Qui sont les femmes « incels », qu’aucun homme ne désire ?

Les incels et les femcels sont des hommes et des femmes qui rejettent la faute de leur célibat sur leur physique, qui ne correspond pas aux critères de beauté. Pourtant, bien des différences les séparent.

Qui sont les femmes « incels », qu’aucun homme ne désire ?


Sur mad, Mymy t’avait déjà parlé de la communauté des incels, des hommes célibataires involontaires (incels est la contraction de « involuntary celibates ») qui deviennent parfois misogynes et violents.

Qui sont les incels ?

Ces hommes pensent que la cause de leur célibat et de leur échec amoureux, social ou professionnel réside dans leur apparence et/ou personnalité qui ne seraient pas « désirables » selon la société.

Conséquence de leurs frustrations ? Parfois, cela débouche sur une haine profonde pour les femmes qui ne veulent pas coucher avec eux. Allant, dans des cas rares mais marquants, jusqu’à des actions d’une violence inouïe.

Elliot Rodger est la première personne se revendiquant incel à avoir perpétré un acte violent.  Le 23 mai 2014, il a abattu six personnes dans un campus américain avant de se suicider. Juste avant, il avait lancé ce message sur YouTube :

« Je ne sais pas pourquoi vous les filles, vous n’avez jamais été attirées par moi, mais je vais vous punir pour tout ça. »

Le 23 avril 2018, nouveau drame : l’incel Alek Minassian louait un véhicule et fonçait dans des passantes à Toronto. L’attaque a tué 10 personnes et a fait une quinzaine de blessées, en majorité des femmes.

Dans un post Facebook, il avait salué l’acte d’Elliot Roger.

Qui sont les femcels, les femmes incels ?

Les incels ont leur pendant féminin, les « female incels », ou « femcels ». Ces femmes subissent également un célibat involontaire qu’elles attribuent à une « non désirabilité » sexuelle (« unattractivity » en anglais). 

Une enquête passionnante leur a été consacrée dans le magazine MEL, sur laquelle je vais m’appuyer pour te présenter cette communauté.

Comme les incels, les femcels considèrent que leur non désirabilité les empêche d’avoir une vie amoureuse, sociale ou professionnelle normale.

Mary, citée dans MEL, est une femme noire atteinte d’hypothyroïdie et du syndrome des ovaires polykystique. Ces maladies ont favorisé son obésité et l’ont détournée du « marché du sexe », comme elle l’explique :

« Selon les standards de la société – même si on sait tous que ce sont des conneries – je suis tout ce qu’une femme désirable ne devrait pas être. C’est un sentiment terrible, qui me fait me sentir extrêmement seule. »

Les femcels se rassemblent entre autres sur le groupe r/Trufemcels sur Reddit. Elles s’y épanchent sur leur intense mal-être et se soutiennent les unes les autres, sur la base du rejet qu’elles vivent.

Si tu souffres toi-même d’un fort manque de confiance en toi à cause de complexes physiques, je te déconseille de visiter ce groupe Reddit, car le contenu est très dur à lire… l’heure n’est pas au verre à moitié plein.

Sur le réseau social, les femcels publient des posts où se mêlent dépréciation d’elles-mêmes, soutien de leurs « soeurs » et jalousie provoquée par les autres femmes.

Celles qui ont, selon les femcels, un capital « normal » ou « supérieur » de désirabilité.

Le vocabulaire des femcels

Voici un petit tour d’horizon du vocabulaire qu’utilisent les femcels pour catégoriser les personnes en fonction de leur désirabilité. Ces termes sont partagés par la communauté incel.

Les femcels et les incels classent les personnes sur une échelle de la désirabilité allant de 1 à 10.

  • Eux-mêmes occupent le classement le plus bas, avec une note de 4 ou moins.
  • Les Normies se situent à 5 ou 6 ; ces hommes et ces femmes ne sont ni extrêmement désirables, ni non-désirables.
  • Les Beckys sont des femmes avec une note de 6 ou 7, elles sont assez désirables.
  • En haut du classement règnent les Stacys, les femmes considérées comme les plus désirables avec une note de 8 ou plus.
  • Elles entretiennent en général une vie sexuelle avec leurs pendants masculins, les Chads, les hommes qui sont attirants sexuellement.

