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« J’ai eu la chance de les avoir à quinze ans, plutôt qu’à douze ou treize » : Rebecca, ougandaise, raconte ses premières règles

Le podcast « 4 filles et 1 culotte tachée » est une série docufiction immersive basée sur de vrais récits recueillis par Plan International à travers le monde et romancée par Mymy Haegel. Chaque épisode vous fera vivre le quotidien d’une jeune fille menstruée en fonction des us et coutumes de son pays.

Bienvenue dans 4 filles et 1 culotte tachée, un podcast de Madmoizelle et Plan International France. L’ONG qui agit tout autour du monde pour les droits des enfants, des jeunes et l’égalité entre les filles et les garçons. Quatre filles habitant dans quatre pays différents s’envoient des colis contenant la même chose : les protections hygiéniques qu’elles utilisent au quotidien et une lettre qui raconte ses premières règles.

Ainsi, 4 filles et 1 culotte tachée dessine un panorama des tabous qu’il reste à lever tout autour du monde sur les menstruations. Car si plus de 80 % des filles en France considèrent que les règles restent un tabou majeur dans les pays en développement, elles ne mesurent pas toujours l’impact néfaste de ces idées reçues sur la vie quotidienne des habitantes de ces pays.

Pour plus de huit filles sur dix, prendre conscience de ces discriminations les révolte, 80 % d’entre elles appellent les gouvernements à lutter contre les inégalités provoquées par le manque d’accès à l’hygiène menstruelle dans le monde. Pour que chaque fille et chaque femme soit libre, tous les jours du mois.

Rebecca, une adolescente ougandaise, qui prend la plume pour écrire à Parbati, une jeune népalaise.

Bonjour bonjour, Parbati !

Moi, c’est Rebecca, et j’ai seize ans. Je vis très loin de tes montagnes, puisque je suis en Ouganda, dans l’est du pays, près du rocher de Tororo. Il y fait presque toujours beau, et j’aime échapper à la chaleur en m’installant à l’ombre d’un grand bananier dans la cour de ma maison. C’est là où je vis, là où j’ai grandi, entre les bananiers et les manguiers, avec ma famille, mes huit frères et sœurs et mes parents, dans notre petite maison que je trouve jolie, avec ses murs de brique, ses quatre grandes fenêtres et son toit de tuiles.

Aujourd’hui, je te raconte mes premières règles, et la chance que j’ai eue de les avoir à quinze ans, plutôt qu’à douze ou treize. Car en quelques années, pour moi, tout a changé côté menstruations.

Laisse-moi d’abord te parler de mon quotidien. Comme beaucoup de jeunes filles, comme toi aussi j’espère, à quinze ans j’allais à l’école ; j’y apprenais l’anglais, l’histoire, la biologie, les mathématiques. Mais peut-être que mon école ne ressemble pas à la tienne.

Nous avons souvent cours dehors, sur des chaises posées à même la terre battue, alignées dans nos jolis uniformes roses ou bleus. Nous n’avons pas toujours de tableau, de livres ou de fournitures, mais nous apprenons oralement, à force de patience et de répétition. Nous sommes plusieurs dizaines, filles et garçons, d’âges très différents, et menant des vies parfois très différentes.

Les tabous qui entourent les règles et la grossesse persistent dans certaines régions du monde

Quelques années plus tôt, une fille de ma classe était tombée enceinte. Elle n’avait que treize ans. Je n’ai jamais connu les détails, mais il paraît que c’est un homme plus vieux, venu d’ailleurs, qui avait pris sa virginité contre quelques denrées. Des manuels scolaires, des produits d’hygiène.

Cette adolescente venait d’une famille très pauvre, encore plus que la mienne — nous, grâce à diverses petites sources de revenus et au travail de tous les membres de la famille, nous avons le privilège de manger le plus souvent à notre faim, même si la viande est rare, et de ne pas avoir à mendier ou à monnayer nos corps. Mais tout le monde n’a pas cette chance.

