Après 5 tentatives de viol, je refuse de m’arrêter de vivre

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Cette madmoiZelle s'est rendue il y a peu au cinéma, et des hommes ont tenté de la violer dans les toilettes. Une expérience glaçante, qu'elle ne laissera pas la brider dans son quotidien.

Après 5 tentatives de viol, je refuse de m’arrêter de vivre

Bon, ce n’est pas un secret : le viol existe, c’est malheureusement plus courant que ce que l’on pourrait penser, et ce n’est pas pris en considération par tout le monde.

Une séance de cinéma en solo

En début de semaine, je suis allée au cinéma toute seule. Je trouve ça reposant, c’est quelque chose que je fais régulièrement.

Je suis donc allée voir Split. Après avoir passé une bonne séance, je décide d’aller aux toilettes.

Je fais pipi, bref, jusque-là rien d’inhabituel. J’ouvre la porte et je tombe sur trois mecs pas super commodes, je sens tout de suite que quelque chose ne va pas.

Le regard. L’attitude. L’ambiance soudainement pesante. Mon cœur qui se met à battre très fort.

Pour avoir vécu la situation plusieurs fois, je savais ce qui allait se passer.

Je n’avais pas envie de savoir ce qu’ils avaient précisément en tête, mais pour avoir vécu la situation plusieurs fois, je savais ce qui allait se passer.

Deux m’ont littéralement sauté dessus pour me remettre dans les toilettes et sûrement fermer la porte afin de conclure leur petite affaire tranquillement tandis qu’un autre restait devant moi pour me boucher le passage, m’empêchant de fuir.

Chassant la peur et prête à me défendre, je me débats, je griffe, je les pousse, et ils sont tellement surpris que j’arrive à foncer dans celui qui me bouche le passage.

J’ai le sentiment que tout se passe bien trop vite. Je suis trempée. J’ai l’impression que je vais étouffer.

Je réussis à passer mais les deux autres me rattrapent et commencent à me ramener dans les toilettes. Ils me font mal.

L’un d’entre eux me murmure de me laisser faire pour que ça aille « plus vite » et que ce soit « plus simple ». La peur commence à m’envahir.

Je continue à me débattre parce que c’est ce que l’on m’a appris, mais je sais que je n’ai aucune chance.

Et là, pile quand je commençais à désespérer, arrive ma sauveuse : une grand-mère de 80 ans qui voit directement ce qui se passe et frappe l’un d’eux avec son sac à main en cuir rouge.

Elle ouvre la porte des toilettes et crie, souhaitant alerter quelqu’un dans le cinéma. Personne n’entend son cri mais ça a le mérite de faire fuir les trois mecs qui prennent peur et déguerpissent, poussant la grand-mère contre le mur.

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Ma sauveuse et ma fuite

Soulagée mais effrayée pour cette grande dame, je me dirige directement vers elle et lui demande si ça va, si elle n’a pas mal quelque part.

Malgré le courage qu’elle a eu, elle reste une grand-mère de 80 ans et je voulais m’assurer qu’elle n’avait rien. Mais elle me regarde dans les yeux et me demande si ça va, ce qui s’est passé, qui ils étaient.

Elle se sent tellement impliquée dans ce qu’il vient de se passer, dans ce qui aurait pu m’arriver, que ça me touche au plus profond de moi-même.

Et au lieu de fondre en larmes comme je le ferais d’habitude, je réponds à toutes ses questions, la remercie chaudement plusieurs fois, et lui demande son prénom.

Elle me le donne, je lui donne le mien, elle me fait un sourire rassurant. Je la remercie encore et lui confie que j’espère être comme elle à 80 ans. Elle me sourit.

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Elle me demande aussi si quelqu’un vient me chercher et je mens en disant que oui, ma mère m’attend à la sortie. Je ne sais pas pourquoi je pense directement à elle, comme ça, mais ça semble la rassurer.

Je la remercie une dernière fois, puis je m’enfuis des toilettes.

Cette femme m’a vraiment sauvée, et le mot « sauver » n’est pas de trop.

Je n’oublierai jamais cette femme. Elle m’a vraiment sauvée, et le mot « sauver » n’est pas de trop.

Je ne m’arrête pas, je fonce vers la sortie du cinéma mais je ne veux pas céder à la panique alors je marche juste très vite, je ne cours pas. Je tripote mon portable dans l’espoir que quelqu’un se dise « Tiens, une fille qui a le nez collé à son portable comme les autres ! ».

C’est très important pour moi à ce moment précis et c’est stupide, parce que ce n’est pas marqué sur mon visage que j’ai failli être violée cinq minutes avant.

