5 souvenirs inoubliables que je dois à mon appareil dentaire

Ah les appareils dentaires, nous sommes bien peu nombreux-ses à y avoir échappé. Gingermind vous raconte ses bons et ses mauvais souvenirs.

Mon « vécu orthodontique » est relativement léger. Je n’ai porté les fameuses bagues que très peu de temps et j’ai échappé à tous les appareils visibles à 100 mètres à la ronde (ceux qui sortent de ta bouche et forment un périmètre de sécurité autour de tes oreilles avant de s’attacher à l’arrière de ton crâne par exemple).

Je n’ai pas connu ceci, donc.

En tout et pour tout, j’ai été appareillée pendant moins d’un an : trois mois avec des bagues seulement en haut, trois mois avec la panoplie Robocop complète en haut et en bas, les élastiques et tout le tintouin et trois mois seulement en bas.

Pourtant je m’en souviens parfaitement. Même quand on j’en étais moi-même débarrassée, il y avait toujours un copain qui débarquait avec un nouvel appareil, des conseils foireux à donner et des anecdotes à raconter.

L’emplâtrage succulent

Avant la pose de bagues, le resserrage et l’apprentissage de la vie avec une petite bosse labiale qui te donne l’air de faire la moue en permanence, il faut passer par la case empreinte dentaire.

L’empreinte dentaire c’est plutôt cool. C’est l’un des rares gestes de l’orthodontiste qui ne t’empêche pas de dormir trois jours à l’avance, parce qu’a priori, mordre un grand coup dans de la pâte à modeler, ça n’a rien d’angoissant. 

Et puis on a le droit de repartir  à la maison avec un chouette souvenir

Les adultes m’avaient prévenue. « Non non, ça ne fait pas mal. PAR CONTRE le goût est absolument immonde, il faut t’attendre à manger du plâtre hein mais tu peux rien faire à part subir ». Ah ben je me sens mieux, merci du conseil.

Quelques temps avant que ce  ne soit mon tour des frères, soeurs, cousin-e-s plus âgé-es m’avaient rassuré. On pouvait désormais choisir son parfum. Coca ou fraise.

Hourra, m’écrierai -je notre génération n’aura pas à souffrir de l’infâme règne du plâtre ! Mais des ami-e-s s’empressèrent de me détromper (encore une lueur d’espoir balayée d’un revers de la main). Selon leurs dires, ça revenait à manger du plâtre à la fraise, mais du plâtre quand même. Tous les témoignages ressemblaient plus ou moins à « Quand j’ai mordu dedans j’ai failli mourir/vomir/m’étouffer dans mon propre moulage ».

Alors, le jour venu, quand l’orthodontiste m’a demandé de choisir mon parfum, je suis tombée des nues. Il a ouvert son placard et je me suis retrouvée face à une ribambelle de bouteilles colorées parfaitement alignées. Même au bistrot du coin, il n’y avait pas autant de bouteilles de sirop.  Tout l’arc-en-ciel  des parfums était là : Coca et fraise mais aussi menthe, citron, cassis, fruits de la passion…

Mince ça a l’air plus cool que prévu, y a un piège?

Je m’en souviens très nettement : j’ai choisi cerise…

Et c’était délicieux. Mais vraiment, au point que j’avais une furieuse envie de mâchonner (alors qu’il fallait  bien entendu rester immobile). Ce truc était meilleur que tous les chewing-gums à la cerise qu’il m’ait jamais été donné de goûter. Mesdames et Messieurs les inventeurs d’arômes de synthèse, je n’ai qu’une chose à vous dire:

Le choix cornélien

Grandir, c’est devoir faire ses propres choix : choisir son orientation professionnelle, choisir le bullletin à déposer dans l’urne électorale. Tout cela n’est rien à côté de l’impitoyable question qui vous pousse à faire votre premier choix d’adulte : « Alors ? Bagues métalliques ou bagues céramique ? ».

Une question qui est tout sauf anodine. Les bagues en céramique sont évidemment plus discrètes que leurs rutilantes homologues métalliques. Elles sont surtout plus chères et comme leur valeur ajoutée est purement esthétique l’écart de prix n’est pas remboursée par la Sécu.

Enfer et dentition, de mémoire il y en avait peut-être pour 100€ d’écart ! Une fortune. Étais-je prête à jeter l’argent (de mes parents) par les fenêtres pour une simple histoire de confort?

D’un côté je trouvais le concept des bagues en céramique un peu stupide. Si  elles avaient vraiment rendu l’appareil invisible, d’accord, j’aurais signé direct, mais en pratique, l’appareil se voyait toujours. De l’autre je ne pouvais pas prévoir si j’allais supporter le regard des autres. Un peu de discrétion ne pouvait pas faire de mal.

En même temps, la céramique donnait un côté « J’assume pas » tandis que les bagues métalliques affirmaient à elles seules « M’emmerde pas ou je mords ».  Désemparée, j’ai alors entamé une conversation télépathique avec ma mère qui m’accompagnait.

Dans son regard je pouvais lire : « Je ne veux pas te traumatiser et s’il le faut, il le faut mais pour une telle somme tu pourrais te montrer raisonnable » (oui, tout ça dans son regard).

Je lui ai alors répondu, toujours mentalement : « Je suis une grande fille maintenant et je vais opter pour le métal mais faut pas me prendre pour une quiche, je compte bien récupérer une partie de ces 100 euros économisés ».

Comme une gosse à qui on offre une sucette après un rendez-vous chez le pédiatre,  je suis donc rentrée chez moi avec des bagues métalliques et une nouvelle paire de baskets. DEAL.

