Une agression homophobe « du quotidien » racontée par Monsieur Q

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Un soir, alors que Monsieur Q rentrait chez lui, quatre hommes lui ont demandé une cigarette. Une banale question qui a rapidement tourné à l'agression homophobe. Voici le récit et l'interview de la victime.

Une agression homophobe « du quotidien » racontée par Monsieur Q

Hier soir, Monsieur Q, auteur de bande dessinée ayant déjà fait ses armes sur madmoiZelle, a posté un message sur Twitter.

Il y raconte une agression homophobe qu’il vient de vivre.

J’ai voulu en savoir plus, avec lui, sur les attaque dont il a été victime au cours de sa vie.

Le récit de l’agression homophobe vécue par Monsieur Q

Sur certains outils, on ne voit pas les tweets, donc voici le texte :

« Il est à peine 23h et je sors du métro. Je suis descendu deux stations avant, je voulais marcher un peu.

Je m’allume une cigarette sur le chemin.

En marchant, je croise un groupe de 4 mecs, l’un d’eux me demande : « Hey, t’as pas une clope ? ». Je cherche dans mon sac et lui tends une cigarette.

Il me demande si j’en ai d’autres pour ses potes. Je lui dis : « non, il ne faut pas exagérer ».

Je continue de marcher.

Derrière moi j’entends : « Et tu suces aussi ? »

J’entends rire.

Je continue de marcher.

J’entends qu’on court derrière moi.

J’entends : « Qu’est-ce que tu fais ? Reviens, c’est bon. »

Un des types me rattrape et me dit : « Lâche une clope p’tit pédé. »

J’entends : « Oh ! »

Je continue de marcher. Jusqu’à chez moi.

Ça a duré 30 secondes. J’ai pas une égratignure. J’ai pris mille coups dans le ventre. »

Monsieur Q répond à nos questions sur les agressions homophobes

J’ai voulu en savoir plus. Alors, j’ai pris contact avec Monsieur Q pour lui poser des questions. Voici ses réponses.

  • Était-ce la première fois que tu étais victime d’une agression homophobe ?

« Ce genre de choses m’est arrivé 3 fois les 4 dernières années à Paris.

Ce n’est donc pas SI courant en fait. C’est juste que tu tombes au mauvais endroit au mauvais moment sur les mauvaises personnes.

Mais même si ce n’est pas quelque-chose que je vis au quotidien, ce genre d’expériences me conditionne. Comme ça t’est déjà arrivé, tu sais qu’il peut y avoir du « danger » et tu gardes toujours un œil ouvert. »

À lire aussi : Je suis une ninja au quotidien (à cause du harcèlement de rue)

« Par exemple, ça m’arrive quand j’embrasse un mec en public (beaucoup d’homos ne le font d’ailleurs pas).

J’ai toujours un truc dans le ventre qui me dit de me méfier. Je regarde à gauche et à droite pour en quelque sorte « jauger » le nombre de personnes qu’il y a autour.

Et puis parfois aussi j’oublie, je suis dans ton petit monde à moi, insouciant, et puis quelques connards me rappellent que ça ne me lâchera jamais vraiment.

Je n’ai jamais eu d’altercation hyper violente. On ne m’a jamais tabassé.

Mais dans ces moments où « ça ne va pas plus loin », j’ai le temps dans ma tête de créer mille scénarios qui finissent très mal. Du coup je me dis que j’ai de la chance… »

  • Pourquoi as-tu choisi de raconter cette histoire sur Twitter ?

« Parfois j’oublie moi-même que ce genre de choses arrivent. Alors, je me suis dit que c’était important de laisser des traces, ne serait-ce que pour moi.

Je ne sais pas si c’est la meilleure chose à faire, parce que c’est bien d’oublier aussi, et d’être moins méfiant. Mais là, je l’ai partagé sur Twitter pour expliquer cette peur et cette méfiance.

Ce genre de situations engendre une violence mentale qu’il ne faut pas négliger.

Je pense que ça peut se comparer au  sentiment de méfiance au quotidien que beaucoup de meufs subissent à cause du harcèlement de rue.

Ce sentiment de ne jamais être complètement en sécurité, de se trouver des techniques toutes bêtes comme par exemple changer de trottoir ou placer ses clés en poing américain.

J’ai voulu partager cette histoire pour expliquer comment ces situations d’agression (même si ce n’est pas physique) viennent empoisonner des vies. »

Les agressions homophobes en France, une réalité toujours très actuelle

Quatre ans après le passage de la loi Taubira autorisant le mariage pour tou•tes, on aurait pu croire que l’homophobie a baissé en France.

Pourtant, en mai dernier, Le Monde publiait un article relayant des chiffres sombres : en 2016, le nombre d’actes homophobes relayé à l’association SOS Homophobie aurait grimpé de 19,5% par rapport à 2015.

Il n’y a pas que ça. L’année dernière, Lafastod publiait sur madmoiZelle un article dans lequel elle faisait le point sur l’homophobie en France.

Elle y abordait la question de l’homophobie insidieuse, celle qu’on ne dénonce pas ou presque mais qui peut également être dévastatrice.

Il peut s’agir par exemple des commentaires haineux sur les réseaux sociaux, du fait de parler de mariage gay et non simplement de mariage, ou encore le fait de ne voir quelqu’un qu’à travers le prisme de son orientation sexuelle.

Alors, que faire ? Monsieur Q propose une réponse courageuse.

« Tenir la main de son mec dans la rue, c’est parfois défier les homophobes, se battre contre eux.

Il faut aussi se dire que le monde va plus vite qu’eux. Nous, on les attend pas, et ils finiront par disparaître.

Nous, jamais. »

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Anouk Perry

Anouk est rédactrice Sexe, Société et Feel Good ! Sa devise dans la vie ? YOLO. Si elle a l'air d'avoir un balai dans le cul, ne vous inquiétez pas. Il s'agit en fait d'un aspirateur.

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Voici le dernier commentaire
  • Dame Andine cogite
    Dame Andine cogite, Le 26 juillet 2017 à 9h21

    @Scamandre : pareil... j'ai trouvé ça inapproprié et heurtant...
    @Anouk Perry : merci... je sais pas si c'est un truc qui se fait automatiquement par mots-clés mais ça mérite d'être désactivé ou au moins vérifié avant publication.

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