5 héroïnes qui nous inspirent en tant que femmes racisées


Parce qu'elle sont peu souvent représentées dans l'espace culturel, nous avons demandé aux lectrices racisées de madmoiZelle de nous parler des héroïnes qui leur ressemblent et les inspirent. Elles nous ont raconté qui elles étaient, et pourquoi elles sont si importante pour elles.

5 héroïnes qui nous inspirent en tant que femmes raciséesCreative Exchange / Unsplash

En partenariat avec Calmann-Lévy (Notre manifeste)

Queenie, le best-seller de l’autrice Candice Carty-Williams, est sorti en France ! Publié par les éditions Calmann-Lévy, le roman met en scène une jeune femme noire dans son quotidien du XXIe siècle : les ruptures, les rendez-vous, les galères d’appartement ou de boulot… Un vrai travail d’équilibriste.

Et ça fait du bien de voir ça représenté quelque part ! Queenie, l’héroïne du roman, n’est pas seulement un personnage de fiction : c’est une figure d’identification pour nombre d’entre nous. Celles qui n’ont pas l’habitude de se voir représentées dans la culture et la fiction, celles qui ne sont souvent pas montrées — et donc à qui, en sous-texte, on dit qu’elles ne sont pas montrables.

Alors, à l’occasion de ce partenariat avec Calmann-Lévy, nous avons décidé de donner la parole à nos lectrices racisées, dans toute leur diversité, et leur avons posé cette question : qui sont les femmes auxquelles vous vous êtes identifiées ?

Celles qui vous ont aidé à vous construire et vous ont fait réaliser que vous aussi, vous aviez le droit d’exister comme vous le souhaitiez ? D’être qui vous vouliez être, plutôt que d’essayer de ressembler à d’autres ? Vous avez été nombreuses à nous répondre, et pour cela, on vous dit merci mille fois !

L’absence de représentation physique et les complexes

Le premier vecteur d’identification, c’est souvent le physique. Voir des personnes qui nous ressemblent être valorisées dès son enfance, cela permet de construire sereinement son estime de soi. À l’inverse, ne voir dans le monde culturel qu’un certain modèle de femme – souvent blanche, mince, hétérosexuelle et de classe sociale « supérieure », cela amène à des complexes.

C’est ce qu’a vécu Hélène*, qui est d’origine chinoise. Pendant longtemps, la jeune femme de 21 ans ne s’est pas interrogée sur une différence physique quelconque entre elle et les personnes auxquelles elle s’identifiait.

« Jusqu’à mes huit ou neuf ans, je ne me sentais pas spécialement différente de par mes origines, et je pensais même qu’en grandissant mes yeux allaient « s’arrondir » et mon visage se transformer pour devenir comme ceux des « occidentaux ». Donc je m’identifiais assez facilement à des figures comme Miley Cyrus, Selena Gomez… »

C’est quand ils commencent à lui imposer des réflexions racistes qu’elle prend conscience de la manière dont elle est perçue par les autres.

« Après mes 10 ans, j’ai commencé à avoir des remarques à l’école sur mes yeux, des élèves qui s’étiraient les yeux à mon passage et il arrivait que dans la rue on m’interpelle par le fameux « ching-chong ». À ce moment-là, je me suis rendue compte que j’étais « différente »  ; et comme mis-à-part Mulan, je ne connaissais pas de figures asiatiques, j’ai commencé à complexer et à chercher à ressembler au modèle de beauté européen.

Arrivée au collège, j’avais beaucoup grossi. Les remarques sur mes yeux s’accompagnaient désormais de remarques sur mon poids, et on me disait que je ressemblais à un « gros panda ». Je me prenais aussi des remarques au sein de ma propre communauté : des membres de ma famille ou des jeunes asiatiques me faisaient remarquer que j’avais des petits yeux.

Jusqu’à mes 16 ans, je ne me reconnaissais en personne, et je m’enfermais dans ma bulle avec des modèles physiques inatteignables. Pendant cette période, j’ai presque rejeté ma culture, et je voulais absolument être « comme tout le monde. »  J’avais prévu de me faire opérer à 18 ans, en Corée, pour avoir de plus grands yeux et être considérée comme plus jolie. »

Quelle diversité pour les corps représentés ?