Cette fille était enceinte à treize ans et ce fut très dur pour elle. Son corps avait du mal à encaisser la grossesse, et au niveau de sa santé mentale, ça a été compliqué avec les jugements du village, des autres élèves aussi, qui se moquaient d’elle et ne la respectaient plus, car le père de son bébé était parti.

Après seulement quelques mois, avant même que son ventre ne s’arrondisse de façon visible, elle a arrêté de venir en cours. Il paraît que ses parents ne voyaient plus l’intérêt de l’y envoyer, puisqu’elle allait être mère, de toute façon, et quelle mère a besoin d’éducation ?

Je pense souvent à elle. Je me demande comment elle va. Je me demande si elle n’aurait pas préféré continuer à étudier, tout en éduquant son bébé. Je pense que si.

La même année, je me souviens qu’une fille a poussé un cri perçant en voyant du sang perler entre ses cuisses à travers sa robe. C’était sa première fois dans cette école et elle n’avait jamais entendu parler de menstruations ; elle a cru qu’elle était en train de mourir, qu’elle s’était transpercée avec un clou, qu’elle était gravement malade.

Je me souviens du bazar mis par les garçons plus âgés qui se moquaient d’elle, et que l’enseignante a tout de suite envoyés dans la cour, avec les autres élèves, pour avoir un peu d’intimité. Je me souviens que la fille n’est plus venue en cours pendant ses règles, faute de protections adaptées : elle devait rester chez elle, utiliser des chiffons pas très propres pour absorber le sang, comme j’avais vu ma mère et mes grandes sœurs le faire.

Je me souviens que je me suis dit que j’espérais ne jamais saigner comme ça, surtout devant tout le monde, et que ça m’empêche d’aller à l’école.

Donner l’accès à des protections menstruelles à toutes est l’une des missions de Plan International

Et pourtant. Moi aussi, deux ans plus tard, j’ai saigné à l’école. Mais j’étais bien mieux préparée.

Car entre-temps, les équipes de Plan International avaient installé dans mon village leur atelier qui a changé ma vie, et celle de tant de filles — et de garçons ! — d’ici.

Régulièrement, des femmes de Tororo, qui fabriquent des serviettes réutilisables pour AfriPads, viennent nous apprendre à en confectionner nous aussi. Les élèves des deux sexes se réunissent pour des ateliers couture : avec des tissus propres, nous produisons des protections lavables, absorbantes et confortables. 

Je connais les serviettes jetables et les tampons, mais on ne peut pas compter dessus ici. Dans mon village, on en trouve rarement et ça coûte très cher, surtout depuis le début de la pandémie de Covid-19 qui a rendu beaucoup de denrées très difficiles à obtenir, tout en faisant grimper les prix. D’ailleurs, à l’atelier, on a aussi cousu des masques pour aider tout le monde à se protéger !

Pendant qu’on coud, à la main ou sur les machines à coudre apportées par Plan International, on apprend aussi. Des professionnelles nous expliquent comment marchent les règles, ce qui se passe dans le corps pendant le cycle menstruel ; on nous dit pourquoi certaines filles ont très mal et d’autres pas du tout, pourquoi certaines saignent énormément et d’autres beaucoup moins. On nous dit, surtout, que les règles sont normales, et le signe d’un corps qui fonctionne correctement.

On nous apprend à nous protéger des maladies, qu’elles soient causées par les lambeaux de tissu trop longtemps utilisés comme protections, par un manque d’hygiène car l’accès à l’eau n’est pas toujours facile, ou par des rapports sexuels. On nous apprend le rôle de la contraception et on nous rappelle que personne ne devrait forcer une femme à quoi que ce soit.

Tu trouveras deux serviettes en tissu dans ce colis ; la première, je l’ai cousue moi-même, la deuxième a été fabriquée par mon grand frère quand il avait dix-sept ans. Je l’avais toujours connu au mieux indifférent aux problèmes de femmes, au pire moqueur ; je me souviens de son rire lorsqu’une fille avait une fuite, ou devait rester chez elle à cause de ses règles. Il n’agit plus comme ça maintenant.

