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Source : Pexels / Jonathan Borba
Poussez Madmoizelle

« Je me suis sentie très proche d’un scénario catastrophe » : Rachel nous raconte ses accouchements

Ah, l’accouchement… Ce moment si incroyable, flippant et transformateur. Parfois rêve, parfois cauchemar, souvent un peu des deux. Une semaine sur deux, dans Poussez Madmoizelle, une personne nous raconte son accouchement. Cette semaine, c’est Rachel qui revient pour nous sur ses deux accouchements, aux antipodes l’un de l’autre.
  • Âge au moment de l’accouchement : 27 ans pour bébé 1 et 31 ans pour bébé 2
  • Bébé 1 : attendu le 10 août, arrivé le 14 août
  • Heure d’arrivée à l’hôpital : 12 août à 23 heures
  • Heure de naissance : 14 août à 01h13
  • Poids et taille : 54 cm – 3,850 kg
  • Bébé 2 : fin du terme le 26 avril, césarienne programmée et effectuée le 16 avril
  • Heure d’arrivée à l’hôpital : 16 avril à 6h30
  • Heure de naissance : 16 avril à 8h39
  • Poids et taille : 50 cm – 3,820 kg

Je me prête enfin à l’exercice thérapeutique d’écrire mes accouchements. Je les ai déjà racontés une multitude de fois à mes copines, les plus curieuses qui veulent tout savoir où celles sur le point d’accoucher qui veulent avoir une vision de « tout ce qui est possible même le pire », j’ai une version détaillée pour celles qui n’ont pas froid aux yeux et une version soft qui en dit juste assez. 

Mes deux accouchements ont été très différents, tant dans la manière de vivre le moment que la rencontre et les premiers moments puis le retour à la maison. S’ils ont un point commun, c’est que j’y suis allée comme on part en vacances, avec le sourire et une grosse valise, prête à vivre une chouette aventure. Pour le premier, la chouette aventure s’est arrêtée aux portes de la maternité. 

« Le début de l’aventure était magnifique, joyeux, serein et plein d’espoir »

Pour ma première grossesse, le désir d’enfant était là depuis longtemps, bien ancré et puissant. Le temps de trouver (et convaincre) l’homme et d’avoir un contexte rassurant, en un cycle j’étais enceinte. Ça a été un moment de joie pure et intense quand le deuxième bâtonnet s’est affiché, un moment encore plus fort lorsque j’ai partagé la nouvelle à Jacob et plus tard à la famille. Le début de l’aventure était magnifique, joyeux, serein et plein d’espoir

La grossesse s’est déroulée sans encombre, symptômes classiques mais légers, surtout des maux de dos et l’énergie en dents de scie. J’ai profité des moments et trouvé le temps long à la fin. J’ai globalement apprécié l’expérience, sauf le sans-gêne des gens qui voulaient toucher mon ventre et qui commentaient à tout va (je travaillais dans la vente à l’époque, c’était épuisant de devoir remettre les clients à leur place). Le dernier mois a été pénible, je me trouvais énorme, j’étais fatiguée et surtout impatiente. Le 10 août, jour du terme, je vais à l’hôpital pour un monitoring et on m’annonce que le bébé ne sortira pas aujourd’hui. Je m’effondre, je pleure de fatigue et de lassitude, j’étais tellement persuadée de voir la ligne d’arrivée. Roulée en boule dans mon canapé en enchaînant les bols de céréales devant des émissions à la noix, les jours suivants me semblent interminables et les (trop) nombreux messages de mes proches me demandant des nouvelles ne m’aident pas. 