Le curry du midi

Il s’est avéré que personne n’en avait rien à faire de mes bagues, qu’elles soient en céramique, en métal, ou en platine. Avoir des bagues ce n’était pas le problème. Ce qu’il fallait éviter à tout prix en revanche c’était d’être étiquetée comme « la grosse dégueu qui ne se brosse pas les dents ». Un titre difficile à porter, vous en conviendrez.

Il fallait donc éviter tout ce qui était susceptible de rendre ton appareil peu ragoûtant. Du jour au lendemain je m’étais fait un nouvel ennemi : le poulet au curry de la cantine. Le fourbe avait frappé sans crier gare, un jour où j’avais oublié de retirer mes élastiques pour déjeuner. Entre deux fous rire j’avais subitement dévoilé mes élastiques jaune fluorescents à la plèbe. J’étais finie.

Une mort stupide.

J’ai donc tiré la tronche pendant des jours pour limiter les dégâts, maudissant l’injustice de ce monde. Certain-e-s veinard-e-s avaient des élastiques jetables. Les miens étaient permanents, et non, la couleur ne partait pas au brossage, vous pensez bien que j’ai essayé !

Les semaines où s’enchaînaient poulet au curry, paella (double embrouille : le safran te repeint tout le matos et les grains de riz restent coincés entre la ferraille) et lasagnes me donnaient l’impression de traverser un champ de bataille.

Les « élastiques multico »

Ce n’est pas une faute de frappe. Je me souviens qu’on ne parlait pas d’élastiques multicolores mais bien d’élastiques « multico ». Moins difficile à prononcer? Moins de postillons ? Les jeunes, tous des cons ? Je ne sais plus.

Toujours est-il que ce vocabulaire n’existait qu’entre collégien-ne-s. Je ne pense pas que mon orthodontiste m’ait demandé « pour les élastiques, t’es plutôt multico ou monoco ? » — en l’occurence, il ne m’a rien demandé du tout ; mes élastiques étaient blancs.

Mais ce n’était pas le cas de tout le monde. La grande mode des élastiques de couleur avait frappé et je suis bien contente d’y avoir échappé.

Photo non contractuelle : cet-te adolescent-e n’a pas d’acné

Car avant d’avoir des bagues, j’avais eu un appareil qu’on place contre le palais à porter seulement la nuit. Et ALLEZ SAVOIR ce qui se passe dans la tête d’une fille de 12 ans, mais quand on m’avait demandé de choisir la couleur, j’avais absolument tenu à ce qu’il soit vert. Vert gazon flashy. Une bonne gueule de croco.

Si j’avais pu choisir ma couleur d’élastique j’aurais sûrement dérapé en tentant de les assortir à l’encre violette de mon stylo-plume ou à mon agenda turquoise. Ou j’aurais opté pour le jaune fluo afin de pouvoir remanger du curry en toute tranquillité.

L’accrochage

Enfin, lorsque j’étais en 6ème, j’ai assisté à l’un des moments les plus humiliants de ma vie. Fort heureusement il ne me concernait pas. Un couple adolescent s’est retrouvé lié devant l’Eternel dans un enchevêtrement de fils et d’élastiques. Ils étaient irrémédiablement collés l’un à l’autre. Pour ajouter à leur embarras, ils ne s’embrassaient pas dans un coin des toilettes, non ils étaient en plein milieu de la cour.

Une grande cour. 700 jeunes. 1400 yeux.

L’infirmière a finalement débarqué, écartant des dizaines d’élèves hilares sur son passage. Elle n’a pas décroché les deux malheureux sur place mais les a aidés à se rendre jusqu’à l’infirmerie. Lèvres contre lèvres en marchant en crabe. Une future discipline olympique.

Cet épisode me fut toutefois très utile pour garder mon sang-froid quelques années plus tard. Je fréquentais alors un jeune pouilleux tout aussi déglingué de la mâchoire que moi. Nous nous embrassions derrière un tronc d’arbre, un buisson ou toute autre planque minable d’adolescents en rut. Je portais un appareil, lui aussi. NOUS RISQUIONS NOS VIES. Vous savez ce que c’est, à cet âge-là, le goût du risque. Soudain je sentis que le pire était en train de se produire. Un « clink clonk » caractéristique.

NON !!ça ne m’arriverait pas. J’ai levé les mains (genre « hauts les mains! »), lui aussi (genre « keskispass ? »), et les yeux révulsés d’horreur, j’ai alors à nouveau eu recours à la conversation télépathique:

– NE BOUGE PLUS, NE TOUCHE PLUS À RIEN
– DE QUOI ? DE QUOI ?
– ON S’EST ACCROCHÉS. ATTENDS. JE VAIS ESSAYER DE REFAIRE EXACTEMENT LA MÊME MANOEUVRE EN MARCHE ARRIÈRE.

(Parenthèse : vous êtes censé-e-s vous imaginer un roulage de pelle en marche arrière, un peu comme un créneau.)

– VOILA. JE SENS QUE ÇA VIENT. TOURNE UN PEU LA TÊTE SUR LE CÔTÉ POUR VOIR ?

(Petit mouvement de tête répété pour lui indiquer de quel côté pencher la tête)

CLONK.

Ouf, sauvés ! C’était moins une !

Et quoi, quels souvenirs plus ou moins savoureux sont entrés dans ta vie grâce à ton appareil dentaire ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lady Dylan
    Lady Dylan, Le 8 février 2014 à 19h04

    Je crois que je n'avais pas d'élastique avec mes bagues oO
    Le moule en pseudo-plâtre reste un de mes pires souvenirs, je me souviens qu'une fois j'étais enrhumée, ça allait super profond dans la bouche parce que ça prenait la forme du palais (et le mien était dégueu et puait), je n'arrivais plus à respirer j'ai cru que j'allais mourir !

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