6 films qui aident à mieux comprendre la culture du viol

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La culture du viol n'est pas toujours facile à comprendre ou expliquer. Voici 6 films qui explorent différentes facettes de ce climat sociétal étouffant pour les victimes.

6 films qui aident à mieux comprendre la culture du viol

— Article rédigé à 4 mains par Kalindi & Mymy

La culture du viol, on en parle depuis maintenant 2012 sur madmoiZelle.

C’est ce climat sociétal qui entoure le viol et fait qu’il n’est pas traité comme les autres crimes. Que trop souvent, on nie le témoignage de la victime, ou on lui fait peser la responsabilité de l’agression qu’elle a subie.

Ce sont ces idées reçues selon lesquelles les violeurs sont de dangereux malades mentaux, guettent les femmes vulnérables dans des coins sombres — alors que le viol est commis en majorité par des proches de la victime.

Ce sont ces idées reçues selon lesquelles le viol, ça n’arrive qu’aux autres, pas aux « filles bien », pas aux femmes « qui font attention », pas aux hommes, pas aux gens « normaux ».

Toute cette méconnaissance de la réalité du viol, ces fantasmes qui nient comment les choses se passent pour l’écrasante majorité des gens, c’est ce qu’on appelle la culture du viol.

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C’est difficile à intégrer, douloureux, et surtout pas forcément facile à comprendre ni à expliquer.

Alors on a décidé de vous présenter 6 longs-métrages qui vous permettront d’ouvrir une discussion, une réflexion sur certains éléments de la culture du viol.

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En commençant par La Belle et la Meute, un film puissant que nous passons en avant-première à Paris ce 10 octobre et qu’on vous conseille grandement de venir découvrir.

La Belle et la Meute, un film coup-de-poing sur la culture du viol

Il y a quelques semaines, j’ai été à le projection presse de La Belle et la Meute, un film réalisé par Kaouther Ben Hania, une cinéaste tunisienne.

Dans la salle, nous n’étions pas plus d’une dizaine. Parmi nous, un seul homme. Assises à côté de moi, j’ai compté au moins 6 femmes.

Le film a commencé. J’ai senti mes ongles s’enfoncer dans les accoudoirs de velours rouge. Après 45 minutes à affronter l’horreur, la vraie, pas celle que brandissent les films d’épouvante, j’ai regardé autour de moi.

Toutes les femmes de la salle, absolument toutes, avaient la mâchoire serrée de celle qui lutte pour ne pas céder à la colère.

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Ce seul écran parvenait à unir nos fureurs. Ces femmes, je ne leur ai pas parlé. Je ne connais pas leur nom. Je ne sais rien de leur vie. Mais cette heure quarante de cinéma m’aura liée à elles pour toujours.

Toutes ensembles, nous avons souffert avec Mariam.

Mariam, c’est l’héroïne sublime et blessée de La Belle et la Meute.

Elle s’amuse avec ses amies lors d’une soirée en boîte de nuit. Séduite par un jeune homme, elle sort se promener avec lui sur la plage. Mais un fourgon de police l’arrête. Les flics la font monter dans le véhicule et la violent.

Commence pour elle une nuit interminable, à lutter pour sa dignité et à se battre pour obtenir ses droits…

La Belle et la Meute est aussi insoutenable qu’indispensable.

La Belle et la Meute
en avant-première

mardi 10 octobre 20h au MK2 Bibliothèque

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ELLE, la menace d’un violeur inconnu

Porté par une Isabelle Huppert époustouflante, ELLE, de Paul Verhoeven, a retourné la Croisette et conquis l’Académie des Oscars (elle était nommée dans la catégorie meilleure actrice).

ELLE, c’est un film d’une puissance déconcertante qui traite du viol comme peu avant lui. Paul Verhoeven relate les faits de manière crue et n’épargne pas le spectateur.

Il joue sur l’ambiguïté de son personnage principal pour nous décontenancer.

  • Ça parle de quoi, Elle ? 

« Elle » s’appelle Michèle et dirige une maison d’édition de jeux vidéo. « Elle » vit seule dans une grande maison bourgeoise. Un soir, un intrus masqué s’introduit chez elle et la viole. Ses voisins, Patrick et Rebecca, affirment avoir aperçu son agresseur.

Qui est cet assaillant ? Un inconnu parmi tant d’autres ?Un vagabond de passage ? Un proche ?

Sans vous révéler toute la fin, je vous dirai ceci : le violeur de Michèle fait partie de son entourage…

  • Que dit ELLE de la culture du viol ?

ELLE nous montre à sa façon qu’il n’existe pas un stéréotype de violeur.

L’agresseur n’a pas forcément l’air patibulaire de celui qui va vous trancher la gorge au coin d’une ruelle sombre. Il na pas toujours de lunettes à triple foyer, un long imper et la bave qui coule au coin de la bouche.

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Un violeur n’a pas son crime tatoué sur le front. Il peut être un mari, un ami, un parent, un voisin, un ancien amant. Et il est important de le rappeler, tant cette vérité est souvent niée.