Mais la ressemblance entre incels et femcels s’arrête là.

Même au sein des célibataires involontaires, il n’y a pas de solidarité de genre. Les incels et les femcels sont différents, allant même jusqu’à se détester. Je vais t’expliquer pourquoi.

La violence, différence fondamentale entre incels et femcels

Incels et femcels partagent un sentiment d’exclusion dû à leur non-désirabilité et un certain vocabulaire, mais se comportent différemment.

Les femcels ne sont pas violentes, contrairement à certains de leurs homologues masculins. Le ressentiment qu’elles éprouvent à cause de leur rejet, elles le retournent contre elles-mêmes, mais pas contre les autres.

Selon l’article de MEL, elles rentrent même en empathie avec les hommes qui les rejettent. A propos de ses anciens crushs, Phoebe dit : 

« Je ne peux pas leur reprocher de m’avoir rejetée. Je ne voudrais pas sortir avec moi-même non plus. J’étais collante, bizarre, moche et malade mentalement. »

Si elles jalousent les personnes désirables et les taclent sur Reddit, elles n’en viendraient pas à les attaquer et à les blesser.

Selon la Professeure en psychologie Deborah Tolman interviewée par MEL, ce genre de réaction n’est pas spécifique aux femcels.

Elle est partagée par beaucoup de femmes car elle correspond à un stéréotype féminin intériorisé par le phénomène de socialisation.

La socialisation genrée implique en effet que les petits garçons et les petites filles se voient attribuer des rôles différents par le biais des parents et de l’entourage.

Ces rôles de genre sont aussi relayés par les médias, la pub ou les œuvres culturelles — la société, quoi.

Par exemple, les filles apprennent qu’elles ont le droit de pleurer, d’être sensible et d’être fragile. Les garçons devront quant à eux se montrer forts et dominants, voire violents.

L’absence de solidarité entre incels et femcels

Tu l’auras compris, les communautés incels et femcels sont loin d’être amies. La communauté incel considère tout bonnement que les femcels n’existent pas. Ou bien les haïssent.

Les incels considèrent en effet qu’il est impossible que des femmes soient des célibataires involontaires.

Selon eux, toutes les femmes, désirables ou pas, ont la possibilité d’avoir une vie sexuelle avec un homme. Eux-mêmes seraient en effet capables de coucher avec n’importe quelle femme du moment qu’elle veuille bien d’eux.

S’ils reconnaissent leur existence, ils considèrent que les femcels sont en réalité des « volcels », des célibataires volontaires. Ils les accusent d’être « picky », c’est à dire d’être difficiles.

Pour résumer, les femcels sont tout simplement ENCORE des femmes qui refusent de coucher avec eux et participent à leur mal-être.

Cette vision des choses découle elle aussi d’une socialisation masculine qui voudrait que la sexualité de l’homme soit incontrôlable, dénuée de « standards », et que les femmes se doivent de la satisfaire.

Ce que les hommes incels ne comprennent pas au sujet des femcels

Plusieurs angles morts existent cependant dans l’argumentaire incel.

Et ils sont pour la plupart liés à cette fameuse société genrée, dans laquelle les hommes et les femmes n’ont pas tout à fait la même vie.

Le plaisir féminin est loin d’être garanti lors d’un rapport hétérosexuel

Premièrement, les incels ne comprennent pas que les femmes n’ont pas forcément d’intérêt à coucher avec le premier venu du point de vue du plaisir.

Il existe en effet un « orgasm gap », ou fossé orgasmique, au sein des rapports hétérosexuels.

Selon un sondage national mené aux Etats-Unis, pour un orgasme rapporté par une femme, les hommes en ont déclaré trois.

Les résultats indiquent que les hommes hétérosexuels atteignent l’orgasme 95% du temps.

Cette étude illustre une construction de la sexualité pensée pour le plaisir masculin, dans laquelle les femmes ressentent moins de plaisir. 

