On m’a retiré les trompes à 26 ans à cause d’une IST

Une madmoiZelle a accepté de coucher avec son copain sans capote. Il lui a transmis une IST et les conséquences sur son corps n'ont pas été anodines... Loin de là.

On m’a retiré les trompes à 26 ans à cause d’une IST

Voici une étudiante de 20 ans parachutée aux États-Unis (en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans) pour mon stage de fin d’études. J’ai rencontré là-bas un jeune homme dont je suis tombée amoureuse.

Histoire classique, me direz-vous…

Il avait un côté « gentil bad boy » qui me sortait un peu de mes précédentes amours lisses et tranquilles, et un chien en forme de saucisse à pattes nommé Stewart.

Il jouait de la guitare et portait des tatouages sur les mains. OUAIS, JE SAIS, le cli-ché. 

Bref, je m’amusais, je découvrais, je flirtais, et puis une chose en a entraîné une autre et nous nous sommes rapprochés.

Attraper une IST, ça arrive même aux personnes « éduquées »

Sensibilisée dès mon plus jeune âge aux questions de consentement, de santé et de sexualité par une mère conseillère conjugale et familiale (coucou maman), je n’ai pas hésité à imposer le préservatif à mon nouveau partenaire lors de nos premiers rapports.

Il s’y est plié, certes en maugréant un peu (vous voyez venir la suite ?) mais sans s’y opposer vraiment.

Et puis les semaines ont passé, nous avons décidé de nous considérer comme « en couple » et d’être exclusifs.

Capote ou pas capote ?

Et surprise (non), la question de la capote est revenue sur le tapis.

Il m’a proposé de ne plus l’utiliser, argumentant que cela diminuait son plaisir lors des rapports, et m’a assurée d’être « clean » de son côté.

J’étais sûre de ne pas être porteuse d’une maladie car j’avais fait un test de dépistage anonyme et gratuit dans un hôpital français juste avant mon départ.

Et je prenais alors la pilule contraceptive, donc j’étais plutôt confiante de ce côté-là (et de toute façon, la peur d’être enceinte était bien plus grande que la peur d’attraper une IST).

Un nouveau podcast sur la contraception

Un nouvel arrivé débarque dans la longue liste des podcasts très stylés de madmoiZelle.com !

Il s’appelle Ma contraception et moi, il a été chapeauté par Esther et monté par Louise.

Tu peux l’écouter sur iTunes et sur Spotify.

Pour ne rien manquer de nos podcasts, clique ici !

Donc j’ai, niaisement, accepté.

J’étais jeune, naïve et amoureuse

Je me permets ici une parenthèse au sujet des rapports non protégés.

J’étais peut-être jeune et un peu naïve, mais cela n’excuse pas grand-chose quand on parle de santé. J’étais aussi et surtout amoureuse, et j’avais envie de lui faire plaisir, envie de croire à son honnêteté et sa sincérité…

Spoiler alert : il n’en savait rien du tout, en fait, de s’il était « clean » ou non. Mais je vous gâche un peu trop vite la fin…

Des mois plus tard, les premiers symptômes d’une IST

Nous avons vécu plusieurs mois très heureux ensemble à la Nouvelle Orléans. Puis j’ai remarqué à plusieurs reprises que mes pertes vaginales changeaient parfois de consistance et d’odeur.

C’était fluctuant, je n’arrivais pas à relier ça à mes règles, elles-mêmes peu régulières, donc je ne m’en suis pas plus souciée que ça (#autruche).

Il a fallu un deuxième, puis un troisième symptôme pour que je commence à me dire que quelque chose n’allait pas.

Signe d’une IST : douleurs, pertes inhabituelles, fièvre

J’avais parfois des douleurs pelviennes subites [douleurs dans le bas-ventre, souvent au niveau des ovaires, NDLR] et intenses, mes pertes blanches avaient de temps à autres une consistance liquide et transparente comme de l’eau.

Surtout, j’avais des poussées de fièvre non expliquées.

J’ai pensé à un potentiel effet secondaire de ma pilule, du coup, direction le gynéco amerloque.

Et là, j’en ai eu pour mon argent, car je suis tombée sur un sacré numéro qui m’a expliqué bien gentiment que le seul moyen de contraception et de protection valable c’était… l’abstinence.

