La chanteuse anaiis lance un projet engagé pour la santé mentale, en particulier des femmes noires


Madmoizelle a eu le plaisir de rencontrer la chanteuse anaiis, en pleine préparation d’un projet en trois temps soutenu par la plateforme Dr. Martens Presents. Elle nous explique ce qui l’a poussée à vouloir contribuer à améliorer la santé mentale des femmes marginalisées.

anaiis devant le restaurant Jah Jah pour l'opération Dr Martens Presents

En partenariat avec Dr. Martens (notre Manifeste)

Le single Juno, dévoilé le 16 avril, est le premier axe du projet. Ensuite viennent un ensemble de cartes, un guide personnel vers l’apaisement et la guérison. Puis une discussion, appelée Panel Talk orchestrée par anaiis, organisé en trois tête-à-tête, autour des thèmes de l’art, de la sororité, du féminisme et de la santé mentale.

Ces trois actions qui s’articulent ensemble, on les doit à la chanteuse anaiis, et le tout est soutenu par Dr. Martens Presents, une plateforme numérique et pluridisciplinaire destinée à représenter et soutenir les talents locaux émergents et à leur offrir les leviers nécessaires pour dépasser le contexte actuel, notamment lié à la crise du Covid-19.

anaiis s’est lancée dans la musique il y a maintenant quelques années, avec un label de grande envergure — une aventure qui a laissé des stigmates. Elle raconte :

« Je me suis souvent sentie oppressée dans l’industrie de la musique, et j’ai commencé à me renfermer sur moi-même. Cela m’a fait prendre conscience de ma fragilité, de ma santé mentale et surtout du fait que je devais en prendre soin. »

Après une pause de deux ans, elle crée son propre label indépendant et trouve le bon équilibre pour s’exprimer artistiquement. anaiis travaille actuellement sur un album, dont la sortie est prévue pour le début de l’été ! Et elle est ravie d’avoir été accompagnée par les équipes de Dr. Martens.

 « L’équipe Dr. Martens voulait que je leur propose un projet qui me tient à cœur, qui ressemble à ma communauté. J’y ai réfléchi avec ma team : je voulais créer quelque chose qui soit utile pour les gens, et artistique en même temps.

Quand j’ai présenté mon projet, tout le monde chez Dr. Martens a été très réceptif. C’était un véritable échange humain. De mon côté, c’étaient des idées que j’avais déjà plus ou moins en tête, et que j’aurais essayé de financer grâce à des subventions dans tous les cas !

Au départ, je pensais davantage à organiser des séances de méditation, mais le Covid est intervenu… Et comme je suis assez sentimentale avec les objets, j’adorais l’idée de créer quelque chose de physique. Heureusement, avec l’appui de l’équipe Dr. Martens, j’ai eu l’opportunité de fabriquer dans le cadre de mon projet quelque chose que les gens peuvent garder : le jeu de tarot. »

Interview d’anaiis, chanteuse engagée

Madmoizelle : Vous avez vécu à Toulouse jusqu’à vos neuf ans, puis vous êtes passée par l’Irlande, le Sénégal, Los Angeles et aujourd’hui vous résidez à Londres : votre réflexion sur la santé mentale des femmes racisées a-t-elle été alimentée par ces voyages ?

anaiis : Le bien-être des personnes racisées a toujours été très important pour moi.

Après avoir quitté Toulouse, j’ai vécu en Irlande et là j’ai vraiment pris conscience de ma couleur de peau. À ce moment-là, je n’avais pas encore commencé à réfléchir sur mon identité raciale, j’étais juste anaiis. Je suis devenue l’une des seules personnes noires. Soudain, les gens ont commencé à me toucher la peau, « par curiosité »…

Ensuite, je suis allée au Sénégal, et j’y ai vécu une sorte d’exclusion — dans le sens où je suis Sénégalaise par mon père, mais je viens de France et je ne parle pas wolof. Ce n’était pas une période évidente.

Puis je suis allée aux États-Unis, où il y a encore de grosses divisions entre les races : ma couleur de peau était problématique dans ce pays.

En voyageant, on se rend compte qu’il y a vraiment une ignorance qui encourage les gens à dire des choses qui blessent. Aux États-Unis, il y a peu de filtre de ce côté-là ; quand on y voit les violences policières racistes, la manière dont les gens noirs vivent, les choses qu’ils subissent, on ne peut pas y rester indifférente.

