Pourquoi (et comment) j’ai dû suivre une trithérapie d’urgence contre le VIH

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Cette madmoiZelle a eu un rapport non protégé contre sa volonté et a eu le réflexe de se rendre à l'hôpital pour recevoir une trithérapie d'urgence. Elle vous raconte cet épisode éprouvant de sa sexualité.

Pourquoi (et comment) j’ai dû suivre une trithérapie d’urgence contre le VIH

Il y a un an déjà, je me suis lancée dans les rencontres en ligne où j’ai fait la connaissance d’un homme — appelons-le Romain.

Longtemps frileuse de ce genre de rencontres, j’ai fini par me lancer parce que je voyais autour de moi que ça pouvait marcher, et parce que j’étais motivée par le « poids de la virginité ».

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Ma seule expérience avait été de partager une certaine intimité avec quelqu’un, sans qu’on ne soit allés au bout. Et à 21 ans, tout le monde autour de moi semblait faire des rencontres, et découvrir voire redécouvrir sa sexualité.

Lorsque j’ai rencontré Romain, ce devait être à la base « juste pour être amis », puis il m’a invitée chez lui un soir, et a tenté une approche à la Netflix and Chill.

Le sujet de ma virginité est venu sur la table, et le type de relation qu’il voulait entretenir n’était pas très clair (« être potes »).

La relation a longtemps continué, devenant assez toxique : il me posait souvent des lapins, il n’était pas respectueux.

Une relation irrespectueuse

Quand je le voyais, il n’y avait rien de plus qu’une nuit passée à deux, avec quelques préliminaires, certes, mais ça n’allait pas jusqu’au bout (pour x raisons, dont la plus agréable : mon épilation ne lui plaisait pas).

On se voyait très peu, et plutôt au bon vouloir de monsieur.

Puis un soir, énervée et blasée de cette relation, je décide d’arrêter. Il arrive cependant à me convaincre de continuer, et je finis par aller chez lui à 23h.

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Et comme d’habitude, une grande attraction envers lui me vient et une envie de « le faire ». Sauf que nous n’avions pas de préservatif (comme on dit, pas de latex, pas de sexe !).

Ma décision a donc été prise : « juste des préliminaires, rien sans protection ». Cette décision avait été clairement énoncée de ma part et acceptée par mon partenaire.

Pourtant, en pleins « câlins », il décide d’y aller, avant que je ne le stoppe.

Il décide de me mettre à la porte.

Angoissée, je lui fais comprendre que ce qu’il a fait est risqué, et lui, préoccupé par le risque que je tombe enceinte (il m’a dit « Tu devrais savoir qu’il faut prendre la pilule ! », what ?), il décide de me mettre à la porte à 00h30. En m’assurant que « bien sûr [qu’il est clean], moi je ne te le demande pas ! ».

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De l’importance d’agir vite

Rentrée chez moi, j’ai passé une nuit blanche à angoisser, ayant peur d’avoir attrapé quelque chose. Je ne connaissais pas son passé, et son attitude assez légère quant à la question de la protection ne me rassurait pas.

C’est dans ce moment de panique et d’insomnie que mon interlocuteur fut le SAMU ; ce sont eux qui prennent le relai téléphonique de Sida Info Service la nuit.

J’avais entendu parler de trithérapie d’urgence auparavant, ce qui m’a fait réagir assez rapidement — même si je ne connaissais pas très bien les principes du traitement, ni si c’était fiable.

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Avoir quelqu’un au téléphone m’a beaucoup aidée, mon interlocuteur m’a donné le nom des urgences où aller le lendemain.

Après une nuit assez chaotique, je me suis donc rendue aux urgences gynécologiques, pour déjà confirmer qu’il y avait eu acte (je me disais qu’avec un seul aller-retour, c’était peut-être dans ma tête).

J’en ai également profité pour envoyer un message à Romain pour m’assurer de sa séronégativité.

L’attente fut interminable, et ma première auscultation gynécologique n’aura pas été la plus relaxante. Ne comprenant pas pour quoi j’étais venue exactement, la gynéco m’a dit très légèrement : « Ah bah oui, vous ne l’êtes plus [vierge], c’est sûr ! ».

Après explications, elle m’a redirigée vers les urgences des maladies infectieuses, qui seraient de meilleurs interlocuteurs quant aux risques encourus.

Ce fut un long périple de quarante-cinq minutes pour rejoindre cet hôpital, mais j’y ai eu la chance d’être reçue par une femme à l’écoute.

Niveau stress, j’étais dans un état considérable : sans compter cette mauvaise première rencontre avec la sexualité (j’étais en pleurs, c’est assez imaginable), j’étais à une semaine de mes partiels, et j’avais un oral l’après-midi.

