La cagole n’est pas celle que vous croyez

Faustine vient du Sud et a beaucoup d’affection pour le terme de cagole. Elle t’explique pourquoi ce nom à la connotation parfois si péjorative mérite d’être réhabilité.

La cagole n’est pas celle que vous croyez

« Cagole, va ! »

Cette tirade, on se la lance souvent dans ma bande de copines. J’ai grandi à Toulouse et j’ai atterri à Aix-en-Provence pendant mes études, alors, le pays de la cagole, je connais !

Je sais que ce terme a une connotation négative. Pourtant, moi, avoir des côtés cagole ne me dérange pas. Et quand je traite mes amie de cagole, c’est tout sauf une insulte !

Témoignages de cagoles : « la cagole, c’est être une femme libre ! »

J’ai demandé à mes deux amies les plus cagoles comment elles percevaient ce mot. Comme moi, Léa en a une perception positive :

« Quand j’utilise le terme, c’est pour parler d’une fille rigolote, libre, du Sud, hédoniste. Une fille qui aime la vie quoi !

C’est aussi une fille qui assume sa féminité, mais il n’y a pas forcément de connotation sexuelle.

Après, tout dépend de qui le dit et comment. Entre nous c’est drôle et affectif, mais certains utilisent le terme de manière péjorative. »

Pareil pour Fanny, qui assume son côté cagole :

« Pour moi, la cagole c’est juste une femme libre. C’est une femme qui parle fort, on sait qu’elle est là quand elle arrive quelque part ! 

Elle s’en fout des qu’en dira-t-on, elle s’émancipe du jugement des autres. Elle est vraie. Dans ce sens, parfois je suis une cagole oui. »

D’où vient le mot cagole ?

Pour en savoir plus sur l’origine du mot, j’ai regardé cette vidéo explicative d’Arte :

Le mot est issu du provençal « cagoulo », un nom qui désigne un long tablier porté par les femmes employées dans des usines. Certaines se prostituaient pour joindre les deux bouts.

Une autre explication fait le lien avec le terme « caguer », qui signifie défequer… La cagole serait donc, pardonne-moi le terme, une femme qui « fait chier », une « chieuse » !..

À l’origine, le terme de cagole n’est donc pas très flatteur. Il désigne une femme des milieux populaires qui a besoin de se faire remarquer (en se prostituant ou en « faisant chier ») pour survivre.

Pourtant, le terme a sensiblement changé de sens aujourd’hui. Jusqu’à devenir un emblème dans le Sud de la France… et jusqu’à être revendiqué par certaines femmes.

Le cliché de la cagole : une femme excessive au style tape-à-l’oeil

Pour mieux comprendre qui est la cagole, faisons le tour des clichés.

Selon la vidéo d’Arte, la cagole est une figure qui se construit en opposition avec le stéréotype de la Française « chic et élégante ».

Elle est très bronzée, elle porte des vêtements tape-à-l’oeil, elle n’hésite pas à sortir sa jupe moulante et son débardeur léopard avec ses talons hauts. Elle aime le bling-bling et le rose fuschia.

Elle rit, elle parle fort (avec l’accent du Sud), elle mâche du chewing-gum.

Ces clichés ont été repris, mais aussi moqués par la téléréalité. Si tu en es friande, tu te souviens peut-être de Beverly, qui a joue à fond son rôle de cagole dans La Villa des Cœurs Brisés :

« Quand je fais les choses, je les fais jamais à moitié. Je vis ma vie à 1000% ! Excessive, moi ??? Ok… Un peu, beaucoup, énormément !

Je pense que la vie, il vaut mieux pas la prendre au sérieux… Comme moi, quoi ! »

Son personnage peut faire rire, mais il illustre à merveille le cliché de la cagole. Une fille haut en couleur qui en fait des tonnes… Mais sans se prendre au sérieux.

Elle sait que son personnage est moqué, mais elle s’en fiche. Elle kiffe.

Pourquoi dénigre-t-on la cagole ?

L’image péjorative de la cagole, c’est surtout dans les yeux de ceux qui la jugent qu’elle existe.

Dans l’excellent documentaire Cagole Forever diffusé sur Canal+, le réalisateur Sébastien Haddouk explique que le mot cagole est porteur d’une opposition régionale et sociale. 

Pour lui, le jugement péjoratif porté sur la cagole est lié, premièrement, au regard que Paris porte sur la province.

