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Source : Pexels / Marcus Aurelius
Célib

Émilie, 41 ans : « On me renvoie très régulièrement l’image d’une vie ratée »

C​​haque semaine dans Célib, des personnes en tout genre nous racontent les joies et les questionnements de leur célibat, qu’il soit choisi ou subi. Aujourd’hui, Émilie, 41 ans, analyse la pression sociale qui l’a incitée à « refaire sa vie » après son divorce.
  • Prénom : Émilie
  • Âge : 41 ans
  • Célibataire depuis : 3 ans
  • Lieu de vie : Paris
  • Orientation sexuelle et amoureuse : hétéro

Depuis combien de temps êtes-vous célibataire ? 

Depuis presque 3 ans. J’ai divorcé il y a 6 ans après 12 ans de relation et 10 ans de mariage. J’ai ensuite été célibataire pendant 2 ans, avant de vivre une courte histoire d’un an environ. 

Quel est votre rapport au célibat ? 

C’est difficile. On me renvoie très régulièrement l’image d’une vie ratée parce que je n’ai pas « refait ma vie ». Comme si l’aboutissement d’une vie résidait dans la construction d’un couple. Émotionnellement, la solitude est souvent pesante.

Matériellement aussi, notamment parce que je suis mère célibataire avec la garde entière de mon enfant de 8 ans. Tout repose donc sur moi. Je suis responsable de tout, tout le temps, matériellement, financièrement, logistiquement, etc. J’ai une charge mentale de malade et personne avec qui la partager, un partenaire de vie qui ferait que mon existence ne tourne pas exclusivement autour du boulot à abattre. Ou tout simplement quelqu’un avec qui rire, sortir, me changer les idées. Quelqu’un avec qui avoir un peu de légèreté.

Je ne pense pas qu’il soit facile, voire possible, de trouver un homme de ma génération qui soit suffisamment déconstruit pour accepter de partager un bout de vie avec une féministe qui tient à son indépendance et à son autosuffisance financière et matérielle, mais aussi qui accepte les contraintes liées à la présence d’un enfant. Je ne supporte plus d’entendre les mecs me demander si avec mon boulot et mon enfant, j’ai du temps libre « pour moi », alors que ce qu’ils veulent savoir, de leur propre aveu, c’est si je vais avoir du temps pour eux.

Votre célibat a-t-il une incidence sur votre vie amicale ou familiale ? 

Peu de gens comprennent la solitude et tout ce qu’elle comporte, quand ils et elles ne la vivent pas. Difficile d’imaginer les contraintes de budget, d’organisation, de disponibilité à gérer seule quand on a pris l’habitude de partager. 

Estimez-vous que le célibat a une influence sur votre moral, au quotidien ? 

Quand je suis fatiguée et que je n’ai personne à qui déléguer ou pour prendre soin de moi, oui, forcément. Ça m’attriste aussi de voir que je suis célibataire non pas parce que je n’arrive pas à rencontrer des gens, mais parce que ceux que je rencontre ne correspondent pas à mes attentes et à mes convictions féministes. 

Pensez-vous qu’être célibataire vous permet des choses que vous ne pourriez pas faire en couple ? 

Complètement. Je suis totalement libre de gérer mon planning, mon budget, de faire exactement ce que je veux avec mon enfant, de décorer ma maison comme je le souhaite, de cuisiner quand je veux, si je veux, ce que l’on veut elle et moi. De m’habiller et de prendre soin de moi comme je l’entends (même si je n’ai quasiment aucun temps pour ça #mamansolo) sans injonction à correspondre à des canons de beauté et d’apparence physique dans lesquels je ne me reconnais pas. 

À l’inverse, pensez-vous qu’il y a des choses que vous ne pouvez pas faire à cause de votre célibat ?

