Un violeur et sa victime témoignent, ensemble, contre la culture du viol

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En 1996, Tom, jeune Australien de 18 ans, viole sa petite amie de l'époque, Thordis, 16 ans. Vingt ans plus tard, ils se réunissent sur scène pour raconter leur histoire qui est aussi celle d'une réconciliation.

Un violeur et sa victime témoignent, ensemble, contre la culture du viol

— Article initialement publié le 10 février 2017

Mise à jour en fin d’article

Il y a des histoires qui marquent. Celle de Tom Stranger et Thordis Elva en fait partie.

En 1996, Tom, jeune Australien de 18 ans, fait un échange scolaire en Islande. Il y rencontre Thordis et vit une romance avec elle. À la suite d’une soirée alcoolisée, l’étudiant la ramène chez elle. Il l’aide à se mettre au lit.

Puis il la viole.

De ce crime suivent, pour les deux, à échelles différentes, des années de doute, de déni et de mal-être.

Dix-neuf ans plus tard, ils sortent un livre ensemble, South of Forgiveness. À cette occasion, les deux protagonistes de ce drame se sont réunis sur scène pour raconter en toute honnêteté et sans détour leur histoire dans un TED Talk.

La voici.

Thordis Elva et Tom Stranger : « notre histoire de viol et de réconciliation »

La vidéo est en anglais, il est possible d’ajouter des sous-titres anglais. Je vous propose des extraits traduits.

Après avoir expliqué leur rencontre et leur flirt, Thordis raconte la fameuse nuit du viol.

« C’était comme un conte de fées, ses bras autour de moi, m’allongeant dans mon lit. Mais la gratitude que j’ai ressentie pour lui s’est transformée en horreur quand il a commencé à se déshabiller et qu’il s’est mis sur moi.

Mes pensées étaient claires, mais mon corps était encore trop faible pour que je puisse me battre, et la douleur m’empêchait de penser. J’avais l’impression d’être coupée en deux.

Dans le but de garder toute ma tête, j’ai commencé à compter silencieusement les secondes. Depuis cette nuit, je sais qu’il y a 7 200 secondes en deux heures.

Même si j’ai pleuré et que je me suis sentie faible durant des semaines, cet incident ne correspondait pas à l’idée du viol que j’avais, en fonction de ce que je voyais à la télé. Tom n’était pas un fou armé, il était mon petit copain. Et ce n’est pas arrivé dans une ruelle sombre mais dans mon propre lit.

Le temps que j’identifie qu’il s’agissait d’un viol, son programme d’échange était terminé et Tom était retourné en Australie. Alors je me suis dit qu’il ne servait à rien de raconter ce qu’il s’était passé. (…)

La seule chose qui aurait pu empêcher ce viol d’arriver cette nuit… C’est cet homme qui m’a violée.

Il aurait dû s’arrêter lui-même. »

Après le viol, Tom témoigne d’années de non-dits

Tom prend alors la parole pour raconter l’histoire de son point de vue.

« J’ai un souvenir vague du jour d’après : une gueule de bois, un certain cri que je cherchais à étouffer. Rien de plus. Mais je ne suis pas allé sonner à la porte de Thordis.

C’est important de comprendre qu’à ce stade, je ne voyais pas ce que j’avais commis comme un viol. (…) »

Quelques jours plus tard, l’Australien rompt avec l’Islandaise. Il continue à la croiser de temps à autre avant de rentrer dans son pays. La voir le fait souffrir : il sait qu’il a fait quelque chose d’immensément mal. Il explique :

« Ont suivi neuf années que je pourrais renommer : déni et fuite. Quand j’avais la possibilité d’identifier la nature de mon tourment, je ne m’arrêtais pas suffisamment longtemps dessus pour comprendre. (…) Je refusais de rester statique et en silence. »

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Neuf ans plus tard, Thordis envoie une lettre à Tom

Tout cela est brisé quand Thordis lui envoie une lettre où elle raconte sa souffrance endurée pendant toutes ces années. Elle parle également de son besoin permanent de mouvement. Dès qu’elle s’arrête, elle compte de nouveau les secondes…

« J’ai écrit : « Je veux trouver un pardon » et ça m’a surprise. Mais j’ai réalisé que c’était mon moyen de mettre fin à cette souffrance, qu’importe s’il méritait ou pas mon pardon, je méritais de retrouver la paix.

