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#NousToutes, journalistes, marcherons le 24 novembre — Tribune de Prenons La Une

23 nov 2018

Prenons La Une est une association de journalistes, mobilisée pour lutter contre le sexisme. Le 24 novembre, Prenons La Une se joint au mouvement #NousToutes.

#NousToutes, c’est le ralliement de toutes celles et ceux qui veulent réaffirmer, ce 24 novembre 2018, leur volonté d’en finir avec les violences sexistes et sexuelles.

C’est l’évolution logique et nécessaire de #MeToo : #NousToutes est le temps de l’action collective et du rassemblement, après avoir pris individuellement la parole pour briser le déni collectif entourant la réalité des violences sexuelles suivant le fracas de l’affaire Weinstein.

À lire aussi : À qui profitent les divisions entre féministes ?

#NousToutes et nos réalités multiples

Prenons La Une est un collectif de journalistes lancé en 2014, au départ pour dénoncer la faible représentation des femmes dans les médias, et qui se mobilise désormais plus largement pour mettre en lumière le sexisme et ses conséquences dans l’univers médiatique.

En mai, j’ai rejoint le collectif, car après tout, madmoiZelle s’intéresse aussi de très près à ces questions. La réunion a commencé par un tour de table, où chaque nouvelle arrivante se présentait brièvement. Une trentaine, ce soir-là. Les membres du bureau de l’association nous ont expliqué que depuis Weinstein, chaque réunion amène des nouvelles recrues par dizaines.

Ce tour de table des présentations m’avait mis une sacrée claque. Je sais que le sexisme existe partout, je suis bien placée pour le savoir. Je l’ai vécu dans une précédente expérience professionnelle, et je le rencontre quotidiennement par les sujets que je traite sur madmoiZelle.

C’est une chose que de connaître la théorie d’une réalité, et une toute autre d’entendre, une à une, des femmes raconter en quelques phrases à quel point ce sexisme entrave leur carrière et leur épanouissement.

Une « petite phrase » par ci dont les répercussions sur l’estime et la confiance n’ont rien de « petit », un manque ou une absence d’autonomie, de liberté, de légitimité, de responsabilité, et ce pendant des années… À les écouter, j’ai eu peur pour mon équipe, pour ces jeunes femmes qui travaillent avec moi au quotidien : qu’est-ce qui les attend, ailleurs ?

J’ai eu la sensation d’être privilégiée, alors que mon privilège devrait être la norme : nous devrions tous et toutes pouvoir évoluer dans une environnement professionnel sans être discriminées, humiliées, voire même menacées en raison de notre genre, ou de toute autre distinction.

Alors, même si ce texte ne décrit rien de la situation que je vis personnellement, au sein de la rédaction que je dirige, il dit tout de la réalité d’un monde qu’il devient urgent de changer.

J’ai choisi de publier ici la tribune portée Prenons La Une, parue ce jour sur France Info avec la liste de ses signataires, en solidarité avec toutes celles et ceux qui affrontent le sexisme ordinaire, la misogynie et les discriminations de plein fouet, qui ont à en supporter les conséquences.

Et moi aussi, #JeMarcheLe24Novembre aux côtés des journalistes engagé·es pour l’égalité. 

#NousToutes, journalistes, marcherons le 24 novembre

Déterminé·e·s à en finir avec les violences sexistes et sexuelles, plusieurs dizaines de milliers de femmes et d’hommes ont annoncé qu’elles et ils manifesteront le 24 novembre 2018 sous le mot-dièse #NousToutes.

Nous, femmes journalistes, ferons partie du mouvement. Pour qu’il ne soit un jour plus possible d’asséner cette vérité : chaque jour, en France, des femmes sont harcelées, menacées, violentées, violées, tuées parce qu’elles sont des femmes.

Une partie de la presse française s’est mobilisée pour rendre compte, depuis un an, du phénomène #MeToo. De nombreux témoignages, reportages, enquêtes ont été publiés qui ont contribué à faire la lumière sur les violences que subissent les femmes au quotidien dans la culture, le sport, les grandes écoles, au bureau ou à l’usine. Il n’est plus possible d’ignorer que les violences contre les femmes ne sont pas des faits divers isolés, des histoires insolites que l’on tourne en dérision dans un titre. Les violences contre les femmes sont systémiques et doivent être traitées comme telles dans nos journaux, sur nos sites d’information et sur nos antennes.

Notre profession n’est pas épargnée par ces violences. A l’intérieur même de nos rédactions, des hommes tiennent des propos sexistes répétés, nous harcèlent, ou nous agressent, nous ou nos consœurs. Nous avons toutes des histoires à raconter. En tant que témoins directs, confidentes, ou en tant que victimes. C’est un chroniqueur en vue qui s’en prend à une consœur dans un couloir. Un producteur qui lance des commentaires sexistes à ses collaboratrices. Un reporter qui insiste et insiste encore pour “boire un verre” avec une étudiante en journalisme. Un présentateur qui fait des allusions sexuelles lourdes à une future stagiaire. Un journaliste qui menace une femme refusant ses avances. Ce sont des mains sur les fesses, sur les cuisses, des messages nocturnes inappropriés, des propositions déplacées.

Certaines sources, aussi, profitent de la situation de dépendance qu’elles ont instaurée. En mai 2015, des femmes journalistes politiques dénonçaient dans “Libération” ces situations d’abus de la part d’hommes “issus de toutes les familles politiques sans exception”. Elles disaient “bas les pattes”. Le journalisme politique n’est pas la seule spécialité à connaître ce fléau.

Nous travaillons dans des rédactions où le pouvoir est encore très largement majoritairement masculin, et ce pouvoir est source d’abus. En 2016, les femmes représentaient 37% des rédacteurs et rédactrices en chef et 25% des directeurs et directrices de publication ou de rédaction*. Les postes de CDD et de pigistes sont majoritairement occupés par des femmes. Tant que les postes-clé seront attribués aux hommes, tant que les inégalités salariales perdureront, les situations de harcèlement et de violence sexuelle continueront d’autant plus.

*Données : Observatoire des métiers de la presse – Afdas / CCIJP

Les femmes journalistes victimes de violences sexuelles peuvent contacter le 3919, le numéro d’écoute national, ou se tourner vers les syndicats de journalistes ou des associations comme l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) ou l’association de femmes journalistes Prenons la une.

À lire aussi : 250 personnalités appellent à manifester contre les violences sexistes le 24 novembre

Les Commentaires
1

Avatar de Sophie L
25 novembre 2018 à 16h05
Sophie L
Le 24 novembre est passé.
J'y étais. C'était formidable.
Résultat ? La marche est quasiment passée sous silence dans les médias. Éclipsée par les gilets jaunes. Considérée comme un évènement "à l'écart".
Une fois de plus, la parole des femmes (et des hommes présents) a été réduite au silence.
On en parle ?
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