Non, je n’ai pas envie de sourire, et c’est mon droit

Cette madmoiZelle a souffert toute sa vie... Parce qu'elle n'a pas un visage naturellement souriant. Et que personne ne se gêne pour le lui reprocher.

Non, je n’ai pas envie de sourire, et c’est mon droit

Article publié le 17 avril 2019

— T’as l’air fatiguée.
— Hé mademoiselle, t’as laissé tomber ton sourire ?
— Ça va ma chérie ? T’es sûre ? T’as l’air triste…
— Arrête de faire la gueule !
— Tu viens de te réveiller ? On dirait que tu veux tuer tout le monde.

Voilà les réflexions que je me prends dans la gueule au quotidien.

NON, je ne suis pas fatiguée. NON je ne suis pas triste. NON je ne suis pas énervée, en train de faire le deuil de mon chien, en pleine rupture, droguée [insérer ici un adjectif pour qualifier quelqu’un qui fait la gueule]…

Moi et ma resting bitch face

Je fais simplement partie des nombreuses personnes atteintes de ce qu’on appelle la « resting bitch face ». Vous en avez peut-être entendu parler, ou peut-être pas.

Outre le but pédagogique de ce texte, c’est surtout un coup de gueule plutôt cathartique que j’aimerais dérouler au fil des touches de mon clavier que je frappe rageusement.

Venons-en au fait. Les gens me pèsent. J’aimerais vivre ma petite vie peinarde, et quand je fais une activité dehors, ne pas avoir à gérer constamment l’attitude des autres.

VOUS, les gens qui m’avez rendu cette journée très pénible… J’aurais aimé vous parler, avoir l’occasion de vous interpeller sur le moment et vous expliquer posément que votre comportement n’était pas agréable et encore moins correct.

Je ne fais pas la gueule, c’est juste ma gueule !

Depuis que je suis petite, mais ça s’est surtout prononcé à mon début d’adolescence, j’ai eu l’occasion de remarquer certaines réflexions venant de TOUT LE MONDE (autant de ma maman que du chauffeur de bus en passant par un prof) sur : mon état de fatigue, ma tristesse ou ma mauvaise humeur supposée.

J’étais surprise, je voulais rassurer ces personnes qui s’inquiétaient pour moi et je répondais à ces remarques que non, j’allais très bien.

Puis quand j’ai commencé à me maquiller j’ai appris à dissimuler tant bien que mal mes cernes, alors quand on me faisait remarquer que j’avais l’air fatiguée je pensais « ah mince, je n’ai pas dû mettre assez d’anti-cernes ce matin ».

Oui, car j’ai fini par comprendre que mon visage était naturellement fatigué : j’ai des cernes particulièrement prononcées, bien sombres même lorsque j’ai dormi 9h dans un lit tout chaud.

Sauf que quand j’ai un visage que j’imagine neutre, reposé et vaguement doux (je me visualise alors comme Blanche-Neige qui se promène dans les bois), j’ai un visage qui fait la gueule.

Un peu comme si on m’avait volé mon Kinder Bueno, ou que j’avais des hémorroïdes.

Bref, en grandissant, j’ai remarqué que ces remarques étaient récurrentes alors que rien dans mon attitude ne laissait penser que j’étais énervée. Je me contentais d’avoir un visage neutre.

Quand mon sourire est un critère discriminant au boulot

Lors de mon premier job à 18 ans, j’étais en lien avec les clients. Ça se passait très bien, malgré mes appréhensions des premiers jours, et j’avais même un très bon contact avec les gens.

J’étais contente de moi, et lorsque j’ai été convoquée par ma cheffe, je m’attendais à tout sauf ce qu’elle allait me dire.

Elle m’a reprochée d’avoir « un visage dur, une expression fermée » lorsque je travaillais. J’ai tenté de lui expliquer que je ne comprenais pas, qu’au contraire je passais mon temps à sourire aux clients, à avoir des échanges avec eux, des bons retours…

Mais rien n’y a fait, elle ne me croyait pas. Je ne suis pas restée dans cette entreprise.

Récemment, j’ai regardé quelques photos que ma mère avait prises lorsque je montais à cheval étant plus petite. Sur l’une d’entre elles, je montais mon poney préféré, lors d’un de mes premiers concours de saut d’obstacles.

Je me souviens de ces moments-là comme les moments les plus heureux de mon existence.

Rien ne me rendait plus heureuse que de galoper, sentir le rythme du galop, le vent sur mon visage, la connexion avec l’animal qui me permettait de m’envoler.

Et pourtant, sur cette photo, j’arborais une expression de meuf coincée. Vous savez la prof de collège qui vérifie que le contrôle où vous avez eu 6/20 a bien été signé par vos parents ? J’étais cette prof, malgré ma petite bouille d’ado de 11 ans.

Cette photo a été un choc pour moi : c’est donc comme ça que les gens me voient ?