Cette difficulté à avoir des figures d’identification physique, Rania* l’a ressentie aussi. D’ailleurs, même quand des femmes minorisées sont mises à l’honneur, elles semblent toutes respecter certains critères de beauté, et il existe peu de place pour la diversité des corps, ou des styles. Elle explique :

« Taille, morphologie, look parfois… Toutes les femmes célèbres ou mises en avant ont tendance à répondre aux mêmes critères, comme s’il n’y avait qu’un seul modèle de beauté. Quant aux femmes racisées, elles sont si peu nombreuses que cela ne permet pas une réelle diversité des corps. Pour elles aussi, on dirait qu’il n’y a qu’un seul modèle. C’est compliqué de trouver quelqu’un qui nous ressemble, quand on est pas de ce moule.

Du coup, je n’ai jamais réussi à qui m’identifier entièrement à une personne. J’ai dû faire sans, ou me contenter de petit détails. »

Les femmes racisées ont des vécus multiples

Mais ces critères de beauté ne sont pas les seuls facteurs de souffrance. Pour les jeunes femmes, il y a un véritable enjeu à représenter les femmes racisées sous d’autres prismes que des personnalités ou des modes de vie stéréotypés. Zohra* raconte ainsi :

« J’ai grandi à la campagne, pas dans une grande ville ou dans une banlieue. Du coup, je ne me retrouve pas dans les personnages maghrébins proposés dans les fictions, qui sont plutôt « stéréotypés » : les femmes sont toutes brunes aux cheveux bouclés, elles ont des codes associés à la banlieue qui sont très éloignés des miens…

Ma trajectoire est plutôt commune, mais on ne la voit jamais représentée. Moi, j’aimerais voir des maghrébins représentés de manière diverse : en termes de physique, ou d’origine sociale. Il y a des familles qui ont un fort capital culturel, financier, ou social, des familles de classe moyenne, des parcours très différents des clichés qu’on montre souvent. Et il y a aussi des histoires à raconter dans ces milieux-là ! »

Montrer ces femmes à travers le simple prisme des stéréotypes, c’est souvent les réduire à une identité simple, construite autour de la couleur de leur peau. Dans la réalité, les intersections de vécus sont nombreuses, et il est important, dans la culture, de se voir exister sous toutes ces formes. C’est ce que souligne Adèle, 26 ans :

« Plus que d’une représentation physique, je crois que j’ai souffert de l’absence totale de représentation de mon vécu et de mes aspirations. En tant que meuf noire, en tant que meuf issue des classes populaires, en tant que meuf bisexuelle… En tant que personne complexe, au final. Comment peut-on se construire, quand les questions qu’on se pose au quotidien n’existent nulle part ailleurs que dans notre tête ? Ou quand nos rêves ne sont incarnés que par des personnes qui sont à 1000 lieues de notre quotidien ? »

Malgré ces difficultés, de nombreuses femmes accomplissent tous les jours des choses qui nous inspirent. Les voir être elles-mêmes, s’exprimer, et s’épanouir permet de prendre confiance en soi et de se sentir légitime. C’est à elles que vous avez rendu hommage dans vos témoignages.

De Ségolène Royal à Leïla Kaddour-boudadi, celles qui m’inspirent professionnellement

Ces femmes qui nous ressemblent, si importantes pour se construire, ne sont évidemment pas les seules à qui nous pouvons nous identifier. Lylia* raconte ainsi :

« Si je dois vraiment être honnête, la première personnalité qui m’a marquée est Ségolène Royal. J’avais 6 ans quand elle s’est présentée aux élections présidentielle, et je trouvais trouvais incroyable qu’une femme puisse être femme politique et débattre avec autant de force face à des hommes ! Je passais mes journées à dessiner ses robes et quand elle a perdu contre Sarkozy, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps alors que je ne comprenais rien à la politique. C’est peut-être la première fois que je me suis sentie réellement représentée dans mon genre. »

Lylia ayant une double culture franco-marocaine, elle admire aussi les femmes qui lui ressemblent, mais surtout celles qui lui montrent qu’elle peut réussir en étant elle-même.

« Pendant longtemps j’ai eu des héroïnes qui me représentaient physiquement. J’ai voué un culte à Frida Kahlo et Salma Hayek car elles me ressemblaient : cheveux noirs et teint assez peu mat. Il y a aussi Leïla Bekhti, que je porte encore particulièrement dans mon cœur. Mais par-dessus tout, je les trouvais talentueuses et ça voulait dire que moi aussi, dans mon domaine, je pouvais l’être. 

