J’étais au Bataclan ce 13 novembre, et j’ai des choses à vous dire

Cette madmoiZelle était au Bataclan vendredi soir. Après l'horreur de cette soirée, elle refuse de céder à la haine et a tenu à appeler à l'amour dans une lettre à ses amis.

J’étais au Bataclan ce 13 novembre, et j’ai des choses à vous dire

Mes ami•e•s,

Comme vous le savez, j’étais au Bataclan vendredi pour écouter un de mes groupes préférés : Eagles of Death Metal. Un groupe qui prône la joie, la rigolade et l’amour.

Grâce au ciel, j’ai pu sortir saine et sauve, très rapidement de la salle. J’ai échappé au pire grâce à un homme, que je remercie, que je bénis de tout mon coeur. Sans lui, je n’aurai pas eu l’impulsion de sauver ma vie. Sans les deux garçons croisés dans la rue, je n’aurais pas pu sortir du choc tout de suite ; sans Charlotte, Achille et Maéva, nous n’aurions pas pu nous cacher et soigner David, un Irlandais venu avec sa compagne pour le concert. Sans les familles qui nous ont recueillis, nous n’aurions pas pu prendre soin les uns des autres et trouver un refuge.

Vous êtes tou•te•s confronté•e•s de près ou de loin à ce drame, l’horreur et la barbarie. Nous sommes tou•te•s ami•e•s avec au moins une des victimes, ou un•e de ses proches. Grâce au ciel, mes ami•e•s n’ont pas pu venir et les connaissances présentes s’en sont sorties.

Cependant, j’ai senti et je sens dans mon cœur toutes les âmes qui n’ont pas pu quitter ce lieu en vie. Je tiens du fond du cœur à exprimer ma peine à leurs familles. Je pense fort à vous et j’espère que vous pourrez trouver la paix et le réconfort.

Nous sommes tou•te•s dans l’émotion, l’incompréhension, la confusion. Je n’ai jamais reçu autant d’amour de la part de mes proches, ma famille, mes ami•e•s, collègues. Cela m’aide vraiment, je vous en suis tellement reconnaissante, du plus profond de mon cœur !

À lire aussi : Les attentats du 13 novembre, quand le quotidien vole en éclats

Je profite de ce moment pour vous demander une chose très essentielle désormais : aimer.

Mon cœur n’est pas rempli de haine, au contraire : je n’ai que de l’amour. De l’amour pour les victimes, pour qu’elles puissent trouver la paix, pour leurs familles touchées de plein fouet par une guerre qui n’est pas la nôtre, pour mes proches, les familles qui nous sont venues en aide, pour les gens qui ont donné leur sang et pour nos forces de l’ordre qui sont exemplaires.

Il y a quelques semaines, Yann Arthus Bertrand a diffusé son reportage HUMAN. On peut y voir de nombreux témoignages très touchants. J’ai été particulièrement touchée par celui d’un père de famille, dont l’enfant a été tué pendant la guerre. Il a décider d’agir de la façon la plus brave et honorable possible : il a décidé de ne pas se venger. Toute sa famille l’a poussé à se venger mais il leur a répondu : « Si je tue quelqu’un pour me venger, quelqu’un viendra le venger. Personne ne peut parler au nom de mon enfant ». Ces paroles sont magnifiques et je les comprends d’autant plus aujourd’hui, car le sang appelle le sang.

human-yann-arthus-bertrand

Je comprends qu’on puisse haïr après avoir perdu•e un proche, ou après l’avoir vu mutilé•e, détruit•e, mais aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de nous aimer quotidiennement, dans les petites choses, les petits moments de la vie. Au réveil, dans le métro, par l’éducation des enfants, des personnes autour de nous, au travail… il est important d’être fort•e pour que l’amour soit plus puissant que la haine. C’est un travail de tous les jours, très difficile, mais sans amour nous ne pourrons pas vivre. Cela commence aujourd’hui et cela doit continuer tous les jours.

Je suis persuadée dans mon cœur que l’amour viendra à bout de tout. Ne perdons pas l’espoir !

« Je continuerai à croire, même si tout le monde perd espoir.
Je continuerai à aimer, même si les autres distillent la haine.
Je continuerai à construire, même si les autres détruisent.
Je continuerai à parler de paix, même au milieu d’une guerre.
Je continuerai à illuminer, même au milieu de l’obscurité.
Je continuerai à semer, même si les autres piétinent la récolte.
Et je continuerai à crier, même si les autres se taisent.
Et je dessinerai des sourires sur des visages en larmes.
Et j’apporterai le soulagement, quand on verra la douleur.
Et j’offrirai des motifs de joie là où il n’y a que tristesse.
J’inviterai à marcher celui qui a décidé de s’arrêter…
Et je tendrai les bras à ceux qui se sentent épuisés. »

(L’Abbé Pierre)

attentats-banner

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 18 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

Lire l'intégralité des 18 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)