Pourquoi la victoire de Donald Trump me fait peur

Donald Trump vient d'être élu 45ème président des États-Unis. Jusqu'au bout, Esther a voulu croire que tout cela n'était qu'une vaste farce mais au moment des résultats définitifs, c'est l'inquiétude qui domine.

Pourquoi la victoire de Donald Trump me fait peur

Je me suis réveillée de mon cauchemar vers 5h30. Enfin, j’ai cru, car ce qui m’attendait était en fait un autre cauchemar, mais bien réel celui-ci. Les États-Unis se couchent et dans ma tête il est à la fois tard et tôt, j’ai l’impression que tout ça est fictif.

J’ai peur. Au présent et surtout au futur. Et je suis pleine de questions. Que s’est-il passé ? Comment est-ce qu’on en est arrivés là ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Il existe des réponses rationnelles mais ce matin, elles m’échappent.

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La question des femmes

Un homme qui parle librement d’une agression sexuelle qu’il a commise peut être élu président des États-Unis.

En tant que meuf, je suis d’abord profondément offensée. Donc un homme qui parle librement d’une agression sexuelle qu’il a lui-même commise, comme si c’était normal, peut être élu président de la première puissance mondiale ? Donc un homme qui méprise ouvertement les femmes et tient les pires propos sexistes que j’ai entendus par un membre de la classe politique, peut être élu président des États-Unis ?

Donc même lorsqu’une femme est plus que qualifiée, elle peut être battue par un homme qui n’a aucune expérience dans la gestion d’une administration, pas même de la plus petite mairie, en mobilisant en grande partie des arguments insultants ?

Ce n’est peut-être pas le fait que Clinton ait été une femme qui l’a empêchée d’être élue dans les faits, il faudra des analyses plus longues pour pouvoir en discuter, mais le symbole est fort : en 2016, on n’a toujours pas cassé ce plafond de verre. On fait un pas en avant, un en arrière. Et ce n’est pas demain que ça va changer, visiblement, puisque les politiques généralement défendues par les républicains ne sont pas vraiment en faveur des droits des femmes (et sur la question de l’avortement, la position de Trump est plutôt anti-choix, bien qu’il ne l’ait pas exprimé clairement.)

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Ma planète, mon avenir ?

Trump ne croit pas au changement climatique.

Mais je suis inquiète aussi parce qu’en tant que jeune, je sais qu’il me reste en théorie un petit paquet d’années à passer sur Terre. Et que pour qu’elles soient vivables, ou en tout cas pour limiter les dégâts, il va falloir faire un certain nombre d’efforts. Il y a tout juste un an, on a commencé à réellement concrétiser cette démarche, lors de la COP21 qui a donné naissance à l’accord de Paris.

Mais il va falloir aller plus loin et ça semble mal parti avec Trump, qui n’a pas l’air prêt à s’engager dans cette voie là puisqu’il a récemment déclaré qu’il n’allouerait plus aucun budget à la question du changement climatique, des dépenses qu’il considère « inutiles ».

En même temps, étant donné qu’il estime aussi que c’est un concept « inventé par la Chine pour rendre l’économie des États-Unis moins compétitive » ce n’est pas étonnant. Mais c’est inquiétant lorsqu’on pense au fait que ce pays se classe au 2ème rang des puissances les plus polluantes et que sans leur engagement, on a peu de chances de parvenir à des avancées significatives.

À lire aussi : La COP21 a abouti à un accord « historique » !

Toujours plus de haine et de rejet ?

Les femmes et les minorités ont souffert durant cette campagne.

Et puis j’ai peur aussi de ce que ce vote représente concernant, en général, les minorités aux États-Unis. Les musulmans, les afro-américains, les communautés LGBTQ, les hispaniques… : tout le monde en a pris pour son grade pendant la campagne.

Et il suffit de jeter un œil aux statistiques obtenues à partir des déclarations de sortie des urnes : les personnes blanches ont indiqué avoir voté à 68% en faveur de Trump. Chez les noirs, hispaniques et asiatiques, la proportion ne dépasse pas 29%. Bien sûr il y a des nuances, bien sûr des statistiques de sortie de bureau de vote ne révèlent pas toute l’étendue des implications de ce scrutin…

Mais quand même : est-ce qu’on n’aurait pas en face de nous deux Amériques qui se dessinent, dont l’une a voté, par adhésion, pour un discours raciste anti-hispaniques et anti-musulmans de Trump ?

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Source : sondages à la sortie des urnes de CNN

Quel impact au niveau international ?

Le seul mot pour décrire la période à venir est « incertitude ».

Je suis aussi étudiante en relations internationales et à ce sujet, je ne suis pas rassurée non plus. Je passe la moitié de mon temps en cours à parler conflits et de négociations et ce qui est effrayant chez Trump, c’est qu’en dépit des déclarations qu’il a faites sur son programme à ce niveau-là, ça reste relativement illisible.