Ah cool, merci !

Je suis sortie de là sans explications sur mes douleurs et avec une plaquette de pilule différente de la mienne, « pour essayer » (prise au hasard dans un tiroir de son bureau, comme ça, sans prise de sang ni rien, bisou à bientôt).

Je n’y ai pas touché et ai préféré… attendre que ça passe (#superautruche).

Puis un beau jour, direction l’hôpital

Alors forcément, un jour j’ai eu tellement mal que j’en ai eu la nausée et supplié à genoux l’un de mes colocs de me conduire à l’hôpital.

Sur place, une nuit sous morphine et une échographie plus tard (2500$) (c’est même pas une blague) (prenez une assurance, par pitié), je repartais avec des antidouleurs et un diagnostic : des kystes ovariens.

Pas cool, mais rien de mortel à priori.

Retour en France pour voir ma gynéco

J’ai quand même décidé de précipiter mon retour en France, pour faire le point avec MA gynéco et MON médecin (désolée les États-Unis).

Et puis accessoirement, la romance avec mon Roméo local avait un peu pris du plomb dans l’aile depuis quelques temps.

Donc, retour au bercail, fromage, re-docteur, fromage, re-échographie, fromage.

Puis enfin rendez-vous avec un chirurgien pour aller voir de plus près ces formations kystiques étranges et les enlever, le tout par célioscopie [technique chirurgicale du ventre qui ne nécessite que de petites incisions, NDLR].

Si c’est pas merveilleux les progrès de la médecine ma brave dame !

Nouveau diagnostic, la veille de la chirurgie

Sauf que la veille de la chirurgie (je ne rigole pas, il était 23h, pour un passage sur le billard à 6h le lendemain), le très mignon interne de garde passe pour mon échographie de contrôle pré-opératoire et fronce le nez devant sa machine en m’agitant son joystick en plastique froid dans le vagin.

Puis il va chercher le gynécologue de l’hôpital. Puis le chirurgien. Tout le monde fixe longuement les images en noir et blanc de mon magma intérieur, avant de m’annoncer, un peu penauds :

« Il semblerait qu’on se soit trompés » (ah ?) « Vous n’avez pas de kystes aux ovaires » (cool !) « en revanche vous avez un grave hydrosalpinx bilatéral.

Nous allons maintenir l’opération, cependant vous risquez d’y perdre vos trompes, voire vos ovaires. » (Heu attendez, quoi ?)

Une IST, la chlamydia, qui a infecté mes trompes

Pas le temps de dire ouf, je suis anesthésiée, opérée, et le lendemain on me réexplique tout plus calmement.

Grâce aux examens sanguins enfin réalisés, tous les morceaux se recollent : j’ai eu une infection par chlamydia qui n’a pas été identifiée comme telle à temps.

L’IST a fait sa petite place au chaud dans mon corps avant de remonter jusqu’à mes trompes qu’elle a aussi infectées.

L’inflammation des trompes (salpingite) les a fait se dilater et se remplir d’un liquide semblable à de l’eau, d’où l’appellation d’hydrosalpinx (et bilatéral car des deux côtés, bingo la roulette).

Mes trompes, normalement si fines, faisaient plus de 5cm de diamètre (comme une grosse saucisse) et risquaient d’exploser !

L’opération pour soigner un hydrosalpinx dans mes trompes

Le chirurgien les a vidées, nettoyées et recousues, en prenant soin de ne pas abîmer mes ovaires qui avaient un peu été comprimés dans l’affaire.

Je m’en sortais bien : pas d’ablation, de toutes petites cicatrices et un traitement antibiotique tardif pour mon IST.

On m’a mise en garde : les risques de grossesse extra-utérine étaient désormais plus élevés, tout comme ma sensibilité aux infections gynécologiques…

La grossesse extra-utérine

Selon le site Gyn&Co, la définition de la grossesse extra-utérine est la suivante :

« Une grossesse extra-utérine (G.E.U, ou grossesse ectopique) signifie que l’ovule fécondé se développe en dehors de l’utérus. »

Le plus souvent, lors d’une grossesse extra-utérine, l’ovule fécondé se développe dans une des trompes de Fallope, mais peut également évolué dans le col de l’utérus, l’ovaire ou la cavité abdominale.