« Quand on reviendra, on sera 3 ! »

Puis le 12 août à 21h30, je vais dormir alors que Jacob joue encore à l’ordinateur, je ne me sens pas en forme, encore un jour qui ne se conclut pas sur l’arrivée du petit héros. Une demi-heure plus tard, je ne dors toujours pas, je me sens toute bizarre, je me lève pour aller aux toilettes et là, en bas de l’escalier, je perds les eaux. Nous sommes prêts depuis des jours pour cette éventualité, Jacob cesse son jeu abruptement, je vais changer de vêtements, enfile une grosse serviette hygiénique et nous appelons un taxi, c’est parti ! L’excitation est à son comble, je n’ai aucune douleur et je me sens en super forme, prête à mettre toute mon énergie dans ce début d’aventure. Jacob reste calme, il est toujours mon roc et sait m’apaiser en toute circonstance. Ma valise est prête, son sac est prêt, nous descendons les trois étages de notre appartement de l’époque en disant : « Quand on reviendra on sera 3 ! »

Nous arrivons à l’hôpital par l’entrée des urgences, il est 22h30, je ne ressens aucune douleur de contraction, je suis tout sourire et un peu stressée et excitée, exactement comme un départ en vacances. On nous amène à l’étage des salles de naissance, on patiente en attendant la sage-femme, une autre femme enceinte arrive également, elle semble subir de très fortes contractions. Après un premier examen, je ne suis presque pas dilatée mais ma poche est bien rompue, on me met un monitoring dans une salle annexe, on y reste plusieurs heures. 

On me conseille d’essayer de dormir car le travail risque d’être long, l’excitation rend le repos impossible, Jacob s’assoupit un peu. Après quelques heures, on me réexamine, mon col n’a pas bougé, on me demande si je veux déclencher, c’est un grand oui, je n’en peux plus d’impatience ! Il n’y a pas de salle d’accouchement disponible alors on m’amène dans une chambre, les sage-femmes sont toutes très sympathiques mais débordées, on repassera me voir plus tard. Je pense que je dors un peu, 30 minutes ou une heure et je me réveille dans la douleur. Les contractions ont démarré et pas du tout graduellement, j’ai très mal, très vite. Jacob est là, nous avions fait une préparation avec ma kiné, on teste les positions et les exercices. Rien ne me soulage vraiment, je me sens énorme, je n’arrive pas à me baisser, même pour remettre ma culotte après être allée aux toilettes. J’ai mal et on est seuls dans cette chambre. Lorsque la sage-femme revient, elle me dit que vu que le travail a bien commencé, qu’on ne va pas l’accélérer et qu’on peut se rendre en salle d’accouchement. Je tente de marcher mais vite, je réclame une chaise roulante

« La sage-femme me dit : ‘Madame, tout le monde a mal durant un accouchement’ »

En salle d’accouchement, c’est très calme, les sage-femmes ont démarré un nouveau shift et celle qui s’occupe de nous est vraiment gentille, attentionnée et à l’écoute. Elle est avec une étudiante qui est également très bienveillante et je la laisse bien volontiers s’entraîner à mesurer, évaluer, monitorer. Le bébé va bien, je subis la douleur. On me propose la péridurale que j’accepte avec soulagement et les deux heures qui suivent me semblent magiques et suspendues : je n’ai plus mal, on joue aux cartes, on rigole, tout va bien si ce n’est que mon col ne se dilate pas vite. C’est un peu long mais pas déplaisant. Tout à coup, je ressens de nouveau la douleur et de façon très vive, j’ai l’impression que mon bassin va se briser, je commence à avoir peur. On m’explique alors que la péridurale ne fait pas effet sur les os et que sans doute comme le bébé pousse fort dans mon bassin, mes os me font mal. J’accepte l’info et souffre, pendant plusieurs heures, le temps que mon col se dilate. Le bébé ne montre toujours aucun signe inquiétant, je subis. Je me fatigue, je m’épuise, je sens que je vais de plus en plus mal. Les sage-femmes changent à nouveau de shift, je suis perdue sans les visages familiers. J’appelle un gynéco qui ne voit rien d’anormal à ma douleur, la nouvelle sage-femme me dit : « Madame, tout le monde a mal durant un accouchement ». J’ai l’impression qu’elle ne me prend pas au sérieux, je connais mon corps, j’ai souvent mal au dos, je sais que cette douleur va bien au-delà de ce qui devrait être « normal ». J’ai peur, j’ai la sensation que je n’arriverais plus jamais à marcher, que mes os vont se rompre. Jacob me comprend mais il est impuissant face au corps médical qui me dit : « Quand vous serez yeux dans les yeux avec votre bébé vous aurez tout oublié »