D’un point de vue financier, avec un enfant à charge, incontestablement. Le budget est serré, c’est le cas de toutes les mamans solo. Autrement, je me sens capable de tout et n’ai pas besoin d’un partenaire pour m’occuper de mon enfant, bricoler, gérer la maison, voyager… La seule chose encore trop dure, c’est sortir seule (ciné, théâtre) et de partir en vacances seule. Ça renforce le sentiment de solitude et souligne le sentiment de ne pas être comme les autres. En temps normal je gère la différence sans problème, mais sur ces deux points j’ai du mal à envoyer balader les diktats sociaux, sans doute parce que ça remonte à des gènes d’enfants, quand personne ne veut jouer avec vous dans la cour, par exemple. 

Cherchez-vous activement à trouver une relation amoureuse ?

Je ne cherche pas activement parce que j’ai trois jobs et un enfant en bas âge, donc globalement très peu de temps à consacrer (à perdre ?) avec des mecs qui, malheureusement, correspondent trop souvent à un schéma de l’amoureux beaucoup trop patriarcal à mon goût. Le côté « entretient d’embauche » des dates, avec les questions sur ma disponibilité, ma possibilité d’avoir des baby-sitters ou non, comme si je devais me débarrasser de mon enfant pour être considérée comme femme à part entière à leurs yeux, alors que ça fait partie de moi, me saoule prodigieusement.

Le célibat affecte-t-il votre vie sexuelle ?

Partiellement, mais parce que je ne cherche pas activement de partenaire, notamment parce que trop d’hommes de ma génération ont des comportements sexuels à risque, et une maîtrise globalement bancale du sujet de la sexualité et du corps féminin, tout en refusant de l’admettre. Encore une fois, je trouve que c’est beaucoup de temps perdu et de prises de risque pour pas grand-chose. Je préfère donc viser la qualité plutôt que la quantité, et entre deux partenaires qui correspondent à mes attentes, mon Womanizer fait parfaitement le job, et me permet même de ne pas revoir mon niveau d’exigences à la baisse.

Est-ce que vous avez une anecdote à raconter sur le célibat ?

Dans la série Sex Education, le personnage incarné par Gillian Anderson est fantastique. Elle parle très bien de sa monoparentalité, et explique à une de ses patientes, qui envisage de demander le divorce d’un homme avec qui elle n’est pas heureuse depuis plusieurs années, qu’une fois seule, très rapidement, elle ne voudra plus partager la télécommande et savourera le fait d’être seule reine en son royaume. C’est très vrai !

Merci à Emilie d’avoir répondu à nos questions !

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Les Commentaires

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Avatar de Kareen44
20 mars 2023 à 13h03
Kareen44
Bonjour Emilie , tu connais les accords toltèques ? regarde sur google , moi je les applique peut être un peu trop à la lettre . je me fous complètement de ce que les gens pensent de moi . je suis considérée comme "chiante" depuis mes 5 ans (quand je faisais une crise quand ma mère voulait que je porte une robe!) et j'en suis ravie quand je vois comment la plupart des gens vivent sous le regard pesant des autres . j'ai 47 ans . j'ai divorcée il y a 3 ans en chantant "libérée délivrée " . ton encourage te renvoie une image de vie ratée , mais peut être que ton entourage t'envie !! je n'y étais moi même pas préparée .
j'ai rencontré un mec super il y a un an alors que encore une fois j'étais assez exigeante dans mes choix . je cherchais un mec viril mais féministe et de mon âge . autant te dire que c'était compliqué ...mais pas impossible .
avant lui j'ai rencontré des hommes un peu perdus mais moi je savais ce que je voulais .et après le divorce et avant ces rencontres j'ai travaillé sur moi , mes envies , mes limites etc ..et je continue
C'est plus facile que toi car j'ai mes garçons en garde alternée .
mais ça existe , tu peux tomber sur un mec bien et sinon les autres te permettront de te connaitre et d'affiner ta recherche , c'est comme ça que je le vois
ce post m'a particulièrement parlé.
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