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« Moi c’est Rahana. J’ai dix-neuf ans, et je vis dans un camp de réfugiés à la frontière entre Myanmar et le Bangladesh »

Le podcast « 4 filles et 1 culotte tâchée »est une série docu-fiction immersive basée sur de vrais récits recueillis par Plan International à travers le monde et romancés par Mymy Haegel. Chaque épisode vous fera vivre le quotidien d’une jeune fille menstruée en fonction des us et coutumes de son pays.

Bienvenue dans 4 filles et 1 culotte tachée, un podcast de Madmoizelle et Plan International France. L’ONG qui agit tout autour du monde pour les droits des enfants, des jeunes et l’égalité entre les filles et les garçons. Quatre filles habitant dans quatre pays différents s’envoient des colis contenant la même chose : les protections hygiéniques qu’elles utilisent au quotidien et une lettre qui raconte leurs premières règles.

Ainsi, 4 filles et 1 culotte tachée dessine un panorama des tabous qu’il reste à lever tout autour du monde sur les menstruations. Car si plus de 80 % des filles en France considèrent que les règles restent un tabou majeur dans les pays en développement, elles ne mesurent pas toujours l’impact néfaste de ces idées reçues sur la vie quotidienne des habitantes de ces pays.

Pour plus de huit filles sur dix, prendre conscience de ces discriminations les révolte, 80 % d’entre elles appellent les gouvernements à lutter contre les inégalités provoquées par le manque d’accès à l’hygiène menstruelle dans le monde. Pour que chaque fille et chaque femme soit libre, tous les jours du mois.

Rahana, une adolescente bengalie, qui prend la plume pour écrire à Rebecca, une jeune ougandaise.

Bonjour Rebecca,

C’est fou de t’écrire cette lettre, je crois que je n’ai jamais rien envoyé aussi loin. Je ne pouvais même pas placer ton pays, l’Ouganda, sur une carte, mais maintenant, je le situe bien ! Et c’est fou aussi de t’envoyer un colis de protections hygiéniques, parce que moi, j’en ai beaucoup manqué. Je ne pensais pas que je pourrais en offrir à une autre fille !

Chère Rebecca, moi c’est Rahana. J’ai dix-neuf ans, et je vis au Bangladesh. Enfin, pas vraiment : je vis à Cox’s Bazar. C’est un camp de réfugiés à la frontière entre Myanmar et le Bangladesh ; moi, à la base, je vivais au Myanmar, mais j’ai dû venir ici il y a déjà cinq ans avec ma famille. Au début, ça devait être temporaire. On ne devait pas rester longtemps dans ces cabanes sans murs ni porte ni fenêtre, qui nous protègent à peine avec leur « toit » fait d’une simple bâche. On devait rentrer « bientôt » chez nous. Mais c’était il y a déjà cinq ans…

Ma famille et moi, nous sommes Rohingya. Notre peuple est apatride : nous n’avons pas de pays, pas d’hymne, pas de drapeau. Et pourtant nous existons, surtout au Myanmar, où nos croyances en majorité musulmanes et nos origines indiennes ont mené à des persécutions contre mon peuple. Mais c’est en 2016, avec le début de la guerre entre notre armée et celle du Myanmar, que tout a basculé.

Comme des centaines de milliers des nôtres, ma famille et moi avons été exilés, déplacés par la guerre. Et comme des centaines de milliers des nôtres, nous avons fini dans ce camp, à Cox’s Bazar, où s’étendent à perte de vue des bidonvilles devenus « chez nous ».

« La foi aide à tenir dans ces conditions difficiles, encore plus pour les filles »

Je vis ici avec deux de mes oncles paternels, ma mère, mon frère et ma petite sœur. Nos journées se suivent et se ressemblent, pleines d’ennui, même si je trouve du réconfort et du sens dans les cinq prières qui les rythment du matin au soir.

À l’aube, c’est le Fajr, la prière du matin. Nous sortons de notre tente pour nous incliner face à la Mecque, comme beaucoup d’autres autour de nous. La foi aide à tenir dans ces conditions difficiles, encore plus pour les filles.

Ma mère part ensuite pour une longue marche jusqu’à l’entrée du camp, qui se trouve à plusieurs centaines de mètres de notre tente. Nous ne la reverrons pas avant longtemps ; elle se dirige vers l’aide humanitaire, comme tout le monde, et elle va devoir faire une longue queue. Il y a à peine assez pour nourrir le camp. 