Enfin mon col est assez dilaté pour tenter de pousser, je ne me sens pas en confiance, je suis exténuée, je n’ai pas dormi depuis déjà 2 jours, je n’ai aucune force. Je tente de pousser mais je ne sens rien tellement la douleur est intense. C’est un hôpital universitaire, il y a une gynéco, une sage-femme, une étudiante, une autre étudiante dans un coin qui prend des notes et elles sont rejointes par une autre gynéco. Je me sens oppressée, je me sens faible, je répète que c’est trop difficile, on me dit : « Allez Madame, encore une fois, je vous dis quand pousser ». La tête ne descend pas. La gynéco opte pour les ventouses, c’est très désagréable, j’ai noté dans mon carnet quelques jours après :

« J’ai l’impression qu’on joue avec un rubik’s cube géant à l’entrée de mon vagin ».

Je ne vois rien, je subis, durant 2 heures. Jacob voit tout et il me dira par la suite que c’était très impressionnant, chaque fois que la ventouse lâche, il y a une grosse giclée de sang, il s‘attend à tout moment à voir un morceau de la tête du bébé partir avec, il a peur lui aussi mais ne me dit rien, il m’encourage, il me rassure. « Encore un essai et on part en césarienne d’urgence », clame la gynéco.  

Lire aussi : « Je suis à 4 pattes sur le lit, la tête sort mais reste coincée, le corps ne suit pas » : Violette nous raconte son accouchement

« Ils ont sorti le scalpel, j’ai senti le premier coup, j’ai crié »

Je n’en peux plus, je ne sais plus quel muscle contracter, j’aurais aimé que cette césarienne arrive plus vite. « Code rouge, appelez le plateau technique ». À ces mots, c’est le branle-bas de combat, un nombre incalculable de gynécos, médecins et sage-femmes font irruptions dans la pièce, une gynéco repousse le bébé en arrière dans mon ventre, cela me fait mal, je suis emportée très vite vers la salle d’opération. Jacob reste là, on lui dit d’enfiler une blouse et qu’on reviendra le chercher. 

Il m’expliquera que les 15 minutes qui ont suivi, lorsqu’il s’est retrouvé tout seul dans cette chambre, ont été le pire moment de sa vie, il avait peur, il était seul, sans info sur moi ou le bébé, il s’est mis à pleurer et à attendre, paniqué. 15 minutes qui lui ont semblé des heures. Ils ont fini par venir le chercher, j’étais préparée, allongée et attaché sur la table d’opération, les bras en croix, il y avait dans la salle une dizaine de personnes : 2 anesthésistes, deux gynécos, un chirurgien, trois sages femmes et des étudiantes et un pédiatre. Moi qui suis fan de séries médicales, je me suis sentie très proche d’un scénario catastrophe et c’était effrayant. L’anesthésiste essayait de me rassurer, il me parlait beaucoup, m’expliquait tout ce qu’il faisait et ce qui allait se passait, cela ma oppressée, j’ai crié : « De toute façon je n’ai pas le choix de vous faire confiance ». Ils étaient prêts à démarrer, ils ont sorti le scalpel, j’ai senti le premier coup, j’ai crié. Quelqu’un me dit que ce n’est pas possible que j’aie senti le scalpel, que c’est le stress, il teste ma réaction avec un coton, je sens la sensation de froid, il comprend que je ne suis pas totalement endormie, il augmente la dose et après quelques minutes, ils démarrent enfin. Je ne sens pas la douleur mais je sens des mouvements, j’ai des sensations étranges. Je ne vois rien, il y a un champ stérile devant moi, j’ai froid surtout, j’ai peur, je me sens vraiment mal. À plusieurs reprises, j’ai l’impression que quelqu’un est assis sur ma poitrine (je sais bien que ce n’est pas possible). Enfin, j’entends un pleur de bébé, Jacob est invité à se lever pour prendre notre petit Gustave, il articule difficilement : « Il est magnifique ». Je suis épuisée, cette épreuve n’en finit pas. Jacob fait un peu de peau à peau puis on me pose le bébé sur la poitrine, je suis nue, encore attachée, j’ai froid et la fatigue est intense, la douleur revient, je crie : « Enlevez-moi ça », je pleure. Les pédiatre et sages-femmes prennent l’enfant et vont s’en occuper, Jacob reste près de moi : « Tu as été super, tu vas bien, ça va aller ». Non, je ne sais pas si ça va aller, je veux dormir, je veux juste dormir. Une fois le bébé sorti, il faut encore me recoudre, je tourne la tête et vois mon placenta dans un pot, le temps me semble interminable, il y a du sang partout. 

