Thaïs D’Escufon, cheval de Troie rempli d’idées racistes : une aubaine pour C8


Thaïs est membre de Génération Identitaire. Cheveux longs et blonds, yeux bleus, peau blanche : elle illustre parfaitement la façon dont les médias ont tendance à se fasciner pour l’extrême droite lorsqu’elle est incarnée par des jeunes femmes séduisantes.

Thaïs D’Escufon, cheval de Troie rempli d’idées racistes : une aubaine pour C8

N’aura-t-on donc aucun répit en 2021 ? Ne pourrait-on pas collectivement décider de s’épargner des souffrances supplémentaires alors que nous sommes au début de Pandémie 2 : le retour de la vengeance du confinement ? Visiblement, non, en tout cas pas pour l’équipe de Balance ton post qui a décidé d’inviter une membre du groupuscule d’extrême-droite Génération Identitaire ce 21 janvier au soir.

Thaïs D’Escufon, 21 ans, s’est donc retrouvée en plateau à enchaîner bredouillements et mensonges. Pas convaincues par son discours ? Ce n’est pas grave : sa simple présence est une victoire pour l’extrême-droite, et c’est loin d’être un hasard si c’est elle qui a été envoyée dans l’émission.

Car Thaïs D’Escufon est une jeune femme blonde aux yeux bleus. Et ça, les nazillons en raffolent.

Thaïs D’Escufon (Génération Identitaire), la haine sous un visage poupin

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la jeune extrémiste n’est pas encore l’oratrice de l’année. Son stress est palpable ; elle perd ses mots, s’emmêle dans ses idées, bafouille… on en aurait presque de l’empathie pour elle, si elle n’était pas là pour défendre une action raciste — les militants de Génération Identitaire mènent une « opération anti-migrants » à la frontière espagnole.

Mais Thaïs D’Escufon n’a pas besoin d’être une jouteuse verbale hors-pair. Ses arguments, ils se voient plus qu’ils ne s’entendent : c’est une femme, elle est jeune, elle est jolie, elle est blanche, elle est blonde, elle a les yeux bleus. Si on avait voulu peindre une « femme d’extrême-droite idéale », on aurait, spontanément, tracé son portrait.

Thaïs D’Escufon ressemble à tant d’autres femmes comme elle, aux idées rétrogrades et excluantes. Elle pourrait être la cousine de Marion-Maréchal Le Pen, dont le traitement médiatique interrogeait déjà les journalistes d’Acrimed en 2014. Ils rappelaient que France Info a souligné « ses traits fragiles et sa blondeur candide », que Le Monde a évoqué une femme « Jeune, jolie », que TF1 n’a pas manqué de mentionner ses « cheveux longs blonds et [son] visage fin », son « joli sourire »… Autant d’adjectifs mélioratifs qui font le jeu du Rassemblement National, très occupé à se « dédiaboliser » pour planquer les sorties racistes de Papy Le Pen sous un vernis de fausse respectabilité.

Dans un article de Marie Claire consacré aux femmes d’extrême-droite, Isabelle Germain, fondatrice des Nouvelles News, expliquait :

« Les responsables de partis d’extrême droite soignent leur look et leur chevelure, de préférence blonde. Aux États-Unis, les leaders femmes du Tea Party jouent de leur côté sexy pour atténuer la dureté de leurs mouvements. »

Dans le même papier, la politologue Nicole Bacharan appuie cette idée : celles qui sont le plus à droite de l’échiquier politique usent selon elle d’« une féminité outrancière » pour faire passer plus aisément la pilule de « l’extrême agressivité dans leur propos, teintés d’un conservatisme absolu ».

L’innocence supposée des jeunes femmes, la sympathie que l’on ressent spontanément pour celles qui correspondent aux canons de beauté sont les armes avec lesquelles Thaïs D’Escufon arrive sur le plateau. Une image lisse qui ferait presque oublier la violence des convictions qu’elle vient défendre.

Et ces armes ne sont pas seulement utiles pendant les débats. Rappelons que Thaïs D’Escufon faisait partie des militants et militantes de Génération Identitaire ayant escaladé un immeuble pour y dérouler une banderole dénonçant le « racisme-anti blanc » (grand fantasme de l’extrême-droite) pendant une manifestation menée par le collectif Vérité pour Adama.

La police les avait gentiment sortis du bâtiment, et aucune suite judiciaire n’avait été donnée à leur action, comme le confirmait à l’époque CheckNews de Libération. Thaïs D’Escufon aurait-elle eu droit au même traitement si elle avait été autre chose qu’une jeune femme blanche et blonde ? Le doute est plus que permis, au vu des fréquentes violences policières infligées aux personnes racisées, notamment les hommes noirs et arabes.

