« Woman Tax », le surcoût des produits genrés, est étudié par quatre ministères

Combien ça coûte d'être une femme ? Maïa Mazaurette avait fait le calcul en 2010. Quatre ans plus tard, l'addition est toujours aussi salée.

« Woman Tax », le surcoût des produits genrés, est étudié par quatre ministères

Mise à jour du 4 novembre :

Woman Tax se porte bien. On peut y découvrir de nouvelles aberrations, des écarts de prix surprenants entre un produit « pour hommes » et sa déclinaison (quasiment identique) pour femmes, nécessairement plus chère… Le collectif Georgette Sand, à l’origine de ce Tumblr, a interpellé directement la chaîne de magasins Monoprix, par le biais de cette pétition, qui dépasse les 20 000 signatures.

Si l’enseigne a répondu sans toutefois donner satisfaction aux revendications, le sujet de cette taxe imposée aux femmes vient d’être inscrit à l’agenda politique ! En effet, quatre ministères viennent de publier conjointement un communiqué de presse, annonçant le lancement d’une étude sur les différences de prix entre les produits pour femmes et pour hommes :

Marisol TOURAINE, ministre des Affaires sociales, de la santé et des Droits des femmes, Emmanuel MACRON, ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, Pascale BOISTARD, secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, et Carole DELGA, Secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire, ont décidé de lancer une étude sur les différences de prix qui peuvent exister sur certains produits de consommation ou services identiques, selon qu’ils s’adressent à des femmes ou à des hommes.

Certains produits, de composition proche ou identique, seraient facturés plus cher lorsqu’ils s’adressent aux femmes. Il en serait de même pour certains services.

La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a donc été saisie pour effectuer des relevés de prix sur les catégories de produits concernés et mesurer la réalité des écarts.

Les conclusions de cette étude seront remises dans les prochaines semaines au gouvernement. Les fabricants et les distributeurs seront informés des observations réalisées et pourront réagir en vue de permettre un accès égal pour toutes et tous à ces produits de grande consommation.

Affaire à suivre donc : on se réjouit forcément que le surcoût facturé aux femmes en France fasse l’objet d’une évaluation !

Article initialement publié le 10 septembre :

« Woman Tax » : l’expression vient du magazine Forbes, qui en 2012 déjà, avait nommé ainsi l’impôt invisible dont s’acquittent les consommatrices. Car si vous achetez des produits marketés spécialement « pour femmes », il y a de fortes chances pour que leurs prix soient plus élevés de quelques dollars.

Les entreprises justifient la différence de prix entre les produits en avançant que les versions « pour femmes » sont bien entendues différentes, développées spécialement pour répondre aux besoins spécifiques de ces dames.

Passons sur l’idée que la version standard d’un produit est nécessairement « pour hommes », et que les versions « pour femmes » sont uniquement développées en deuxième intention (c’est-à-dire pour vendre davantage de produits !)…

De deux choses l’une, messieurs les marketeux :

  • Soit les femmes ont vraiment des besoins spécifiques différents des hommes, et dans ce cas, pourquoi considérer que la version « pour hommes » est la version par défaut ? Mmmh ?
  • Soit tout ceci n’est qu’une arnaque organisée qui utilise les normes et les complexes qui pèsent sur les femmes pour leur faire acheter plus de produits, plus chers.

Mmmmmmh…

Le féminin de « consommateur » est « pigeonne »

La taulière du blog Toy meets Girl a réalisé une étude comparative de deux lubrifiants, l’un pour femmes, l’autre pour hommes, traduite et relayée par Sophie Gourion sur son blog.

Évidemment, à première vue, les produits sont radicalement différents. Leur prix l’est également :

À gauche, le prix à l’ounce du lubrifiant Pink Water est compris entre $4.42 et $7.64 (selon la taille du flacon), tandis que celui du Gun Oil oscille entre $3.99 et $5.99.

La blogueuse a procédé à une comparaison de la composition des deux produits. Verdict ? La liste des ingrédients est rigoureusement identique. Il n’y a AUCUNE différence entre les deux lubrifiants.

Ah, la magie du marketing genré : une touche « girly » sur l’emballage, la promesse d’un produit « spécialement pour vous mesdames », et BIM. Un prix gonflé, « spécialement pour vous mesdames » également !

À lire aussi : Le marketing genré décrypté avec pertinence dans The Checkout

Le génie marketing à l’oeuvre

En France, nous ne sommes pas en reste. Georgette Sand compile dans un Tumblr intitulé Woman Tax des exemples bien de chez nous de produits vendus plus chers aux femmes. Comme par exemple les mousses à raser :

Notez le prix au litre ! 24€13 pour le gel féminin, vendu 1€81 les 75mL, contre 1€09 les 100mL pour les hommes, soit 10€90 au litre seulement !

La liste ne fait que commencer : des rasoirs aux shampoings, en passant par les dépenses comme les protections hygiéniques ou la contraception, Woman Tax épingle le surcoût insidieux du quotidien au féminin. 

Woman Tax, l’impôt invisible

En 2010 déjà, Maïa Mazaurette avait sorti la calculette et estimé le surcoût de la vie quotidienne à 65€ de plus par mois pour les femmes. Croisé aux inégalités de salaires et de pensions qui persistent, ça fait cher la féminité, ce que souligne Georgette Sand en introduction du Tumblr :

« En France, les femmes gagnent 27% de moins que les hommes. Elles occupent 80% des emplois à temps partiel. Le revenu moyen des hommes non salariés est de 40% supérieur à celui des femmes.

Aujourd’hui encore, la retraite des femmes est inférieure de 42% à celle des hommes.

Le marketing genré, en segmentant le marché entre filles et garçons, véhicule des stéréotypes, pousse à la surconsommation et inflige une taxation spécifique aux femmes. »

À lire aussi : John Oliver s’attaque à l’écart salarial entre hommes et femmes

L’article commence à dater, et si niquer ses complexes permet de réaliser des économies substantielles, ne pas se conformer aux injonctions sociales à la beauté n’est pas toujours aussi simple qu’on le souhaite.

La pression sociale n’est pas le seul facteur : les femmes peuvent également être contraintes d’apporter un soin particulier à leur apparence en fonction de leur activité professionnelle par exemple (ce que je déplore, bien entendu). Et non, l’augmentation annuelle ne prend généralement pas en compte les frais de coiffeur, maquillage, esthéticienne et compagnie…

Et toi, es-tu attentive aux différences de prix entre les produits pour hommes/pour femmes ? Quelles sont les dépenses « injustes » que tu estimes devoir faire, simplement parce que tu es une femme ?

À lire aussi : Combien ça coûte, d’être une femme ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kamtcha
    Kamtcha, Le 7 novembre 2014 à 13h08

    Est ce qu'il y a un endroit / une structure qui s'occupe de ça et à qui ont peu envoyer nos photos / pages de sites shopping pour dénoncer la woman tax ?

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