« Lorsque nos familles arrivent, je fais bonne figure »

On nous transfère ensuite dans une chambre où on amène le bébé, on nous donne ses stats (heure de sortie, poids, taille, …) je n’entends rien, je ne retiens rien, j’ai soif, je veux dormir. Jacob me donne à boire, prend Gustave, le câline. La sage-femme revient et le pose à côté de moi, je ne sais pas quoi en faire, j’ai froid, je veux juste dormir.  Les heures passent, c’est long et puis enfin, on nous ramène dans notre chambre de maternité, Gustave est déposé dans un petit lit, je tente de dormir. Je pense que je m’assoupis une heure, peut-être deux, je me réveille dans la douleur. On m’explique que je peux avoir un anti-douleur toutes les 3 heures, je vais compter les minutes entre chaque dose. Gustave aussi a droit à des anti-douleurs, sa tête est déformée par la ventouse mais il va bien. On fait une première tentative d’allaitement, rien de concluant. On prévient nos proches, je suis épuisée, nos parents peuvent venir dans l’après-midi, j’espère pouvoir dormir un peu avant. L’enchaînement de la journée est assez flou, je ne peux pas me lever, j’ai très mal, Gustave est très calme, on tente le sein et ça ne va pas, je trouve cela oppressant, Jacob berce notre bébé tout neuf, le change, s’en occupe, je ne me sens pas bien

Lorsque nos familles arrivent, je fais bonne figure, je suis contente de voir ma mère mais je voudrais que les autres ne soient pas là, je ne me sens pas bien, je suis si fatiguée. Leur visite est longue, je me sens mal et tout à coup, je me mets à vomir assez fort, devant tout le monde, je me vomis dessus, sans pouvoir contrôler ou bouger de mon lit. Nos proches sortent, Jacob me change et me nettoie, c’est reparti pour un ballet médical : examens, gynéco, chirurgien, un scanner, une radio, une sonde par le cul sans effet et puis une sonde par le nez jusque dans l’estomac, c’est insoutenable, cela dure jusque minuit. Je ne supporte pas la sonde dans mon nez, ça me fait mal, je vomis plusieurs fois sur l’infirmier (très sympathique et bienveillant), je veux l’enlever, la chirurgienne me dit que je dois la garder toute la nuit, je hurle : « Alors je vais l’enlever moi-même, laissez-moi dormir ». Nous sommes le 14 août, presque le 15, il est bientôt minuit, je n’ai pas vraiment dormi depuis mon lever le 12 au matin. L’infirmier appelle un autre chirurgien qui m’explique que si on m’enlève la sonde et que le lendemain ça ne va pas mieux, ils devront me réopérer en urgence, que c’est un gros risque car j’ai une méga occlusion intestinale. Je décide de prendre le risque, je veux juste dormir. On me ramène dans la chambre, je dors 4 heures. 

« J’ai l’impression d’être une mauvaise mère car je ne peux rien faire pour mon fils »

La douleur est toujours vive mais je me sens un peu mieux, bien que toujours extrêmement fatiguée. Jacob a pu dormir aussi dans ma chambre et s’occupe de Gustave. Je me sens mal et j’ai l’impression d’être une mauvaise mère car je ne peux rien faire pour mon fils. L’allaitement a du mal à démarrer et comme Gustave est très tonique, il secoue ses jambes contre mon ventre quand je lui donne le sein, ça me fait affreusement mal, je pleure beaucoup. D’autres proches viennent, je fais bonne figure, je ne relève pas le stéréotype lorsqu’on offre à Jacob une bouteille de vin et à moi des crèmes pour le bébé (qui a dû se priver pendant 9 mois, qui ?). Le temps est long, je souffre, Gustave aussi, ses croûtes à la tête lui font mal et il a la jaunisse. Il doit rester sous une lumière bleue intense toutes  les 4 heures pendant 4 heures. C’est difficile mais les sages-femmes sont d’une extrême patience et gentillesse, elles prennent notre bébé pour nous laisser un peu de repos. 

