Être pom pom girl et féministe, c’est possible ?

Pom pom girl pendant ses études supérieures, cette madmoiZelle a dû faire face à des gens qui jugeaient son sport anti-féministe, ainsi qu'au sexisme de certains étudiants. Elle raconte !

pompomgirl-feminisme

Quand j’étais étudiante, j’ai eu la chance d’intégrer l’équipe des pom pom girls de mon école.

Moi quand j'ai appris que j'ai été sélectionnée dans l'équipe

Au menu : froufroutement de pompons, déhanchés à la Beyoncé et BRAS TENDUS BORDEL (la règle numéro UN !!!).

Pom pom girls et cheerleaders, quelle différence ?

Bon J’AVOUE, on n’était pas encore au niveau que les meufs de la série Cheer (même si on aurait kiffé). Mais c’est aussi parce que qu’être une cheerleader et être une pom pom, c’est différent.

Le cheerleading est plus axé gymnastique, alors que le pom pom, c’est principalement de la danse.

Quoi qu’il en soit, cette expérience m’a fait vivre des moments uniques.

Comme quand j’ai dansé en totale tenue pom pom (donc : jambes nues) sur le parvis de mon école en plein hiver, devant le regard interloqué des passants.

Ou quand j’ai fait un bootyshake de l’espace devant un public de 1000 étudiants à notre compétition sportive interécoles.

Des moments WTF et uniques dans une vie !

Être pom pom girl et féministe

Mais mon appartenance à cette équipe a aussi fait jaser autour de moi. Certaines personnes ont sous-entendu que mon activité de pom pom girl était anti-féministe

À l’époque, jeune fille insouciante que j’étais, c’est vrai que je n’avais pas encore le même engagement anti-sexiste qu’aujourd’hui.

Plus tard, avec mon éveil féministe, cette question m’a taraudée.

Avais-je été anti-féministe en étant pom pom girl ?

Moi me demandant si je dois séparer la pom pom de la féministe

Pour répondre à cette question existentielle, j’ai invoqué Beyoncé (mon guide spirituel). Dans un article du HuffPost, cette dernière donne sa définition du féminisme, pas incompatible avec la féminité :

« Choisir d’être féministe n’a rien à voir avec votre féminité, ni votre masculinité d’ailleurs. Les personnes qui croient en l’égalité des sexes ne s’habillent pas pareil, ne parlent et ne pensent pas non plus de la même façon. »

OUF ! Merci Queen B de me rassurer !

Cependant, j’admets que le principe d’une bande de meufs dansant en jupette pour encourager leurs homologues masculins en plein effort physique a des origines sexistes.

Mais je pense que l’important est de pouvoir se réapproprier la symbolique qui entoure les pom pom girls.

En l’occurrence, m’éclater sur scène en m’en fichant du regard des autres sans me préoccuper des rageux a été un moyen de m’affirmer !

Je ne me sentais pas non plus enfermée dans une image négative : être pom pom girl, ce n’est pas être réduite à une fille qui sait bouger son boule.

Être pom pom girl, c’est surtout travailler dur, cultiver l’esprit d’équipe et se faire plaisir en dansant.

C’est sortir des cases en assumant d’être sexy sur scène tout en ayant le droit d’être sérieuse (ou pas) sur les bancs de l’amphi.

Un sexisme qui colle à la peau des pom pom girls

Avec le recul, il y a quelques points qui me froissent quand je repense à ma carrière de pom pom girl.

Non pas sur le principe ni sur le sport en lui-même, mais plutôt sur les cases dans lesquelles moi et mes coéquipières avons parfois été rangées à cause de notre activité.

Lors de mon premier show à la rencontre sportive inter-écoles, j’ai dansé en tenue courte. Moi, ça ne me dérangeait pas.

Notre costume a été jugé indécent par d’autres équipes de pom pom girls et certaines personnes dans le public.

Mais était-ce vraiment notre tenue qui faisait le jeu du sexisme… ou bien les jugements émis sur celle-ci ?

L’année où j’ai intégré l’équipe, un chant sur les pom pom girls a été interdit par l’établissement. Les paroles, pas très subtiles, scandaient :

« Et nooos pom poms sont des salooopes ! »

Cette interdiction, poussée par l’association féministe, a été très mal accueillie. Je précise que cela s’est passé il y a quelques années, avant #MeToo, et que les mentalités ont évolué depuis.

Moi-même, je ne voyais pas trop où était le problème. Je trouvais ces paroles drôles.

Aujourd’hui, je pense que c’est une bonne chose que ce chant ait disparu. Parce qu’à chaque fois qu’il retentissait, l’idée que les pom pom girls étaient des « salopes » perdurait.