Quand j’ai commencé à me remettre en question

Cette prise de conscience a été douloureuse. J’ai réalisé quelque chose qui était là depuis le début mais que je n’avais jamais vraiment compris : mon visage ne reflète pas mon état interne.

Je suis pourtant quelqu’un de nature très joyeuse : au sein de mon groupe d’amies, je suis considérée comme le clown de service, toujours disposée à faire des blagues bien pourries, à être optimiste et enjouée, à taquiner…

Je ne me suis jamais vue comme quelqu’un de sinistre, bien au contraire. Ces remarques de la part de gens qui ne me connaissaient pas m’ont toujours heurtée.

Suite à cette révélation, j’ai donc commencé à analyser mon attitude dans la rue. J’en suis presque devenue paranoïaque : dès que je marchais dans l’espace public, je faisais attention à mon visage, à mes expressions faciales, à mon regard etc.

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J’essayais de prendre une expression plus souriante, en remontant les coins de ma bouche vers le haut, un peu comme quand tu écoutes ton interlocuteur rencontré lors d’une soirée qui t’explique son boulot.

Un sourire poli et attentif, en somme.

Mon deuxième job étudiant a été l’occasion de travailler ça.

Je passais ainsi 8h par jour à arborer un sourire, à m’efforcer de prendre une voix enjouée, à avoir l’air d’une parfaite cruche pour dissimuler l’hostilité apparemment naturelle de mon visage.

Et ça marchait ! Les petits vieux que je servais étaient ravis, j’ai plusieurs fois eu le plaisir de me faire draguer par des personnes plus âgées que mes parents.

J’avais l’impression de jouer un personnage, de donner à voir une personne qui n’était pas moi. Cela me coûtait beaucoup d’énergie, et je rentrais chez moi épuisée.

J’en ai marre de l’injonction à sourire et à être belle

Sauf que j’ai commencé à en avoir marre. J’ai récemment pu faire un stage dans le cadre de mes études qui était passionnant, et dans un monde professionnel particulièrement impressionnant pour la petite étudiante que j’étais.

Je me suis efforcée d’appliquer ce que mes jobs m’avaient appris, de sourire, de paraître enjouée et ravie dès que quelqu’un me parlait.

Ça a plutôt bien fonctionné, sauf un jour où le chef de service, qui avait un comportement presque paternel depuis le début de mon stage, m’a dit « vous avez l’air fatiguée ! ».

Ma réponse : sourire, et dire que tout allait bien.

J’en suis venue à remarquer que l’injonction à sourire est quelque chose de très présent, particulièrement pour les femmes.

Dans le monde professionnel comme dans la vie de tous les jours, on reproche à la gente féminine de ne pas assez sourire.

On valorise les filles qui sont avenantes : « elle est très souriante » — alors qu’on ne dirait jamais ça pour un homme. Tout simplement car, il me semble, on n’attend pas d’eux que leur présence serve de décoration agréable à l’œil.

J’aimerais qu’on me laisse vivre ma vie tranquille

J’aimerais qu’on rende plus visible le fait que sourire est presque devenu un devoir pour une femme. J’aimerais qu’on rende le sourire pour ce qu’il est, pour quelque chose de spontané, de beau, d’irradiant.

Rien n’est plus dommage qu’un faux sourire, une mimique artificielle pour cacher une fatigue ou une pensée. N’attendez pas d’une femme qu’elle ait une attitude enjouée tout le temps !

N’attendez pas d’elle qu’elle se mette à votre disposition. Sachez que je suis ravie de vous aider, de parler aux gens, mais ma gentillesse ne se mesure pas à la surface d’émail de dents que je peux montrer.

Laissez-moi être dans mes pensées, écouter ma musique, surtout quand je suis dans une situation où j’estime avoir le droit de penser à autre chose ou d’être concentrée sur ma tâche.

N’ayez pas peur de moi, je ne mords pas.

Arrêtez d’attendre de moi que je sois jolie, mignonne, souriante, radieuse, comme si votre plaisir devait venir avant le mien. Mon corps m’appartient, mon sourire aussi. J’estime pouvoir le donner à qui je veux, si j’en ai envie.

Ne m’obligez pas à vous donner quelque chose sous le simple prétexte que je suis une femme. Laissez-moi vivre.

À lire aussi : Les 4 mots qui peuvent VRAIMENT rendre le sourire à une femme

Commentaires

Mijou

Je compatis.
Je n'ai pas une "resting bitch face" mais je garde la bouche entr'ouverte quand je me concentre ou à l'inverse que je suis détendue.
En gros je passe les 3/4 de mon temps éveillée la bouche entr'ouverte...:surprised:

J'ai eu beaucoup de remarques à ce sujet, des "gentilles" (ferme la bouche !) au insultantes (gogole, oui oui :sick:, chouette combo...), donc malheureusement, j'y pense de façon de moins en moins obsessive mais j'y pense TRES souvent....
 

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