Le troisième jour, cela va mieux, mes douleurs s’atténuent, je peux me lever brièvement, et enfin, je peux manger une biscotte, meilleur moment de la semaine ! Gustave a toujours la jaunisse, le temps est toujours long et la fatigue tellement intense. Je me sens mal, je n’ai pas envie de prendre mon enfant dans mes bras, j’arrive plus ou moins à l’allaiter, on complète à la cuillère avec le lait que je tire ; quelle sensation étrange que de se sentir comme une grosse vache à se faire extraire le lait mais je m’en accommode. 

Je ne suis pas au bout de mes peines, les sage-femmes doivent contrôler tous mes paramètres : mon hydratation (je dois uriner dans une panne pour qu’elles calculent ce que je rejette), ma température toutes les 3 heures, mon rythme cardiaque, encore des machines et des palpations de tout mon corps, ça me fait mal mais le personnel est très doux. J’ai aussi très mal au bras, comme s’il était bloqué. On fait venir un kiné qui me soulage, mais je sens que quelque chose est bloqué au niveau de mon épaule. Je découvrirai avec mon kiné habituel et après tous les examens possibles quelques mois plus tard qu’un de mes nerfs est blessé et qu’il a du mal à se reconstruire. Il me faudra 10 mois pour réussir à lever mon bras verticalement et j’en ai toujours des séquelles aujourd’hui.

Comme toutes les femmes qui viennent d’accoucher, je passe également par la case « Il faut que vous alliez à la selle » et c’est une nouvelle épreuve, je stresse, j’ai mal et je ne supporte pas le médicament qu’on me donne pour faciliter le process. C’est à ce moment que Jacob me dit « Tu sais, en survie dans la nature, s’ils sont trop constipés, ils vont débloquer le bouchon à la main ». Je prends confiance, ni une ni deux, Jacob subtilise un gant sur le chariot de la sage-femme dans le couloir et je vais aux toilettes résoudre mon problème, à la main, recroquevillée et un peu étonnée de me fouiller l’anus, cela fonctionne. 

« C’est étrange de rentrer avec un bébé tout neuf et si petit dans notre appartement »

Encore quelques jours, quelques visites et nous rentrons (enfin !) à la maison le samedi, 7 jours après nos premiers pas dans le hall des urgences. C’est étrange de rentrer avec un bébé tout neuf et si petit dans notre appartement. Je ne sais pas vraiment quoi en faire, il dort beaucoup, il est très calme. Il est encore jaune donc nous laissons à la fenêtre et nous jouons aux cartes. Ce jour-là, j’écris, pour essayer de faire sortir ce traumatisme, je me sens faible, je me sens mal. J’écris : « Nous pouvons enfin commencer cette nouvelle aventure mais j’ai peur, j’ai peur de ne pas pouvoir surmonter ce trauma et je n’arrive pas à croire que les choses vont s’améliorer ». J’écris aussi :

« J’ai subi/vécu en quelques jours plus de nouvelles expériences qu’en bien des années […] et le miracle tarde, ce petit être est magnifique mais mon âme ne s’accroche pas à la sienne, où est-elle, cette bouffée d’amour qui fait qu’on oublie tout, qu’on a la force de tout surmonter ? Tout est à construire, j’espère trouver la force, j’espère toucher la grâce ». 