C’est le début, pour ma sœur et moi, de la longue attente. Comme la majorité des filles ici, nous n’avons pas le droit de sortir de notre tente, sauf les quelques fois où nous allons à l’école ; nous passons la journée enfermées. Il fait très chaud, et on s’ennuie beaucoup.

Et c’est là que j’ai eu, quelques mois après notre arrivée, mes premières règles.

Grandir dans des camps de réfugiés en étant privé d’eau courante et de toilettes

On ne m’avait pas prévenue que ça pouvait arriver. Je ne savais pas que c’était un passage normal de ma vie, alors j’ai eu très peur, surtout que j’ai mis du temps à me rendre compte que je saignais. Car il faut que je t’explique la situation d’hygiène ici, et comme ça tu comprendras aussi ce qu’a changé Plan International dans le camp et dans ma vie.

Comme je te l’ai dit, nous les filles, nous n’avons quasiment pas le droit de sortir de nos tentes, pas même pour aller aux toilettes. Parfois, quand nous n’avons pas le choix ou que nous sommes malades, nous devons nous soulager à l’intérieur, mais la plupart du temps, nous attendons la nuit.

La plupart du temps, ma mère nous amène après que le soleil soit couché dans des buissons à quelques dizaines de mètres de notre tente, qui sentent très mauvais à force d’être fréquentés chaque nuit. En cachette, loin des hommes (qui se moqueraient de nous), nous devons y faire notre affaire, sans avoir d’eau ou même de papier pour nous nettoyer correctement. Au début, c’était très dur de faire ça devant tout le monde ; j’avais honte, j’étais pudique. Maintenant, je suis habituée. Mais à quatorze ans, chaque nuit était un enfer.

Il y a bien des latrines, mais elles nous sont quasiment inaccessibles. Un pauvre cabanon de toilette, parfois juste un trou dans le sol, pour cent personnes qui font la queue dès le matin. Ce sont uniquement des hommes, et quelques femmes entièrement voilées, toujours accompagnées d’un frère, d’un mari, d’un cousin. Pour y aller, c’est loin et fatigant : il faut grimper plusieurs longues minutes jusqu’en haut d’une colline, attendre des heures, dans la chaleur et les mauvaises odeurs. Je préfère encore la jungle la nuit. Heureusement, depuis, l’ONG Plan International a installé des toilettes plus adaptées aux filles et aux femmes, et plus propres ! Mais avant ça, c’était très dur.

Tu peux comprendre, dans ces conditions, que j’ai mis du temps à remarquer le sang sur mes cuisses. Et que je n’ai pas compris tout de suite à quel point il allait faire de ma vie un enfer.

Quand j’ai eu mes règles, mon début d’éducation s’est arrêté. Après toutes ces années à étudier, je n’ai plus eu l’autorisation d’aller à l’école installée ici par une association au début du conflit. J’avais parfois le droit de m’y rendre et ça me faisait un bien fou, ça changeait de l’ennui et des longues journées. J’y oubliais presque le camp, la peur, la peine, la faim, et que mon père me manquait. J’y étais presque moi-même.

Mais les filles qui ont eu leurs règles ne vont plus à l’école. Elles doivent rester chez elles s’occuper des tâches domestiques.

« Ma mère m’a expliqué que certaines filles ont mal, que c’est comme ça, qu’il fallait être forte »

C’est ma mère qui m’a expliqué comment les choses allaient se passer. Pendant mes premières règles, je n’ai pas pu aller dehors, même pas pour aller aux toilettes. En me voyant disparaître sept jours entiers, les membres de ma communauté ont compris le message et su que j’avais mes règles. Pendant cette semaine, je n’ai pas pu me peigner les cheveux, me nettoyer convenablement ; je n’ai pu voir aucune personne de ma famille autre que les femmes. Si un homme survenait, je devais me cacher, on disait que je n’étais pas à la maison. Tu te rends compte du tabou ?

Tu trouveras dans ce colis deux types de protection : le premier est un bout de tissu, arraché à un vêtement dont je ne me souviens même pas. Avant que les équipes de Plan International n’interviennent dans le camp, c’est ça qu’on utilisait comme serviette, car on n’a pas assez d’argent pour en acheter, et de toute façon il n’y en a quasiment jamais.

Je sais maintenant, grâce à ce que j’ai appris avec Plan International, que c’est très mauvais pour la santé d’utiliser ces morceaux de tissu, surtout qu’on ne peut pas les laver correctement. Parfois, on doit carrément creuser la terre pour y trouver un peu d’eau sale. C’est dangereux pour nous et pour notre corps.