Une année, de nombreuses personnes nous ont fait la remarque suivante :

« Vous êtes des pom pom girls, pourtant vous êtes trop sages. »

Sous-entendu : nous n’étions pas assez débridées en soirée, nous ne couchions pas avec assez de mecs pour coller à l’image que certains avaient des pom pom girls.

Il existait une pression à « choper » des mecs de l’école et à coller à une image de fille sexy.

Personnellement, je me fichais pas mal de ces étiquettes : ni ma réputation ni ma cote de popularité n’étaient mes priorités numéro 1.

J’avais aussi fait le choix de garder ma vie personnelle assez secrète et je n’ai jamais entretenu de relation avec les mecs de mon école.

Mais l’étiquette de pom pom girl pouvait être difficile à porter, et à double tranchant. Comme beaucoup d’injonctions pesant sur les femmes.

Certaines chopaient beaucoup de mecs et aimaient beaucoup être sexy. Cela pouvait être facteur de popularité. Mais aussi de jugements et même d’insultes.

Certaines étaient en couple ou n’avaient pas envie de draguer. Elles se sentaient mal à l’aise vis-à-vis de l’image de fille « sexy » qui leur collait à la peau à cause de leur activité.

Au sein de l’équipe, notre philosophie n’était pourtant pas d’influencer le comportement des filles d’une façon ou d’une autre !

Il s’agissait plutôt de les encourager à faire ce qu’elles voulaient de leur corps et de leur vie sans se préoccuper du regard des autres.

Qu’elles aient plusieurs partenaires sexuels ou qu’elles soient en couple depuis des années. Qu’elles soient des bêtes de soirée ou qu’elles préfèrent rester au calme. Qu’elles aiment s’habiller en jupe ou en pull oversize.

Elles étaient quand même des pom pom girls.

Pom pom girls et sexisme : des progrès

Depuis mon expérience, quelques années se sont écoulées. Et rien que pendant ma scolarité, j’ai pu constater des changements considérables quant au sexisme vis-à-vis des pom pom girls !

D’année en année, les équipes de pom pom girls ont livré un travail de plus en plus qualitatif et pro. Pour le show final, c’est un an de préparation, avec au moins deux entraînements par semaine.

L’image de filles sportives, bosseuses et battantes se substitue petit à petit à l’image de filles « chaudes ».

Pendant mes deux ans de pom pom, j’ai clairement pu constater des progrès.

La dernière année, nous avons intégré à l’équipe des pom pom boys qui faisaient vraiment partie de la chorégraphie.

Ils ne se contentaient pas, comme de coutume, de faire de la figuration et de nous aider à réaliser nos portés ! Ils dansaient avec nous et exécutaient les mêmes mouvements : des déhanchés et des bootyshakes qui ont enflammé notre public.

Aujourd’hui, je ne ressens aucune honte à avoir été pom pom girl.

J’ai kiffé cette expérience, et n’en déplaise à ceux qui m’ont critiquée, pom pom et féminisme peuvent aller de pair !

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Une madmoiZelle

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Commentaires

MorganeGirly

Mais personne n'a parlé de crucifier qui que ce soit. Ce ne sont pas les concernées qu'on a pointé du doigt, mais les pratiques. Elles ont tout à fait le droit de kiffer ce qu'elle font, mais ça ne rend pas pour autant leur pratique de facto empouvoirante.
Mais à qui revient-il de décider du caractère empouvoirant de quelque chose? Pour moi, l'empouvoirement est une démarche très individuelle (un truc libérateur pour quelqu'un peut être source d'oppression pour un autre) et ce qui me pose donc problème c'est de contester le caractère empouvoirant pour autrui.

Par contre, je reconnais que la traduction institutionnelle d'empowerment est en réalité "autonomisation". C'est une traduction plus proche de la notion de "libération des femmes" que "empouvoirement" mais rejetée par certains militants et autre qui le juge trop restreinte par rapport à l'anglais. Mais ça colle effectivement plus au débat normes sexistes/pas sexistes puisque ça reflète plus le débat sur les droits des femmes, considération de leur rôle, l'oppression patriarcale etc. qui me paraît relativement pertinent ici. Mais la notion de sentiment de pouvoir, c'est très personnel et large et ça me pose problème qu'on décidé en tant que tiers si c'est valable ou non comme activité pour reprendre le pouvoir sur son environnement, sa vie, la société ou que sais-je.
Au fond, comme ce débat, la traduction reflète différents courants féministes, avec des histoires et des priorités divers.
 

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