Je me suis dit qu’il fallait que je combatte ces injustices à mon niveau, pour la communauté noire dans le monde entier. Cette lutte a toujours été importante pour moi, elle se retrouve dans mon discours comme dans mes paroles.

Le fait que j’ai beaucoup voyagé me permet donc d’avoir une vision globale du traitement des personnes noires dans le monde. Je m’intéresse à tous leurs combats, qu’ils aient lieu aux États-Unis, au Brésil ou à Londres, car on a forcément quelque chose en commun.

Le sujet de la santé mentale est arrivé plus récemment. Au départ, je voulais combattre les injustices infligées aux communautés noires pour améliorer leur qualité de vie… je n’avais même pas commencé à penser aux émotions que les discriminations engendrent. Aux États-Unis, lorsque vous marchez dans la rue, vous ne savez pas si vous serez encore vivante à la fin de la journée. Quand vous êtes noire, là-bas, la peur ne vous quitte jamais. Je ne me rendais pas compte à quel point c’était douloureux de vivre avec cette insécurité.

Je me suis clairement construite avec les expériences que j’ai vécues dans le monde, et en regardant autour de moi. Je suis très fière de mes origines, et j’adore les cultures noires qui existent autour du monde. C’est important pour moi d’utiliser ma musique pour faire bouger les mentalités, même si c’est à un petit degré.

Pouvez-vous nous parler du single Juno ?

Les paroles de Juno sont en fait un dialogue avec moi-même. Il m’arrive d’avoir des pensées négatives, comme tout le monde, et je me suis demandé d’où venaient ces voix. La chanson exprime la folie qui a lieu dans ma tête dans ces moments-là, elle est thérapeutique pour moi.

Elle retranscrit aussi les messages rassurants que je m’adresse moi-même :

« Ce n’est peut-être pas une journée où je vais réussir à me sentir mieux, mais ce n’est pas grave, je sais que ça va arriver. Un jour, j’arriverai à avoir moins d’angoisses ou d’anxiété. »

L’écriture m’aide à passer des étapes de ma vie, à mettre en pratique une certaine sagesse que je vais essayer d’appliquer dans ma vie de tous les jours.

Que peut-on attendre de ce nouvel album ?

J’ai vraiment pris les deux dernières années pour installer le projet et reprendre confiance en moi. Tout l’album explore les émotions que j’ai ressenties dans l’industrie de la musique. Je dirais qu’il a carrément eu un effet cathartique, car il reflète une période de ma vie difficile que j’ai envie de laisser derrière moi.

Le rôle de l’imagination dans la guérison est le fil conducteur de mon album. L’imagination permet réellement de se libérer d’une période difficile ! Le disque fait directement référence à des expériences difficiles que j’ai vécues, qui m’ont fait sombrer, et comment je me suis donné la chance d’imaginer autre chose.

Cela s’applique dans une relation toxique par exemple, dont on a l’impression qu’on ne pourra jamais se sortir : le début du changement, c’est parfois simplement le fait de s’imaginer ailleurs.

Pourquoi créer des cartes autour de la santé mentale ?

J’ai eu la chance de suivre dix séances de thérapie qui m’ont été offertes à Londres et qui m’ont vraiment aidé à faire une transition vers la personne que je suis maintenant. J’y ai appris des astuces que j’applique encore au quotidien, même si ma thérapie est terminée aujourd’hui. Avant ça, lorsqu’il m’arrivait d’avoir des angoisses, je ne savais pas mettre de mots dessus, il me manquait des éléments de réflexion.

Je me suis sentie privilégiée de pouvoir accéder à un tel traitement. J’ai pensé à toutes les personnes qui sont dans des situations encore plus dures que la mienne, qui ressentent les mêmes émotions que moi, et qui n’ont pas accès ou n’ont pas les moyens de suivre une thérapie, alors j’ai voulu créer quelque chose qu’elles puissent avoir à portée de main dans leurs moments difficiles. La cible, ce sont surtout les personnes invisibilisées, marginalisées…

J’ai contacté deux psychologues incroyables, Sanah Ahsan et Stella Tiendrebeogo ; elles ont développé ces 30 cartes qui sont de véritables outils. Il y a des questions réflexives, des méthodes de gestion émotionnelle, de la psychoéducation…

Certes, nous n’avons pas pu traiter tous les sujets, il a fallu faire des choix, et vous pouvez très bien vous acheter un livre sur le développement personnel dans lequel vous trouverez davantage d’informations. Mais je voulais créer quelque chose qu’on peut toujours avoir sous la main et utiliser facilement ! Tirer simplement une carte, ça peut nous faire réfléchir ou nous consoler.

