La nuit où tu as essayé de me violer, la plus longue de ma vie

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Un rendez-vous Tinder, une soirée, l'aube qui se pointe. Et une tentative de viol. Cette madmoiZelle s'est retrouvée dans le même lit qu'un homme qui a tenté d'abuser d'elle.

La nuit où tu as essayé de me violer, la plus longue de ma vie

On s’est matchés sur Tinder. En 2017, à l’ère du numérique, rien de plus banal.

Tu as 28 ans, j’en ai 29. Tu présentes bien sur tes photos. Ta présentation est simple, sommaire : tes hobbies et ta taille seulement. De toute façon je n’aime pas les longs discours et préfère la spontanéité d’un échange.

Tu habites Paris et t’es de passage pour la semaine, tu viens souvent voir ta famille qui habite dans mon coin. Je viens d’arriver dans la région et préfèrerais rencontrer des personnes d’ici, mais j’aime bien ton répondant et ta répartie.

Tu me retournes le compliment.

Tu écris sans fautes d’orthographe et je trouve cela (bizarrement ?) séduisant, c’est tellement rare aujourd’hui que j’en suis agréablement surprise.

Le premier rendez-vous avec l’homme qui a tenté de me violer

On convient de se voir le samedi. Tu proposes d’aller voir un match de basket pour commencer, tu connais des gens de l’équipe, pour aller ensuite dîner et sortir boire un verre ou danser.

Je passe te chercher et le courant passe naturellement, on rigole et on discute comme si on se connaissait déjà.

On dîne avec l’équipe de basket, je m’attendais à quelque chose de plus intime mais j’aime bien ces ambiances. La soirée est déjà bien entamée et je n’ai pas vu le temps passer.

On décide de sortir tous les deux ensuite. Tu choisis une boîte que tu connais bien.

Tu te rapproches doucement, tu deviens un peu tactile mais sans exagérer. Tu as bu un peu, mais pas trop, et je ne connais d’ailleurs pas ta tolérance à l’alcool.

On danse, on rigole, on s’amuse, puis on décide d’aller ailleurs. Ça se transforme en balade. Tu me tiens par la main ou par l’épaule. Et je me sens en sécurité à côté de toi, si grand et fort.

Quand les caresses se font insistantes

Au détour d’une rue, tu t’arrêtes et m’embrasses. Tes mains se font rapidement baladeuses et montent sur ma poitrine, on est dans la rue. Je t’arrête immédiatement dans ton élan.

Je te fais la remarque que tu vas vite en besogne, et que ce n’est pas le lieu pour faire ça. T’en rigoles, semble faussement choqué. Je me dis que t’as compris et que tu préfères en rire.

Tu me dis que TOI, jamais tu n’oserais avoir un comportement trop déplacé. Tu me proposes de rester chez toi comme j’habite loin et qu’il est tard. Je ne me sens pas fatiguée et décline poliment.

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Dans le parking souterrain qui mène à la voiture, on s’embrasse et tes mains se baladent à nouveau sur ma poitrine. Je me dis que tu me testes, ma réaction est cependant la même. On n’est certes plus dans la rue mais le moment est à nouveau mal choisi.

Je te ramène chez toi. Dans la voiture, on s’embrasse et ta main vient mécaniquement se poser sur ma poitrine. L’un ne va pas sans l’autre a priori. Mon visage se ferme.

Tu t’en aperçois et t’excuses aussitôt, tu n’avais pas compris que je ne voulais pas qu’on me touche là, indépendamment du lieu. J’éclaircis les choses, tu as l’air compréhensif.

Je mets donc ceci sur le compte d’un petit quiproquo.

Me voilà rassurée.

Le deuxième rendez-vous avec l’homme qui a tenté de me violer

Tu repars mercredi à Paris. Mardi tu me dis que ça serait bien qu’on se voit une fois au moins avant que tu partes.

