« Oui, mon pote est gay » : pourquoi ces affiches contre les LGBTIphobies font un flop


C'est bien simple : dans cette campagne contre les LGBTIphobies comme dans la société, tout tourne autour des personnes cisgenres et hétéros.

« Oui, mon pote est gay » : pourquoi ces affiches contre les LGBTIphobies font un flop

Vous les avez peut-être déjà vu à votre arrêt de bus, les affiches de la dernière campagne de Santé Publique France contre les LGBTIphobies fleurissent comme les jonquilles au printemps : « Oui, mon pote est gay »,  « Oui, ma coloc est lesbienne », s’exclament des visages ravis…

Cette affiche, c’est votre cookie, amis hétéros, une belle affiche pour vous remercier d’être des êtres humains décents. Et avec les félicitations du jury, parce que vous n’êtes pas dérangé par notre présence ! Si ça se trouve, vous êtes même contents de nous connaître, on est votre petit quota diversité !

Évidemment, face à cette affiche assez gênante, il n’en fallait pas moins pour que quelques savoureux détournements fleurissent ici et là sur Twitter, pour montrer à quel point cette campagne est un peu à côté de la plaque :

Si elle est autant détournée, c’est bien que quelque chose coince avec cette campagne. Mais quoi ?

Le retour de l’« ami noir » de SOS Racisme

Avec ces slogans « mon pote est… », « ma coloc est… », « mon père est… », on a l’impression d’en revenir au bon vieux « Touche pas à mon pote » de SOS racisme, et avouons qu’en 2021, c’est un peu fâcheux de voir que le discours militant sur les minorités n’a pas progressé : il faut avant tout que la personne dans la norme dominante (celle qui est blanche / hétérosexuelle / cisgenre / mince / valide) soit mise en valeur et au centre de tout.

Interviewée dans Streetpress, la sociologue et féministe musulmane Hanane Karimi décryptait d’ailleurs le slogan de SOS racisme en 1985 : « J’y vois une forme de confiscation de la parole des concernés. Une manière de leur dire : “Ne bouge pas, on va s’occuper de régler le racisme par nos bons sentiments”. »

Plus loin, elle expliquait :

« La parole des concernés dérange. Encore aujourd’hui, cet antiracisme moral est bien plus relayé médiatiquement que l’antiracisme politique pourtant très actif, porté par les victimes du racisme elles-mêmes. »

Il semble plus facile de donner la parole à celles et ceux qui font l’effort de tolérer les minorités. Cela conforte la position du sauveur.

Cela individualise aussi les problématiques des discriminations. Avec l’ami noir, la coloc lesbienne ou la petite-fille trans, il s’agit d’une affaire de personnes et non d’oppressions systémiques à l’œuvre dans toute la société. On ne parle pas du contrôle au faciès, on ne parle pas d’accès aux soins, au logement.

Moins de sauveurs, plus d’alliés

La campagne met en valeur les paroles et les visages des personnes hétérosexuelles et cisgenres. C’est leurs mots que l’on lit, leur visage que l’on voit. C’est même toute une série de podcasts qui leur est consacré, pour entendre leur cheminement vers l’acceptation de leurs proches. Pendant ce temps, sur les affiches, l’ami, le pote, la coloc… ne sont visibles que de dos. 

Santé Publique France s’adresse avant tout au grand public, et en ce sens, veut mettre en valeur les comportements d’acceptation des personnes LGBTI+. L’intention est louable, car la famille, le cercle amical même proche, peuvent être des contextes de discriminations. Cela est d’autant plus important qu’elles ont un impact réel sur la santé, notamment mentale et sexuelle. 

Mais si la lutte contre les discriminations est bien l’affaire de tous, une campagne contre les LGBTIphobies est-elle pertinente si elle ne sert qu’à mettre en valeur ceux qui se targuent d’être tolérants ? Doit-on encore en passer par là aujourd’hui et encenser les personnes qui ne sont pas homophobes ou transphobes ? Pourrait-on, par pitié, passer à autre chose ?

On peut être un allié, se renseigner, s’informer, se taire quand ce n’est pas notre tour de parler, faire le travail de déconstruction nécessaire pour comprendre pourquoi cette société fonctionne à notre avantage. Ce pourrait être aussi ces comportements-là qu’il serait intéressant de valoriser pour tenter d’aborder autrement la lutte contre les discriminations.

À lire aussi : « Aimez qui vous voulez », cette petite phrase qui m’a fait vriller le 17 mai

Maëlle Le Corre

Maëlle Le Corre


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Commentaires

Eleenore

@hellopapiméquépasa
Je dirait pas que c'est plus urgents, c'est des combats à mener en parallèle, et il me parait improbable qu'ils avancent tant que de telles affiches sont encore nécessaire.
Parce que aussi problématiques qu'elles puissent être, avec toute les questions de forme qui se posent, il n’empêche que vu la manière dont elles sont reçues ( réaction outrée de conservateur.trices, ouverture de dialogue pour des personnes profanes sur le sujet ou des enfants), on est tristement dans un monde ou elle sont encore nécessaire.

Et je pense qu'en effet, ca jure complètement à partir du moment ou on est "éveillé" sur le sujet, LGBTQ+ ou allié, parce que pour nous, on en est plus la, ca nous parait un retour en arrière monstrueux, mais pas pour tout le monde. Pour certain c'est provoquant au possible.

Je pense que c'est un biais de nombreuX militant.e.s, une fois lancé sur le sujets, et confronté à des sujet " plus urgent", on en oubli que tout le chemin qu'on à pu faire, c'est une exception au sein de la population, chez qui tout est encore à faire, y compris " juste", accepter, ou juste concevoir, d'avoir un amis/petit fils/fille/voisin LGBTQ+
 
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