Cette ère de honte était terminée. »

À sa plus grande surprise, Tom lui répond en admettant être plein de regrets.

Pendant huit ans, ils s’échangent des mails disséquant les conséquences de cette nuit. Mais ce n’est toujours pas suffisant.

Pour retrouver la paix, Thordis a retrouvé Tom

Près de seize ans après ce viol, Thordis propose à Tom de se retrouver en personne, à mi-chemin entre leurs deux pays, en Afrique du Sud. Pendant une semaine, ils discutent de tout, en toute honnêteté. Elle raconte.

« De ce voyage a résulté un sentiment victorieux : la lumière avait triomphé sur l’obscurité. Quelque chose de constructif pouvait ressortir de ces ruines. (…) »

Alors bien entendu, elle a pensé tout ce temps à se venger :

« Vouloir se venger est très humain, très instinctif. Pendant des années, je rêvais de faire autant de mal à Tom que lui m’en avait fait. Mais si ça s’était passé comme ça, je ne pense pas que je me serais retrouvée ici aujourd’hui. (…)

J’ai lu quelque part que l‘on devrait essayer d’être la personne dont nous avions besoin quand nous étions plus jeune.

Quand j’étais adolescente, j’aurais eu besoin de savoir que ce n’était pas à moi d’avoir honte, qu’il y avait de l’espoir après un viol et que vous pouvez même retrouver le bonheur, comme celui que je partage aujourd’hui avec mon mari. »

Plus qu’un témoignage, Thordis délivre un véritable message

En conclusion, Thordis rappelle finalement le plus important : il faut que tout le monde agisse ensemble.

« En raison de la nature de notre histoire, je sais que certains mots comme « victime » ou « violeur » vont être utilisés pour la raconter. Le problème est que ces expressions peuvent, dans leur connotation, déshumaniser les protagonistes. (…)

Mais comment pouvons nous comprendre que c’est la société qui produit cette violence si nous refusons d’admettre l’humanité de ceux qui la commettent ? (…)

Une majorité des violences sexuelles sont perpétuées par des hommes. Pourtant, leurs voix sont sous-représentées dans les discussions. (…)

Imaginez toute la souffrance que nous pourrions soulager si nous faisions face à ce problème ensemble. »

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Mise à jour du 14 Février 2017 — Suite à de nombreux commentaires postés en réaction à cet article, voici quelques précisions.

Thordis n’a pas porté plainte pour viol. D’ailleurs, elle-même dit qu’elle ne s’était pas rendu compte que ç’en était un tout de suite (si vous vous demandez comment est-ce possible, je vous conseille cet article sur la culture du viol).

C’est son choix, il est personnel.

Il s’agit d’un témoignage : il ne s’agit que d’une seule histoire, un seul vécu, et non d’une marche à suivre. 

Pour rappel, en France le viol est considéré comme un crime et peut être puni jusqu’à 20 ans de prison.

N’oublions pas que le consentement est quelque chose de primordial et que rien n’excuse le fait de l’outrepasser.


Anouk Perry

Anouk est rédactrice Sexe, Société et Feel Good ! Sa devise dans la vie ? YOLO. Si elle a l'air d'avoir un balai dans le cul, ne vous inquiétez pas. Il s'agit en fait d'un aspirateur.

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Voici le dernier commentaire
  • Mymy
    Mymy, Le 23 février 2017 à 17h43

    Althéa.Vestrit
    37ème semaine atteinte avec fierté samedi et du coup comme j'ai été une gentille femme enceinte qui a écouté son chéri et le médecin et qui avait envoyé son aînée en pensionnat chez les grands parents,chéri a décidé qu' on ferait l'aller retour le dimanche récupéré notre fille.

    C'était sans compter sur l'arrivée en fanfarre de notre petit garçon qui a déboulé alors que j'étais encore à l'arrière de la voiture avec bouddha qui cherchait une place tout en maccompagnant dans le souffle. J'ai attrapé mon enfant,moi,seule! (Et je l'ai même pas fait tomber alors qu' il était gluant). On est sorti et on a retrouvénotre fille. On est quatre!
    Est-ce qu'on est pas sur une erreur de topic par hasard ? :cretin:

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