Aujourd’hui, il y a des personnalités qui me prouvent que j’ai ma place dans cette société et dans ce qui me passionne : Leïla Slimani, par exemple, par son talent, et sa finesse. Mais surtout, il y a Leïla Kaddour-Boudadi, qui présente des émissions de télé et de radio, et qui montre tous les jours son intelligence. C’est vraiment grâce à elle que je me suis dit que je pouvais être journaliste en étant qui je suis. »

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Amy Lee, celle qui m’a fait décomplexer

En dehors du monde médiatique, les réseaux sociaux ont permis de mettre en avant des voix qui étaient jusqu’ici ignorées dans l’espace public. Ainsi, après des années à complexer, c’est sur Youtube qu’Hélène* a rencontré celles qui lui ont donné confiance en elle. Elles lui ont permis d’abandonner ses projets de chirurgie esthétique, et d’aimer ses yeux.

« Un jour, sur Youtube, je suis tombée sur une vidéo de Claire Marshall. Enfin une femme asiatique ! À force de regarder ses vidéos, j’ai commencé à avoir plus de recommandations de youtubeuses asiatiques. C’est comme ça que j’ai découvert Amy Lee.

Une américaine d’origine coréenne avec des petits yeux comme les miens, un corps qui me ressemble, un style que j’aime. J’ai dévoré ses vidéos, et grâce à elle, j’ai eu un gros déclic : j’ai commencé à aimer mes yeux, et abandonné l’idée de faire de la chirurgie.

Elle m’a beaucoup inspiré durant mon adolescence, par sa façon de casser les codes mais aussi par son authenticité et ses conseils « self-love« . Je me reconnaissais beaucoup en elle parce qu’elle avait également grandi dans une double culture, mais aussi parce que je la trouvais belle, avec ses yeux qui ressemblaient aux miens. »

Sana dans Skam, une musulmane qui porte le voile et qui me ressemble

Aïssa* a longtemps cherché une héroïne qui lui ressemblait, tant par sa culture que par sa religion. Plus jeune, elle raconte avoir cherché désespérément des personnages avec des noms à consonance maghrébine dans ses livres, et avoir cherché à s’identifier à des personnages minorisés même quand l’histoire ne la représentait pas.

« D’une certaine manière, j’avais l’impression que je ne trouverais jamais d’héroïne fictive maghrébine musulmane, pratiquante et voilée. Pour moi, c’était presque une représentation dont je devais faire le deuil.

J’avais presque abandonné avant de découvrir la littérature jeunesse anglo-saxonne contemporaine : les livres de S. K. Ali, Uzma JalaluddinMais aussi le personnage de Sana dans Skam qui est comme moi d’origine marocaine et qui porte le hijab tout en essayant de trouver un équilibre entre sa foi et ses relations amicales et amoureuses !

Pour moi, c’était enfin un personnage qui me ressemblait réellement, et joué par une actrice qui porte un foulard dans sa vraie vie, et a un parcours similaire à l’héroïne. Elle envoie une image joyeuse et apaisée sur ses réseaux sociaux, et ça fait du bien ! »

Megan Thee Stallion, celle qui ne s’excuse pas

Pour Adèle*, qui confiait plus haut avoir eu du mal à trouver une représentation réelle de son vécu et hors des clichés, la personne qui la représente le plus n’est pas une personne qui la représente dans toutes ses facettes, mais plutôt une femme qui ne s’excuse pas d’être là. C’est la rappeuse afro-américaine Megan Thee Stallion.

« Il m’a fallu du temps pour me sentir représentée par une personne, qu’elle soit réelle ou fictive. Et puis, il y a quelque temps, j’ai découvert la rappeuse Megan Thee Stallion et elle a été une vraie révélation pour moi ! Pas forcément parce qu’on se ressemble, mais surtout parce que j’aime la manière dont elle choisit de se montrer : c’est une femme noire qui ne s’excuse jamais d’être là, d’être qui elle est, et elle s’exprime librement. Sa manière de refuser le compromis et d’affirmer son identité personnelle et artistique me rappelle régulièrement que moi non plus, je n’ai pas à me rendre plus lisse pour le confort des autres. »

C’est ça, ce qui ressort le plus de vos témoignages. Vos héroïnes sont les femmes qui vous permettent de vous aimer et de vous sentir libre de faire ce que vous voulez, que cela leur ressemble ou non ! Et plus nous verront, sur le devant de la scène, des vécus diversifiés, plus cette confiance en soi sera facile à conquérir. C’est aussi pour ça qu’on aime autant Queenie !

 

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Aïda Djoupa

Aïda Djoupa


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Commentaires

Aichathegypsy

Super article. Je suis de tout coeur avec les Madz pour avoir le même problème.
 

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