A-t-il l’intention de vraiment mettre son programme à exécution d’ailleurs ? Il semble imprévisible et le seul mot qui me vient pour parler de la période à venir est : incertitude.

Se regarder dans la glace

Au final, ce qui m’angoisse aussi, c’est la situation en France. Si nous nous regardons dans la glace, en soit, la campagne à venir semble-t-elle plus digne que celle qui a eu lieu aux États-Unis ? Est-ce qu’on va prendre le même chemin de la surenchère et de la haine ?

En France aussi, 2017 pourrait basculer du mauvais côté.

On est quasi-certain•es qu’on fera face au même type de duel, le vrai problème est que selon la manière dont tout cela va se dérouler, la balance pourrait ici aussi pencher du mauvais côté. Et je n’arrive pas à accepter, à réaliser qu’on en soit arrivé là. Comme si le monde était en train de choisir une voie dont on n’est pas vraiment sûr•e de savoir où elle nous mènera, mais dont on sait qu’elle n’est pas la meilleure.

Mais si ce qui se passe dans les urnes est primordial, gardez la pêche : si le résultat vous déçoit il reste des tas d’alternatives pour s’engager concrètement, comme faire partie d’une asso ou faire vivre la démocratie participative ! ♥

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Voici le dernier commentaire en date :

  • S59
    S59, Le 10 novembre 2016 à 13h36

    tdrm
    Je poste ça ici parce que j'avais vraiment besoin de m'exprimer sur le sujet. Cette élection m'effraie au plus haut point.

    Je ne sais pas pour vous mais moi, je n’ai pas envi de vivre dans un monde où être une femme serait considéré comme une tare, où être homosexuel relèverait de la maladie, où ne pas être « blanc » résumerait une condition sociale… Et j’en passe, des horreurs.

    On nous répète que l’histoire est comme un serpent qui se mord la queue, pourquoi dans ce cas, n’aiderions nous pas ce serpent à cesser son trouble obsessionnel compulsif de manière douce, bienveillante & respectueuse?

    Ne laissons pas le monde sombrer sous une vague de peur & de haine, la France sous la vague bleu marine.

    D’aucun dira, « Les politiques : tous les mêmes, tous pourris ». On ne peut pas dire que c’est vrai, on ne peut pas dire que c’est faux. Cependant, quitte à choisir entre la peste et le choléra, ne vaudrait-t-il mieux pas choisir le choléra, de fait un peu plus facile à soigner?

    Amis Français, Amies Françaises, j’ai envi de vivre dans un monde de bienveillance. Si les écrits, les films & l’Histoire nous ont appris quelque chose, c’est que l’union fait la force.

    Ne méprisons pas les électeurs de Trump, ne méprisons pas les électeurs de Marine. Ouvrons leur les yeux. Montrons leur qu’ils ne sont pas mis à l’écart, qu’ils peuvent être écoutés sans solutions aussi drastiques. Que le monde qu’ils ont, quelque part, choisi de créer et dans lequel ils ont décidé de vivre ne les rendra pas heureux, à long terme.

    Nous avons fait tant de chemin depuis les épreuves du passé. Ne laissons pas la bêtise humaine gâcher tous ces efforts.

    Nous avons déjà bien trop à faire avec la maladie, les interrogations écologiques, pour ne citer qu’elles. Cessons ce boulbi boulga politique & géopolitique et concentrons nous sur ce qui risque vraiment d’anéantir le monde dans lequel nous vivons.
    L’ Homme peut changer, ou au moins, s’améliorer, avec un peu de bonne volonté - le monde dans lequel nous vivons pourrait ne pas se remettre de l’affluence haine en cette année 2016. Cessons le masochisme, prenons de bonnes décisions, pour une fois. Optons pour la bienveillance & le respect.

    Ceci n’est pas un message digne d’un docteur en géopolitique/ politique, ni d’un journaliste, ni même d’une lettrée.

    Ceci n’est pas un message complex, étudié, recherché, argumenté.

    Ceci est le message d’une étudiante qui a peur pour l’avenir du monde, l’avenir de l’Europe, de la France & finalement de son avenir.
    Bonjour à toi.
    Je partage ton opinion. Je suis écoeurée de voir vers où nous allons. Trump est un danger sur pleins de domaines. Il ne faut pas oublié que l'Etats Unis a un poids important sur la scène internationale dans les négociations de l'OTAN, de l'ONU, sur le climat.... Nous serons tous impactés ! Il est donc temps de se mobiliser à son échelle, en parler autour de soi. Moi aussi je suis étudiante et j'ai peur de l'avenir. Alors il faut parler autour de soi pour se mobiliser ensemble et éviter que la même chose se passe en France. Car c'est le populisme et le repli sur soi (extrême gauche ou droite) qui gangrène les pays occidentaux, dont nous. Alors il faut allez VOTER en mai 2017 pour vous faire entendre. Comme tu l'as si bien dit "non ils ne sont pas tous pourris".

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