Depuis samedi, j’avais temporisé ; je t’avais dit à plusieurs reprises que je voulais prendre mon temps et que je n’étais pas dans l’optique d’un plan d’un soir. Tu me suivais sur ce sujet, tu n’as plus 20 ans et ne cherches pas ça non plus.

Me voilà rassurée.

Mardi, donc, tu me motives à venir te voir : tu as prévu d’aller faire l’ouverture d’un pub avec des amis et tu m’y convies aussi.

J’habite un peu loin, j’ai fait ma journée de travail et ai été au sport mais après tout, on n’a qu’une vie, et autant en profiter quand on est jeune.

Finalement les plans changent en cours de route. Avant de sortir vers le pub, une escale est prévue chez un ami, une des personnes rencontrées samedi. Il est sympa, sa copine aussi et on avait bien rigolé à cette soirée.

Me voilà rassurée.

J’arrive dans un groupe de mecs uniquement, ce qui en soi ne me dérange pas. L’ambiance est légère et festive. Tu prends de mes nouvelles souvent pour savoir si je ne m’ennuie pas trop — intégrer un groupe déjà formé n’est pas toujours évident.

Mais ça va. Et c’est ta dernière soirée avec tes amis avant de rentrer à Paris. Même si je n’arrive pas à suivre tout ce qui se dit, tu as l’air de t’éclater et tu es si beau quand tu souris.

Tes potes te taquinent parce que « ta copine » est là. C’est de bonne guerre. Je suis la seule fille.

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L’escale se fait plus longue que prévue, les bouteilles de vin se vident. Tu as la descente facile, mais as l’air de bien tenir.

Finalement décision est prise de sortir. Et nous nous retrouvons à 2h dans un club. La soirée continue, on s’amuse, tu bois, on danse, tu bois, on rigole, tu bois, on danse et tu bois encore. Mais tu tiens toujours le coup.

La fatigue, l’alcool, la colère

À 5h, je fatigue et je m’assois — après 22h debout, après ma journée de travail et de sport. Je dois me lever vers 7h et je sais qu’au mieux, j’aurai 1h de sommeil…

L’alcool n’aidant pas, la sortie de la boîte est lente et je perds un peu patience. Je m’avance vers la voiture, c’est moi qui conduis. Je décide d’attendre là. Et je décide aussi de refuser de faire le Uber pour tes potes.

On est en centre-ville et ils n’habitent pas loin.

Ça ne t’a pas plu. Je vois les effets de l’alcool maintenant, tu répètes inlassablement les mêmes choses, tu bloques sur des détails et te perds dans l’enchaînement des événements.

Je préfère garder le silence, ce n’est pas constructif, je veux juste dormir, et demain tout sera oublié.

Mais tu insistes, et insistes, et insistes, sur cet événement qui n’en est pas un. Selon toi, je me suis trop emportée, ce sont TES potes, pas les miens, ils sont là pour TOI, pour TA dernière soirée. Soirée que j’aurais écourtée, selon toi.

Le peu de patience qui me restait disparaît, et je monte le ton. Je décide de te laisser en bas de chez toi et d’aller à l’hôtel. Mais il est 5h30, je suis fatiguée, et c’est plus simple de dormir chez toi.

Au lit avec l’homme qui a tenté de me violer

Tu répètes encore inlassablement les mêmes choses, alors que je ne veux que dormir. Tu te calmes et commences à m’embrasser à déboutonner mon pantalon, à me caresser.

Je refuse, mais tu insistes.

Tu as déjà enlevé mon pantalon.

Je refuse, mais tu insistes.

Je te dis que je suis trop fatiguée pour faire quoi que ce soit. Mais tu parles encore et toujours, in-las-sa-ble-ment. Tu écartes mes jambes pour venir au-dessus de moi.

Tu es grand et fort.

Me voilà pas rassurée. Du tout.

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Peut-être que si je cède tu me laisseras tranquille. Mais je ne peux pas. Alors je me retourne pour ne plus faire face.

Tu te lèves du lit. Enfin tu as compris. Je suis fatiguée et le sommeil est là pour me sauver.