Il n’est toujours pas à l’aise pour parler des règles devant tout le monde, mais on en discute parfois entre nous, à l’abri des regards. Il pose des questions et je lui réponds du mieux que possible, ou je lui conseille de demander à une personne de Plan International lors du prochain atelier. Il comprend maintenant mes crampes, ma fatigue, et l’importance de protections adaptées. Il ne l’a pas dit franchement, mais je crois qu’il regrette son attitude d’avant. Moi, je ne lui en veux pas vraiment : il ne savait pas. 

Comme j’ai eu la chance d’avoir accès aux ateliers avant mes règles, et à l’éducation qui va avec, je n’ai pas été surprise lorsque je me suis rendu compte que je saignais. J’avais décelé les signes avant-coureurs, les sensations différentes de d’habitude, mes seins douloureux, mon humeur changeante les jours précédents, et je savais que j’étais à l’âge où on commence souvent à être menstruée. 

J’espérais juste que ça n’arrive pas en cours, mais on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie…

« J’ai pu vivre mes premières règles de façon apaisée et éduquée, avec des protections adaptées »

Heureusement, les ateliers Plan International étaient passés par là. Les garçons ne se sont pas moqués de moi quand j’ai demandé à voir l’enseignante en tête-à-tête pour lui expliquer mon problème après avoir vu du sang dans ma culotte — heureusement, il n’avait pas encore traversé. Étant donné que j’avais appris par cœur l’utilisation finalement très simple des serviettes lavables, j’ai pu en utiliser une que j’avais fabriquée moi-même et reprendre les cours au bout de quelques minutes seulement.

Ces serviettes, elles sont utilisées par les habitantes du village, et sont vendues sur les marchés par plusieurs femmes comme ma mère, qui gagnent ainsi un peu d’argent supplémentaire pour leur famille. Les tabous sont toujours là, mais régressent petit à petit face à l’importance d’avoir accès à des protections réutilisables qui ne provoquent pas des maladies comme les chiffons sales d’avant.

Bien des hommes, mon père le premier, n’ont aucun souci avec le fait que leurs femmes vendent des choses liées aux règles ; ils savent que ça fait partie de la vie, qu’il faut bien s’en occuper, comme on s’occupe de nos cheveux ou de leur barbe.

C’est fou de me rendre compte qu’à quelques années près, j’ai pu vivre mes premières règles de façon apaisée et éduquée, avec des protections adaptées, alors que tant de filles avant moi, et tant de filles dans le monde, n’ont pas cette chance. Qu’elles sont moquées, bannies, humiliées et vivent leurs règles sans pouvoir rester dignes. Qu’elles sont privées d’école, d’éducation, d’avenir, faute d’une simple serviette à mettre dans leurs culottes.

J’espère que ces protections que je suis fière d’avoir fabriquées avec mon frère te serviront, Parbati. Ou ne te serviront pas, car tu as déjà tout ce qu’il te faut ! Mais je sais que selon les endroits du monde, c’est trop rarement le cas, et qu’hier encore, dans mon village, les filles étaient en danger à cause de leurs règles.

J’espère moi aussi pouvoir, à l’avenir, aider des filles et des garçons à comprendre que les règles sont normales, qu’il ne faut pas en avoir honte et que tout le monde a droit à des protections saines. 

Je t’embrasse sur les deux joues,

Rebecca

Crédits

4 filles et 1 culotte tachée est un podcast en quatre épisodes écrit par Mymy Haegel, réalisé et mis en musique par Mathis Grosos, incarné par Aïda Djoupa, Adeline Labbé, Sophie Castelain-Youssouf et Marie Chereau. Il est mis en images par Audrey Godefroy, promu par Coralie Monange et produit par Adeline Labbé, Eva Dillais et Sophie Castelain-Youssouf.

Les Commentaires
12

Avatar de Nienke
12 juillet 2022 à 09h40
Nienke
@Pipistrelle. On tombe au moins d'accord sur ton dernier paragraphe.
0
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