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« Une semaine après mon terme, toujours rien » : Mélanie raconte son accouchement

Ah, l’accouchement, ce moment si spécial, flippant et transformateur. Parfois rêve, parfois cauchemar, souvent un peu des deux, donner la vie reste en tout cas une expérience que l’on n’est pas près d’oublier. Dans cette rubrique, une personne raconte son accouchement.

Le 15 janvier 2022

Prénom : Mélanie

Âge : 37 ans

Bébé attendu le : 29 septembre

Bébé arrivé le : le 4 octobre

Heure d’arrivée à l’hôpital : 8h00

Heure d’accouchement : 0h04

Stats : 4,7kg pour 54 cm

Je n’ai jamais voulu accoucher. Enfin, disons que l’idée ne me saisissait pas de frémissements d’anticipation : comme je disais souvent, si on pouvait m’endormir, m’ouvrir, sortir le bébé, me refermer et que je me réveille, sans douleur bien sûr, j’aurais été complètement partante. 

Le problème, c’est que tout ça n’avait toujours pas changé dans ma tête environ trois minutes avant le moment d’accoucher réellement. Mais je m’étais résolue : j’avais porté un être vivant dans mes entrailles pendant quasi dix mois, et qu’il était temps qu’il sorte. Il n’était plus vraiment question de choix.

Grossesse gériatrique et bébé macrosome

Si j’avais été enceinte dans les années 1970, on aurait désigné mon état du doux nom de « grossesse gériatrique », car je suis tombée enceinte l’année de mes 36 ans, âge de toute évidence grabataire. Même si aujourd’hui ce terme a été pudiquement retiré de la circulation, et que les études s’affrontent concernant la dangerosité des grossesses tardives, difficile de ne pas être un peu inquiète. Si après 35 ans, âge gravé dans la roche par le corps médical, une grossesse est plus à risque, pourquoi vous attendez aussi longtemps, les gonzesses, d’abord ?

Mais pour moi, le principal problème, était moins l’âge que la taille de mon bébé. Ce qui avait commencé comme un petit embryon innocent était devenu, à quelques semaines de mon accouchement, un bébé dit « macrosome ». Soit un bébé plus gros que la moyenne : plus de 4,5kg à la naissance. Quand même. Donc un mois avant l’accouchement, je portais déjà un être de 3,7kg en tant que primipare. Puisqu’on est dans les mots qui font peur, primipare désigne une femme qui accouche pour la première fois.

En septembre, ma gynécologue préconise un déclenchement prématuré de l’accouchement pour éviter les complications, mais l’hôpital est catégorique : pas de déclenchement avant terme s’il n’existe pas de risque pour la mère ou l’enfant. Ah.

Le souci : une semaine après mon terme, toujours rien. Le bébé vit sa meilleure vie in utero, a sûrement entendu parler de la campagne d’Éric Z. et refuse catégoriquement de sortir malgré l’emploi frénétique de remèdes de grand-mère (les escaliers du Sacré-Cœur au pas de course, le nettoyage vigoureux des vitres, la technique à l’italienne). À J+5, direction donc l’hôpital pour un déclenchement.

Le déclenchement à l’hôpital

J’arrive avec ma petite valise et mon gros coussin d’allaitement, préparée comme pour aller à la guerre. Il est 8 heures, on me pose dans une chambre. Petit stress, un peu comme avant que le wagon de manège ne descende la première pente d’un grand huit. Vers 10 heures, la sage-femme arrive et m’insère gentiment un tampon d’hormones pour ouvrir mon col de l’utérus, qui pour l’instant reste fermé comme une huitre. La prostaglandine (et non le Tonyglandyl, pour les connaisseurs) est l’ingrédient magique : elle a la propriété de maturer le col et de provoquer les contractions. Petite remarque de la sage-femme cependant : les effets sont variables. Pour certaines, les contractions arrivent au bout de 30 minutes, pour d’autres, toujours rien 24 heures plus tard. C’est le jeu, ma pauvre Lucette !

Pas inquiet, mon mec dégaine l’iPad : c’est l’heure de terminer The Circle saison 3 sur Netflix en attendant l’apocalypse. Vers 15 heures, je commence à avoir comme des douleurs de règles dans le dos et dans le ventre. On appelle la sage-femme, qui déclare : « Ah oui, c’est en train de s’ouvrir, vous étiez à 1 cm, on doit attendre au moins 3 à 5 cm d’ouverture pour la péridurale ! » Bon jusqu’ici, c’est tenable, me dis-je, ça devrait aller… HA !

Tout ce que je souhaite, c’est qu’on me laisse tranquille

À partir de 17 heures, les contractions sérieuses commencent et j’oublie tout ce que je sais de la vie, de la souffrance et de l’humour. Les contractions d’un accouchement déclenché ont la particularité d’être plus vénères que les contractions naturelles, qui elles sont progressives. Bienvenue en enfer, donc. 