 Rebelle, ou le viol comme arme

Rebelle, c’est un film d’une violence quasi insoutenable. Sorti en 2012, il lève le voile sur une réalité souvent ignorée de nos pays occidentaux.

Son réalisateur, le canadien Kim Nguyen, pose un regard franc sur ceux qui sont les oubliés du monde : les enfants soldats.

  • Ça parle de quoi, Rebelle ?

Vivant dans un village isolé d’Afrique subsaharienne, Komona n’a que 12 ans lorsqu’elle est enlevée par des guerriers qui l’obligent à exécuter ses parents.

Formée pour être une machine à tuer, la jeune fille est trimballée de jungle en jungle. À 14 ans, elle est violée par le chef des rebelles et tombe enceinte.

Mais Komona n’est pas seule. Pendant ces longues années de violence, le Magicien, un jeune garçon, reste à ses côtés. Les deux enfants se lient, envers et contre tout, dans un univers cruel duquel est exempte toute forme de bonheur.

  • Que dit Rebelle de la culture du viol ?

Rebelle montre le viol comme arme de guerre. En 2016, Céline Bardet, juriste internationale et présidente de l’association We are not Weapons of War, a confié à RFI Afrique :

« Ce n’est pas une arme nouvelle, elle est utilisée depuis la nuit des temps. Le viol et l’esclavage sexuel sont des armes de torture, des armes absolues de guerre. »

En effet, en zones de conflit, les bande organisées se servent régulièrement du viol pour faire régner la terreur sur les populations civiles, comme l’explique très bien Le Monde.

Cela fait écho à une réalité importante : le viol, ce n’est pas une histoire de sexe, de désir, mais de pouvoir. En déshumanisant sa victime, la personne assaillante lui retire toute capacité d’agir.

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Dans des sociétés plaçant la virginité des femmes comme critère principal de leur valeur, le viol permet de les souiller, de les rendre indignes du soutien dont elles ont pourtant tellement besoin.

Les Cerfs-Volants de Kaboul rappelle que les garçons aussi sont victimes de viol

J’ai vu Les Cerfs-Volants de Kaboul (adapté du best-seller de Khaled Hosseini) à sa sortie, en 2008.

Je ne savais absolument pas ce que j’allais regarder. J’aime être complètement surprise par un film, souvent je ne lis même pas le résumé, encore moins les critiques, pour aller en salle vierge de tout a priori.

Ma mère me pensait trop jeune pour affronter ce récit. Finalement, j’avais l’âge idéal. À peine plus « grande » que les gosses du film, j’ai pu m’identifier à eux et comprendre leurs problématiques.

  • Ça parle de quoi, Les Cerfs-Volants de Kaboul ?

En plein coeur de Kaboul, dans les années 70, Amir et Hassan sont inséparables. Ils passent un après-midi entre meilleurs amis à faire du cerf volant. Mais Hassan est agressé par 3 garçons, dont l’un va le violer.

Amir assiste à la scène, mais n’intervient pas. Puis il quitte le pays, laissant Hassan trahi et humilié. Vingt ans plus tard, Amir revient sur les terres de son enfance en quête de paix et surtout de pardon…

  • Que dit Les Cerfs-Volants de Kaboul de la culture du viol ?

Les Cerfs-Volants de Kaboul est davantage un film sur le pardon que sur le viol. Toutefois, l’agression est ce qui sépare les deux amis et transforme à jamais celui qui est victime.

Là où le film peut enclencher une discussion sur la culture du viol, c’est en rappelant que les hommes aussi peuvent être victimes de viol. Ce que beaucoup de gens ignorent, ou nient.

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Les victimes de viol ont souvent honte, mais la peine peut être double quand elles sont de genre masculin : dans l’imaginaire collectif, l’homme peut être agresseur, mais non victime.

Il est important de soutenir toutes les victimes de viol, indépendamment de leur genre, orientation sexuelle, situation, et autres critères n’ayant rien à voir avec le crime qui les a visées.

Millenium — Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, le viol réel et cru

J’ai apprécié les deux adaptations de Millenium ; la suédo-danoise peut-être davantage que l’américaine, mais les deux restent convaincantes.

Je vais me concentrer ici sur l’adaptation américaine, probablement la plus connue. Porté par Daniel Craig et Rooney Mara, Millenium est un film sombre dans lequel se mêlent enquête criminelle, amour, pouvoir, et violences sexuelles.

  • Ça parle de quoi, Millenium ?

Mikael Blomkvist est un journaliste d’investigation brillant. Il est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger, pour enquêter sur la disparition de sa nièce.

Lisbeth Salander, de son côté, est une jeune femme « rebelle », extrêmement douée en informatique et en hacking, malheureusement placée sous la tutelle d’un infâme connard.

Ce dernier, Bjurman, abuse de son pouvoir sur elle et finit par la violer dans ce qui restera l’une des scènes de viol les plus agressives que j’ai vues sur grand écran.

