Au procès Weinstein, une victime illustre la culture du viol

Plus qu'une affaire opposant un producteur d'Hollywood à des actrices, le procès Weinstein est un symbole pour l'abolition de la culture du viol. Faustine t'explique pourquoi.

Au procès Weinstein, une victime illustre la culture du viol

Ce jeudi 23 janvier, le témoignage d’Annabella Sciorra a secoué le procès d’Harvey Weinstein.

L’actrice connue pour son rôle dans la série Les Soprano accuse l’homme de l’avoir violée au début des années 1990.

Le procès d’Harvey Weinstein a débuté le 6 janvier à New York. L’ex-producteur star d’Hollywood est accusé par plus de 80 femmes de viols et de violences sexuelles.

Annabella Sciorra, Harvey Weinstein et la culture du viol

Comme pour la plupart des victimes ayant témoigné, les faits dont Annabella Sciorra accuse Weinstein ont été prescrits. Cela veut dire qu’il est trop tard pour porter plainte.

Son témoignage vise donc à convaincre les jurés qu’Harvey Weinstein était un « prédateur sexuel expérimenté », selon un article du HuffPost.

L’enjeu ? Ses déclarations constituent un témoignage contre Harvey Weinstein, mais aussi contre la culture du viol.

Annabella raconte qu’après l’avoir déposée chez elle après un dîner, le producteur a forcé la porte de son appartement et l’a violée.

Voici des extraits de son témoignage :

« Je voulais faire comme si cela n’était jamais arrivé.

Je croyais que (Weinstein) était quelqu’un de gentil, qu’il était normal. J’étais troublée. Je me disais que je n’aurais pas dû ouvrir la porte.

À l’époque, je croyais que le viol était quelque chose qui se commettait dans des allées sombres… par quelqu’un qu’on ne connaît pas. »

Le témoignage de l’actrice décrit bien ce que peuvent ressentir les victimes de violence sexuelle à cause de la culture du viol.

Chez madmoiZelle, la culture du viol est définie ainsi :

« La culture du viol est un environnement social et médiatique dans lequel les violences sexuelles trouvent des justifications, des excuses, sont simplement banalisées, voire acceptées. »

Le récit d’Annabella Sciorra illustre plusieurs mythes sur lesquels s’appuie la culture du viol.

Tout d’abord, celui de croire que l’agresseur est toujours un inconnu dangereux. L’actrice connaissait Harvey Weinstein et pensait qu’il était « gentil ».

Or, 91% des victimes connaissent en réalité leur violeur.

Ensuite, celui de croire que l’on est en partie responsable de ce qui nous arrive. Annabella Sciorra s’est en effet reproché d’avoir ouvert la porte.

Or, le seul coupable, dans un viol, c’est le violeur.

Enfin, la culture du viol amène les victimes à ne pas se rendre compte qu’elles ont subi un viol car celui-ci est banalisé. L’actrice affirme avoir mis longtemps à comprendre qu’elle avait été violée.

La conséquence pour les victimes : les difficultés à porter plainte et à en parler par peur du jugement social.

Ce qui est parfois un drame pour la santé mentale. Annabella Sciorra a d’ailleurs sombré dans la dépression suite à son viol.

Si tu veux en savoir plus sur la culture du viol, je te renvoie à cette excellente vidéo dans laquelle Mymy t’explique tout :

Le procès très symbolique d’Harvey Weinstein

Ancienne vision du viol VS dénonciation de la culture du viol. Plus que le procès d’un seul homme, c’est bien ce qui se joue dans l’affaire Weinstein.

Face aux accusations, l’avocate d’Harvey Weinstein, Donna Rotunno, s’appuie sur la culture du viol pour défendre son client.

Voici ce qu’elle a dit à ABC :

« Les femmes sont responsables des choix qu’elles font. […] Si vous ne voulez pas être une victime, n’allez pas dans cette chambre d’hôtel. »

L’avocate sous-entend donc qu’une victime est responsable de son viol si elle accepte de se retrouver dans une chambre d’hôtel en présence d’un homme.

Le plus effrayant, c’est que ça a l’air de marcher. Donna Rotunno a fait de la défense d’hommes accusés de harcèlement sa spécialité.

En 15 ans, elle a défendu une quarantaine de clients dans ce cas et n’a perdu qu’une fois.

Tout cela me fait froid dans le dos. Mais au fond, je sais que cette façon de pensée est celle d’une partie de la population. Et ça me désole.

Déconstruire les mythes de la culture du viol, c’est important

C’est pour cela qu’il est important, aujourd’hui, de lutter contre la culture du viol.

En déconstruisant les stéréotypes autour du viol et en débattant autour de nous.

En prêtant une oreille attentive à une personne qui confie avoir été victime de violence sexuelle.

À lire aussi : Comment réagir face à quelqu’un vous confiant avoir été victime d’un viol ?

En attendant, le procès Weinstein est porteur d’une immense valeur symbolique.

J’espère que les questions que soulève cet évènement très médiatisé permettront à de nombreuses femmes victimes de violences sexuelles de sortir de la honte. De se rendre compte que non, ça n’était pas leur faute.

Leur permettra d’élever leurs voix contre la culture du viol.

Leur permettra d’oser porter plainte pour que ces faits ne restent pas impunis.

Pour que demain il n’y ait plus de victimes de viol.

À lire aussi : Retour sur l’affaire Weinstein, le scandale qui a tout ébranlé

Faustine M

Faustine M


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Commentaires

Cococinulle

Il me semble qu'aux USA, la justice se fait sur la base du "doute raisonnable". La culpabilité sera établie hors de tout doute raisonnable.

Donc si un témoignage est considéré comme douteux, car on arrive à établir que le témoin n'est pas fiable, il peut ne pas être retenu.
C'est pour ça je pense que les avocats jouent beaucoup là dessus, surtout s'ils n'ont rien pour prouver l'innocence de leur client.

Pour Weinstein, en plus, je crois qu'il n'y a pas de preuves "physiques" et que toute l'accusation repose sur les témoignages.
Si la défense arrive à faire douter le jury sur la fiabilité des témoignages, il n'y a plus rien, et donc le doute raisonnable fera qu'il pourrait ne pas être condamné.
 

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