Elle m’a parlé de la trithérapie d’urgence, et a eu les mots pour me rassurer en me confirmant qu’avec un traitement, le risque d’infection devrait être nul. Une trithérapie d’urgence a donc été décidée, le temps que Romain m’envoie ses tests.

La trithérapie d’urgence et ses effets

Après la prise de sang, au moment de prendre mon tout premier médicament, j’ai décidé d’aller voir ma messagerie, et constaté que j’avais été bloquée par monsieur.

Encore maintenant, c’est la partie la plus difficile pour moi dans cette histoire : avoir été rejetée, bloquée, pour avoir voulu être rassurée sur un acte pour lequel j’avais légitimité de m’inquiéter.

Après, ça a été des premiers jours compliqués, et un mois complet de nausées, maux de ventre et dégoût face à la nourriture. Un mois de médicaments matin et soir, à horaires précis.

La trithérapie d’urgence consiste en effet en une prise de plusieurs médicaments chaque jour durant un mois. Les trois mois suivants sont là pour contrôler que tout va bien — au niveau du foie, mais également pour vérifier la séronégativité.

Ça a donc été un mois de prise de médicaments que j’ai essayé de cacher à ma famille, de problèmes intestinaux que je faisais passer pour du stress, et la peur de vomir simplement en allant faire les courses.

Ça a été en tout quatre mois d’allers-retours à l’hôpital pour faire des tests sanguins.

Et ça a été en tout quatre mois d’allers-retours à l’hôpital pour faire des tests sanguins.

Une période difficile, mais qui s’est soldée par un test de séropositivité négatif : la trithérapie d’urgence a été un succès.

Qu’est-ce que la trithérapie d’urgence ?

La trithérapie est un traitement post-exposition à commencer après un rapport non protégé à risque potentiel de contamination par le virus du VIH ou après avoir été potentiellement exposé•e (seringue…), idéalement dans les quatre heures et jusqu’à quarante-huit heures après.

Il peut être administré dans les services d’urgence ou de maladies infectieuses, et est pris en charge par l’Assurance Maladie à 100%. E-santé explique :

« Il s’agit d’une trithérapie d’antirétroviraux à prendre sur une période de quatre semaines, qui empêche le VIH de se répliquer et donc d’envahir l’organisme.

Ce traitement post-exposition diminue les risques de transmission, d’être contaminé par le virus et de devenir séropositif. »

Si ce traitement permet de diminuer considérablement le risque de contamination, il ne remplace en aucun cas le préservatif, seul moyen de se protéger du VIH.

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De l’importance d’être soutenu•e quand on suit une trithérapie d’urgence

La « chance » que j’ai eue dans cette histoire, c’est le soutien des gens autour de moi. Peu de personnes le savaient sur le coup, d’autres l’ont appris un peu plus tard.

Certains connaissent une partie de l’histoire, mais ne savent pas que c’était ma « première fois » : j’ai longtemps eu honte de ne pas avoir connu quelqu’un avant, et je leur expliquais juste que c’était arrivé.

En tout cas, grâce à mes amis, j’ai compris que je n’étais pas coupable, que j’avais bien dit non.

Je ne veux cependant pas utiliser le mot viol (même si je comprends qu’on puisse le voir comme ça) : j’étais consentante à la base, et la situation a pour moi fait qu’il y a eu un « accident » dont il était responsable. Je ne veux pas réfléchir plus loin aux implications de cet « accident ».

Si la décision de cette madmoiZelle concernant la teneur de ce qu’elle a vécu lui appartient, il est important de signaler qu’en janvier 2017, un Français ayant retiré son préservatif lors d’un rapport sans prévenir sa partenaire qui avait exigé une protection a été condamné par le tribunal correctionnel de Lausanne pour viol.

Une première en Suisse, à laquelle on ne trouve a priori pas d’équivalent en France. Dans son article sur la condamnation de ce Français, Anouk analysait :

« Un viol est une pénétration non consentie. Quand on consent à une relation sexuelle, on consent à un acte précis, dans un cadre précis, avec une personne précise, et une éventuelle protection. Mentir sur l’un ou l’autre de ces points, c’est outrepasser le consentement. »

Je remercierai toujours l’infirmière à l’hôpital qui a écouté mon histoire et a été à mes côtés, qui a eu beaucoup de compassion envers moi. Je remercierai toujours mes amis pour m’avoir soutenue.

C’est pourquoi cette année n’a pas été la pire que j’ai vécue. Elle n’a pas été la plus facile, et je suis passée par une expérience que je ne souhaite à personne.

