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Cinéma

Le claustrophobique « Relic », dans le regard amoureux de sa créatrice

Relic est le premier long-métrage de la solaire Natalie Erika James. À l’occasion cette sortie cinéma, la réalisatrice australo-nippone se confie sur ses élans pour l’horreur subtile.

Le coronavirus empêche parfois celles et ceux qui s’aiment de se voir. Les relations ont la vie dure, tout comme les rencontres qui se font de plus en plus rares. Nostalgie.

« Heureusement », cette pandémie intervient à l’époque (bénite ?) où converser est désormais possible par écrans interposés. L’émotion n’est jamais la même bien sûr, mais au moins elle est là. Elle existe.

Natalie Erika James réalise Relic, un premier film sensible

C’est grâce à cette indispensable technologie que nous avons pu dialoguer avec la réalisatrice du claustrophobique Relic, dont l’affiche recouvre actuellement les bus et les kiosques parisiens.

Comme si le voyage d’ici en Australie n’était possible que par quelques clics d’un doigt sur un écran, cette rencontre ramena un peu du soleil de là-bas dans un Paris bien maussade sous son éternel crachin.

Natalie Erika James a répondu d’un air solaire à nos questions, et sa lumière contrastait avec l’obscurité permanente dans laquelle sont plongés les personnages de son intime premier long-métrage.

Relic, de quoi ça parle ?

Relic, c’est l’histoire de Kay et de sa fille Sam, qui fouillent de fond en comble la demeure d’Edna, la grand-mère disparue de la famille, dont la maison isolée gît à la lisière d’un bois.

Si les fouilles sont vaines, Edna finit par réapparaître dans la cuisine, comme par magie, un matin. Très rapidement, la vieille dame montre des signes de sénilité qui la rende violente et méconnaissable : elle crie, se débat, parle seule et même sa peau se noircit à différents endroits de son corps abîmé, comme hanté.

Tandis que sa fille enquête sur la brutale descente aux enfers d’Edna, la maison se distord, révélant des lieux inconnus aux recoins desquels il est facile de se perdre, et surtout d’y perdre la tête…

Après un point Covid — il faut dire que l’Australie, dont est originaire Natalie, a mis des mesures drastiques en place — la réalisatrice lève le voile sur sa bien mystérieuse première fiction.

Kalindi Ramphul : Le labyrinthe dans lequel se perdent les personnages symbolise d’après moi la désorientation que ressentent les malades atteints d’Alzheimer. Est-ce que j’ai vu juste ? 

Natalie Erika James : En effet (rires) ! Ma grand-mère était elle-même atteinte de la maladie d’Alzheimer, d’ailleurs. L’idée du film m’est venue de ma propre expérience, car dans la maison de ma grand-mère, il y avait un étage dans lequel il lui arrivait de se perdre.

J’ai aussi vu un documentaire très intéressant il y a quelques temps, dans lequel un homme se perdait dans sa propre maison. Malheureusement, je ne me souviens pas de son titre, mais il faut absolument que je le retrouve et que je vous le donne. Il est très intéressant !

Ce qui est frappant, c’est la manière avec laquelle vous parvenez à instaurer ce climat d’angoisse sans avoir recours à un sound design trop poussé, ni aux jump scares. Le silence règne en maître sur votre création. Est-ce que, comme moi, vous en avez marre des pirouettes sonores des films d’horreur mainstream

Oui, je suppose (rires). Je trouve en effet qu’il y a une vraie puissance dans l’absence ou du moins la légèreté des effets sonores. L’horreur est parfois où on ne l’attend pas, autant ne pas l’annoncer par le son.

J’étais une grande fan de cinéma d’horreur en grandissant, notamment de cinéma japonais, avec par exemple The Ring

. Dans ces types de films, les effets de manche sonores sont restreints. C’était une vraie source d’inspiration pour moi. Dans l’horreur asiatique, on joue davantage avec le cadre pour instaurer l’angoisse…

En parlant du Japon, pourquoi ne pas y avoir tourné ?  Votre film a pourtant une dimension très personnelle, et je crois savoir que votre grand-mère y vivait…

Bonne question ! En fait, dans mon premier brouillon, l’intrigue se déroulait au Japon, mais pour des raisons qui incluent des producteurs australiens par exemple, nous avons préféré transféré l’histoire en Australie. Mais mon prochain film, Drum Wave, qui à l’origine était un court-métrage se déroulera en revanche au Japon.

Il parlera de la création, de la naissance, du fait d’être mère ou de le devenir.

D’ailleurs, votre casting est 100% féminin. Et si au cinéma les femmes sont souvent invisibilisées, dans l’horreur elles sont au premier plan — mais pour jouer les scream queens superficielles ou les final girls... On reste dans la dichotomie de la vierge ou la putain en somme. Chez vous, les femmes ont droit à la nuance !

Oui, c’est exactement ce que je souhaitais. Et pour construire mes personnages, je me suis inspirée de plusieurs femmes différentes qui ont traversé ma vie.

Dans la plupart des films, les personnages féminins doivent toujours être agréables, aimables, doux, répondre aux éternels mêmes critères. Moi de mon côté, je voulais proposer des héroïnes complexes qui dans certaines situations peuvent devenir très agressives, peuvent sortir de leurs gonds et exprimer des facettes inattendues, voire effrayantes de leurs personnalités.

L’horreur est à mon grand regret encore trop sous-estimée par les critiques, parfois même par le public. N’avez-vous pas craint de perdre des spectateurs en choisissant l’horreur plutôt que le drame ? 

Eh bien, en réalité je ne me suis pas posé la question, car le genre de l’horreur s’est naturellement imposé à moi. En fait, j’ai toujours été une grande, grande fan du genre, et je trouvais que le sujet de mon film se prêtait particulièrement bien à ce type de récit horrifique que j’affectionnais depuis toute jeune.

Relic jouit de critiques élogieuses en France. Comment a-t-il été reçu au prestigieux festival de Sundance ? 

Oh, Sundance, c’était extraordinaire ! J’étais très nerveuse au début de la projection, car avant, le film n’avait été projeté que devant une vingtaine de personnes. Et là, c’était tout à coup une vraie foule qui était venue le voir.

J’ai été très émue, émerveillée même par le nombre de gens qui sont venues me voir pour me dire que le récit tragique de cette famille avait fait écho à leur propre histoire, et m’ont dit avoir été touché par la manière dont j’abordais cette terrible maladie qu’est Alzheimer…

Relic sort le 7 octobre dans les salles françaises. Ne le ratez pas !

À lire aussi : « Emily in Paris » : remboursez-moi mes 5 heures de vie passées devant cette série


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