The Circle est arrêté précipitamment, et j’essaie d’appliquer laborieusement les exercices de respiration observés sur YouTube. Rien n’y fait, j’ai l’impression que mon utérus a déposé son préavis de départ et donne des coups de boutoir pour sortir de moi. On m’a parlé de vagues de douleurs espacées… Très franchement, on est sur du tsunami de douleur non espacé. Mon mec essaie de me rassurer en me touchant le dos, ce qui me donne des envies de meurtre.

Tout ce que je souhaite, c’est qu’on me laisse tranquille et accessoirement, de ne pas avoir aussi mal. Du coup, je me lève, je me rassois, je m’étire en arrière, les mains accrochées au rebord de la fenêtre. Tout disparaît autour de moi. Ne reste que la douleur et un vague regret amer de m’être engagée dans cette galère. On essaie de tenir et de ne pas rappeler la sage-femme trop tôt, qui n’aurait d’autre solution que de me dire d’attendre

Enfin, vers 19 heures, je suis presque à 4 cm de dilatation, j’appelle désespérée et la sage-femme cède. On m’assoit sur un fauteuil roulant pour m’amener en salle de travail. Là m’attend le Graal : la péridurale à bouton. Le bouton sert à envoyer du plus de produit anesthésiant en cas de galère, et c’est la patiente qui gère, héhé. Un anesthésiste très détente arrive, limite rigolard, et me dit : « Alors madame, c’est pour bientôt ? On y va ! » Je ne suis pas en mesure de parler, je réponds donc d’un simple regard noir. Calmos l’humoriste : envoie la sauce, je ne suis pas venue pour souffrir. Il me pose donc la péridurale et me dit que je dois sentir le déclenchement du dispositif dans les deux jambes. 3, 2, 1… Qui se termine en sensation à droite, mais pas à gauche. Gloups. Il me rassure : 

« Pas de souci ! Ça arrive de temps en temps, ça va se réguler. »

Espérons ! Mon mec, soulagé petit à petit que j’arrête de tirer une tête d’enterrement, lance le derby OL-Saint-Étienne sur la tablette. En même temps, il n’y a rien à faire à part attendre, on est toujours pas rendu aux 10 cm…

Effectivement, à droite, la douleur redevient supportable, voire inexistante. À gauche en revanche, je commence à avoir des contractions dans le haut de la cuisse, genre coup de poing vénère. Je rappelle le type, qui me rétorque :

« Oh ça va aller, c’est rien, allongez-vous sur le côté pour que le produit circule. »

Je m’exécute, mais une demi-heure après, la douleur sourde continue de taper de plus en plus fort. L’anesthésiste, saoulé (imaginez mon état à moi), me répond qu’il va envoyer quelqu’un. Quelques minutes plus tard (ou siècles, qui sait ?), un jeune interne maigrichon arrive et insère un produit non identifié dans ma perfusion.

L’effet est immédiat : d’un coup d’un seul, je m’extasie sur le blanc du mur en face de moi. J’ai envie de rire, de me mettre debout et danser. J’exige que mon mec regarde les gouttes d’eau que je laisse tomber par terre. Enfin, la poche des eaux est rompue ??! Le derby finit par un match nul, pile au moment où mon col de l’utérus a enfin complètement disparu. Fini de rigoler.

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Isaac Taylor / Pexels

Dérivé de morphine et hémorroïdes

Deux nouvelles sages-femmes débarquent dans la salle. L’une a l’air très calme et très souriante, mais me souffle : « Votre bébé n’aime pas trop les contractions donc on va y aller, ça se présente très bien pour une sortie par voie basse. » Je souris aussi, d’un parce que je suis sous l’effet d’un dérivé de morphine, comme je l’apprendrais plus tard, et de deux car je suis euphorique de rencontrer enfin ma fille.

Je comprendrai plus tard que le cœur du bébé ralentissait à chaque contraction, et qu’il devenait urgent qu’il naisse. Les sages-femmes s’assoient à califourchon devant moi, et sans même que je m’en rende compte, l’heure de pousser est venue. La péridurale et la morphine font 100% effet, je ressens dans le bas de mon corps la même sensation qu’on peut avoir dans la joue lorsque l’on sort de chez le dentiste après un arrachage de dents. C’est-à-dire rien.

On m’intime : « POUSSEZ ! » et tant bien que mal, eh bien, je pousse. Tout le monde s’extasie : « C’est super ! Continuez, bravo ! Je vois ses cheveux ! » Mon mec me tient la main et me répète en boucle que je suis très courageuse et que ce que je fais est incroyable. Si vous le dites, je ne vais pas vous contredire… Je continue à pousser pendant un temps indéfini, lorsque deux femmes médecins, que l’on distingue des sage-femmes à leur tenue verte, arrivent façon Starsky et Hutch dans la pièce. Ni une ni deux, j’entends : « On va faire une épisiotomie pour aider le bébé à sortir » suivi d’un « Snip, snip » avant que j’aie le temps de réagir.

