J’ai testé pour vous : avoir des troubles du comportement alimentaire

De plus en plus de filles souffrant de TCA sont montrées dans les médias. Au-delà d'un reportage chez Confessions Intimes, qu'est ce que ça fait vraiment ?

J’ai testé pour vous : avoir des troubles du comportement alimentaire

Publié initialement le 17 octobre 2011

Les TCA, ou troubles du comportement alimentaire, sont extrêmement variés. On entend surtout parler de deux maladies qui sont l’anorexie et la boulimie. Premier choc : non, toutes les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire ne sont pas rivées aux toilettes avec un doigt dans la gorge et ne se laissent pas mourir de faim. D’ailleurs, ces affirmations ne sont que des gros clichés comme il en existe des tonnes. Encore aujourd’hui quelques fois dominée par « ce problème de bouffe », j’ai voulu vous raconter la vie d’une fille qui panique parfois devant un paquet de céréales.

Commencement des troubles

Depuis toujours, j’aime manger. Jusque là rien d’anormal : il faut bien manger pour vivre. Quand certains problèmes ont commencé à se manifester dans mon foyer, j’ai trouvé de manière assez logique un gros réconfort dans la nourriture. Quand je me disputais avec ma mère, elle m’offrait le lendemain pour s’excuser une tablette de chocolat qui m’avait donné envie la veille lors des courses.

La nourriture, quand on était fâchés, était chez nous une retrouvaille salutaire. Vers 11 ans, quand ma famille est définitivement partie en cacahuète, tout s’est emballé de manière un peu floue.

Je me rappelle que je détestais mon père au point de ne plus vouloir être à table avec lui. J’avalais donc mon assiette le plus vite possible, quitte à engloutir comme une oie qu’on gave, pour aussitôt remonter dans ma chambre. Avec mon frère, on était tellement impatients de pouvoir dégager vite fait de cette table qu’il nous arrivait de nous chronométrer.

[leftquote]J’avalais tout et n’importe quoi, avec toujours le lendemain ce souci de compter toutes les pièces que j’arrivais à trouver/à grappiller à ma grand-mère pour m’acheter une boite de chili con carne (ma nourriture préférée lors des crises).[/leftquote]Arrivés en haut, dans nos chambres, toujours une sorte de soulagement étrange : c’était fait. Tant pis pour le mal de ventre et les hauts le coeur. Le repas était passé. Vient ensuite le moment où, seule chez moi, la nourriture manquait. J’étais dans une famille « surendettée » à un point que je n’avais pas compris à l’époque. La nourriture m’obsédait, je voulais manger toutes ces choses que ma mère ne pouvait pas me payer.

C’est là que le gavage de force pour quitter la table est devenue le gavage tout court. En dehors des repas. La nuit quand tout le monde dormait. J’avalais tout et n’importe quoi, avec toujours le lendemain ce souci de compter toutes les pièces que j’arrivais à trouver/à grappiller à ma grand-mère pour m’acheter une boite de chili con carne (ma nourriture préférée lors des crises).

Régulièrement je crisais, en avalant comme une ogresse, en me sentant sale mais tellement remplie. Vous imaginez, vous, de vivre quand vous êtes vide ? Je me sentais vide d’intelligence, vide de beauté, vide d’une famille normale, je me devais de remplir tous ces trous, même si ce n’était que des pâtes au micro-ondes. C’est ainsi que je suis devenue boulimique.

Sortir de la crise

Je n’ai jamais été une boulimique qui se fait vomir. La boulimie, c’est avant tout des crises incontrôlables où tout et n’importe quoi te passe sous la dent, même si ce n’est pas forcément bon, même si ce n’est pas forcément nourrissant. Il faut juste avaler, avaler encore.

La sensation de trop-plein est ambivalente : on se sent à la fois honteuse d’avoir mangé autant, mais elle nous conforte dans l’idée que l’on devait se remplir. Comme si le corps avait atteint sa finalité. Vient ensuite la culpabilité intense, et l’envie de se purger, d’annuler l’énorme connerie qu’on vient de faire.

Une boulimique a sans cesse la main prise dans le pot de confiture : il faut régler tout ça. Pour certaine, donc, ce seront les vomissements. Pour d’autres les passages sans rien manger. Pour moi c’était surtout le contrôle total de mon alimentation, ambiance « je ne mange que des trucs sains » pour laver mon corps de toute cette cochonnerie.