Une grossesse extra-utérine, si elle n’est pas repérée assez tôt, peut provoquer des hémorragies très graves chez la patiente.

Elle reste la première cause de mortalité de la femme enceinte au premier trimestre, rapporte Gyn&Co.

La réaction de mon amoureux face à mon IST

La douleur s’était envolée, et avec elle une bonne partie de mes problèmes. J’en ai parlé à mon compagnon, resté en Louisiane, bien sûr.

Nous nous étions éloignés depuis mon retour en France, mais il méritait de comprendre et de se soigner.

Quand je lui ai annoncé que j’avais une chlamydia et qu’il devait prendre un traitement aussi, même si c’était asymptomatique chez lui (c’est-à-dire qui ne présente pas de symptômes), il a très mal réagi.

Alors que c’est LUI qui m’a contaminée !

Il a refusé de contacter son ex pour la prévenir. Conclusion : « bye bye honey ! »

Mon infection qui se manifeste de nouveau

L’histoire (et ce long témoignage) aurait pu s’arrêter là, mais un fond de poisse ou de justice karmique me collait encore à la peau : quatre ans plus tard, les symptômes de l’hydrosalpinx ont repris.

Mes trompes malmenées continuaient de s’enflammer même sans présence de bactérie active.

Les médecins ont été clairs : il fallait opérer de nouveau, mais rien de garantissait qu’il n’y aurait pas de récidive.

J’avais mal, tout le temps, j’avais des pertes d’eau qui s’échappaient de mes tubes ovariens, tout le temps. J’ai donc demandé à ce qu’on m’enlève mes trompes.

Se faire enlever les trompes à 26 ans à cause d’une IST

Comme j’avais 26 ans et qu’on présuppose souvent d’une femme qu’elle voudra conserver ses organes reproducteurs, j’ai été contrainte par le chirurgien à aller voir une spécialiste de la procréation médicalement assistée.

Elle devait m’expliquer mes options si je ne pouvais plus tomber enceinte « naturellement ».

L’un de mes médecins m’a même conseillée de faire un enfant le plus vite possible avant l’ablation de mes trompes, « comme ça c’est fait » !

Ne pas vouloir d’enfant et la pression extérieure

Je leur ai expliqué posément mon absence totale de désir d’enfant, pour aujourd’hui et pour plus tard, et mon désir fort de ne plus souffrir et de ne pas sentir la menace de la grossesse extra-utérine peser au-dessus de ma tête.

De la patience et beaucoup d’antidouleurs plus tard : la salpingectomie (ablation des trompes) a eu lieu.

Je l’ai bien mieux vécue que ma famille et mes amies qui y voyaient la fin de la possibilité d’enfanter, quand j’y voyais la paix et la liberté qui me manquaient depuis longtemps !

La douleur est partie, je suis tranquille

Aujourd’hui, je n’ai plus mal.

J’ai toujours un cycle hormonal et des règles régulières, simplement les tubes allant de mes ovaires à mon utérus ont disparu.

Beaucoup de gens sont touchés et ont même pitié pour moi quand ils apprennent que je ne peux pas tomber enceinte naturellement.

C’est pourtant le dernier de mes soucis.

J’imagine cependant ce que pourrait ressentir une personne souhaitant donner la vie : sachez qu’il est aujourd’hui possible de bénéficier d’un prélèvement d’ovocytes et d’une fécondation in vitro pour porter son enfant même sans trompes !

Je n’ai pas de rancœur contre mon ex américain.

Il ne m’avait pas forcée à abandonner le préservatif, j’avais activement participé à cette décision, même si ma confiance en quelqu’un de trop insouciant aurait pu me coûter bien plus que mes trompes.

Protégez-vous, c’est important !

Pour conclure donc, sur une touche léééégèrement moralisatrice dont vous percevrez, j’espère, la dimension bienveillante : protégez-vous, protégez vos partenaires. Parlez-en et soyez ferme.

Profitez à fond de votre sexualité, et sortez couverts.

À lire aussi : J’ai fait ligaturer mes trompes à 28 ans, car je ne veux pas d’enfants !

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JulietteGee


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Commentaires
  • Laely
    Laely, Le 7 février 2019 à 14h34

    @CaraNougat D'accord, merci beaucoup pour ta réponse ! :top:

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