J’inspire et j’expire doucement comme pour retirer l’oppression que je viens de subir. Je suis choquée et épuisée d’avoir résisté.

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Dans mon sommeil, la tentative de viol

Je m’endors, mais mon esprit me joue des tours et tente de terminer le travail que tu as commencé.

Je sens qu’on tire sur ma culotte pour me caresser le sexe mais ma position couchée sur le côté (comme en Position Latérale de Sécurité, qui n’aura jamais aussi bien porté son nom) bloque le passage.

Alors ça tire plus fort, et plus fort. Ma culotte est maintenant à mes genoux. Les caresses sont plus intenses. Mais pourquoi mon esprit veut-il jouer à ça alors que j’ai refusé plusieurs fois ?!

Je sens que mon pouls s’accélère, que le danger monte, je ne sais pas si c’est un instinct de survie mais je me réveille, encore dans le flou je me retourne.

Ma culotte est bien à mes genoux. Et toi, Théo, tu es sans pantalon, collé à moi, ton sexe dans la main. Je réalise que tes caresses étaient des tentatives de pénétration.

J’avais dit NON, j’avais dit que j’étais fatiguée et pas en état de faire quoi que ce soit. Mes larmes coulent, tu me demandes ce qui se passe, effaré, presque, de ma réaction.

Quand je « fais honte » à un violeur

Ne voulant y croire, je dis juste que c’est la fatigue et que tu es trop insistant.

Et voilà à nouveau ce flot de paroles qui revient in-las-sa-ble-ment, puis les mots de trop.

« Non mais je t’ai présentée à tous mes potes, ils te considèrent comme ma copine maintenant, et ça me fait plaisir que tu aies fait de la route pour ma dernière soirée ici, mais là tu me résistes et tu me fais honte. »

Mais je me FOUS complètement de tes potes ! Dis-leur qu’on a écumé le Kamasutra si tu veux faire le malin, mais je ne DOIS de sexe à personne. Et je n’ai pas non plus à justifier mon refus.

NON c’est NON !

Je réussis enfin à m’extraire du lit pour aller aux toilettes. J’y reste de longues minutes. Tu as trop bu, tu vas t’endormir, forcément.

En effet, tu t’endors, ou tu abandonnes mais tu cesses d’essayer.

Je retourne m’allonger en prenant soin de ne pas te toucher. Il est 6h15, je dois me reposer autant que possible.

Quand l’homme qui a tenté de me violer se réveille

Tu te lèves, l’alcool fait son effet : je t’entends vomir. Tu prends une douche, tes esprits vont te revenir, j’espère.

Tu reviens, me demande si je suis toujours fâchée. Je tente de te trouver une excuse en disant que je mets tout ça sur le compte de l’alcool.

Mais tu rétorques que je ne peux pas faire ça, parce que je ne bois pas d’alcool. Selon toi, mon avis n’est pas acceptable parce que je suis restée sobre.

Je tente encore de répondre logiquement : c’est moi qui suis sobre, c’est donc moi qui connaît l’enchaînement des événements le plus précisément…

Je me tais. Alcool ou pas, la discussion n’est pas possible. Je reste immobile et somnole.

Tu te relèves pour vomir une seconde fois. Je ne souhaite le mal de personne mais là je me dis que c’est quand même bien mérité.

Je n’attends pas que le réveil sonne pour me lever, je vais me préparer. Quand j’ai fini tu dors déjà.

On est mercredi, je suis dehors, il est 7h, j’ai vécu la nuit la plus longue de ma vie, et si le pire a été évité, ce n’est que de justesse.

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Commentaires
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  • Tapioca
    Tapioca, Le 9 septembre 2017 à 17h40

    :hugs: Plein de calins à toi, j'espère que tu ne le reverras pas de sitôt!

    (je n'ai pas l'appli Tinder, mais je suppose qu'il est possible de signaler cette personne en disant qu'il a tenté d'abuser de toi ? A défaut de l'empêcher de créer un nouveau compte, ça retardera au moins ses futures approches avec d'autres personnes...)

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