Je sors du cinéma et je fonce dans la nuit. L’air frais me fait du bien.

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Digérer ce qu’il s’est passé

Je dois rejoindre mon copain et nos amis dans un bar juste après. Je n’ai que deux numéros : celui de mon mec et d’une très bonne amie.

Mais mon copain n’a plus de portable et elle ne répond pas ; ils sont probablement occupés et je ne peux pas leur en vouloir. D’une certaine façon, ça me soulage qu’ils ne répondent pas.

Je me rends compte que finalement, j’ai besoin de digérer ce qu’il s’est passé avant de leur en parler, je dois d’abord faire le tri moi-même.

Et en réfléchissant, je me dis que si l’on fait un malheureux récapitulatif de mes expériences dans ce genre, j’ai été victime de viol une fois, dans un contexte totalement différent, et j’ai failli l’être de nouveau cinq fois.

Quand j’ai été violée, j’allais entrer en CE2, et c’était par un ado d’à côté de chez moi. Et je suis passée très près quatre autres fois jusqu’au cinéma…

De manière chronologique, il y a d’abord eu un soir près d’un stade de foot par un vieil homme (je m’en suis sortie toute seule en sprintant), puis une deuxième fois avec un garçon qui a voulu profiter du fait que je voulais me faire des amis (je m’en suis également sortie seule, en partant de chez lui).

Il y a ensuite eu une troisième tentative dans un souk au Maroc (quelqu’un est arrivé, le mec a paniqué et ça s’est stoppé), puis une quatrième fois par un mec avec qui je suis sortie une semaine (j’ai eu le courage de sacrément le rembarrer et le virer, puis je suis partie).

Ce n’est pas normal, et je me dis que si l’on apportait une éducation décente aux gens, ce genre de chose arriverait peut-être moins.

Mais je ne ressens pas la moindre haine parce que ça fait plus de mal que de bien, et que je m’en suis débarrassée il y a longtemps.

Le temps du trajet, j’appelle une autre très bonne amie et lui raconte ce qui s’est passé. J’ai besoin d’extérioriser.

Je me sens un peu mieux après mais je sais que le plus dur est encore à faire : le dire aux autres sans trembler, particulièrement à mon copain, parce que je sais qu’il va être dans une colère noire.

Je réponds aux SMS que l’on m’envoie de manière automatique, j’ai l’impression d’être en dehors de mon corps.

Je repense encore aux endroits où ils ont osé me toucher et, pendant un instant, j’ai envie de vomir.

Je n’arrêterai de vivre pour personne

Ça me rappelle tous les trucs crades que j’ai pu vivre et je prends une grande respiration pour m’aider à me calmer. Pendant un instant, j’ai honte de ne pas avoir su me défendre plus que ça.

Mais je ne veux pas m’en vouloir. C’est arrivé, pas la peine de s’énerver : je n’ai rien, quelqu’un m’a sauvée, et j’ai fait ce que j’ai pu.

Mais je me rappelle que la première fois, lorsque j’ai été victime de viol quand j’étais plus jeune, personne n’était là pour me sauver. Ça me rend infiniment triste de me dire que je ne suis sûrement pas la seule.

Je me dis que peut-être la prochaine fois je ne sortirai pas seule, que je ne mettrai pas un jean aussi collant, que je n’irai pas à une séance de cinéma qui finit quand la nuit est là.

Et puis je réalise qu’en fait non, je ne risque pas de changer mes habitudes parce qu’il y a des gros cons, et c’est très bien.

Je n’arrêterai pas de sortir à cause de ces connards.

Je n’arrêterai pas de sortir à cause de ces connards. Je n’arrêterai pas de mettre un jean slim juste pour que ces enfoirés n’aient peut-être pas envie de me violer.

Je n’arrêterai jamais de me balader en soirée. Je n’arrêterai de vivre pour personne et j’en suis fière.

Alors à toutes celles qui lisent ceci, n’oubliez jamais : des violeurs il y en a, c’est vrai, mais à AUCUN moment vous ne devez arrêter de vivre ou de vous habiller comme vous le souhaitez.

Si malheureusement un jour vous devenez une femme victime de viol comme moi, sachez que la plus belle revanche est à mes yeux de continuer de vivre avec un grand sourire.

Votre corps, votre liberté

Malgré ce qui m’est arrivé quand j’étais plus jeune, je n’ai jamais cessé de sortir, de m’amuser, de me mettre en robe, en jupe, en jean slim, en talons ou autre, de passer des soirées toute seule dans la nuit à me balader, ou quoi que ce soit d’autre.

Si vous aimez faire quelque chose, ne l’arrêtez pas parce qu’un gros connard a voulu vous enlever votre liberté en vous volant votre intimité la plus profonde.