Le chemin est long, la preuve en est : un an après cette rencontre, j’ai encore besoin de m’exprimer. Mais en ayant vécu ça, j’ai pu me rendre compte de ma valeur, que je ne méritais pas ça, et que je n’étais pas coupable.

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Une amie m’a dit très récemment quelque chose qui m’a touchée, en observant que « ça a été une force ».

Ce premier contact avec ma sexualité ne m’a pas détruite mais m’a permis d’être une adulte responsable.

J’aime à me dire cela, que ce premier contact avec ma sexualité ne m’a pas détruite mais m’a permis d’être une adulte responsable.

J’ai accepté que j’ai été une victime, car cette trithérapie est loin d’être un acte anodin — on est confronté•e à l’idée de maladie sans cesse en prenant ces médicaments.

J’ai accepté que c’était un abus de confiance. Mais je n’ai pas contracté le virus.

Et j’ai accepté qu’il fallait passer à autre chose.

Cette histoire, une étape dans le parcours de ma jeune vie

Pour moi, ce qui a été difficile dans cette histoire n’aura pas été que Romain soit allé plus loin que ce que je voulais, mais bien qu’il n’ait pas réagi derrière. Car dans la spontanéité de l’instant, c’est une « erreur » que j’aurais pu comprendre s’il s’était bien comporté ensuite.

Par contre je ne peux accepter le dénigrement, le fait de me renvoyer chez moi en pleine nuit (sans même me raccompagner à la porte), de me bloquer de ses contacts sans aucune réponse, aucune possibilité de le joindre, de ne pas avoir respecté ma décision de me protéger.

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Je ne peux pas non plus accepter qu’il soit devenu l’archétype de l’adage selon lequel « on ne peut faire confiance à personne ».

Mais grâce à cela j’ai pu me rapprocher de mes amis, me rendre encore plus compte de leur grand cœur et de leurs valeurs.

Grâce à ça, je les aime encore plus. Grâce à ça, je juge mieux mes relations, et n’accepte plus rien de toxique.

Et grâce à cela, j’ai pu rencontrer cet été furtivement quelqu’un, et avoir ma vraie première fois avec. J’ai réussi à avoir une réelle sexualité, avec quelqu’un qui ne m’a pas jugée, ni sur ma non épilation, ni sur mes sous-vêtements.

J’ai réellement découvert ce que c’est que de partager une relation avec quelqu’un, et je dois dire que c’est là que ma sexualité a réellement commencé.

Je suis heureuse maintenant : je suis en bonne santé, j’ai confiance en moi, je trouve la vie belle et je n’ai pas de problèmes de confiance. La trithérapie est juste une étape dans ma jeune vie.

La découverte de ma sexualité n’a pas été la plus commune : elle a commencé physiologiquement à 21 ans, et réellement à 22. Mais chacun•e a son histoire, et l’important c’est d’aller de l’avant.

Et pour l’anecdote, j’ai réussi mes examens, et avec panache !

En cas de rapport non protégé, et/ou si tu as la moindre question ou le moindre doute quant au VIH, tu peux appeler Sida Info Service au 0 800 840 800 tous les jours 24h/24, de façon gratuite, confidentielle et anonyme. 

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Melissa

Mélissa fait les témoignages, mais ce n’est pas elle qui vit toutes les histoires qu’elle raconte – et heureusement parce que sa vie serait un peu compliquée ! Elle aime les pois et s’empiffrer de Kinder en sirotant son thé.


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Commentaires
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  • Penny Winkeul
    Penny Winkeul, Le 10 février 2017 à 0h00

    @DeborahJune Non, tu n'es pas la seule à être choquée, en revanche, c'est à la personne concernée de déterminer l'importance que cela a pour elle. Tu dis que ça ne semble gêner personne, mais elle explique elle-même qu'elle ne se considère pas comme victime de viol, elle n'excuse pas ce mec non plus.

    Il est très possible que cela ne l'ait pas affectée plus que ça. En ce genre d'affaires, j'estime que c'est à la personne qui a vécu les faits de dire s'ils sont importants/graves ou pas pour elle, qu'il faut faire confiance à la parole de la personne qui parle. Ca peut énormément varier d'une sensibilité à l'autre.

    Et non, ce comportement n'est pas une norme. Je suis désolée pour toi si tu as connu plusieurs mauvaises expériences, voire agressions (j'espère pas...), mais non, il y a aussi des gens bien ;)

    J'ajoute que oui, la tri est un traitement lourd, mais il est possible d'en atténuer les effets secondaires en modifiant la combinaison de molécules. Si vraiment c'est trop fatigant, il faut consulter l'infectiologue pour envisager des solutions.

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