mais à l’arrivée de la sexualité, j’ai tout de suite été très très gênée concernant l’appareil génital féminin.

Depuis, j’ai toujours eu énormément de problèmes avec le sexe féminin, le mien comme celui des autres. C’est une partie du corps qui m’écœure énormément. Je ne peux pas me doigter par exemple, c’est juste impossible.

J’ai oublié cet épisode très longtemps, mais j’ai aussi toujours eu ce soucis vis-à-vis de mon sexe et de celui des autres femmes.

C’est quand cet épisode m’est revenu en mémoire que j’ai commencé à me poser des questions, que j’ai fait le lien en me demandant si ce n’était pas ces agressions qui m’avaient créé tant de blocages. »

Laure Salmona explique qu’en effet, ce traumatisme gravé dans sa mémoire autobiographique peut se réveiller chaque fois qu’elle est confrontée à une situation similaire :

« Des flashs peuvent surgir n’importe quand, en particulier lorsqu’on se retrouve dans un endroit qui rappelle l’événement traumatique, lorsqu’on voit l’agresseur, lorsqu’on sent une odeur, lorsqu’on se retrouve dans une situation similaire.

C’est comme si on revivait la scène, ça peut aller jusqu’à l’hallucination visuelle, auditive, ça peut être extrêmement douloureux. »

Amira explique que « ce n’est pas particulièrement handicapant », à son sens, mais pourtant elle relie aujourd’hui encore des événements à ce traumatisme, comme le fait que tout acte médical lié à son anatomie soit extrêmement compliqué.

Par exemple, elle va régulièrement faire un bilan chez le gynéco, pour être « sûre de ne pas choper la moindre maladie, c’est une très grosse hantise ». Mais le jour où elle a voulu se faire poser un DIU

« Ce fut catastrophique. On a testé la pose, la sage femme avait été très douce et prévenante, mais mon corps n’a pas supporté le fait qu’un corps étranger se balade en lui.

Je suis restée quasi 1h au sol à pleurer de douleur et d’angoisse. La sage-femme n’avait jamais vu ça et m’a dit que je devrais me tourner vers une psy pour avancer là-dessus.

Plus ça va, plus je pense que tout vient de ces épisodes dans les toilettes. »

Laure Salmona confirme que ça peut avoir un lien, en effet :

« Ça empêche parfois les victimes de vivre normalement, parce que ça peut être une torture.

Souvent les victimes doivent s’auto-organiser, pour essayer de ne pas faire des choses qui pourraient réveiller leur mémoire traumatique. »

Comment traiter ce traumatisme ?

Laure Salmona est revenue avec moi sur les méthodes existantes pour remédier à ce traumatisme, qui peut être très handicapant pour certaines victimes, et aller jusqu’au vaginisme comme l’évoquent certaines des personnes ayant témoigné pour ce dossier.

« La solution, c’est de traiter la mémoire traumatique.

Il faut que cette personne puisse être écoutée, accompagnée par des professionnels de santé, des psychologues, psychiatres, des thérapeutes formé•es à la prise en charge des traumatismes, pour déminer la mémoire traumatique et la réintégrer à la mémoire biographique.

Le changement peut être spectaculaire, car en fait c’est presque un réflexe de dégoût cette réaction, ça ranime la mémoire traumatique… Ça permet de ne plus être dans la souffrance ou dans la stratégie de contrôle, ce qui semble être le cas ici. »

Christine Barois, pédopsychiatre, complète :

« C’est ce qu’on appelle exposition avec prévention de réponse : on expose la personne à son traumatisme. Mais le préalable, c’est qu’on les aide à se stabiliser, ce qui permet de dépasser la peur. »

Bien sûr, il existe différentes solutions thérapeutiques pour traiter ce type de traumatisme. Christine Barois évoque par exemple la méditation :

« On les stabilise avec la méditation de pleine conscience d’abord, dans le premier temps il faut que la victime se sente en sécurité. »

Mais toutes les victimes n’auront pas les mêmes besoins et attentes en la matière.

Outre la méditation, certaines sont convaincues par l’EMDR, une méthode consistant à se rappeler de son traumatisme tout en stimulant les yeux pour provoquer un mouvement oculaire spécifique. D’autres la trouvent inefficace.

L’important, dans ce type de circonstance est donc essentiellement de trouver un•e thérapeute en qui on a confiance, avec qui on se sent à l’aise.

Ce témoignage est extrait des plus de 70 textes que nous avions reçus, après avoir lancé un appel à témoins, le 26 juillet 2017.

*Les prénoms ont été modifiés

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Commentaires
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  • Esther
    Esther, Le 13 novembre 2017 à 14h16

    Bonjour @MelPop21, je développe justement la différence jeu/agression sexuelle dans cet article là – et d'autres aspects du phénomène continueront d'être développés dans les jours à venir. J'espère que ça pourra aider à répondre à ton inconfort sur le terme « agression ».

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