C’est votre corps, vous en faites ce que vous voulez. C’est votre liberté, vous l’utilisez comme vous le souhaitez. Vous n’avez rien à vous reprocher.

Un viol, une agression sexuelle ou l’étape d’avant où ça a « failli » vous arriver, ça ne signe pas l’arrêt de votre vie.

C’est une expérience dure, si dure que des fois tout est sombre et la peur peut vous bouffer les tripes, mais on peut en sortir.

N’hésitez pas à aller voir une psy pour vous rendre plus fort•e, pour vous rendre la vie que vous aviez avant que ça se produise.

Et même si ça n’a pas été facile, j’en ai parlé à mon copain, à mes amies, à ma mère… Plus on en parle, moins le sujet est tabou.

Et si jamais vous ne souhaitez pas en parler à vos proches, parlez-en sur Internet, sur des forums, il y a plein de façons de briser le tabou.

N’hésitez pas à aller dans des associations ou à un planning familial, on pourra vous conseiller. N’hésitez pas non plus à avertir la police, ce que j’ai fait sur la route.

Au téléphone, j’ai expliqué vouloir porter plainte, mais le policier m’a dit que ça ne servirait à rien. Je l’ai quand même fait le lendemain.

Pour celles qui passeront derrière moi dans ces toilettes et qui auront peut-être affaire à cette bande de lâches.

Parce qu’il ne faut surtout pas que vous soyez gêné•e d’en parler, que vous restiez avec ce traumatisme au fond de vous.

Entendons-nous bien : vous avez le DROIT d’en parler, vous avez le DROIT de dire ce que vous avez retenu de cette malheureuse expérience, vous avez le DROIT d’aider ceux et celles qui passent par là après vous.

En conclusion

Un jour le sujet a été évoqué dans une soirée par quelques personnes et j’ai participé à la discussion en disant que j’avais réussi à retirer du positif de cette expérience, même si ça peut paraître complètement dingue.

Par exemple, j’ai des réactions très matures dans des situations dangereuses ou urgentes, je suis habituée à parler à la police et je sais comment procéder si la personne en face de moi ne me croit pas ou ne prend pas ma demande en considération.

Je suis une bonne oreille pour quelqu’un qui passe par le viol et qui ne sait pas comment s’en sortir.

Ce sont des choses que je suis capable de faire, et j’ai déjà aidé plusieurs filles qui ont été agressées ou ont été violées, etc. Et ça me rend heureuse de me dire que malgré l’expérience traumatisante qu’elles ont vécue, j’ai pu les aider un peu à revivre derrière.

De mon côté, je vais aller au cinéma ce soir et je vais avertir la sécurité de ce qui s’est passé en début de semaine. Et après ça, personne ne m’empêchera d’aller voir un film toute seule de nouveau ou d’aller aux toilettes sans avoir peur.

Quoi qu’il arrive, n’arrêtez jamais de vivre. La liberté vous l’avez, et à aucun moment vous ne devez la laisser tomber pour un salaud.

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Melissa

Mélissa fait les témoignages, mais ce n'est pas elle qui vit toutes les histoires qu'elle raconte - et heureusement parce que sa vie serait un peu compliquée ! Elle aime les pois et s'empiffrer de Kinder en sirotant son thé.

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Commentaires
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  • Jenifaël
    Jenifaël, Le 25 avril 2017 à 22h57

    Salut, tu as dit dans ton article que tu avais aidée certaine personne à s'en remettre après un viol. Alors voilà à mon tour de parler après des années de silence et de demander conseil. J'étais une gamine, je me rappelle pas de l'age que j'avais car j'ai tout fait pour oublier, à tel point que je n'y ai pas pensée pendant à peu près dix ans. J'étais à une soirée alcoolisé, on jouait à "je n'ai jamais" quand je me suis souvenue de ce qui m'était arrivée. J'ai lâchée le morceau comme ça, personne n'en à reparlé, je ne sais pas si on m'a cru ou si les gens n'avais juste pas envie de s'impliquer. Ce souvenir reste très vague, un baiser, une main près de ma culotte ou dedans je ne sais plus. Mais surtout après être parti l'envie de ne plus jamais porter de jupe et d'être sale. J'en avais jamais parler avant cet soirée sauf à ma sœur quelque mois après les faits. La principale raison pour laquelle j'en ai pas parlée est parce que je ne savais pas quoi faire, la seconde c'était mon cousin. Et c'est pour ça que je n'en parle toujours pas, je continue à le voir à chaque réunion de famille. Il a une petite amie ils viennent de perdre leur bébé. Je suis là et je ne sais toujours pas quoi faire.

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