  • Que dit Millenium de la culture du viol ?

David Fincher tenait absolument à ce que cette scène soit la plus réaliste possible. C’est une séquence qui lui tenait à coeur, d’après le journal L’Express.

Lisbeth Salander finit par rendre œil pour œil, dent pour dent à l’homme qui l’a violée, dans une scène de vengeance explosive.

À mon sens, il est intéressant d’aborder Millenium sous le prisme de la culture du viol car cette histoire rappelle qu’il n’existe pas un « prototype de femme violée ».

Comment était-elle habillée ? La hauteur de ses talons ? La longueur de sa jupe ? Son maquillage était-il voyant, « vulgaire » ? Autant de questions qui n’ont RIEN à voir avec le fait qu’une victime est une victime, mais qui sont encore trop souvent posées.

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Lisbeth Salander est une des héroïnes les moins « féminines » du grand écran. Longiligne, elle porte des jeans noirs, des t-shirts à trous, une frange asymétrique, des grosses bottes cloutées, des piercings, des tatouages…

Et tout ça n’empêche pas son tuteur de profiter de son ascendant sur elle pour la violer.

Il ne sert à rien de se demander si « telle personne a le profil d’une victime », car le viol peut toucher tout le monde, en grande majorité les femmes, et ce peu importe leur apparence ou attitude.

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Kirikou et la Sorcière, une possible allégorie des dégâts du viol

Kirikou dans une sélection de films sur la culture du viol ? Suis-je tombée sur la tête ? Eh bien non, promis.

Kirikou est un film pour enfants. Il est donc logique qu’il ne traite pas de viol frontalement. Néanmoins, l’histoire de Karaba la sorcière m’y fait penser…

  • Ça parle de quoi, Kirikou et la Sorcière ?

Kirikou est un enfant exceptionnellement débrouillard, intelligent et rapide. Il vit dans un village qui frémit sous le courroux de la terrible Karaba la Sorcière.

Karaba fait disparaître les hommes du village (pour les manger, paraît-il), prive les habitant•es de leur source d’eau, leur vole régulièrement or et bijoux…

Mais voilà, Kirikou est obsédé par une question :

— Pourquoi Karaba la Sorcière est-elle méchante ?

Alors il part à la rencontre de Karaba pour obtenir sa réponse.

  • Que dit Kirikou de la culture du viol ?

(Attention je vais spoiler la fin de Kirikou, mais bon il commence à dater !)

Kirikou découvre que Karaba la Sorcière a été attaqué une nuit, dans sa case, par de méchants hommes lui ayant planté une douloureuse épine dans le dos, qu’elle ne peut retirer.

Depuis, folle de douleur, Karaba transforme les hommes en obéissants fétiches et terrorise le village. Mais quand Kirikou arrache de ses dents l’épine qui la fait tant souffrir…

Karaba s’apaise immédiatement et prend dans ses bras Kirikou, l’enfant soudain devenu adulte. Elle n’a plus mal, donc elle ne hait plus. Le village est sauvé, les hommes redeviennent humains.

Difficile pour moi de ne pas voir, dans la fable de cette femme devenue folle de douleur après que des hommes lui ont planté dans le corps un élément étranger, poinçonnant, un écho du viol qui peut faire tant de mal…

Il est compliqué de parler frontalement de viol aux enfants, mais des histoires comme Kirikou peuvent être une façon d’aborder le sujet du respect de l’autre, de l’importance de l’intégrité physique.

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J’espère que cette sélection vous permettra de mieux comprendre la culture du viol et d’en parler autour de vous.

N’oubliez pas, si vous êtes en région parisienne, de prendre vos places pour venir voir La Belle et la Meute avec nous le 10 octobre, on pourra se réunir après le film pour en discuter !

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Commentaires
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  • 0h-dear
    0h-dear, Le 23 octobre 2017 à 19h09

    Fantine_B
    Dans Kirikou, la sorcière a bien été violée dans le passé. Michel Ocelot s'est appuyé sur un conte africain, où la sorcière restait méchante jusqu'à la fin. Mais il a décidé d'aller plus en profondeur dans la psychologie du personnage, et s'est demandé pourquoi elle était méchante. Dans une interview tirée d'un documentaire, il explique que pour lui, la sorcière a été violée, même s'il ne l'explicite pas clairement car il s'adresse aux enfants.
    Plus précisément ça vient des contes initiatiques peuls de Hamadou Hampate-ba.
    Et à la base c'est une histoire basée sur des valeurs religieuses, njeddo dewal (karaba dans la version originale) est méchante parce que les hommes et les femmes ont des relations sexuelles en dehors du mariage, et c'est absolument pas féministe comme œuvre, les oncles de bagou mawel (kirikou) sont vus comme des personnages colériques et stupides et la sorcière les attire avec ses filles qui sont données comme offrandes sexuelles et elles n'ont aucune vraie volonté.

    Voilà, juste pour replacer le contexte, j'en suis aux deux tiers du livre, je reviendrai pour en parler quand je l'aurais fini ;)

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