Une fois que les tissus étaient pleins de sang, j’ai dû les confier à ma mère, selon la tradition (de toute façon, je ne pouvais pas quitter la tente). Elle est allée à quelques dizaines de pas les enterrer, comme tant d’autres femmes avant elle, et tant d’autres après. On n’a pas de poubelle, on n’a pas d’eau, et on ne va pas laisser traîner les preuves de notre « impureté » devant tout le monde.

Malheureusement, la façon d’utiliser ces « protections » n’est pas la seule chose que j’ai apprise durant mes premières règles.

Le deuxième jour, j’ai cru que j’allais mourir. D’horribles crampes traversaient mon ventre, et envoyaient des décharges jusque dans mes reins. J’avais des nausées, de la fièvre, de la diarrhée. Grâce aux équipes de Plan International qui nous ont appris comment marchent nos corps, je sais maintenant que ces douleurs font partie de mes règles, que ce n’est pas de chance, mais la première fois, je n’étais pas prête.

Ma mère m’a expliqué que certaines filles ont mal, que c’est comme ça, qu’il fallait être forte. Mais elle n’a pas pu m’aider. Les médicaments sont aussi rares que les serviettes hygiéniques ici, on ne trouve presque que du paracétamol et on l’économise pour les urgences.

Au fil des heures et des jours, j’ai appris à vivre avec la douleur. J’ai fait les tâches ménagères avec ma mère, puisque personne ne pouvait m’aider.

« Maintenant, je sais pourquoi j’ai aussi mal, même si ça ne change rien à mes douleurs. »

C’était comme ça, ma vie, de mois en mois. Rester sous la tente, m’occuper du « foyer », saigner, me cacher, avoir mal, et aller de problème de santé en problème de santé à cause des lambeaux de tissu qui me servaient à absorber mes règles.

C’est dur, tu sais, de garder sa dignité dans ces conditions. On en vient à rêver de peu de choses. D’un médicament contre la douleur, d’eau fraîche, d’une serviette jetable comme j’avais vu ma mère en utiliser, avant. Avant la guerre, l’exil et le camp.

C’est pour ça que j’aime bien le nom des produits que nous distribue maintenant l’ONG Plan International, et qui ont amélioré un peu ma vie : les kits de dignité. C’est bien pensé. On y trouve de quoi rester propre : des produits d’hygiène de base comme bien sûr du savon mais aussi des barres détergentes, et des produits autour de l’hygiène intime : des sous-vêtements et des serviettes hygiéniques jetables, infiniment mieux à utiliser que des bouts de tissu déjà sales. Surtout qu’on a aussi droit à des explications sur comment bien les utiliser, comment fonctionnent les règles et notre corps ; maintenant, je sais pourquoi j’ai aussi mal, même si ça ne change rien à mes douleurs. Je sais que c’est mon corps qui marche comme ça.

C’est pour ça que tu trouveras du tissu et des serviettes jetables dans mon colis, Rebecca : parce que j’ai utilisé ces deux protections dans ma vie (et je préfère largement la seconde option !).

À différents endroits du camp, Plan International construit aussi des toilettes spécialement adaptées aux filles et aux femmes : elles sont mieux couvertes et on apprend toutes à les garder propres malgré notre peu d’accès à l’eau. Il y a même des endroits où on peut se laver, faire sa toilette. J’ai hâte qu’il y en ait un d’installé près de ma tente.

Tu l’auras compris, ma vie n’est ni facile, ni douce. Je la préfère néanmoins à l’horreur de la guerre, dont je ne peux pas te parler, car je ne peux pas y mettre des mots. J’espère simplement qu’un jour, tout ça finira, qu’un jour je pourrai avoir un chez-moi, ne plus avoir peur et ne plus avoir mal. J’espère que c’est le cas pour toi, Rebecca. J’espère que tu es libre et en bonne santé.

Ta soeur du bout du monde,

Rahana

Crédits

4 filles et 1 culotte tachée est un podcast en quatre épisodes écrit par Mymy Haegel, réalisé et mis en musique par Mathis Grosos, incarné par Aïda Djoupa, Adeline Labbé, Sophie Castelain-Youssouf et Marie Chereau. Il est mis en images par Audrey Godefroy, promu par Coralie Monange et produit par Adeline Labbé, Eva Dillais et Sophie Castelain-Youssouf.

Les Commentaires
6

Avatar de Nienke
28 juin 2022 à 09h56
Nienke
@shampoo_ Je ne remet pas en cause la véracité de certains passages, juste que c'est un condensé romancé qui vise à faire la pub d'ONG Plan International en les plaçant comme des sortes de héros venu secourir une population en leur apportant le savoir, etc. Et l'ensemble me met très mal à l'aise.
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