Après son retrait de Roland-Garros, Naomi Osaka a pu compter sur un soutien inattendu


Parmi les réactions de soutien, Naomi Osaka a pu compter sur Calm. L'application a en effet annoncé qu'elle allait payer l'amende de la championne.

Après son retrait de Roland-Garros, Naomi Osaka a pu compter sur un soutien inattenduCapture YouTube

Mise à jour du 4 juin 2021 —

C’est un soutien qu’on n’avait pas forcément vu venir, mais qui fait chaud au cœur. L’application Calm, dédiée à la méditation et qui aide de nombreuses utilisatrices et utilisateurs à lutter contre le stress et l’anxiété, a annoncé qu’elle allait payer les 15.000 dollars d’amende que Naomi Osaka est condamnée à verser pour ne pas se présenter devant la presse lors du championnat.

L’entreprise affirme qu’elle en fera de même pour tout autre athlète qui souhaiterait ne pas participer aux conférences de presse lors des événements du grand chelem pour des raisons de santé mentale et qui s’exposerait par conséquent à une amende.

Et ce n’est pas tout.

L’application a l’intention de faire un don de la même somme à Laureus, organisation engagée dans la sensibilisation autour de la santé mentale dans le sport de haut niveau.

L’engagement de Calm auprès de Naomi Osaka et de tous les autres sportifs qui voudraient se préserver face aux médias, est un signal fort. Il participera, on l’espère, à éveiller encore davantage les consciences sur l’enjeu de la santé mentale.

Article publié le 1er juin 2021  —

C’est officiel, la joueuse numéro deux du classement Women’s Tennis Association jette l’éponge. Naomi Osaka ne participera pas au tournoi, pourtant incontournable, de Roland-Garros.

Mais le doute planait depuis plusieurs jours. Dès le 26 mai dernier, la joueuse avait remis en question sur les réseaux sociaux le passage obligé des joueurs devant les médias avant et après le match, une obligation contractuelle :

« Souvent, on nous pose des questions qu’on nous a déjà posées de nombreuses fois, ou des questions qui nous font douter et je ne vais pas me soumettre à des personnes qui doutent de moi. Si les instances pensent qu’elles peuvent juste continuer à nous dire “Allez en conf’ ou vous aurez une amende”, et à ignorer la santé mentale des sportifs qui sont la pièce maîtresse, alors je préfère en rire. »

La suite ne va pas vous étonner, puisque Naomi Osaka a été condamnée à une amende de 15.000 dollars (12.300 euros) pour ne pas s’être présentée devant la presse le 30 mai dernier à l’issue de son match victorieux contre Patricia Tig. Le tournoi l’a par la suite menacée d’exclusion et de représailles.

Naomi Osaka a donc choisi elle-même de se retirer de Roland-Garros, expliquant sa décision par un message sur Twitter le 31 mai.

« Je pense que la meilleure chose pour le tournoi, les autres joueurs et mon bien-être est que je me retire pour que tout le monde puisse se concentrer sur le tennis qui se déroule à Paris. »

« La vérité, c’est que j’ai souffert de grandes périodes de dépression depuis l’US Open de 2018 que j’ai eu beaucoup de mal à gérer. Ceux qui me connaissent savent que je suis introvertie, et ceux qui m’ont vue dans les tournois ont remarqué que je porte souvent des casques qui aident à calmer mon anxiété sociale. »

« Bien que la presse tennis ait toujours été sympa avec moi (et je souhaite m’excuser auprès de tous les journalistes cool que j’ai pu blesser), je ne suis pas une naturelle en prise de parole publique et je ressens de grandes vagues d’anxiété avant de parler aux médias sportifs du monde entier. »

Une « princesse qui se la pète » selon la presse

Du côté de la presse, les réactions (notamment françaises) ne se sont pas fait attendre. « Les caprices de Naomi Osaka », « Osaka, elle est en train de se tirer une balle dans le pied », « Naomi Osaka boude la presse »… N’en jetez plus.

