Être une « michto », ça m’empêche d’être féministe ?

Cette jeune femme aime que ses dates payent le dîner et adore recevoir des cadeaux de ses soupirants. Elle se demande si cette nouvelle passion pour la michtonnerie ne vient pas contredire ses principes moraux et féministes...

Être une « michto », ça m’empêche d’être féministe ?Andrea Piacquadio / Pexels


Je me suis séparée de mon compagnon il y a quatre mois.

Qui dit célibat après 5 ans de couple exclusif dit pour moi très forte envie de nouvelles rencontres.

La découverte des applis de rencontre et de ses possibilités

Je me suis inscrite pour la toute première fois sur Tinder, afin de tester la grande aventure d’une séduction aux mille visages.

Très vite, j’ai voulu multiplier les applications, pour maximiser mes chances de trouver des partenaires qui me plairaient.

À Tinder se sont donc vite ajoutés OkCupid, Happn, Bumble et autres Fruitz.

La frénésie du swipe s’est emparée de moi, et rapidement j’ai fait des rencontres, quasiment toutes satisfaisantes à l’exception d’un gros raté. Mais bon, ce sont les risques du métier !

Pour mon tout premier rancard après des années de couple et de vie commune avec mon ex-compagnon, j’ai eu une chance de cocu.

Mon date était charmant, bien élevé, très beau, intelligent et cultivé.

Nous avons partagé un diner tout à fait délicieux bien que pas très original, qu’il a payé après que j’ai insisté pour réglé ma part. 

D’ordinaire, avec mes mecs précédents, je payais toujours pour mon repas — quand je n’invitais pas mon compagnon pour lui faire plaisir.

Ma découverte : l’homme paie l’addition

J’ai été élevée comme ça, par une mère qui ne s’est JAMAIS fait entretenir par AUCUN homme, et qui a même réglé toutes les factures pendant 20 piges de vie avec mon père.

Cependant, ce jour là, alors que mon date réglait l’addition, je me suis dit qu’il n’était pas très grave que pour une fois je me laisse inviter. 

D’autant que ce mois-ci, j’avais claqué mes derniers deniers dans un papier peint sublime qui recouvre désormais le mur porteur de mon salon ! Alors bon, économiser 50 balles me paraissait plutôt une belle idée…

Quelques jours plus tard, je me suis rendue à un second rancard. Là encore, mon date, de 12 ans mon aîné, m’a proposé de payer. 

Cette fois-ci je n’ai pas vraiment insisté pour qu’il ne le fasse pas, plutôt ravie là encore d’économiser des sous tout en me régalant de quelques plats sophistiqués.

Les rendez-vous se sont enchaînés pendant 2 semaines et j’ai pris goût à ce sexe sans prise de tête mais aussi… à ces dîners gratuits.

Le plaisir que je prenais au lit était franchement équivalent (voire inférieur) à celui d’avoir économisé pour m’acheter le bar en rotin dont je rêvais, qui me servirait à préparer de délicieux cocktails à mes amis et pourquoi pas à mes dates !

J’ai donc poursuivi mes rancards, pour la joie de rencontrer de nouveaux hommes, et aussi pour le simple plaisir de me faire inviter.

Se sentir redevable quand l’homme paie l’addition

Quelque chose venait toutefois titiller ma morale.

J’avais le sentiment, certes lointain mais quand même très désagréable, de profiter de la générosité de ces mecs… Et pire encore, d’être le produit d’une société machiste qui encourage les hommes à entretenir les femmes pour avoir la main sur elles.

Je pensais à ma mère qui m’avait toujours appris que la clé de la réussite était l’indépendance, aussi bien financière qu’affective, et qu’il fallait dans la vie ne compter que sur soi-même.

Je comprends bien cet état d’esprit et le partage tout à fait. Mais en même temps, me faire inviter au resto ne vient pas selon moi compromettre mon indépendance !

J’ai mon travail, je paye mon loyer et mes factures toute seule, et je ne demande rien à personne (sauf justement un peu à ma mère quand je suis vraiment à la dèche, ce qui n’arrive quasiment plus depuis quelques années).

Ces hommes qui m’offraient à dîner et à boire dans de beaux endroits le faisaient pour me faire plaisir, et ça leur faisait sans doute un peu plaisir aussi.

Aucun de ces hommes n’insistait, par ailleurs, pour obtenir quoi que ce soit en échange. Il m’est arrivé de me faire inviter par des mecs avec lesquels ça n’allait pas plus loin, car je ne ressentais aucune attirance.

