« Emily in Paris » : remboursez-moi mes 5 heures de vie passées devant cette série

Si vous n'êtes pas une odieuse fumeuse de clopes moulée dans un soutien-gorge La Perla, vous n'êtes pas vraiment parisienne. Enfin en tout cas d'après Emily in Paris, une série pleine de clichés montés sur talons de 10 qui a au moins le mérite de faire marrer (malgré elle).

« Emily in Paris » : remboursez-moi mes 5 heures de vie passées devant cette série

Il en faut parfois peu pour courroucer un Parisien.

C’est en tout cas ce que nous raconte la soupe (à l’oignon) tiédasse et mièvre Emily in Paris, proposée par Netflix ce vendredi 2 octobre.

Pour le coup, mission réussie, car courroux il y a !

Emily In Paris, des clichés à talons aiguilles

Ça faisait bien longtemps qu’une série n’avait pas réussi le grand chelem des stéréotypes.

Heureusement, l’honneur du risible est sauf grâce à Emily in Paris (écrite et créée par Darren Star, le scénariste de Sex and the City) qui cumule tous les clichés relatifs à la capitale française sans trop d’efforts.

Un béret vissé sur une tête, un camembert dans un sac à main, des clopes en veux-tu, en voilà ( et même en guise de déjeuner), des triangles amoureux, des chefs obsédés par la cuissons des steaks et autres concierges désagréables : bienvenue dans le Paris d’Emily, qui conjugue les clichés d’hier avec les thématiques d’aujourd’hui (comprenez Instagram).

Emily in Paris, c’est l’histoire d’une jeune américaine du Midwest à la naïveté tout à fait agaçante qui s’installe à Paris dans une chambre de bonne (un T3 en vrai) pour occuper un post dans une agence de marketing de connards où règne sexisme et méchanceté. 

Elle est censé apporter son point de vue américain à une bande de publicitaires acariâtres et libidineux qui ne bossent jamais avant 11 heures et prennent trois heures de pause, car c’est bien connu : les Français sont de grosses feignasses incapables de se lever avant d’avoir avalé 14 croissants.

Le Paris Rive Gauche d’Emily

Emily in Paris est un cliché sur pattes, réduisant les habitants de la capitale à d’infâmes snobs à sac Birkin qui fument même en sortant du sport.

Ça en aurait été distrayant pour ne pas dire amusant si on nous en avait servi que trois épisodes. Malheureusement, il y en a 10 !

Par ailleurs, de Paris on ne voit que le faste, le luxe, les boutiques, les chaussures de marque et tutti quanti.

La caméra ne s’aventure jamais Porte de Clignancourt ni Porte de la Chapelle.

Pourtant, aujourd’hui, c’est surtout ça Paris : la galère pour la plupart de ceux qui y vivent (mal).

Édulcorer : oui. À ce point : bof.

Emily, une héroïne stéréotypée

Non contente de saccager (oui, on aime en faire trop) le patrimoine français à coups de préjugés bêtifiants, la série transforme également son personnage principal en madone du stéréotype.

Emily, incarnée par la néanmoins talentueuse Lily Collins, est une Américaine dont les Parisiens reconnaissent à sa simple dégaine qu’elle en est une. 

Pourtant, la jeune femme est toujours tirée à 4 épingles, et enroulée de fringues très « couture » et griffées, qui lui confèrent une image de modeuse pointue plutôt que de Madame-tout-le-monde du Midwest américain.

Copie conforme, stylistiquement, de Blair Waldorf, elle n’en a pourtant pas le porte-monnaie, d’après la description que nous en fait la série.

Difficile d’alors comprendre comment fait la jeune femme pour exhiber un sac de luxe différent chaque jour…

Emily in Paris, un vernis féministe qui ne suffit pas

Alors, c’est bien beau d’aborder le male gaze, d’expliquer ce qu’est le harcèlement aux collègues et de tenter une micro-révolte féministe à l’intérieur d’une boîte de gros cons misogynes, encore aurait-il fallu qu’on y ajoute une vraie intention !

Pas qu’on repeigne cette série vieillotte avant l’heure d’un simple vernis censé la mettre au goût (progressiste) du jour.

Si l’héroïne se veut la fière féministe qui vient gentiment faire la leçon à nos misogynes de patrons, elle sonne faux de bout en bout, et nous place en situation de malaise absolu.

L’idée était louable, le résultat gênant. 

Eh non, il ne suffit pas d’inclure le petit lexique du féminisme dans une série pour la rendre militante.

Emily, une influenceuse peu convaincante

La course à la popularité sur les réseaux-sociaux est en 2020 plus que jamais d’actualité, et ça, la série Netflix l’a bien compris.

Emily ne se contente donc pas d’être une joggeuse et une pro du marketing, elle a également le bon goût d’être influenceuse.

Au départ, Emily n’a que quelques dizaines d’abonnés puis, en moins de temps qu’il en faut pour le dire, sa popularité grimpe et elle se retrouve avec plusieurs dizaines de milliers d’abonnés sur Instagram.

Rien de gênant là-dedans, au contraire, il est intéressant, sur le papier, de comprendre comment les influenceuses parviennent à se créer une communauté.

Oui mais voilà, c’est là que le programme pèche.

À l’heure où les influenceuses proposent des contenus toujours plus travaillés, innovants, créatifs et inspirés, Emily se contente de selfies et de… boomerangs. 

À savoir, une communication très 2015.

Dommage pour une série qui se veut tendance.

Le magazine Vulture a d’ailleurs demandé à trois influenceuses parisiennes leur avis sur le programme Netflix.

Si les jeunes femmes sont globalement mesurées, elles ne manquent pas de relever la dimension stéréotypée des posts d’Emily :

« Bien sûr, toutes les Parisiennes s’assoient en terrasses de café, elles portent du rouge à lèvres rouge, elles fument… »

En commentaire d’un autre post, l’influenceuse Monica s’esclaffe : « Mais qui a créé ce show ? »

Et la journaliste de lui répondre : « Darren Star ». 

La jeune femmes est alors surprise. Il est vrai que le scénariste nous avait habitué à mieux…

Emily in Paris s’attire la (douce) moquerie des réseaux-sociaux

Quand on joue avec le feu, on se brûle.

Impossible de parler des réseaux-sociaux sans y être disséqué ensuite.

Toutefois, Twitter est resté gentiment moqueur, sans verser dans la méchanceté absolue :

Ce qui ressort de la plupart des tweets, c’est donc le manque de réalité sociale du programme, qui n’aventure sa caméra que dans les quartiers les plus bourgeois de Paris.

Alors oui, cette série légère n’ambitionne pas de se la jouer sociétale, mais quand même, il y a des limites au ridicule…

À lire aussi : Relic plonge trois générations de femmes au cœur de l’horreur

Kalindi Ramphul

Kalindi Ramphul


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Commentaires

loute1

Netflix a de l'humour en fait.
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