Quatre reprises que j’ai honte d’avoir tant aimé

Sophie Riche essaie d'assumer la personne qu'elle est tout comme celle qu'elle a été, mais elle a vraiment du mal à ne pas avoir honte d'avoir autant aimé des reprises à la qualité relative de chansons cultes.

Quatre reprises que j’ai honte d’avoir tant aimé

Il existe des reprises qui sont tellement bonnes qu’elles en sont presque meilleures que les chansons originales. Ces reprises-là, on n’est jamais trop tristes de les avoir découvertes avant d’entendre pour la première fois la version « normale », puisqu’elles sont aussi cultes, voire plus.

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Et puis y a les autres reprises, bien moins cultes. Ça veut pas dire qu’elles sont mauvaises (ce serait pas poli de ma part de dire ça), c’est juste qu’elles sont… enfin disons qu’elles sont plus… enfin moins… Tu vois quoi ! Moins mythique. Elles sont restées des reprises de chansons, plus que des chansons.

Il y a des reprises que j’ai beaucoup écoutées quand j’étais plus jeune. Vraiment beaucoup. En mode repeat, qu’est-ce que tu vas faire. Et avec le recul, je regrette un peu, pour des raisons diverses, de les avoir autant aimées. Quand j’y repense, c’est un peu comme quand tu te souviens que ton premier baiser a été offert à quelqu’un qui avait une coupe mulet et le sillon labio-nasal qui sentait la morve séchée.

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Je survivrai – Larusso

En 1998, on entendait I Will Survive partout, parce que le groupe Hermes House Band l’avait reprise et que cette version était devenue l’hymne de l’Équipe de France pendant la Coupe du Monde (et comme on a gagné, elle est vraiment passée pendant des mois). Pourtant, ce n’était pas la seule reprise de cette chanson culte (interprétée pour la première fois par Gloria Gaynor) de l’année : Larusso aussi, l’a chantée à sa façon en 98.

Elle a choisi de la faire en français, s’inspirant de la version hexagonale de I Will Survive qu’avait chantée Régine en 1979. Larusso, donc, a donné sa version en la blindant de groovy façon 90s et d’effets de voix très prisés à l’époque. Je connaissais absolument pas la chanson à la base, et du haut de mes 9 ans, j’étais pour le moins séduite. Conquise, même. J’ai écouté ce morceau un nombre incalculable de fois, au point même que, près de 18 ans plus tard, sans l’avoir entendue depuis, j’en connais toujours les paroles, les trémolos et bruits en arrière-plan.

Stand by me – 4 the Cause

1998, toujours. Picardie, intérieur jour (ou nuit, je sais plus), repas de famille. La télé est allumée. Soudain, la publicité pour une chanson passe. Cette chanson, je l’aime beaucoup. Je la chante dans ma chambre en me prenant pour une rappeuse et tout. Et c’est là que plusieurs membres de ma famille se sont exclamés (et comme ça fait à peu près mille ans, je ne me souviens pas exactement de ce qu’ils ont dit, mais c’était deux points fermez la parenthèse) un truc genre « Oh lala c’est quoi cette version ? » — il était évident qu’ils n’appréciaient pas trop.

Du haut de mon arrogance je leur ai dit (et comme ça fait à peu près mille ans, je ne me souviens pas exactement de ce que j’ai dit mais c’était deux points fermez la parenthèse) « dis donc, c’est quatre zeu coz c’est bien j’aime bien », et on m’a répondu « l’originale, c’est quand même quelque chose ».

Le concept de reprise m’apparaissait à l’époque peu clair et j’étais, comme beaucoup d’enfants, persuadée que mes goûts ne changeraient JAMAIS, que ce que je trouvais génial à l’époque resterait toujours formidable à mes yeux et que pour rien au monde je ne trouverai un truc plus stylé que la marque Petit Bateau et les bonnets qui font aussi écharpe. Il était donc hors de question que j’écoute l’original, de Ben E. King, parce que je l’aurais vécu comme une trahison à mes convictions (faut dire aussi, tout le monde répète que la vérité sort de la bouche des enfants, faut pas s’étonner qu’on ait le melon jusqu’à l’adolescence).

Et puis un jour, pas très longtemps après, je l’ai écoutée. Et j’ai pas fait d’erratum auprès de ma famille, qui avait de toute façon oublié cette discussion, mais effectivement, l’originale, c’est quand même quelque chose [insérez ici une pluie de paillettes et de joie tombant sur Ben E. King].

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I Love Rock’n’Roll – Britney Spears

Me fais pas dire ce que je ne pense pas : je n’ai rien contre Britney Spears, BIEN AU CONTRAIRE, c’est une de mes héroïnes. Je voulais être elle de 1999 à 2002. J’écoute toujours régulièrement ses trois premiers albums (un peu moins le quatrième — seul Toxic trouve grâce à mes yeux — et absolument pas les suivants), et je ressens encore aujourd’hui un pic d’affection quand je la vois apparaître sur un écran ou que je lis des articles à son sujet.

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Sur son troisième opus, Britney (celui où y a Slave 4 U dans le titre), on trouve une reprise de I Love Rock’n’Roll, grand classique du groupe The Arrows rendu célèbre par Joan Jett & The Blackhearts. La version de Britouille est notamment présente dans le film Crossroads, dans lequel elle joue (aux côtés de Taryn Manning, la Pennsatucky d’Orange is the New Black, et Zoe Saldana).

Et disons que, bon, je ne me permettrais pas une seule seconde de dire que Britney ment quand elle chante aimer le rock, mais on va dire que cet amour pour le genre ne se ressent pas des masses sur sa version, faite de gémissements, de petits cris et de variations de voix surprenantes.

My Generation – Hilary Duff

Avoir honte de ses goûts musicaux du passé, ça n’a rien de bon. Déjà parce que ce qui est fait est fait, et qu’on ne peut rien changer au passé, et puis parce que quand on travaille à ne pas juger les autres, autant essayer de ne pas juger non plus les personnes qu’on était avant. Après tout, ça reviendrait à juger quelqu’un d’autre, si tu vois ce que je veux dire.

Voilà, tous les goûts sont dans la nature, et puis on change beaucoup, en plus de dix ans, hein ouais c’est vrai ?

Donc je m’efforce de ne pas avoir honte d’avoir écouté et même aimé My Generation, ce tube culte de The Who, chanté par Hilary Duff. Surtout que si ça se trouve, des gens parmi vous l’aiment encore, et je voudrais pas que vous pensiez que je vous juge pour l’aimer.

Mais quand même, c’est dur. Disons que la ré-entendre, là, comme ça, ça m’a fichu un coup. Depuis, j’ai la bouche toute rectiligne, incapable de sourire à nouveau ni de bouder ni de s’ouvrir ni rien. Aide-moi. Et surtout, essaie de ne pas te retrouver dans la même situation gênante et pour ce faire, ne clique SURTOUT PAS sur la vidéo ci-dessous. Ou alors, ne mets pas le son. S’il te plaît. Pour l’amour de ta famille, ne fais pas ça.

Bon allez, lesquelles d’entre vous ont écouté plus de 155 657 fois Ces soirées-là, de Yannick ? Qui a rêvé de pécho sur Déprime, la version française de Sweet Dreams d’Eurythmics par Sylvie Vartan ? Qui a pleuré d’émotions en écoutant Mon nez mon nez, reprise de Money Money Money d’Abba par Plastic Bertrand ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Marinetiramisu
    Marinetiramisu, Le 31 janvier 2016 à 18h49

    Même pas honte ! Et je danse sur la reprise de Stand by me :cheer:

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