Enfin, je tenais à ce que ces cartes soient distribuées gratuitement, pour permettre aux gens d’accéder facilement à des éléments de guérison. Elles seront donc disponibles en version numériques sur le site de Dr. Martens dès le 21 avril, et aussi dans certaines boutiques Dr. Martens de Paris après la fin du confinement.

jeu de tarot pour la santé mentale

Carte explicative du jeu de tarot avec un mot de la chanteuse anaiis

Comment utiliser ce tarot ?

Chaque paquet compte une carte explicative. Il s’agit plus d’en prendre une de temps en temps, quand vous en ressentez le besoin. Vous choisissez le thème qui vous correspond le mieux à un moment donné, et qui vous fera du bien.

Par exemple, une des cartes aborde les émotions interdites dans certaines familles : il peut arriver que nous ayons un blocage, car nous n’avons pas appris à exprimer certaines émotions dans notre environnement. Je pourrais réfléchir à ce thème durant une semaine : comment j’ai grandi, comment les émotions m’ont été transmises et comment me libérer de ce conditionnement…

Avec le tarot qui m’aide à m’analyser, je peux me rendre compte que j’ai de la colère en moi ou de la tristesse — et c’est peut-être parce que je n’ai jamais pu exprimer librement ces émotions ? Parce qu’on m’a inculqué que je n’avais pas le droit de me plaindre ?

Il s’agit de s’interroger pour s’aider émotionnellement.

Comment avez-vous choisi les deux psychologues qui ont conçu les cartes ?

Elles sont cofondatrices du collectif Noire et Psy, qui offre des thérapies tous les samedis. Encore une fois, cette dimension de gratuité est très importante.

J’ai d’abord rencontré Stella et j’ai tout de suite compris que c’était la bonne personne pour ce projet. Je lui ai expliqué que je recherchais une association pour faire un don, et elle m’a dit qu’elle faisait partie du collectif, donc c’était vraiment parfait.

Chez Dr. Martens ,tout le monde a très vite adhéré à leurs actions et a prévu de faire un don pour les encourager, afin que Noire et Psy puisse continuer son travail.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur le troisième volet de votre projet, les Panel Talks ?

Il s’agit d’une discussion autour des thèmes de l’art, de la sororité, du féminisme et de la santé mentale. J’y échangerai avec la photographe Charlotte Abramow, la réalisatrice Néhémie Lemal (On ne peut plus rien dire) et Déborah Lukumuena, l’une des actrices principales de Divines.

Néhémie Lemal, Charlotte Abramow et Déborah Lukumuena pour le panel talks dr martens avec la chanteuse Anaiis

Néhémie Lemal, Charlotte Abramow et Déborah Lukumuena les invitées du Panel Talks

Ce Panel Talk, enregistré au restaurant Parisien Jah Jah, sera diffusé le 21 avril sur le site de Dr. Martens. J’ai vraiment hâte, il y a beaucoup de démarches qui sont faites en France pour le féminisme et les femmes racisées, c’est fascinant !

anaiis pour l'opération Dr Martens Presents

Écoutez la voix d’anaiis, une femme qui aide les femmes

anaiis voit la musique comme un vecteur de messages. Elle cite Lauryn Hill et Nina Simone comme inspirations — « des femmes qui se servent de leur musique pour toucher les gens » — et porte des Dr. Martens depuis qu’elle est toute petite. Une rencontre entre la chanteuse et la marque tellement évidente qu’elle paraissait écrite !

Son single Juno est déjà disponible sur toutes les plateformes de téléchargement ; quant au jeu de cartes, il sera bientôt accessible gratuitement en version numériques sur le site de Dr. Martens dès le 21 avril, et dans certaines boutiques Dr. Martens de Paris après la fin du confinement. Pour les Panel Talks, enregistré au restaurant Parisien Jah Jah, rendez-vous le 21 avril sur le site de Dr. Martens !

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Sophie Castelain-Youssouf

Sophie Castelain-Youssouf


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