Le contrat semblait tacite mais clair : on passe un bon moment, et si ça arrivait jusqu’au lit tant mieux, sinon tant pis. Peu importe qui a réglé l’addition.

L’homme qui paie l’addition, a-t-il une idée derrière la tête ?

Un soir, j’ai osé une blague auprès d’un date plus âgé que moi de 14 ans :

« Tu payes le resto dans l’optique de me baiser ? Parce que je te préviens j’ai une mycose ! »

Il a su déceler la vanne et a rigolé très fort avant d’expliquer :

« Tu sais, j’aime inviter les gens avec qui je passe un moment cool, juste pour leur faire plaisir. Je le fais pas pour ken, je le fais même avec mes potes. J’ai de la thune, j’aime en faire profiter les autres. »

Un discours qui résonnait tout à fait en moi. Car j’ai oublié de le préciser, mais je suis quelqu’un de très généreux ! Ça n’est pas de la vantardise, juste un pur constat.

J’aime faire plaisir à mes amis, et il est très fréquent que je paye des tournées entières, que je les invite au resto, que je dépense des fortunes pour régaler mes proches de mets raffinés lorsqu’ils viennent dîner chez moi, alors que je n’ai pas un rond.

Et je n’attends strictement rien en retour, même pas un menu Mc Do.

En gros, ce que j’avais pour point commun avec cet homme, c’était de ne mettre aucune intention dans l’action de payer. De ne pas interpréter ce geste comme une prise de pouvoir sur les autres.

Car je pense qu’il s’agit là du noeud du problème…

L’argent, outil de pouvoir dans un monde sexiste

Qui dit argent, dit souvent pouvoir. Pouvoir d’acheter, de posséder des objets, d’investir, de faire plus d’argent et donc de posséder encore davantage, etc.

L’argent peut aussi servir à payer des services humains, c’est la notion même de travail : j’accomplis une tâche dont tu as besoin, donc tu me rémunères.

Mais dans un monde où on ne gagne de l’argent que parce qu’on l’a mérité, faut-il absolument accorder une faveur à ceux qui vous en « donnent » ?

La réponse est bien évidemment négative.

Je ne devrai jamais QUOI QUE CE SOIT à un homme juste parce qu’il a décidé de m’inviter au restaurant ou de m’offrir un objet coûteux par exemple.

Il a voulu le faire, c’est son choix, et il ne doit rien attendre en retour.

À lire aussi : Quand est-ce qu’une femme vous doit du sexe ?

MAIS nous vivons dans une société patriarcale que nous (moi et plein d’autres gens) essayons au quotidien de déconstruire pour arriver à un concept complètement inédit : l’égalité entre les genres. 

Alors je me suis forcément demandé si accepter un dîner payé par un homme ne venait pas, quelque part, jouer le jeu d’un patriarcat qui, par le sucre de la « galanterie », garde les femmes sous sa coupe.

J’ai réfléchi, interrogé ma morale, mon féminisme et mes amies.

Peut-on être féministe et être invitée au restaurant ?

La première réaction d’une majorité de gens a été l’amusement. Ensuite, j’ai eu droit à pas mal de scepticisme pour ne pas dire de réprimandes.

En effet, pour certaines (car je n’ai interrogé que des femmes), mon nouvel attrait pour la michtonnerie ne pouvait pas être compatible avec un quelconque positionnement féministe.

D’après mes amies, fréquenter des hommes dans le but de me faire inviter à dîner et donc de dépenser moins d’argent était anti-féministe, allait contre l’idée même de l’indépendance des femmes.

J’ai dû rappeler à maintes reprises que je ne fréquentais pas ces hommes dans le BUT de dépenser moins d’argent ! Ça ne fait que participer au plaisir de les fréquenter.

Petite nuance à laquelle je tiens.

De plus, j’ai dû rappeler que ces diners ne contribuaient en rien à me rendre moins indépendante, comme je l’ai expliqué plus haut dans cet article.

Mais leurs réflexions ont bien fait leur chemin jusqu’à mon petit cerveau, qui s’est alors mis en branle… Qu’est ce que j’étais en train de faire ?

Venais-je de trahir moi-même toutes mes convictions en laissant aux hommes m’appliquer une galanterie dont je sais pourtant qu’elle n’est que la politesse du sexisme ?

Ou bien est-ce qu’il n’y a pas quelques nuances, là encore, à apporter au débat ?