Deuxièmement, ce jugement relève d’une opposition sociale entre bon goût et mauvais goût.

Ophélie Hetzel est sémiologue, c’est à dire qu’elle étudie les systèmes de communication par signes entre les individus. Interviewée dans le documentaire, elle explique que cette opposition trouve son origine au 19ème siècle. 

C’est en effet à ce moment que la mode devient accessible à une plus large part de la population, dont les classes populaires :

« Très vite, il va y avoir des marqueurs sociaux extrêmement forts qui vont partager le monde entre le bon goût et le mauvais goût. 

Et fatalement le mauvais goût va être du côté du peuple. Le peuple aura toujours mauvais goût, et la cagole en est le symbole. »

En plus d’être le symbole du mauvais goût, la cagole est jugée vulgaire. Pourtant, les frontières sont poreuses dans le monde de la mode. Selon Sébastien Haddouk : 

« Paradoxe injuste, les gens de la mode ne se revendiqueront jamais comme des cagoles, alors qu’elles sont bien souvent leur source d’inspiration.

Sur les podiums, les créateurs revisitent sans cesse l’archétype du soi-disant mauvais goût sans même parfois en avoir conscience. 

Une façon élitiste de placer le curseur de la provocation et de la vulgarité, la définition même de la cagole. »

La cagole, un état d’esprit avant tout !

Inspirante et dénigrée, parfois les deux en même temps, la cagole est souvent fantasmée. Alors, qui sont réellement les cagoles ?

Être une cagole, c’est se réapproprier les clichés pour un faire un étendard.

Elle rentre parfois totalement dedans, parfois moins. Dans tous les cas, elle l’assume à 100%. Mais l’essence de la cagole, talons aiguilles ou pas, c’est avant tout un état d’esprit.

C’est ce qu’expliquent des femmes dans une vidéo de l’élection de Miss Cagole à Marseille en 1997 :

« On devient pas cagoles ! Ou on l’est, ou on l’est pas. »

« La façon de marcher de se déplacer, la façon d’embrasser, la façon de danser… »

Être une cagole, ça ne s’invente donc pas.

Être une cagole, c’est aussi ne pas se prendre au sérieux : ce soir-là, la gagnante a remporté… un pack de pots de moutarde !

La cagole, cette féministe

Se réapproprier un terme péjoratif pour en faire une fierté… et si les cagoles étaient des féministes qui parfois s’ignorent ?

Dans la vidéo ci-dessus, une des femmes interviewée affirme son refus de rentrer dans les clous de la féminité :

« Les cagoles ça veut dire revendiquer une espèce d’état qui correspond pas à la féminité qui est renvoyée par les médias. »

Agnès, Cécile, Jackie et Ludivine créent « Les cagoles de l’OM » à la fin des années 1990 au sein du MTP (« Marseille Trop Puissant »), un groupe de supporters emblématique du club de foot.

Elles déclinent alors le nom MTP en « Marseillaises Trop Puissantes » et utilisent le statut de cagole comme passe-droit pour affronter un milieu masculin par excellence.

Interviewées dans Cagoles Forever, les MTP considèrent que leur démarche est féministe :

« Quand on a lancé ça on s’est rendu compte que c’était très féministe. […]

On leur a montré [aux supporters] qu’on peut avoir du caractère, qu’on peut avoir de l’humour. »

Pour la linguiste Aurore Vincenti, interviewée dans Cagoles Forever, se réapproprier le mot cagole, à l’origine avilissant, est en effet une arme

« C’est une arme de dire MOI, j’ai le droit de dire ce mot-là. Moi, j’ai le pouvoir sur ce mot-là, mais toi, il t’est interdit. »

Se revendiquer cagole, c’est revendiquer sa liberté. Sa liberté d’être qui on est, sans concession, sans se montrer plus discrète ou se conformer aux codes.

En conclusion, je citerai la vidéo d’Arte :

« À force de parler fort pour se faire respecter, la cagole est devenue respectable. »

Voilà pourquoi la cagole a une place spéciale dans mon cœur. Et pourquoi, si on me traite de cagole, je prends ça comme un compliment !

Et toi, comment perçois-tu le terme de cagole ? Te sens-tu un peu, beaucoup, passionnément… pas du tout cagole après la lecture de cet article ?

À lire aussi : La vulgarité, qu’est-ce que c’est ?

Faustine M

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