Je me suis sentie profondément mal, j’ai cru que je n’aimerais jamais mon bébé, je ne voulais pas le prendre à bras, je le nourrissais puis le reposais, je n’arrivais pas à en parler. Jacob a dû reprendre le boulot le mardi et j’ai pleuré pendant des jours. J’ai changé de sage-femme, la première qui est venu à domicile m’a fait me sentir encore plus mal, la nouvelle m’a peut-être sauvée, elle m’a dit en toute bienveillance : « Si l’allaitement vous fait sentir si mal, que vous n’arrivez pas à trouver une bonne position ou quelque chose qui vous convient, vous pouvez aussi simplement tirer votre lait et le donner au biberon, Jacob pourra aussi participer et vous vous sentirez peut-être mieux ». Cela a été ma libération, non seulement elle a validé ma douleur et le trauma lorsque je lui ai raconté mon accouchement mais en plus elle m’a offert une écoute et une solution. J’ai arrêté d’allaiter, j’ai tiré mon lait assidûment et j’ai enfin eu envie de prendre mon fils dans mes bras. Aujourd’hui il a bientôt 6 ans et je pleure encore en écrivant ces lignes. 

Tirer mon lait a sauvé mon congé maternité, c’est devenu mon nouveau défi et la routine qui organisait mes journées, toutes les trois heures, je me branchais pendant 15 minutes en lisant un livre ou en scrollant Pinterest, c’était mon « me time », peu importe qu’il y ait des invités, un bébé qui pleure ou quelconque chose à faire, je m’isolais 15 minutes, toutes les 3 heures. J’avais mon petit tableau Excel, j’ai fait des stats et rempli mon congélateur (acheté pour l’occasion tellement je produisais). 

La suite s’est éclaircie, j’ai connecté avec Gustave, commencé à sortir, voir du monde, j’ai arrêté de pleurer chaque jour et même si j’ai fait des cauchemars pendant encore plusieurs mois, les journées se passaient mieux et j’arrivais à sourire sincèrement, parler avec mes proches et apprendre à connaître mon fils qui s’est révélé calme et tonique à la fois, très éveillé et un vrai bonheur. 

Ma gynéco habituelle était en vacances au moment de mon accouchement, lorsque je suis allée chez elle pour le rendez-vous de suivi des 6 semaines post-accouchement, elle m’a accueillie en disant : « J’ai lu tout votre dossier, c’était un accouchement vraiment rock’n roll, vous devez savoir que ça ne se passe pas souvent comme ça et que si vous avez besoin de support, d’en parler avec quelqu’un ou avec les médecins qui étaient là, je peux arranger les choses pour vous ». Sa douceur et sa compréhension m’ont fait du bien. 

Remettre ça ? 

Avec Jacob nous n’avions pas prévu d’enchaîner les bébés. Après l’accouchement j’ai mis un implant et nous avions convenu, théoriquement, de relancer la machine après les 3 ans de l’implant. De toute façon, je n’aurais pas pu remettre ça plus tôt, j’ai fait beaucoup de cauchemars et je n’étais pas prête. Un jour, je rangeais notre grenier dans la nouvelle maison et j’ai ouvert la boîte où étaient rangés les premiers bodys de Gustave, après les avoir triés et rangés, je me suis rendu compte qu’enfin, cela faisait bien longtemps que je n’avais plus fait de cauchemars et que je ressentais à nouveau l’envie d’une nouvelle aventure bébé, j’étais guérie, j’étais prête, Gustave avait 2 ans et demi

Comme prévu, j’ai enlevé mon implant un peu avant les 3 ans et on s’est lancé dans beaucoup de sexe et beaucoup d’amour pour concevoir numéro 2. Un mois à peine après avoir retiré mon implant, j’ai eu une sensation étrange et j’ai su que j’étais enceinte, si vite, j’étais ravie et ma faculté à m’investir dans les nouveaux projets a pris le relais. 

Quelques semaines plus tard, je faisais une fausse couche et me sentais à nouveau vide. J’ai eu peur car il y avait un risque de complications et qu’on doive m’enlever une trompe de Fallope. Finalement, tout s’est rétabli tout seul et mon corps s’en est remis très vite, le mois suivant j’étais enceinte, crevette était en chemin. Comme la première fois, la grossesse s’est très bien passée, un peu plus fatigante avec un petit monstre de 3 ans plein d’énergie à la maison mais globalement j’en garde un bon souvenir. 