En l’occurence, je ne suis pas sûre qu’il faille voir dans mon attitude celle d’une victime du patriarcat, mais plutôt celle d’une femme qui profite de la situation. Qui se sert des armes dont elle dispose, et qu’elle n’a pas choisies.

Une « profiteuse » ou une « opportuniste », en l’occurence si vous voulez que je me range dans une case.

J’ai d’ailleurs compris, je crois, pourquoi on aimait tant ces fameuses cases, ces étiquettes dont j’essaie de moi-même me libérer.

Je pense que ces étiquettes permettent d’être au clair avec notre morale, car il y en a des plus valides que d’autres. « Féministe », c’est plus moral que « michto ».

Mais personnellement, je ne ressens pas le besoin d’être « moralement validée » par qui que ce soit.

Vivre son féminisme comme on l’entend

Pour tout avouer, j’en ai globalement un peu marre que l’on m’explique comment être féministe.

J’en ai assez de devoir cocher des cases pour être validée par ma propre « équipe » ou par le reste du monde. Je n’ai pas à prouver que je porte des convictions dans ma poitrine !

Je crois en un monde plus égalitaire, je crois que le monde progresse d’ailleurs, je crois que les mentalités évoluent.

Je crois que j’y contribue en essayant toujours de faire de la pédagogie autour de moi, et en ayant choisi de ne jamais me positionner comme victime d’un quelconque système.

J’ai ma vie bien en mains, et je suis la seule décisionnaire de ce qui s’y passe.

Finalement, je pense que c’est déjà suffisant. En tout cas, c’est suffisant pour moi. Suffisant pour que je ne culpabilise plus parce que j’aime que l’on m’invite au restaurant et que l’on m’offre des cadeaux.

Suffisant pour que je n’ai pas l’impression que ça vienne trahir mes convictions profondes. 

Mais peut-être que je me trompe ? Je reste ouverte, bien sûr, à la discussion.

Se sentir redevable quand l’homme paie l’addition

Je pense que pour étoffer ce débat, il faudrait aussi connaître l’avis des hommes qui invitent. Alors je pense leur demander, les prochaines fois, ce qui les motive vraiment à payer.

Je crois qu’il peut exister une forme d’hypocrisie sous-jacente dans l’action de régler l’addition. Que ça peut, dans certains cas, sous-entendre :

« Regarde qui ramène la grosse moula et te permet d’ajouter de la truffe sur tes pâtes de pauvre. »

Ça peut être un move plutôt perfide qui consiste à payer pour donner à l’autre l’impression d’être redevable… jusque dans la chambre à coucher. Et ça, ce n’est pas sain.

Personnellement, j’ai choisi de ne JAMAIS me sentir redevable. JAMAIS.

Et je suis convaincue que c’est ça qui me permet de répondre positivement à la question du titre : le fait d’accepter qu’on m’offre quelque chose sans que j’ai l’impression de devoir quoi que ce soit en retour.

Finalement, je profite d’un dîner gratuit, tout en conservant mon libre-arbitre et en restant maîtresse de chacun de mes faits et gestes.

Personne n’a d’emprise sur moi. Pas même les mecs dont le porte-monnaie déborde.

Allez, maintenant battons-nous dans les commentaires ♥

À lire aussi : Je suis féministe, pourtant j’ai besoin des hommes (et autres paradoxes)

Cheyenne Blue

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Commentaires

Nastja

De toutes façons des couples sexistes avec des femmes au foyer il y en a de moins en moins, non?
Le mec sexiste de 2020 n'est pas le mec sexiste de 1950.
Celui de 2020 il veut que sa femme bosse ET s'occupe de la maison. Il ne cherche plus à être le mâle alpha qui ramène le pain et se sent fier de le faire, il veut juste que ça ne coûte pas trop cher et avoir une femme de ménage gratis.

Aujourd'hui vu les salaires il doit y avoir de moins en moins de gens qui peuvent se permettre de rester à la maison. J'ai au contraire l'impression qu'être mère au foyer c'est un peu la nouvelle mode bourgeoise, pour éviter que les gosses soient trimballés dans des crèches et qu'ils attrapent des trucs etc.

Je ne dis pas qu'il n'y a plus aucune femme au foyer de classe moyenne ni que le sexisme ne s'applique qu'aux classes moyennes-pauvres. Et donc que la bourgeoise femme au foyer n'est pas à l'abri du sexisme. Mais rester chez soi semble être le genre de décision prise à deux et donc pas forcément dans un couple sexiste. En tous cas un couple qui peut se permettre de ne vivre que sur un salaire.
 

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