Invitée sur Balance ton post, Thaïs D’Escufon peut déjà fêter sa victoire

« Le fait que je sois présente aujourd’hui sur ce plateau prouve bien que nos actions sont efficaces », assénait Thaïs D’Escufon sur le plateau de Balance ton post. Et le pire, c’est qu’elle a raison.

Pour l’extrême-droite, une invitation dans une émission grand public est déjà une victoire : aux côtés d’acteurs normaux du paysage médiatique et politique, ses idées nauséabondes se normalisent. Elles trouvent une place dans le débat public, comme s’il était tout à fait banal de donner la parole à des gens qui, sans être pourvus d’aucune autorité légale, tentent d’entraver le passage de personnes aux frontières, ce qui pour certains est synonyme de condamnation à mort.

Dès l’introduction de l’émission, la victoire de l’extrême-droite est acquise : Cyril Hanouna, estimant probablement rentrer dans le lard de Thaïs D’Escufon, lui assène qu’elle se trompe de priorités et qu’en période de Covid-19, il faudrait plutôt se focaliser sur la pandémie que sur les flux migratoires.

Le ton est triomphant. Le message, lui, teinté d’un aveuglement politique affolant.

Génération Identitaire ne se « trompe » pas de combat ; Covid-19 ou pas Covid-19, la priorité de ce groupuscule est de mener des actions racistes, pour défendre une « civilisation européenne menacée » selon leurs fantasmes humides de suprématie blanche. Et en invitant Thaïs D’Escufon, Balance ton post a fait le jeu de cette priorité, l’a mise en lumière dans le débat public.

Notons, enfin, que le rédacteur en chef du média d’extrême-droite Valeurs Actuelles était lui aussi présent sur le plateau, et défendait évidemment les actions de Génération Identitaire. Décidément, cette édition de Balance ton post a une sous-couche bien brune, et en prime time, s’il vous plaît.

C8 et CNews, des chaînes qui se font porte-parole de l’extrême-droite

Est-ce surprenant que Thaïs D’Escufon ait été invitée sur C8 ? Pas vraiment.

Rappelons que c’est sur CNews, dans le même groupe médiatique, qu’Éric Zemmour, plusieurs fois condamné pour provocation à la discrimination raciale, déverse encore chaque jour (chaque jour !) ses idées racistes — plusieurs personnalités avaient d’ailleurs signé une tribune sur Mediapart pour annoncer leur refus de participer au moindre programme de la chaîne tant que le polémiste d’extrême-droite y serait animateur.

Dans Le Média, l’éditorialiste Denis Robert mitraillait la chaîne en octobre 2020, rappelant le long défilé d’invités et invitées venues répandre leurs idées nauséabondes sur CNews :

« Droite-extrême droite : les digues ont lâché depuis longtemps. CNews, c’est un mélange permanent, une partouze… Ciotti, Zemmour, De Villiers, Jérôme Odoul, le bon petit blanc musclé qui met de l’huile sur le feu… Morandini le suceur de glace poursuivi pour corruption de mineurs… Jean Claude Dassier, Elisabeth Levy, Charlotte d’Ornellas, Robert Ménard, les chroniqueurs de Valeurs actuelles, de l’Incorrect, Yan Rouffiol, Pascal Praud et les gros beaufs qui occupent l’antenne avec lui, c’est la banalisation du mal comme dirait Anna Arendt. »

Une liste à laquelle on peut désormais ajouter le nom de Thaïs D’Escufon, dernier cheval de Troie en date envoyé par l’extrême-droite.

Chose rare, on est plutôt d’accord avec les propos d’Éric Naulleau, qui assène dans Balance ton post :

« Il y a ceux qui placent leur religion au-dessus des lois de la République et ceux qui placent leurs convictions politiques au-dessus des lois de la République. C’est le cas de Génération Identitaire qui se comporte comme une milice auto-proclamée. […]

Ce sont des zozos, mais on a vu au Capitole à Washington ce que ça peut donner, des zozos. Ça donne des gens armés qui contestent le scrutin populaire. Je souhaite leur dissolution avant que les zozos ne deviennent plus dangereux. »

Par contre, nous, on remplacerait « zozos » par « racistes ». C’est plus précis, vous ne trouvez pas ?

À lire aussi : Pourquoi les luttes anti-racistes françaises doivent tout aux femmes noires

Mymy Haegel

Mymy Haegel

Mymy est la rédactrice en chef de madmoiZelle. Elle est aussi dans la Brigade du Kif du super podcast Laisse-Moi Kiffer. Elle aime : avoir des opinions, les gens respectueux, et les spätzle.

Tous ses articles

Commentaires

zazouyeah

@Chandernagor : ma légère dyslexie m'avait quant-à moi fait lire "d'Esfutcon" :ninja:
 

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!