L’épisiotomie était l’une de mes grandes peurs, mais au final, quand elle a eu lieu, je n’ai rien senti. (Narrateur : la personne douillera probablement plus tard).

« Qu’est-ce qu’on dit quand on vient de naître ? » 

« La tête est sortie ! », s’écrie l’une des sage-femmes. Imperturbable, la médecin installée devant moi demande qu’on lui passe les forceps. La tête de ma fille a beau être dehors , elle n’est pas en position favorable. Finalement, on me fait lever les jambes en grenouille pour faire passer les épaules du bébé, et le reste sort tout d’un coup. Il est 0h04.

On me pose alors un petit être rose, bleu et gris sur le torse, qui me regarde avec de grands yeux, sans un bruit. La sage-femme lui demande : « Alors, qu’est-ce qu’on dit quand on vient de naître ? », et ma fille répond, interrogative, sans pleurer : « Areuh ? ». Je ris.

Finalement, après quelques minutes, on enlève doucement mon bébé de mon torse pour aller la laver. J’entends de loin des hurlements (elle crie enfin) et les applaudissements de la pesée : ma fille pèse 4,7 kg. Oui, vous avez bien lu. Lorsque la délivrance du placenta arrive peu après, je suis hilare : il fait peu ou prou le même poids que le bébé.

Je flotte dans ce moment précédant la réalisation que quelque chose d’incroyable vient de m’arriver ; je décide de m’y délecter, juste encore un peu. Pendant ce temps-là, en bas, c’est atelier couture d’épisiotomie au fil résorbable. Fort heureusement, je ne sens toujours rien : la médecin, âme charitable cherchant à me rassurer, me prévient que la poussée a provoqué des hémorroïdes. Un schéma classique mais néanmoins toujours peu ragoûtant, que la Mélanie du futur se chargera de gérer.

En bouquet final, un jeune externe barbu débarque (dans tous les sens du terme), face à ma chatte, et commence à taper la causette comme si on était en soirée. On est limite dans le « Vous venez souvent ici ? ». Jeune homme, si vous lisez ces lignes, vous m’avez mise très mal à l’aise, changez votre protocole, on n’est pas au Macumba.

Crédits photo : Pixabay

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À lire aussi : « C’est magique » : Gal Gadot aimerait accoucher toutes les semaines, OK Wonder Woman

Crédit photo : Aditya Romansa / Unsplash

Les Commentaires
25

Avatar de VioletaS
11 juin 2022 à 13h45
VioletaS
@Gringo Pour moi ce n'est pas une raison pour ne pas recueillir le consentement. Dans cette situation il faut aller vite, oui, mais demander son avis à la parturiente est primordial.
Car 1. Ça reste son corps et me semble-t-il que son intérêt prime sur une personne qui n'est pas encore née (à vérifier);
2. On est d'accord que le refus de sauver son bébé demeure incongru, inexplicable, donc le consentement sera donné expressément. C'est cependant primordial de le demander, c'est le respect élémentaire de la parturiente.
Sans être professionnelle de l'accouchement je suis passée en tant qu'étudiante en maternité et des épisios étaient parfois faites pour poser les spatules ou forceps (ça va enserrer la tête du bébé donc il faut plus de place que si il y avait juste la tête à passer).
Théoriquement si la patiente refuse un geste, on est obligé d'expliquer toutes les conséquences éventuelles du refus et on nous conseillait de réitérer 3 fois notre proposition, mais on n'a pas le droit de faire d'acte invasif car la santé de la mère va passer avant celle du bébé (qui n'est pas né donc aucun "droit à des soins urgents". La mère ne sera pas poursuivie par l'hôpital ni signalée pour maltraitances si le bébé n'est pas né en tout cas (une fois né c'est complètement différent). Une co-stagiaire a par exemple reçu une patiente à qui une césarienne a été proposée en urgence pour anomalies du rythme du coeur du bébé, et qui avait fait sortir tout le personnel de sa chambre malgré les explications... je ne sais plus comment ça s'était fini pour la maman et le bébé mais on n'a pas le droit de forcer la mère à subir cela.
Cependant, malgré le refus clair de la patiente de certains gestes dans l'urgence, un procès de la famille est toujours possible a posteriori en cas de complications si les proches estiment que le professionnel n'a pas tout mis en oeuvre pour convaincre et expliquer les conséquences d'un refus (dans l'exemple de mon amie, les parents de l'enfant auraient pu porter plainte si le bébé avait eu des séquelles neurologiques suite à un manque d'oxygénation prolongé ou était mort). Ça explique en partie pourquoi les gynécos ont du mal à ne pas exercer de "médecine défensive" et à multiplier les gestes et examens :/
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