En effet, elle démontre que le fossé orgasmique n’est pas lié à des facteurs anatomiques ou biologiques, mais aux pratiques sexuelles.

La disparité est en effet moins importantes chez les personnes homosexuelles : 86% des femmes lesbiennes atteignent presque toujours l’orgasme pendant un rapport.

Bref, il sera plus rare pour une femme de ressentir du plaisir si elle couche avec un homme, alors à quoi bon le faire avec le premier venu ?

Les hommes sont parfois des dangers pour les femmes

Dans notre société où les hommes dominent, ils sont parfois un danger pour les femmes.

Les femcels aimeraient coucher avec des hommes, certes, mais elles n’ont pas envie d’être victimes de violences sexuelles ou de violence tout court.

Par exemple, en France :

 99% des personnes condamnées pour violences sexuelles sont des hommes, selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes.

Selon la même source, en 2018, 88% des victimes pour violences commises par le partenaire enregistrées par les services de police et de gendarmerie sont des femmes.

Selon le collectif « Féminicides par compagnon ou ex », 149 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon en 2019.

Ce que les incels oublient quand ils dénigrent les femcels, c’est que pour une femme, coucher avec un homme, ça peut être dangereux.

Coucher avec un homme ne rassurera pas forcément une femme complexée

Last but not least, les femcels refusent de coucher avec un homme si celui-ci abîme encore plus leur estime d’elles-mêmes.

C’est ce qu’explique Mary, une femcel citée dans l’article de MEL :

« Si tu es une femme et que tu as un vagin, il y a forcément un homme quelque part qui voudrait coucher avec toi.

Maintenant, si son hygiène laisse à désirer, […] s’il te stigmatise, s’il abuse de toi et te traite de « grosse vache » après, si tu te sens encore plus mal vis-à-vis de toi-même qu’avant, eh bien, c’est non négociable.

Je suis certaine que n’importe laquelle d’entre nous pourrait s’installer derrière une benne à ordures et laisser le premier flic drogué faire son affaire, et n’importe quel incel pourrait le faire aussi.

Mais qui veut de ça ? Qui a envie de tomber si bas ? »

Ce que veulent réellement les femcels, ça n’est pas simplement du sexe, mais du respect, de l’échange, voire de l’amour.

Les femcels, l’extrême conséquence des complexes

Les femcels sont une illustration extrême des conséquences néfastes que peuvent avoir les complexes physiques.

Les complexes physiques sont malheureusement le lot de beaucoup de femmes, qu’elles aient un physique éloigné des standards de beauté… ou pas.

La raison ? La société nous a appris que la valeur des femmes était indexée sur leur physique. Le corps féminin est le siège de tas d’injonctions, de normes et de jugements.

Ce qui amène de nombreuses femmes, comme les femcels, à s’interdire de chercher des relations sentimentales ou sexuelles, parce qu’elles ne pensent pas les mériter.

Les complexes sont causés par l’écart entre ce que nous croyons être et ce que nous pensons devoir être, mais ils ne correspondent pas forcément à ce que les autres pensent de nous. En prendre conscience, c’est déjà un pas vers leur guérison.

Comment niquer tes complexes ?

Chez mad, la philosophie est de lutter contre les complexes, et de t’aider à les dépasser !

Je te donne ici une liste de conseils pour t’aider à niquer tes complexes :

  • Lister ce qu’on aime chez soi
  • Apprendre à mettre ses atouts en valeurs
  • En parler avec un ou une psy
  • Donner de l’amour à son corps avec une bonne alimentation, du sommeil, du sport
  • Arrêter de se comparer aux autres, célébrer ce qui fait qu’on est unique
  • Diversifier ses modèles de beauté
  • Faire une séance photo
  • Oser se montrer et constater que la Terre ne s’écroule pas quand on le fait
  • S’entourer de personnes bienveillantes

Si tu veux en savoir plus, je te laisse lire cet excellent article de QueenCamille.

À lire aussi : L’attaque de Toronto était un attentat terroriste et misogyne, perpétré par un « incel »

Faustine M

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