Vers 4 mois de grossesse, j’ai commencé à penser à l’accouchement et j’ai recommencé à faire des cauchemars. J’en ai parlé à ma nouvelle gynéco qui a lu tout mon dossier et m’a expliqué en toute bienveillance que si je voulais accoucher par voie basse, plusieurs examens allaient être nécessaires et qu’il faudrait prendre quelques précautions pour ne pas revivre un accouchement comme le premier mais elle m’a aussi dit que si je préférais une césarienne programmée c’était également possible, à moi de voir ce qui me convenait le mieux. Du jour où j’ai convenu de programmer une césarienne, j’ai arrêté les cauchemars et j’ai vécu une fin de grossesse sereine, impatiente de rencontrer la crevette et que Gustave devienne grand frère. 

Un 2e accouchement programmé… et serein

Le 16 avril à 6 heures du matin, après une bonne nuit de sommeil et excitée comme avant un départ en vacances, nous nous rendons à la maternité pour rencontrer notre fille. Tout était prêt, la sage-femme de l’accueil nous amené dans la chambre, elle m’a tout expliqué et m’a aidé à ma préparer. Dans la salle d’opération, tout le personnel était très sympathique et m’a expliqué comment ça allait se passer, il faisait froid et j’étais un peu stressée mais surtout impatiente. Lorsque ma gynéco est arrivée, elle a rappelé à l’équipe de faire attention comment mes bras étaient attachés (inutile de me reblesser un nerf), elle m’a mise à l’aise, m’a demandé si j’étais prête et l’opération a démarré. 

C’était encore un hôpital universitaire et il y avait beaucoup de monde dans la salle mais ce n’était pas oppressant, la sage-femme près de moi commentait l’opération, elle a même pris quelques photos et Jacob et moi faisions des blagues. À 8h30, Clémentine était sortie. Comme elle s’était un peu bloquée dans mon bassin, elle avait le visage tout boursouflé et un peu mauve, Jacob le résume à chaque fois en disant : « On aurait dit qu’elle s’était pris un bus ». Lorsqu’on me l’a présentée j’ai d’abord pensé : « Tout ça pour ça ». Et puis j’ai été très contente. Jacob a coupé le cordon, est allé avec le pédiatre pour les soins pendant que ma gynéco terminait le travail : j’avais demandé qu’on me ligature les trompes en même temps et me recoudre a pris beaucoup de temps vu la boucherie de la fois précédente.

De retour en chambre et malgré la douleur, j’ai pu profiter des premiers moments avec Clémentine et Jacob, prendre ma fille dans mes bras et ressentir de l’amour et de l’espoir pour le futur de notre petite famille. Nous avons appelé Gustave qui était chez ses grands parents et il était très ému lorsque nous lui avons montré sa petite sœur. Les visites étaient interdites à la maternité et nous avons ainsi pu nous reposer, jouer aux cartes et profiter. Très vite, je me suis mise debout et me suis sentie en meilleure forme malgré la douleur de l’opération. Je n’ai pas eu de complication à part une petite lenteur intestinale quand j’ai pu manger. 3 jours plus tard nous étions déjà à la maison, impatients de retrouver Gustave et de lui présenter sa petite sœur pour de vrai. Le début de l’aventure a été serein et très heureux. En bonus, le covid sévissait encore et l’école de Gustave a été fermée 3 semaines pendant lesquelles Jacob a pu prendre un congé-chômage spécial pour rester avec nous, nous avons donc eu un mois complet dans notre bulle tous les 4, avec quelques visites et c’était vraiment magique

Aujourd’hui, Gustave et Clémentine ont presque 6 ans et 2 ans et leur complicité me rend chaque jour heureuse. Même si leur énergie est parfois fatigante, je les aime d’un amour infini. 

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Les Commentaires

5
Avatar de Zelitrex
7 juin 2023 à 21h06
Zelitrex
"qui allait se passait" faites attention à l'orthographe quand même ça brûle les yeux là Et c'est souvent, ça fait quand même pas très sérieux, ça + les titres clickbait à foison et beaucoup d'articles qui se contentent de relayer des articles d'autres médias sans regarder les sources desdits médias, franchement ça commence à faire beaucoup
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