Ces mêmes médias, qui jusqu’ici avaient tendance à valoriser le calme et la réserve de Naomi Osaka face au tempérament plus exacerbé et fougueux d’une Serena Williams, se sont rapidement retournés contre la jeune femme japonaise d’origine haïtienne dès lors qu’elle a refusé de se plier sans réagir à une règle qui la fait souffrir mentalement. Comme s’il n’y avait qu’une seule « bonne » façon de se conduire pour une femme noire championne, et qu’elle était forcément dictée par l’extérieur…

« C’était il y a quelques années seulement que l’attitude réservée de Naomi était utilisée contre « l’agressivité » de Serena et aujourd’hui, la même raison pour laquelle Naomi était exaltée est celle pour laquelle elle est critiquée. La misogynoir est si flexible dans sa cruauté. »

Le Guardian quant à lui souligne, moqueur :

« Le rédacteur d’un journal l’a appelée « princesse qui se la pète ». D’autres ont pointé plus sobrement que pour n’importe quel athlète, faire face aux médias fait simplement partie du job, et qu’en faisant sécession du procédé entièrement, Osaka établit un « dangereux précédent ».

Reconsidérons en quoi ce « danger » consiste. Tout autour du monde, la presse libre est déjà sous les attaques de gouvernements autoritaires, les géants de la tech et la désinformation en ligne. Dans beaucoup de pays, des journalistes sont littéralement tués pour avoir fait leur travail. Pendant ce temps à Paris, les journalistes tennis font face au défi d’avoir à construire un article entier avec leurs propres mots. L’une de ces choses n’est pas comme les autres. »

De quoi prendre un peu de distance…

Des soutiens et l’embarras de Roland-Garros

La joueuse a été massivement soutenue sur les réseaux sociaux, notamment par les jeunes qui se reconnaissent dans sa bataille contre la dépression et l’importance que Naomi Osaka donne au self-care.

Du côté de Roland-Garros, embarrassé, Gilles Moretton, président de la Fédération française de tennis (FFT), a déclaré :

« Le retrait de Naomi de Roland-Garros est une issue malheureuse. Nous lui souhaitons le meilleur et le plus prompt rétablissement possible, et nous espérons la revoir à notre tournoi l’année prochaine. Nous restons très attentifs au bien-être de tous les athlètes, et nous engageons à continuer d’améliorer tous les aspects de l’expérience des joueuses et des joueurs dans notre tournoi. Y compris avec les médias, comme nous avons toujours veillé à le faire. »

La joueuse Serena Williams, qui a souvent fait preuve de grâce envers Naomi Osaka y compris quand celle-ci l’a battue, a quant à elle simplement annoncé :

« J’aimerais pouvoir serrer Naomi Osaka dans mes bras. »

On ferait bien pareil, pour notre part.

À lire aussi : Jeu, set et match pour la concurrence : Naomi Osaka se lance dans le skincare

Mélanie Wanga

Mélanie Wanga


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Commentaires

ampw

Je n'ai pas l'impression qu'elle se soit plainte à un seul moment de l'amende, et d'ailleurs, elle explique avoir écrit aux organisateurs du tournoi bien en amont, donc elle savait très bien que sa position engendrerait des conséquences. Et oui c'est une amende cher pour nous mais je pense que pour une millionnaire, c'est pas grand chose, et surtout si cela lui permet de se sentir bien dans ses baskets.
Puis, même si elle est contractuellement obligé de certaines choses, c'est plutôt rassurant de voir qu'elle a pu se protéger, quitte à se mettre une opinion collective à dos.


Je veux dire, en soi, les sportifs de haut niveau ont des agents par ex, ou des avocats, des gens qui les encadrent. Et pour moi, ce sont ces gens-là qui sont aussi censés intervenir quand clairement leur "talent", que ce soit un artiste, sportif etc se sent submergé par n'importe quelle situation. Si demain je me sens mal au boulot, en principe j'ai un supérieur ou un RH à qui m'adresser, encore heureux que ces personnes ont un système "similaire".
Imaginez par dessus la notoriété.
Alors oui ils sont célèbres, oui sur papier ça fait partie du jeux, mais en fait, depuis la nuit des temps les gens célèbres pètent les plombs entre la surmédiatisation, les paparazzi, la démesure de leurs vies...honnêtement cette histoire est triste, mais elle montre quand même que l'on prend enfin en compte la santé mentale des gens "au boulot". Même si ton boulot c'est d'être tenniswoman internationale.
 

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