Bien entendu, tout cela ne dure qu’un petit moment : jusqu’à la prochaine crise. A force de beaucoup de volonté, mais aussi parce que j’ai changé d’environnement (je vivais par la suite seule avec ma mère), ces crises s’étaient envolées. Malheureusement, les TCA ont de nombreux visages : au-delà des crises, c’est tout le quotidien qui devient une part de gâteau à dévorer.

Assiette compartimentée et tournée de frites

La nourriture restait encore ma priorité : je devais manger, manger beaucoup, mais surtout manger selon des rituels bien précis. À cette période, il m’arrivait de demander tous les soirs à ma mère le même plat, et ce pendant un bon mois, sans jamais m’en lasser.

Tout changement de plat me stressait, me rendait méchante. De même, j’avais décrété ne plus pouvoir manger les aliments dans une même assiette. En clair, je voulais que la viande soit dans une assiette, les légumes dans une autre, et ainsi de suite. Ma mère avait acheté des petites assiette exprès pour que je puisse manger à table avec elle sans prendre trop de place.

Ça peut paraître amusant pour les gens de l’extérieur, mais imaginez 5 minutes comment gérer ce genre de soucis au restaurant ou à la cantine, quand une sauce qui déborde sur la viande vous provoque des tremblements d’angoisse. Quand vous avez envie de pleurer parce que du maïs s’est mélangé à votre riz.

Très vite, la nourriture devient autant un plaisir qu’un combat de catch : il faut contrôler, tout contrôler. Mes fixettes évoluaient constamment : j’ai ensuite décidée de stopper la viande rouge, puis d’autres viandes. Puis j’ai arrêté de boire du lait. Certains pouvaient croire à un simple réveil de conscience vis-à-vis de la cause animale, mais je savais bien que non : c’était juste une manière de contrôler. Surtout de contrôler ma vie, d’avoir enfin une main mise sur quelque chose.

Vivre seule et tremblements

Je vis seule depuis maintenant 3 ans, avec tout ce que ça implique : pour manger, je n’ai que le budget que je me donne, que la nourriture que je cuisine. J’ai réussi, en partie grâce à mon copain, à retrouver un comportement à peu près sain face à mon choix d’aliments : je ne trie plus mon assiette, je n’exclus plus trop d’aliments pour des raisons de contrôle.

Il n’empêche que quelques séquelles restent : à la moindre angoisse je me mets à imaginer des menus types à suivre le lendemain en pensant que ça me rendra plus jolie et plus confiante. À chaque fois qu’on me propose de manger quelque part j’angoisse à l’idée de choisir que manger (j’en viens même à culpabiliser jusqu’aux larmes si j’ai pris quelque chose que je n’aimais pas), j’ai besoin de manger beaucoup dans la journée pour ne pas stresser davantage. Beaucoup disent que je mange comme un ogre et je me sens encore plus mal qu’avant. Avoir faim me terrorise, me fait paniquer.

[rightquote]Un jour je le sais : je ne serais plus vide, je me trouverai assez intelligente pour en avoir plein le ventre. [/rightquote]Un jour je sais que j’y arriverai, que la nourriture ne sera plus cet ennemi passif. Que j’irai au resto sans passer trois ans à regarder la carte parce que je me demande quel plat me remplira le plus, me satisfera le mieux. Un jour je le sais : je ne serais plus vide, je me trouverai assez intelligente pour en avoir plein le ventre.

Vous croyez que les filles qui ont des problèmes avec la nourriture refusent de se prendre en mains : c’est faux. Au contraire, elles s’y prennent un peu trop. À bras le corps, même. Toujours le coeur au bord des lèvres.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Carole04
    Carole04, Le 2 novembre 2016 à 10h59

    Hello,

    Je suis nouvelle sur le forum et c'est cette discussion qui m'a incitée à m'inscrire. @Piwa je me reconnais étrangement dans ce que tu dis. Je suis dans le même cas que toi sauf que j'ai une vie plutôt stable. Bon pas forcément psychologiquement car je suis passée par beaucoup d'étapes qui n'ont pas facilité l'intégration dans une nouvelle vie et ville.
    Je cherche aussi à parler avec des gens qui ont un mauvais rapport à la nourriture, une obsession avec la balance et qui font parfois ce que j'appelle des "crises" (en gros je n'arrive plus à m'arrêter de manger). Notamment quand je commence les sucreries, je me compare souvent à une droguée qui n'a pas eu sa dose depuis trop longtemps.
    Merci @Penny Winkeul je vais aller jeter un coup d'oeil la-bas aussi :)
    Belle journée les Madz

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