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Vis ma vie de conductrice de véhicule poids lourd

02 mar 2019
Léna, 25 ans, cherchait un job avec une formation rapide et de l’indépendance. Elle est devenue conductrice de poids lourds, et ça étonne encore beaucoup de gens.

Aaaaah, ces sourires gênés quand telle ou telle administration me demande l’intitulé de ma profession :

-On dit … chauffeuse ?
-Non, conductrice routière de marchandises, s’il-vous-plaît”.

Cela m’amuse toujours un peu. Cependant, le métier attire de plus en plus de femmes, alors ce genre de petite situation loufoque ne sera peut-être bientôt qu’un lointain souvenir.

Depuis que je mange de la ligne blanche, j’ai dû répondre à beaucoup (beaucoup, beaucoup) de questions, souvent les mêmes. Si bien qu’à force, je sortais des réponses toutes faites, comme un texte écrit à l’avance.

« Pourquoi tu fais ce boulot ? C’est pas trop dur ? Comment tu t’en sors dans un milieu d’hommes ? Mais t’arrives à tout faire toute seule ? »

Une formation rapide et l’envie d’être indépendante

La conduite poids lourd n’a jamais été une vocation. Je n’ai personne de ma famille dans ce métier, ni de réelle passion au départ pour les gros camions. Je me suis tournée vers la route alors que je cherchais un boulot avec une formation rapide, où je pourrais être indépendante, sans chef sur mon dos à longueur de journée, ni travail d’équipe.

Bref, sans socialiser (une vraie misanthrope, n’est-ce pas ?). Il faut bien avouer qu’écouter sa musique toute la journée reste bien plus sympathique que d’avoir à parler météo à la machine à café. J’ai donc passé mon CAP Conducteur Routier de Marchandises, et j’étais la seule nana de ma promo, évidemment.

La réalité du métier m’a très vite sauté au visage. Au delà de ne pas sentir la fleur lorsqu’on rentre du travail, être conductrice poids lourd amène comme tout travail une part conséquente de stress. Devoir se débrouiller seule quelle que soit la situation et conduire un 44 tonnes avec son chargement, c’est beaucoup de responsabilités.

Des sueurs froides et des beaux paysages

Manœuvrer tant bien que mal quand on se retrouve dans une allée où on n’aurait JAMAIS dû s’engager avec ses 18,75 mètres de longueur c’est beaucoup de sueurs froides. Être dépendante du trafic et des clients c’est beaucoup de journées à rallonge.

Et voir des paysages toute la journée c’est top, mais charger les marchandises sous la flotte, le froid, le vent, la tempête quoi, c’est beaucoup de fatigue. En été, je suis la première à me pavaner au soleil devant les collègues enfermés dans les bureaux. En hiver, c’est eux qui rigolent à me voir galérer sous la flotte pendant qu’ils trempent les lèvres dans leur café-crème.

Après, il faut le dire, il y a des avantages à être une femme dans ce métier. Les clients sont beaucoup plus sympas avec moi qu’avec mes compères masculins. On m’aide parfois sans même que je le demande (et même si je peux très bien me débrouiller seule).

Deux-trois petites choses m’horripilent tout de même, avec en haut de liste les gens qui m’indiquent comment reculer. Mon coco, je manœuvre tous les jours, 10 heures par jour depuis 5 ans, dans la nuit, sous la flotte, avec ou sans remorque, je te jure, je peux y arriver toute seule. Sans oublier les gars sur les chantiers qui te regardent faire tes manœuvres du début à la fin pour capter le seul moment où tu galères… C’est bien connu : si tu galères c’est pas à cause de la configuration du lieu non, non, c’est parce que t’es une nana, point.

« Et t’aimes les hommes ou… ? »

Être derrière un volant tout en étant tatouée et percée, font que les gens s’intéressent de près à la personne qui partage mon lit. Comme ça arrive souvent, j’ai fini par m’en amuser. Ça me donne en plus une bonne excuse pour éviter les demandes de 06.

Mais je crois qu’au fond ça soulève une vraie problématique quant à la vision très étriquée de la société, à savoir qu’une femme ne peut pas faire un boulot « d’homme » si elle n’a pas en elle-même une part de masculinité prédominante. Sans compter les raccourcis faits par ceux qui imaginent que les lesbiennes sont forcément masculines.

Un jour, un mec m’a même arrêtée en plein bouchon parce qu’il était persuadé que j’étais transgenre, car dans sa tête :  »c’est pas possible qu’une nana fasse ça ».

Pour en savoir plus sur le quotidien de Léna et son projet de devenir professeure de yoga, tu peux aller suivre son blog.

Et toi, est-ce que les gens sont surpris quand tu parles de ton métier ? Viens en parler dans les commentaires.

 

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